‹ Abrégé chronologique de l'histoire universelleChapitre 125 sur 254 · TroUHème «aerre entre les Cfruelfea et le» Mbellii · texte numérisé non relu

TroUHème «aerre entre les Cfruelfea et le» Mbellii

Frédéric II (1212) était redevable au saint-siége de la conservation de son patrimoine et de son élection à l'empire ; mais il oublia promptement les bienfaits qu'il avait reçus, et son ambition peu scrupuleuse le jeta dans des guerres et des embarras sans fin, A Naples, pour dompter la noblesse et asservir l'Église, il s'entoura d'une garde de 10 000 Sarrasins.

Dès que l'on eut pénétré ses desseins contre les droits du pape et la liberté des villes d'Italie, les cités lombardes reformèrent leur ligue pour lui tenir tôte. Bientôt rexcommimication prononcée par le pape Grégoire /JT, Tobligea de tenir le vœu qu'il avait fait en prenant la croix à Aix-la-Chapelle, plus de douze ans auparavant. A son retour de la Palestine^ où il s'était couronné lui-môme roi de Jérusalem, faute d'un évèque qui voulût le sacrer, il battit les Lombards à deux reprises différentes, et imposa la paix. Malgré son âge très-avancé, malgré les nombreux échecs qu'il essuya, Grégoire IX soutint la lutte avec un courage intrépide.

Son deuxième successeur^ Innocent /F, ayant réussi à s'é* chapper de Rome^ convoque un concile général à Lyon (12tô) et somme l'empereur de s'y rendre pour répondre de ses crimes. L'excommunication est de nouveau prononcée ; les cardinaux présents jettent à terre leurs cierges allumés, en signe d'anathème. Lorsqu'il apprit la sentence pontificale, Frédéric, saisi de fureur, se fit apporter sa couronne , la posa sur sa tôte et dit : a Malheur à qui osera y toucher! » Henri Raspon^ landgrave de Thuringe, et Guillaume^ comte de Hollande, furent élus tour à tour pour occuper le trône impérial. Après avoir été défait à Parme par les Lombards, Frédéric alla mourir dans ses États de Naples (1250). C'était un prince habile et instruit, doué de grands talents politiques, législateur, ami des lettres et des arts; mais par son despotisme et par la licence de ses mœurs, il était plus musulman que chrétien. On lui reproche des actes nombreux de froide cruauté, et efitre autres le supplice de son conseiller, Pierre des ^gnes, mis à mort sur un soupçon.

Les vingt-trois ans qui suivent la mort de Frédéric s'appe^ lent le grand interrègne.

HISTOIRB bu MOYEN AGB. 5J

IL mknCE (987-1095).

C'est à Hugues Ca/j^eV (987) que commence Thistoire de France proprement dite. Les rois des deux premières races, d'origine germanique, paraissent avoir été surtout les chefs du peuple conquérant. D'ailleurs, les derniers Garlovingiens s'étaienf laissé dépouiller de presque tous leurs domaines, à une époque où la possession territoriale mesurait pour chaque homme son importance et sa valeur. Hugues Gapet, dont les riches domaines étaient situés au cœur du pays, là où les deux races s'étaient le plus intimement unies, devait, par la force des choses, arriver un jour au trône. Il était duc de France, comte de Paris et d'Orléans, en outre, suzerain nominal du Maine et de l'Anjou. Tel fut le noyau du véritable royaume de France. Les domaines des grands vassaux, en s'ajoutant peu à peu au domaine royal, finiront par constituer, avec le temps, l'unité du territoire.

Il ne faut pas chercher dans le règne de Hugues Gapet d'autres faits importants que son élévation môme et les résistances perpétuelles des seigneurs. Une guerre qu'il soutint contre Gharles de Lorraine, frère du dernier Carlovingien, finit à son avantage. Il fut moins heureux contre quelques seigneurs du Midi. On peut du reste juger sa situation à leur égard, par un mot de l'orgueilleux Adalbert, comte de Périgord. Hugues lui demandait : Qui fa fait comte ? il répondit : Qui fa fait roi ? Jamais les rois n'auraient pu triompher de ces insolents vassaux, s'ils n'avaient eu l'appui et la consécration de l'Église. G'est ce qui explique le soin que prirent les six premiers Capétiens de faire sacrer leurs fils de leur vivant. L^hérédité de la couronne fut encore une conséquence naturelle de l'hérédité des fiefs, parce que la couronne elle-même était considérée comme un fief.

Lk royauté de Robert^ fils de Hugues Gapet, ne fut pas plus respectée que celle de son père (996). Ce prince avait été, comme Othon III d'Allemagne, élevé par le savant Gerbert, qui, depuis, fut pape sous le nom de Sylvestre IL Robert était très-pieux, et cependant il eut avec le pape Grégoire V de fâ-

1. Ce samom de Capet lui Tint probablement de la chappe d'abbé de Saint-Martin de Tours qu'il aimait & porter.

cheux démêlés, au sujet de son mariage illégal avec Berth de Bourgogne, sa cousine. U encourut l'excommunication; puis, voyant ses plus fidèles serviteurs s'éloigner de lui, la famine et la peste désoler son royaume, et tous les peuples tomber dans une terreur superstitieuse, à cause d'une^'ancienne tradition qui fixait la fin du monde à Fan 1000, il consentit à renvoyer Berthe. Plus tard, il épousa Constance d'Aquitaine, princesse d'un caractère impérieux et violent, qui fit le malheur de sa vie. Elle introduisit à la cour les mœurs élégantes, mais frivoles du Midi, et la langue des troubadours se fit entendre dans le Nord pour la première fois.

Robert hérita du duché de Bourgogne^ par la mort de son oncle Henri, frère de Hugues Gapet (1002). Il mourut dans sa soixantième année, et ses sujets le regrettèrent à cause de sa bonté. Poète et musicien, il avait composé des hymnes que PËglise a conservées ; mais son caractère était trop faible pour soutenir le poids d'une couronne.

Henri /«' (1031) avait été sacré du vivant de son père; néanmoins la reine Constance voulut élever au trône Robert son plus jeune fils, qu'elle préférait. Henri ayant vaincu la rébellion avec le secours de Robert le Magnifique, duc de Normandie, concéda comme apanage» à son frère Robert, le duché de Bourgogne. C'est alors que commence la première maison capétienne des ducs de Bourgogne, qui s'éteignit sous Jean le Bon. Le petit-fils de Robert, Henri de Bourgogne, fonda le royaume de Portugal.

Henri l^ eut encore à combattre les seigneurs, qui lui opposaient son autre frère, Eudes, prince d'un naturel vicieux et d'une intelligence bornée. Pour reconnaître les services de Robert le Magnifique, il aida le fils de celui-ci, Guillaume le Bâtard, à se mettre en possession de son héritage. Plus tard, inquiet de l'ambition croissante du jeune duc, il se déclara contre lui, mais sans succès. De son temps, tout le midi de la France obéissait au puissant duc d'Aquitaine, Guillaume V.

Au milieu de ces déchirements, le peuple souffrait cruellement des guerres féodales incessantes, et l'Église, ne pouvant détruire le mal, voulut au moins l'atténuer en instituant la Trêve de Dieu (1041). Les hostilités, absolument interdites pen-

1. Apanage, de apanare^ donner du pain. Il est à remarquer que les apanages constitués par les princes régnants, en faveur de leurs puinés» remplacèrent les anciens partages de la monarchie.

dant PAvent et le Garôme, étaient en outre défendues, le reste de l'année, depuis le mercredi soir jusqu'au lundi matin^ Plus de quatre-vingts synodes, dans les divers pays de l'Europe, décrétèrent cette sainte paix. Sous la protection du pape et l'autorité du roi, des associations armées s'organisèrent de toutes parts pour faire respecter la trêve dç Dieu et en punir les violateurs. Ces associations, qui n'excluaient personne, servirent à préparer le double mouvement des communes et des croî-

De son mariage avec Anne de Russie, Henri avait eu le fils qui lui succéda, Philippe /«'(1060). c Sous le règne de celui-ci, le moyen âge parait oa: ^oute l'énergie de sa jeunesse, l'âme toute religieuse, le corps tout - aroa e et l'esprit aussi vigoureux que le bras*, i Mais il fut dans la destinée du nouveau roi, trop jeune d'abord et trop insouciant toujours, de voir s'accomplir, sans, y prendre aucune part, les grands événements de son temps : la conquête de l'Angleterre et celle du midi de l'Italie par les Normands, la fondation du royaume de Portugal par Henri de Bourgogne, la lutte du sacerdoce et de l'empire, enfin la première croisade.

Baudouin !•', comte de Flandre, tuteur du jeune Philippe, laissa paisiblement Guillaume le Bâtard ou le Conquérant s'emparer de TAngleterre (1066), lorsque cette conquête devait rendre le duc de Normandie beaucoup plus puissant que son suzerain, le roi de France. Après la mort de Baudouin, son fils Robert le Frison, et Richard, son petit-fils, se disputèrent le comté de Flandre. La mère de Richard implora le secours de Philippe, qui fut battu par les Flamands près de Cassel (1071), et fit ensuite la paix avec le Frison, en épousant Berthe de Hollande, sa belle-fille. Il ne fut pas plus heureux dans la protection qu'il accorda au fils atné de Guillaume le Conquérant, Robert Courte-Heuse, qui voulait forcer son père à lui céder la Normandie. Les prétentions des deux rois sur le Yexin français amenèrent une guerre plus sérieuse. Déjà môme Guillaume s'avançait vers le domaine royal, quand il fut mortellement blessé au sac de la ville de Mantes (1087).

Philippe ne savait pas contenir ses passions. A l'âge de quarante-deux ans, il répudie Berthe, sa femme légitime, et enlève Bertrade de Montfort à son époux, Foulques d'Anjou. Ce scandale attira sur sa tête les foudres de TÉglise» qu'il méritait

1* Ghtteaobriaiid.

d'aîllears pour avoir trafiqué honteusement des bénéfices ecclésiastiques. Excommunié au concile de Glermont (1095), il témoigna plus tard du repentir et s'éteignit sans bruit (1108).

HUiiolre de VigUM^ »« oMBlème «lède.

L'histoire religieuse de ce siècle s'ouvre par le pontificat du savan Gerbert, Sylvestre II (999) , qui conçut la première pensée des croisades, et par Tinfluence bienfaisante de saint Odilon, qui fut cinquante ans abbé de Gluny. Le monde féodal tombait dans le chaos. Usant de sa dictature morale , TËglise institue la Trêpe de Dieu et les associations de la Paix, service immense rendu à Thumanité. Elle prit sous sa protection ce qu'il y avait de plus faible et de plus vulnérable, les femmes, les pèlerins, les marchands , les laboureurs avec leur charrue et leur bétail. Cependant le clergé lui-môme, chargé des liens de la féodalité , en proie à la simonie, complice jusqu'à un certain point de la corruption générale des mœurs, perdait avec son indépendance, le sentiment de sa mission. Un ancien moine de Cluny, saint Grégoire VIIj l'afiTranchlt de la domination abusive des princes du temps (1073); il le régénéra en condamnant, avec l'approbation publique, tous les désordres et tous les scandales. On peut dire qu'alors prirent naissance l'unité morale et le droit public de l'Europe, arec la distinction bien définie des deux pouvoirs. Les peuples que la paix commençait à enrichir, entreprennent, avec une pieuse reconnaissance, de restaurer ou de bâtir à neuf d'innombrables églises. Suivant l'expression d'un vieux chroniqueur, le monde, changeant d'aspect, semble se vêtir de ces constructions nouvelles comme d'une blanche parure. Le style roman ou à plein cintre, qui joint la simplicité naïve à la grandeur, est le type généralement admis à cette époque. Il y eut donc une première renaissance des arts et des lettres, surtout en Normandie. Deux Italiens, deux moines de l'abbaye du Bec, montent successivement sur le trône archiépiscopal de Cantorbéry. L'un était le bienheureux Lanfranc, le défenseur de la présence réeUe dans l'Eucharistie, contre Topiniàtre Bérenger; l'autre saint Anselme, philosophe et théologien profond, que l'on peut regarder comme le père de la scolasiique. Deux ordres nouveaux, très-sévères, apparaissent : celui des Chartreux, avec saint Bruno; celui de Ctteaux, avec saint Robert. Enfin, la chrétienté pacifiée et animée d'un même enthousiasme, s'élance à la croisade où l'appelait le pape Urbain IL Godefroy de Bouillon , né Français et fils de sainte Ide, fonde le royaume de Jérusalem (1099).

Ké^line féodal.

Depuis la conquête de la Oaule par les Franos et le partage qui en fut la suite, il y eut deux sortes de terres, les alleux ou biens allodiaux qui ne devaient rien à personne, étant le fruit

mSTOmE DU MOYEN AGE. 255

immédiat de la conquête, et les fiefs ou terres féodales^ concédées parle chef à ses k'ijtdes ou fidèles, à titre de récompense» et sous l'obligation de l'hommage et du service militaire. Il arriva que les propriétaires d'alleux détachèrent, à leur tour, certaines portions de leur domaine pour les céder à d'autres moins riches, toujours sous la condition de redevances 4éterminées. PluMeurs même firent volontairement hommage de leur propriété à quelque homme puissant, pour obtenir sa protection. Le seigneur féodal portait le nom de suzerain^ ses subordonnés celui de vassaux ou feudataires^ c'est-à-dire possesseurs de fiefs. Le titre de vassal n'avait rien de déshonorant, la terre étant la base de tous les devoirs comme de tous les droits. Ainsi donc, ce genre de relation s'étendit successivement dans toute l'Europe, et devint la loi générale de presque tous les pouvoirs. L'hérédité des fiefs, consentie par la faiblesse des successeurs de Gharlemagne, fut Torigine an système féodal; les châteaux forts en furent le rempart et le soutien.

Le vassal était tenu envers son suzerain à des obligations de diverse nature. Outre les redevances pécuniaires qui pesaient sur lui, il devait, en toute occasion, défendre l'honneur, la liberté, la vie de son seigneur. Avant d'entrer en possession de son fief par héritage ou autrement, il en faisait hommage à genoux, la tête nue et sans épée. Il prêtait serment de fidélité à son suzerain, et recevait de lui Vinvestiture ou droit de jouissance. S'il manquait à ses serments, il pouvait être dépossédé comme traître ou félon, par la sentence de ses pairs ^ siégeant en cour de justice. D'un autre côté, le suzerain, sous peine de perdre ses droits, devait à son vassal aide et protection, et Voilà pourquoi la condition de vassal fut généralement recherchée, dans un temps où les lois étaient impuissantes et les guerres continuelles. Mais trop souvent aussi le contrat était violé par le plus fort, et la suzeraineté dégénérait en tyrannie à l'égard des vassaux. Entre autres privilèges, le seigneur ou baron avait la plénitude du pouvoir judiciaire (haute et basse justice) dans toute l'étendue de son domaine.

Au milieu de tant de souverainetés enclavées les unes dans les autres, l'industrie et le commerce languissaient, faute de communications libres et de sécurité. Mal abrités derrière les remparts ruinés des villes, les artisans et les marchands avaient à craindre la violence des hommes de guerre, et pendant longtemps aussi, ils redoutèrent les invasions des féroces Normands, Sarrasins et Hongrois. Quant aux vilains^ gens des fer-

gl

fflSTOIRE DU MOYEN AÇB-

mes ou des villages, leur dépendance était absolue ; ils vivaient attachés au sol, sous le nom de serfs de la glèbe ; ils en faisaient pour ainsi dire partie, ils en suivaient les mutations et les vicissitudes. Cependant, grâce au christianisme, Pexistence civile et religieuse leur restait, avec la jouissance d'un nom et d'une famille. Aussi, tandis que l'esclavage antique avait dépeuplé \q monde, le servage du moyen âge nourrit et accrut la population des villes et surtout des campagnes.

Une des conséquences les plus fâcheuses du régime féodal fut d'absorber dans la hiérarchie commune, à cause des terres qu'ils possédaient, les évoques, les abbés, les ecclésiastiques de tout ordre. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que la liberté, étouffée par l'organisation féodale, existait réellement au sein de PÉglise. L'homme de la naissance la plus obscure, le serf môme, pouvait prendre rang dans le clergé régulier ou séculier; parvenir, s'il avait du talent et de la vertu, au gouvernement des plus riches monastères, à l'épiscopat, aux honneurs suprêmes de la pourpre romaine et de la tiare. Saint Grégoire VII était, on s'en souvient, le fils d'un charpentier.

Synchronismes.

Voir, pour les éTénements aatériears à 1066, les synchronismes de la cinquième période, page 243.

1066. Les Normands en Angleterre;

bataille d'Hastings; Guillaume

le Conquérant.

1071. Bataille de Cassel ; Robert le

Frison.

1073. ÀTénementdu pape Grégoire VII

(Hildebrand).

1076. Première gwrre des investit^

i077« L'empereur Henri IV s*humilieà

Ganossa.

1084. Prise de Rome par Henri IV. —

Ordre des Chartreux; saint

Bruno.

1085. Mort de saint Grégoire VII à

Salerne. — Dissolution des Seldjoucides de Bagdad. — Exploits de Rodrigue Diaz ou le Cid, en Espagne.

1086. Les Almoravides en Espagne.

1087. Mort de Guillaume le Conqué-

rant; Guillaume II le Roux, roi d'Angleterre.

1094. Henri de Bourgogne en Portu-

gal.

1095. Concile de Clermont; première

croisade; le pape Urbain II et Pierre TErmite.

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