‹ Abraham Lincoln, sa naissance, sa vie, sa mort [microforme]Chapitre 9 sur 36 · SET · texte numérisé non relu

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dont les facultés physiques soient en harmonie avec Îles facultés morales, il faut le cultiver ab ovo, le prendre dans l'œuf, comme dirait Sterne,

Si, au lieu d’être élevé dans le travail quotidien, par un père pionnier; si, au lieu d'avoir accepté dès l'âge de dix ans la responsabilité de nourrir sa mère, sa jeune sœur et son jeune frère, Lincoln eût été fils de bourgeois et eût reçu l'éducation de nos colléges français, sous une discipline faite pour annihiler sa nature physique, il aurait, comme tant d’entre nous, payé de l'énervement de son corps, de la virilité de son énergie morale, et du tiers de son existence, le mince bagage intellectuel dont l'Université dote ses élus.

Le premier devoir de l’homme est de se bien porter, Lincoln était riche d'une santé robuste. Aussi n'hésita-t-il pas un seul instant à reprendre son ancien métier. Ses bras, habitués à manier la hache du bûcheron, firent de nouveau évoluer l'instrument dont chaque coup ébranle ces vieux géants des forèts du nouveau monde. Redevenu rail spitter, il se mit à débiter des traverses pour les chemins de fer. Comme il était déjà un peu connu dans l'Illinois par son intelligence et les quelques applications qu'il avait pu faire de ses connaissances, le sobriquet de rail spitter fut accolé à son nom de Lincoln et lui est resté jusqu'à la fin.

Il trouva encore l'occasion de s'engager comme portefaix et manœuvre sur les bateaux à vapeur du Mississipi qui font le service de la Nouvelle-Orléans. Comme quelques années auparavant, les pérégrinations fluviales ramenèrent l'ardeur de la lecture. Ses épargnes lui servaient à acheter des revues et des livres à bon marché, dans lesquels il s'absorbait lorsque la manœuvre lui laissait quelque repos.

Les économies momentanéesqu'ilavait réalisées dans la profession d'arpenteur Jui avaient donné du goût pour les positions indépendantes, I avait compris qu'à lui, tout comme aux autres, il pourrait lui arriver, avec quelques efforts, de sortir de la subordination à laquelle, pour la quatrième fois, l'assujettissait la misère. Il résolut de tenter encore la fortune, abandonna la batellerie et vim s'installer épicier dans la petite ville de Decatur.

Toujours ambitieux de s'élever, Abraham chercha à utiliser les connaissances dont la lecture avait meublé sa mémoire, et une fois son magasin d'épicerie fermé à la nuit tombante, il appelait à lui les petits enfants et les adultes et leur enseignait un peu de ce qu'il avait appris tout seul. Pour parler plus simplement, il se fit maitre d'école. Il inculqua à ses élèves les principes de cette religion sobre et sans faste que lui avaient enseignés ses pères. Avec cet esprit lucide, cette diction claire qu'il apporta dans la suite à l'exposition des questions les plus ardues, il développa devant les enfants et devant les jeunes gens qu'on lui confiait les idées saines et droites qui ont fait la gloire de sa trop courte carrière. En instruisant les enfants, il cherchait à faire des hommes.

Dès que ses élèves savaient lire, il leur faisait étudier les articles de la Constitution américaine et leur expliquait les droits et les devoirs du citoyen,

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Combien les hommes qui ont appris à lire sous Lincoln doivent être fiers aujour- l

l'hui d'avoir reçu les leçons d'un pareil maître! Quel exemple de persévérante nergie il a légué à ses disciples de l'Minois!

De maitre d'école à procureur il n'y a que l'épaisseur du code, La distance était à moitié franchie par Lincoln qui avait déjà étudié les lois de son pays. Le hasard lui fournit le moyen de passer de la chaire du pédagogue au bureau de l'avocat, Une place de clerc se trouvait vacante chez un de ses voisins, propriétaire d'un office, N remplaca le clere et se fit homme de loi, Par son travail et sa Lersévérance, il acquit une connaissance approfondie du droit, I s'établit pour son compte et bientôt son instruction solide, sa grande réputation de droiture, ses manières affables lui valurent une clientèle importante. I quitta la petite ville de Decatur pour Springfield, et là, sa renommée le suivant, ildevint l'avocat le plus distingué du barreau, I avait alors 26 ans (1837) et exerçait sa profession de concert avec son associé John T, Sewart.

Par sa seule volonté, par sa ténacité dans une noble ambition, le simple rail spitter est devenu l'homme distingué à qui tous les plaideurs de l'Illinois veulent confier leurs causes, I a dignement captivé la considération, cette considération si enviable qui va le lancer dans la vie politique.

C'est ici que la grande histoire d'Abraham Lincoln commence; c'est maintenant que nous allons le voir aux prises avec les difficultés d'un tout autre ordre. Mais Lincoln sera toujours le même homme, il ne variera ni d’allures ni de sen liments : le travail et la misère, le quakerisme et l'étude en avaient fait un homme complet, I était prêt pour ses hautes destinées.

VIE POLITIQUE DE LINCOLN, = LA CONSTITUTION DES ÉTATS-UNIS, == RÉPUBLICAINS ET DÉMOCRATES,

Pour apprécier les événements, pour juger les hommes, il est essentiel de connaître le milieu politique dans lequel ils se meuvent, dans lequel ils vivent. Le document national qui résume le caractère d'un peuple, son passé, ses aspirations vers l'avenir, c'est la constitution de ce peuple. On a dit, et avec raison : « Une nation n'a que le gouvernement qu'elle mérite. » Voyons done, avant d'étudier l'homme politique dans Abraham Lincoln, quelles sont les bases sur lesquelles le grand fondateur de la république américaine avait posé l'édifice social et politique des États-Unis. Étudions sa Constitution.

Un Amérique, la commune existait avant l'Etat, et la république étant l'image Ce la famille, qui n’est qu'une commune en petit, devait être fatalement la forme d'un gouvernement librement discuté et facilement accepté. La commune, aux États-Unis, est un individu distinct dans l'Etat. Elle est complétement maitresse de prendre toutes les mesures qui lui paraissent convenulle: sans que le gouvernement central ait à intervenir. Il est d'axiome potiuue : vhaque individu est le meilleur juge, en ce qui ne touche que lui-inciue , de ce qui lui

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convient ou ne lui convient pas. Aussi la souveraineté réside-t-elle dans le peuple qui nomme ses velect-men, magistrats auxquels est confié le soin de la commune, et qui ne représentent que le pouvoir exécutif chargé d'appliquer les mesures votées par tous les électeurs réunis.

Le peuple nomme également les officiers publics chargés de prélever les taxes, ceux dont les attributions sont de faire exécuter les règlements de police; il nomme mème le greffier et le caissier de la commune, Une indemnité est allouée à chacun, et nul ne peut, sous peine d'annende, refuser l'emploi dont l'a honoré la confiance de ses concitoyens,

L'État a cependant une certaine ation, mais bien limitée, sur la commune Si la législature vote des travaux et la perception d'un impôt, la commune est forcée d'obéir. Mais la manière dont cet impôt est perçu ne regarde pas l'État, On lui envoie l'argent que la loi a décrété, il n'a pas à exiger davantage,

Tout est combiné, dans l'organisation de la comrune, pour laisser à chacun son indépendance aussi complète que possible. Aussi aux Etats-Unis l'homme est citoyen. « Cette préoccupation de l'indépendance personnelle, dit M. Belloc, a fat que l'autorité des magistrats a été restreinte autant que passible. Pour cela on a employé deux moyens : d'abord on n'a concédé les fonctions municipales que pour un temps extrêmement limité, une année, par exemple; ensuite on a disséminé l'autorité dans un grand nombre de mains. Chacun s'accoutume à regarder la prospérité de la commune comme son propre ouvrage ; il y prend intérèt et l'aime en raison de l'importance qu'il y a acquise et de Ja somme de bien-être qu'il en retire. »

Au-dessus de la commune est l'État. Chaque État à une existence propre. C'est une république indépendante dans la grande république, L'État a ses lois, ses administrateurs, qui ne relèvent d'aucune autorité supérieure. Dans chaque État, le pouvoir législatif est exercé par deux assemblées élues. L'une est le Sénat, l'autre la Chambre des représentants. Les représentants sont nommés pour un an, les sénateurs restent deux ou trois années en fonctions, La Chambre est renouvelée intégralement, le Sénat par tiers, de telle sorte que cette dernière assemblée renferme toujours des hommes habitués aux affaires.

Au sommet de l'édifice constitutionnel se trouve placé le Congrès, compost d'un Sénat et d'une Chambre des représentants. Tout le pouvoir législatif réside dans leurs votes. Le pouvoir exécutif est confié au Président des Etats-Unis qui, de même que le Vice-Président, est nommé pour quatre ans.

C'est à la Constitution fédérale rédigée par Washington que les Américains doivent le développement exceptionnel qui, en soixante ans, a fait de leur nation une nation de premier ordre. La liberté est comme le soleil, tous les peuples auÿourd'hui veulent se réchauffer à ses rayons. La Révolution francaise, en la faisant luire sur l’Europe, a été pour les États-Unis le plus puissant agent de colonisation. En Amérique, les colons trouvent plus de liberté, plus d'avantages matériels, plus de priviléges sociaux et politiques que ne leur en offre

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22 LINCOLN. ss la terre natale : ils y émigrent en masse; la guerre mème n'a pas arrêté ce

mouvement, L Dans ce pays, où l'individualité est laissée à toute son initiative, personne ne n | rougit de sa position, quelque infime qu'elle soit. Tel marchand qui s'en va par | les rues, trainant son haquet et criant des pommes du Canada, sera millionnaire | demain, pour redevenir pauvre quelques mois après et refaire définitivement |

fortune si, au milieu de toutes ses péripéties, l'intelligence et la probité n'ont

jamais été entamées. Les Orientaux regardent les choses les plus étonnantes sans à

tre jamais surpris, mais ce n'est là que de l'indifférence apathique; c'est réellement pour l'Américain que le poëte Horace à écr'£ son proverbe : Ni mirari, ne s'étonner de rien. Le Yankee, qui ne d‘ute de rien, ne saurait, par simple logique , avoir les dédains niais que les races aristocratiques professent pour ce qu'elles appellent x honune de rien, elles qui ne sont plus grand'chose. La réussite d'un homme de volonté et d'intelligence n'a rien qui étonne dans ce pays de liberté.

Les parvenus, dans cette démocratie, sont d'essence nationale,

Le succès d'Abraham Lincoln comme avocat n'a done rien de surprenant aux États-Unis. I était honnète, conciliant, ferme dans le droit comme dans ses devoirs, et aussi légiste qu'aucun avocat de Springfield, [l'avait alors trente ans. En politique il était rangé dans la fraction des whigs avancés. Pour les whigs, l'unité de la république marche avant tout, Un pour tous, tous pour un, voilà leur devise, Nous verrons combien Lincoln à été fidèle à ce principe sauveur qui, erûce à son énergie tenace, à CH maintenu par un temps de guerre civile où l'indivisibilité des États-Unis a été si terriblement menacée.

Les whigs, plus rationnellement appelés républicains, forment le parti opposé à celui des démocrates, annexionistes forcenés qui poussent le libéralisme jusqu'à vouloir démocratiser tout le continent américain. Par une étrange invonséquence, ces lorys où démocrates, si fanatiques de liberté, sont les sou-

Hiens des esclavagistes,

LINCOLN EST ENVOYÉ REPRÉSENTANT AU CONGRÈS DE WASHINGTON. — IL EST ÉLU PRÉSIDENT

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