II. ALLEMAGNE
liaisons de Vraneonie e( de «axe.
Après la diète de Tribur, Amould de Carinthie avait été reconnu roi de Germanie. Il entreprit de repousser les Slaves, qui infestaient les frontières de PAllemagne, de même que les Normands, les Sarrasins et les Hongrois désolaient les côtes et le territoire de la France.
A la «nort du fils d'Arnould, Louis IV V Enfant (911), la famille de Charlemagne s'éteignit en Germanie, et la royauté devint élective. Deux maisons tenaient alors le premier rang : celle de Franconie et celle de Saxe, rivales de puissance. Conrad, duc de Franconie, fut d'abord élu (911), et choisit bientôt après pour lui succéder (919), son ennemi, Henri VOiséleur, duc de Saxe, dont la famille devait donner cinq rois à l'Allemagne. Henri enleva la Lorraine à Charles le Simple, et, pour arrêter les incursions des Slaves et des Danois, institua dans les provinces frontières des margraviats (comtés) destinés à contenir les envahisseurs. Il gagna sur les Hongrois la bataille de Mersebourg (934), et prépara la grandeur du règne de son fils.
Othon Z"' le Grand (936), fils de la pieuse reine sainte Mathilde, vainquit d'abord les ducs de Bamère, de Bohême et de Franconie. En France, il soutint Louis d'outre-mer contre Hugues le Grand; mais en Italie, surtout, son rôle fut très-important.
Depuis la dissolution de Fempire de Charlemagne, le désordre politique, au delà des Alpes, avait été continuel; Jes ducs de Spolète et de Frioul d'une part, les rois de Bourgogne de l'autre, voulaient dominer. Othon accourut à l'appel d'Adélaïde, veuve du roi Lothaire II, persécutée par Bérenger, duc de Frioul ; il épousa la princesse, et mit sur sa tête la couronne de fer (951). Onze ans plus tard, le pape Jean XII l'appelait à Rome, où son indépendance était menacée, et lui conférait la couronne impériale (962). Aussi verrons-nous désormais les rois de Germanie revendiquer la possession de l'Italie, avec le titre d'empereur. "Bientôt, comme le pape Jean XII méconten-
tait ntaKe par sa conduite imprudente, Petnpereur crée un antipape, Léon Vni, et déclare qu'il soutiendra avec son épée celui qu'il avait arbitrairement intronisé. C'est ainsi que les empereurs Germains s'attribuèrent le principal rôle dans l'élection des papes, tandis qu'à leur tour les papes croyaient pouvoir disposer de la couronne impériale. Othon ménagea des droits à sa maison, sur la Pcmille et la Galabre, en faisant épouser à son fils Othon la princesse Théophanie, fille d'un empereur d'Orient. Possesseur de trois couronnes, celle d'argent ou de Germanie, celle de fer ou de Lombardie, celle d'or ou couronne impériale, Othon le Grand mérita d'être comparé à Charlemagne. Il contint la féodalité en Germanie, fit reculer les Hongrois, et profita de sa prépondérance en Danemark, en Pologne et en Bohême, pour ouvrir ces pays barbares à là prédication de rÉvangîle.
Othon II (973) eut â combattre les Italiens du midi, qui refusaient de reconnaître sa souveraineté. Son invasion en f rance aboutit à une défaite. Othon III (983), életé par le savant Gerbert, favorisa les lettres, et vit son précepteur parvenir au pontificat sous le nom de Sylvestre II. A Rome, un seigneur ambitieux et turbulent, le tribun Crescentius, s'étant.mîs â la tête du parti italien et républicain, Othon ordonna son supplice, et mourut lui-même quatre ans âpres. Sous son règne fut fondé un royaume indépendant, celui de ffongrie^ en faveur de saint Etienne, à qui le pape Sylvestre II envoya une épée bénite (1000). Le cousin d'Othon III, Henri II (1002) fut le dernier prince de la maison dé Saxe. Sa pîété et ses autres vertus l'Ont fait inscrire au nombre des saints, ainsi que l'impératrice Cuné^ gonde, sa femme. Couronné empereur à Rome (Î014), il prit le titre de rot des Romains^ que ses Successeurs portèrent après lui.
Henri étant mort en 1024, la maison de Franconie remonta sur le trône impérial avec Conrad II le Salîquej descendant dû premier Conrad. Le règne de ce prince fut marqué par la réunion du royaume d'Arles i Pempîre (1033), et par une constitution qui garantissait aux seigneurs l'hérôditô des fiefs. Ainsi la féodalité, combattue naguère par ïa maisorf de Saxe, simplantait en Allemagne comme en France. Chez nous toutefois^ impopulaire presque dès son origine, elle devait tomber un jour sous les coups du pouvoir royal, tandis qu'en Allemagnô elle poussa des racines beaucoup plus profondes.
HISTOIRE DU MOYEN AOE. 23d
in. ANGLETERRE (8^7-1087).
L'heptarchie des Angles et des Saxons n'ayait produit qae des nvalitôs et des guerres civiles^ à la suite desquelles Egbert, roi de Wessex, qui avait été élevé à la cour de CBiarleiûagne, était parvenu à réunir les sept royaumes (&27). Mais à peine arrachée aux dissensions dcHuestiques, l'iAgletarre eut à subir les attaques incessantes des Daim$y pirate» (originaires du Jutland, qui tentèrent de supplanter les Saxons sur !te sol de la Grande* Bretagne.
Alfred le Grand (871-901), le plus Célèbre des rois saxons, fut pour les Danois un adversaire redoutable. D'abord vaincu par eux, il avait passé sept ans en exil. Un jour, ilpéniHre dans le camp des barbares sous les ludnts d'un joueur de harpe, et, lorsqu'il s'est assuré de la faiblesse de leur position, il engage la bataille qui délivra son pays. Plus tard, il donna aux Anglais des lois si sages que, dans la suite, on ne cessa de réclamer les lois d* Alfred. Le royaume fut divisé en quarante shires ou comtés; Londres s'embellit, et les école» d'Oxford commencèrent à devenir célèbres. Alfred, qui avait visité la France et Rome, fut lui-même un prinee pietfx et lettré»
Sous le règne à'Ethelred 11^ son huitième sueceseeur, les pirates du Nord devinrent si redoutsâilee que, pour se préser-* ver de leurs ravages^ on établit une taxe dite du danegM (ar* gent des Danois). Ethelred, voulant affrxnelnr ses siifets de ce honteux tribut, eut recours à la perfiiSe : le jour de ïb Saint-Briœ (1002), les Danois, saos défiance, furent massacrés dans tous ses États. Ce crime ne resta pas impuni* Une nouvelle armée de Danois, conduite par Suénor^ força le roi Eâfel* red à se réfi^r en Normandie (1013).
e. ifteto dUMMle ei demlcra «axoni.
Canut le Grand (1015) succéda sur le trône à son père Suénon, et se fit aimer des Saxons aussi bien que des Danois. Souverain du Danemark, de la Norwége et de l'Angleterre, il fut l'apôtre du Nord. Ses fils ne suivirent pas son exemple. L'un d'eux commit de tels excès, que les taxons rappelèrent le plus jeune des fils d'Ethelred, Édmuwd le Confesseur (1042), et rétablirent ainsi la dynastie nationale. Élevé par les Nor-
mands, qui étaient plus instruits et plus religieux que ses compatriotes, Edouard conserva toujours pour eux un vif attachement, de sorte qu'il s'entoura des gens de ce pays, malgré la jalousie des Saxons. Sa piété, son amour des lois et de la justice, valurent à l'Angleterre quelque repos, à lui-même l'honneur d'être canonisé. Il avait épousé la fille du comte Godwin, seigneur saxon, et, n'ayant pas eu d'enfants, il laissait le trône à son beau-frère Harold (1066).
Guillaume, duc de Normandie, produit alors un testament que le roi Edouard avait autrefois signé en sa faveur ; il accuse Harold de parjure, en invoquant une promesse que celui-ci lui avait faite avec serment, et le somme de lui rendre la couronne. Harold refuse. Encouragé par le pape Alexandre II, Guillaume fait proclamer dans ses États la croisade ou guerre sainte, et, partant de Tembouchure de la Dives (Calvados), avec une armée formidable de Normands et d'aventuriers des provinces voisines, il débarque en Angleterre, et ^gne la grande bataille d*Hastings^ ot périt son rival (1066).
s. m&îm BorBMiBd0 (!•••).
Guillaume le Conquérant introduisit la' féodalité dans son nouveau royaume, et distribua les terres de ses ennemis aux compagnons de sa victoire. A la suite d'une révolte qui avait éclaté en son absence, la race saxonne fut en grande partie dépossédée au profit des seigneurs normands. Un cadastre de l'Angleterre, connu sous le nom de Doomsday-Book (livre du jour du jugement), enregistra l'état des fiefis avec le nom de leurs nouveaux propriétaires. Guillaume punit les soulèvements par des massacres, et fit peser sur ses nouveaux sujets le joug le plus dur. Les lois et coutumes normandes, transportées en Angleterre, remplacèrent l'ancienne législation; elles sont encore aujourd'hui, chez nos voisins, le fondement du droit. Enfin, le normand-français, substitué dans les écoles et dans les tribunaux à la langue du pays, fut en vigueur jusqu'au règne d'Edouard lU, c'est-à-dire pendant près de trois cents ans. Du mélange de cet idiome avec l'ancien langage des habitants de 111e, qui se rapprochait beaucoup deTallemand, est né l'anglais moderne*
Le dernier rejeton des rois saxons, Edgar, se trouva réduit à l'impuissance par le traité que GuiÛaume conclut avec le roi d'Ecosse. Les déshérités allèrent rejoindre les Bretons refoulés
dans le pays de Galles, et là, sous le nom à^outlaws (hors la loi), errants dans les forêts, misérables, mais toujours avides de vengeance, ils firent aux Normands une guerre de surprises et d'embuscades. Leur héros fut plus tard Robin des Bois, , Guillaume consuma le reste de sa vie en luttes continuelles, soit avec les Saxons mal soumis^ soit avec son fils aîné, Robert Gourte-Heuse, auquel il avait un jour promis la Normandie, Il se préparait à punir le roi de France Philippe I«', du secours qu'il avait prêté à ce fils rebelle, et à se venger d'une plaisanterie sur son embonpoint; déjà il avait envahi le Veœin français et brûlé la ville de Mantes, lorsque son cheval, faisant un écart, le jeta à terre au milieu de cendres embrasées. Il mourut de cette chute, près de Rouen (1087). A peine avait-il expiré que ses serviteurs pillèrent la maison et s'enfuirent avec leur butin, abandonnant le corps de leur maître. Grâce au dévouement d'un simple chevalier, Guillaume reçut la sépulture à Caen, dans l'église de Tabbaye qu'il avait élevée.
Malgré la barbarie de ses mœurs, qui était celle de son siècle, on admire en lui l'instinct de l'or^ et de la grandeur, le don de choisir les hommes, l'énergie du commandement, enfin, pardessus tout, le génie qui sait fonder. Avant sa conquête, les Anglo-Saxons étaient ignorants, corrompus, féroces; il leur donna un instituteur en appelant au siège primatial de Gantorbèry le moine Lanfranc, l'un des hommes le? plus savants et des plus vertueux de son époque.