IV. CONQUÊTES DES NORMANDS
Aucun peuple n'a joué, au moyen âge, un rôle plus éclatant que les Normands; on est sûr de les trouver partout où il y avait de la gloire et du butin à gagner. Dès le neuvième siècle, s'étant mêlés aux Slaves, ils avaient bâti la ville de Nowogorod (862), d'où les Warègues, descendants de Rurick, allèrent fonder Kief et plusieurs autres républiques, qui furent industrieuses et florissantes jusqu'à Tinvasion des Mongols. Un siècle plus tard, ils découvraient le Groenland, peut-être même le continent américain, cinq cents ans avant Christophe Colomb. Nous les avons vus, après do longs ravages, s'établir en Neustrie, et, de là, conquérir l'Angleterre. D'autres aventuriers de la même nation avaient pris pied en Italie, et jeté les fondements d'un puissant royaume.
lies normand* en Italie.
Au eommenoement du onzième siècle, quatre puissances se disputaient le midi de Pltalie : les empereurs grecs, les empereurs allemands^ les ducs lombards de Bénéyent et les Ara-bes. En 1016, quarante pèlerins normands^ au retour de la terre sainte » débarquent à Salerne, et battent une troupe de Sarrasins. Leur courage ayant fait rechercher leur alliance, ils se mirent tour à tour au service des Lombards et des Grecs. Trois cents de leurs compatriotes arrivent, quelques années après» et leur chef reçoit de l'empereur Conrad II la principauté à^Avsrsa^ près de Gapoue, avec le titre de comte. En 1040, trois frères, Guillaume^ Drogon et Humfroy^ viennent chercher fortune dans la même contrée. Leur père Tancrède, seigneur de Hauteville, près de Coutances, avait douze fils et peu de bien. Ils s'engagèrent au service des Grecs, et Guillaume mérita le surnom de Bras de fer^ pour ses victoires sur les Arabes de Sicile. Ce guerrier, objet de l'admiration de ses contemporains, était, s'il faut en croire leur témoignage, c lion en guerre, agneau dans le monde, ange dans les conseils. » Bientôt, frustrés de la récompense qu'on leur avait promise, les Normands déclarent la guerre à Tempereur de Constantinople. Leur courage se signale par des exploits fabuleux. Un jour, au nombre de 1800, ils mirent en fuite une armée de 60000 Grecs. La conquête de la Fouille fut le prix de cette lutte héroïque.
Robert Guiscard (le rusé), autre fils de Tancrède, accourut en Italie sur les traces de ses aînés. Il commença par le brigandage, et, à la tête d'une bande d'aventuriers, fit trembler le pape et les deux empereurs. Maître delà personne de Léon IX, après la bataille de Civitella (1053), il traite le pontife avec respect, s'engage à lui payer douze deniers par charrue, et reçoit, en qualité de vassal, l'investiture de la Fouille, Il y joignit bientôt la Calabre^ devenue vacante par la mort de Guillaume, de Drogon et d'Humfroy. Puis, aidé de son frère Roger, le plus eune fils de Tancrède de Hauteville, il enleva la Sicile aux Arabes (1072) : l'investiture de l'Ile lui avait été promise à l'avance par le souverain pontife. Laissant à son frère^ le soin d'achever la conquête, qui ne coûta pas moins de trente années d'efforts, il revient sur le continent, où il s'empare de plusieurs principautés, entre autres de Bénévent^ qu'il céda au pape après en avoir chassé les Lombards. L'ambitieux Robert rêvait la
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conquête de Constantînople, et même, avec son fils alnê Bohémond, il passa en Illyrie. Mais le pape Grégoire VII, assiégé dans Rome par l'empereur Henri IV, implore le secours du héros normand. Robert revient sans hésiter, brûle un quartier de Rome,, délivre le pape, et meurt Tannée suivante (1085), laissant à Bohémond la principauté de Tarente, et à son second fils, Hoger Bursa^ tous ses autres États.
Bohémond aUa chercher en Asie, avec les premiers croisés, des aventures et un royaume. Puis, l'extinction de la postérité de Robert Guiscard fit passer son héritage entre les mains du fils de son frère, le grand comte Roger P'. Roger II prit le titre de roi des Deucc-StctTes, en 1127, et réunit les deux branches de la famille normande.
Ainsi, à côté des États du pape, il se formait dans le Midi un royaume où les Normands, fidèles à leur système, établirent fortement la féodalité. Vers cette même époque, commençait la prospérité de Génes^ de Pise et surtout de Venise, gouvernée par des doges ou ducs depuis 697. Ces trois villes, enrichies par le négoce, possédèrent pendant longtemps le monopole de la navigation et du commerce avec le Levant.
Synchronismes.
843. Traité de Verdun : Charles le Chauve, Louis le Germanique, Lothaire.