‹ Abraham LincolnChapitre 14 sur 14 · LA GRANDE PAIX · texte numérisé non relu

LA GRANDE PAIX

martyr : monuments, hôpitaux, parcs et jardins, ponts jetés sur les fleuves, institutions charitables... Mais, entre tous, deux hommages — dont l'un venu de l'étranger — ont été selon son esprit, et dignes de cette grande et touchante mémoire...

Voici le premier. Lorsqu'en février 1909, on célébra par des fêtes splendides le centenaire de la naissance d'Abraham Lincoln, des jeunes filles voulurent y associer le souvenir de la seule femme qu'il ait jamais aimée, et firent édifier un monument de marbre blanc, simple et pur comme elle, sur le tombeau d'Anne Rutledge, sa fiancée de New-Salem.

Et voici l'autre hommage. Peu avant l'élection de Lincoln à la Présidence des Etats-Unis, naquit en Suisse un enfant qui s'appelait Héli Châtelain. 11 se trouva bien jeune à l'école de la souffrance.

D'abord momentanément aveugle, à l'âge de douze ans, il tomba malade d'une coxalgie qui l'immobilisa sur une chaise longue où il passa près de dix années. 11 employa cette douloureuse réclusion à lire, à étudier, à vivre dans la société des grands chrétiens de toutes les époques. Lincoln était son héros de prédilection, il aurait été digne — pauvre enfant infirme ! —

200 ABRAHAM LIXCOLX

de compter parmi ces « garçons en bleu » dont le cœur ne battait que pour leur « père Abraham... »

A vingt-deux ans, Héli Châtelain put enfin se lever, mais il était resté boiteux et ne pouvait marcher qu'à l'aide de deux cannes. Ce n'en fut pas moins aussi une « noble vie » que la sienne, — une vie de labeur, de dévouement et de sacrifice... Il voulut consacrer à Dieu son peu de forces, l'unique talent qu'il avait reçu, en se mettant au service de ces pauvres noirs qu'il aimait par amour pour le héros de son enfance. Soutenu par sa foi ardente et son admirable énergie, il alla d'abord en Amérique pour y apprendre à connaître les nègres, puis partit pour l'Angola et y fonda une station missionnaire. Il la dirigea dix ans, en dépit de ses souffrances presque continuelles, enfin, complètement épuisé, il revint dans son pays natal pour y mourir...

Mais sa station subsiste, c'est maintenant un village chrétien où des centaines d'indigènes, esclaves fugitifs, affamés, malades, ont trouvé les secours dont ils avaient besoin et en même temps, ont appris à connaître et aimer leur Père céleste. Et, par une touchante inspiration d'Héli Chate-

LA (;i!AAnt; paix 201

laiii, celle slalioii, petile lumicrc ist)lcc dans les ténèbres de l'Alrique, porte le nom de FAiiii, du Libérateur des esclaves. Elle s'appelle LINXOLN.

Février-Mars lOli.

Page 1