‹ Abrégé chronologique de l'histoire universelleChapitre 130 sur 254 · POUVOIR ROYAL ET TIERS ÉTAT · texte numérisé non relu

POUVOIR ROYAL ET TIERS ÉTAT

FRANcas (1108-1328).

Pour ne pas interrompre le récit des croisades, nous avons dû, dans la leçon précédente, laisser de côté les histoires particulières. Nous reprenons maintenant le règne de Philippe /««• au point où nous Tavons laissé , lorsque ce prince, en lutte avec le saint-siége, contenait, non sans peine, les révoltes et les usurpations des seigneurs. Il s'associa, en 1099, son fils Louis le Batailleur, depuis Louis VI dit le Gros. Celui-ci déploya une grande activité, punit les rebelles, protégea les opprimés et rendit quelque éclat au pouvoir royal.

En arrivant au trône (1108), Louis VI ne possédait pas plus du vingtième de la France actuelle. La féodalité enveloppait de toutes parts le domaiiie de la couronne, et les puissants comtes de Flandre, de Champagne, de filois et d'Anjou, les ducs de Bourgogne et de Normandie, égalaient ou éclipsaient Louis VI par leurs richesses et par l'étendue de leurs domaines. Les six villes et comtés de Paris, Orléans, Étampes, Melun, Dreux et Sens, formaient la meilleure part du petit royaume. Dans ses limites habitaient les seigneurs indociles de Montlhéry, de Montfort l'Amaury, de Montmorency, du Puiset, contre lesquels le roi eut souvent à guerroyer. Son ministre, l'abbé Suger, fils d'un pauvre serf, élevé comme lui-même par les moines de Saint-Denis, le seconda avec autant d'habileté que d'énergie. On vit alors les habitants des villages, conduits par leurs curés, marcher sous la bannière de leur patron contre les oppresseurs du peuple.

Toutefois, ces luttes n'auraient pas sauvé de Tobscurîté le nom de Louis VI, si le mouvement des communes n'avait donné à son règne une grande importance. En même temps, les écoles de Paris commencent à briller d'un vif éclat ; théologiens et philosophes discutent avec ardeur. Saint Bernard combat les dangereuses doctrines d'Abélard, et réduit son adversaire au silence.

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t. AffftranehiMieineiit de* eomnNuiefl.

Le régime féodal s'établit difficilement dans les provinces du midi de la Loire^ qui regrettaient les l^res institutions dont elles avaient joui sous les Wîsigoths. La plupart des villes s'administraient elles-mômea : Arles, Toulouse, Montpellier, Narbonne, contenaient dans leurs murs une bourgeoisie fière de sa richesse et de ses privilèges. En Flandre et en Artois, Paisance acquise par le commerce avait produit les mêmes effets. Mais dans le centre de la France, où Ton ne connaissait encore ,quf3 deux ordres, la noblesse et le clergé, Témancipation de la bourgeoisie devait s'accomplir un demi-siècle plus tard.

Gomme nous Tavons dit, les croisades hâtèrent Taffranchissementdes communes; car beaucoup de seigneurs turbulents et intraitables périrent dans ces expéditions lointaines, et beaucoup d'autres, pour se procurer l'argent dont ils avaient besoin, transigèrent avec leurs vassaux^ Ce fi^t dans la première mqitié^du douzième sièfde, que. les villes de iVoyow, de S^int'Qmntin^ de LaoUj de Beauvc^iSy ^q Sçissons^ à^ Amiens^ à^ÀbbemUej 6,q SairU'Riquier, de Sens et de Reims conquirent leur indépendance^ chacune isolément et sans quMl y eût d'accord entre elles.

L'origine des communes parait remonter aux ghildes des^ Germains ou confédérations par sermenti usitées chez ce peuple., Les habitaqts d'une ville CQnstituée en commune cessaient par là môme d'être taillables et corvéables à merci. La charte obtenue du seigneur local leur garantissait certains droits, tels que celui d'élire un magistrat municipal et des conseillers nommés échevins, 4'entourer la ville de murailles et d'élever un be^roi, au ^n duquel, en cas d'alerte, ils prenaient les armes et se réunissaient sur la place publique^ Louis le Gros et ses successeurs ne prirent à cœur ni de combattre ni de favoriser l'émancipation communale; souvent ils octroyèrent des chartes à prix d'argent. Gepeqd^t, par la force des choses, les villes érigées en communes devaienjb échapper ii la domipation des seigneurs pour pas^r sous l'autorité repaie, et le temps n'était pas loin oh les successeurs de Louis s'appuieraient sur la bourgeoisie én>ancipée, pour abattre la féodalité. ^

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». €fruerre« et lévàMlèii.

Louis YI eut des guerres à soutenir contre ses poissants voisins d'Angleterre et d'Allemagne. Il proftégeait Guillaume Cliton, fils de Robert Gourte-Heuse, dépossédé airtrefois du duché de Normandie par son frère Henri !•», roi d'Angleterre. De là enti'e les deux rois, qui avaient déjà combattu au sujet de la ville de Gisors^ une seconde guerre <{ue signala àûe rencontre peu sanglante à Brenneville (1119).

Cinq ans plus tard (1124), Heùrî V d'Allemagne, beau^père et allié du roi d'Angleterre, envahit la France et s'avança jusqu'à Reims. Mais Louis, faisant appel àjses v^saux et aux comjnunes affranchies, put réunir une a!rmée de 200 000 hommes, avec laquelle il força les Allemands à repasser le Rhin. Ge ftit là son plus glorieux succès.

Avant de mourir, le roi de France eut la^oie de marier son fils, qui devait lui succéder, avec Éléonoré, fille et héritière de Guillaume d'Aquitaine, Cette princesse apportait en dot à son mari, la Guyenne, le Poitou, le Limousin, la Gascogne, la Biscaye, en un mot, une grande partie des provinces situées au midi de la Loire.

s. lNNilbdélM«l0tniie jnmiie.

Louis Vll^ dit le Jeune (1137>, négligea les conseils de son ancien précepteur, Suger, l'abbé de Saint-Denis. Son règne ne fut pas heureux. D'abord, dans une guerre engagée contre Thibaut, comte de Chaihpagne, la ville de Vitry fàt iùcendiée, et 1300 personnes périrent dans une église, oti elles avaient cherché un refuge (1142). Quelques annéeà après ce désastre, Louis, cédant à l'éloquence de saint 3oTnard, conduisait une armée en Asie (1147). On a vu plus haut la déployable issue de cette expédition.

Pendant l'absence du roi, Suger, qui avait inutilement déconseillé la croisade, gouverna le royaume, et la sag% fermeté de son administration lui valu't le titre de père de l(t patrie. Il mourut en 1151, sans pouvoir prévenir une grande mite que le roi allait commettre. Éléonore d'Aquitaine avait ftuivi l'armée en Orient, et gravement blessé son mari par lâr légèreté de sa conduite. Sur la demande de Louis, le C(àicile%be Beaugenoy annula leur mariage (ll5t). Ailssitôt, pour se ven-

igi,

ger, Éléonore épouse Henri Plantagenet, comte d'Anjou et duc de Normandie, lui livrant, avec sa main» les riches provinces qui formaient sa dot. Appelé deux ans plus tard au trône d'Angleterre, en vertu des droits qu'il tenait de sa mère MatMlde, fille d'Henri I^i*, le comte d'Anjou fut dès lors un vassal beaucoup plus puissant que son suzerain. C'est ainsi que Louis VU prépara, sans le savoir, une rivalité qui devait, pendant plusieurs siècles, ensanglanter TEurope occidentale. Le reste de son règne fut rempli par des démêlés et des guerres avec Henri Plantagenet. Il reçut et protégea Thomas fiecket, archevêque de Gantorbéry, persécuté par le roi d'Angleterre ,

4. Philippe Jkn^amte (tfl9»-ittS). Agrandlftaenieitt du donuMliie r^yai.

Louis Vi et Suger avaient relevé le pouvoir royal en combattant vigoureusement les oppresseurs du peuple. Philippe- Auguste (1180), fils de Louis YII et d'Alix de*Champagne, sa troisième feoome, affermit avec éclat la monarchie des Capétiens. Dès rftge de quinze ans, excité par les grands souvenirs de Charlemagne, il fît valoir les droits de sa jeune épouse, Isabelle de Hainaut^ sur le comté d'Artois, et, par la conquête du Vermandois, recula les limites de son domaine jusqu'à la Somme. Comme son père, il soutint les fils d'Henri II dans leur révolte obstinée.

Cependant, on put croire que les deux royaumes allaient se réconcilier^ lorsqu'on vit Philippe Auguste et Richard Cœur de lion, successeur d'Henri Plantagenet, se croiser ensemble (1190). Mais nous avons raconté plus haut que la concorde ne fut pas de longue durée, et que le roi de France, revenu le premier de la Syrie, s'entendit avec Jean sans Terre, le plus jeune des fils d'Henri Plantagenet, qui voulait enlever la couronne à son aîûé. Le long emprisonnement de Richard favorisa ce complot déloyal. Lorsque le roi d'Angleterre eut enfin recouvré sa liberté, il se vengea par des victoires et deâ barbaries. Philippe usait de représailles. Une trêve fut néanmoins conclue, et Richard alla se faire tuer devant le château de Chalus, en Limousin (1199).

Versi la môme époque, le royaume de France étoit frappé d'interdit, parce que Philippe avait renvoyé arbitrairement sa seconde femme, Ingelburge de Danemark, pour épouser Agnès de Méranie. Il résista longtemps aux justes rigueurs dxK

GooQle

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pape Innocent III, et consentit avec beaucoup de peine à reprendre Tépouse, victime de son caprice.

Une nouvelle croisade, la quatrième, eut lieu en 1202. Philippe n'y prit aucune part, sans doute à cause des graves intérêts qui le retenaient dans son royaume.

Après la mort de Richard, Jean sans Terre s'était emparé du trône, au préjudice d'Arthur de Bretaig^e, fils de Geoffroy, son frère aîné. Le jeune prince disparut bientôt, et le bruit se répandit que son oncle, qui le tenait captif à Rouen, l'avait tué et pi'écipité dans la Seine. Philippe somma le roi Jean, son vassal, de venir se justifier devant ses pairs, comme duc de Normandie et d'Aquitaine. Il refusa de comparaître, fut condamné pour félonie, et le roi de France confisqua sans retard la Normandie^ VJtÊfOu^ le Maine et la Touraine (1204). Peut-être même auraitil conquis l'Angleterre, si le pape Innocent III n'avait pris ce royaume sous sa protection.

Trop lâche pour vider seul sa querelle, Jean sans Terre parvint à former une ligue redoutable, dans laquelle entrèrent Othon de Brunswick , empereur d'Allemagne, Ferrand, comte de Flandre, et beaucoup d'autres puissants seigneurs, la plupart ennemis de l'Église. En ce pressant danger, Philippe Auguste eut recours, comme Louis VI, à ses fidèles communes, dont les milices rivalisèrent de courage avec les plus vaillants barons. Ayant à ses côtés les héros de la chevalerie française, Mathieu de Montmorency, Enguerrand de Goucy, Guillaume des Barres, donnant lui-même à tous l'exemple du courage, il gagna sur les confédérés une grande victoire à Bouvines^ entre Lille et Toumay (1214). La journée de Bouvines sauva l'indépendance de la France et celle de la royauté; elle causa dans tout le royaume une joie extraordinaire. En même temps, le fils de Philippe Auguste mettait en fuite le roi Jean, près de la Loire ; bientôt môme il va passer en Angleterre, et disputer la couronne à l'ennemi de son père.

ft. Cfruerre ékem Albl^eoUi.

Le Midi de la France, qui différait profondément du Nord par les origines, la langue et les mœurs, cherchait alors à se créer une nationalité distincte. L'hérésie faillit consommer la séparation; car les peuples du Languedoc, corrompus ou eni- ^Tés par une civilisation hâtive, avaient embrassé l'erreur des manichéens, subversive de toute religion et de toute morale. On

nomma les hérétiques Albigeois^ Pîf^ce cru'ils étaient fort nombjpeux ^^ns l€ diocèse d'Àlbl. Ils persécutaient les catholiques Fjssjiés ^dèles, les prêtrps et les teligieux. En vain saint Berr nard, en vain Innocent IIL ce grand pape qui soutenait avec tant 4' énergie l'unité de l'Eglise" ayaient-i}s prêché et menacé: « réloauence et 1^ sainteté ne leur imposaient jpas *. » Ils cofupt^ient d'aîlleijrs sur la protection du puissapt comte dp Toufoi^se, Raymond VI. et sur cellp du vicomte de Béziers, Raymond-Rogef . Lé légat du Saint-Siège, Pierrp de Castelnau, ayant été assassiné sur les botds du Rhône (1208). Innocei^t excommunia le comte de Toulouse et fit prôpher une croisade côptre les Albigeois.

Beaucpup'de seigneurs répondirent à Tappel du souverain pontife. Parmi eui on dîsfinguaît Simon de Montfort, grand capitaine, animé d'une foi ardente, maïs ambitieux et impitoyable, fl s'était signalé par ses exploits dans la auatrième croisade. Des passions sauVaj^es et des inimitiés de race fendirent la lutte terrible et s^glante. Ainsi, la prise des villes de Béziers et de Carcassonne par le^ croisés fut souillée d*horribjes massacres. Après avoir obtenu la dépouille du vicomte de Béziers, Simoij de Montfort yainquit, à ifuret^ avec une poignée d'hommes, les armées réuhies de Raymond VI et du roi d'Aragon (12131. Quelqifes années plus tard, investi du comté do Toulouse, le cnéf de la proisade fut tué en faisant le ^iége de sa pouvelle capital^, aiiiluf avait échappé (1218). Soijfils, Amâury de Montfort, ne réussit pas à se maintenir. Innocent III avait pfotégé contre l'acharnement des croisés le vieux Raymond VI et son fils qui prit le nom de Raymond VIL Gelui-ci entra en ppssession des Etats qu'avait reconquis son père, et, comme lui, encourut l'excommunication. La lutte continua dbne sous les deux règnes £u|vants, jusqu^à ce que les principaux fiefs du Midi eussent été réunis à la éouronné. Il faut remarquer qu'à cette époque prit naissance ie tribunal de V Inquisition, institué par le quatrième concile de Latran (1215), pour rechercher et punir les hérétiques.

Philippe Auguste ne voulut pas intervenir directemept dans la croisade contre les Albigeois ; il permit néanmoins à son ils dp marcher contre Raychôn^ VII. Politique consommé, administrateur vigilant, ami éclairé de l'Église et des communes, il faisait ren4r|B la justice en son nom, dans ses domaines, par

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