M. Michelety Histoire de France
fflSTOIRE DU MOYBN ÂGB. 275
dôs magistrats nommés hailHs, qui tenaient leiir^ ^çises mie lois par mois. Il régla, de concert avec InnoQent III, les statuts de IWniversité de Paris, corporation savate, enrichie d^ précieuses immunités (1215); elle sortit de la jouQtipQ dq î'^col^ palatine, fondée par Charlemagne, ay^c Tépolq épisQopale. Paris dut encore à Philippe Auguste ses murailles, son pavé, le vieux Louvre, Fhôtel-Dieu, les archives et la cathédrale fie Notre-Dame, presque achevée. Enfîn, par ses acquisitions et sa mémorable victoire de Bouvines, il lut, pqur ^|nsi dire, le fondateur de la monarchie, c Avec lui, la royauté (^^viept fran* çaise. »
•. Iioultt I3L le mt^ni (t99ll-|i«i#).
Louis VIII, fils et successeur de Philippe i^ï^^^ste (1223), surnommé le Lion, enleva au roi d'Angleterre le Pottou, le Limousin et le Périgord, Amaury de Montfort lui ^yant cédé ses droits sur le comté de Toulouse, il conduisit une puissante aimée dans le Midi, s'empara d* Avignon et de Carpassonne^ puis, la campagne terminée, vint mourir au château de Monir pensîer, eu Auvergne (1226).
Bktnéhe de Castille, petite-fille par sa mère d'Éléonore d'Aquitaine, avait donné à Louis VIII onze enfants, dont Talnô fut ûaint Louis. Comme il avait à peine douze ans, elle se trouva chargée de la régence, et sa fermeté déconcerta les coupables espérances que les seigneurs avaient fondées sur la faiblesse d'une femme et d'un enfant. Thibaut, comte de Champagne, Pierre Mauclerc, duc de Bretagne, Raymond VII, comtp de Toulouse, firent avec le roi d'Angleterre une alliance que Blanche eut lé talent de rompre par force ou par adresse. La bourfeoisie de Paris lui prêta dans le péril un appui dévoué. En 229, un traité avantageux mit fin à la guerre des Albigeois. . Raymond Vn, vaincu une seconde fois, donna sa fille unique, Jeanne, en mariage au comte de Poitou, fils de Louis ¥111; il leur assurait son héritage avec réversibilité à la couronne, s'ils n'avi'ent pas d'enfants.' Blanche procura également de dignes alliances à ses autres fils* Louis IX épousa Marguerite de Provence, fille du comte Raymon4 Bérenger, et la soçur cadette de cette princesse, Béatrix, héritière du comté, donna plu» tard sa main à Charles d'Anjou, frère du roi de France.
Lorsque saint Louis eut atteint l'âge de vingt et ^n ani (1336), Blanche lui remit l'autorité dont elle avait fait un si ooble
usage, et le jeune prince se montra digne de l'éducation virile et chrétienne qu'il avait reçue. La guerre se rallume encore dans le Midi, où Alphonse de Poitiers, gendre du comte de Toulouse, avait peine à se faire reconnaître. Hugues, comte de la Marche, s'allie avec Henri III, roi d'Angleterre. Aussi vailr lant qulï était pieux, Louis défait l'armée anglaise aux deux batailles de Taillebourg et de Saintes (1242); mais loyal et délicat jusqu'au scrupule, il rendra plus tard à Henri III le Limousin, le Périgord, TAunis et la Saintonge, qui auraient été un sujet perpétuel de guerre entre les deux couronnes.
Nous avons dit précédemment dans quelles circonstances saint Louis entreprit la septième croisade, où il devait trouver tant de malheurs et tant de-^loire. La reine Blanche fut de nouveau chargée de la régence, et elle Pexerça avec sagesse et fermeté jusqu'à sa mort, qui eut ûv^Ji en 1252.
Louis revint alors de la Palestine et se ootixsacra tout entier au bien de ses sujets. Sa conduite se résume en ces jabots sortis un jour de sa bouche : Tout powr justice! Les guerres ^lorivées furent suspendues par le maintien sévère de la trôve\nommée Quarantaine le Roi; le duel judiciaire, aboli dans le abmaine royal, y fut remplacé par l'instruction criminelle. Un càde ou recueil, publié sous le nom d'' Établissements^ réunit aux jpres criptions des lois romaines et ecclésiastiques les coutumeâ de l'Ile-de-France. Mais l'œuvre la plus importante de saint Loçis, c'est la transformation du Parlement en cour souveraine de ; tice royale. S'il n'ôta pas aux barons un privilège dont ils Bb\ saient trop souvent, du moins il institua un tribunal impartia auquel les vassaux pouvaient recourir, lorsqu'ils avaient à plaindre de leurs premiers juges. Pour atteindre ce but, il ap pela dans le parlement des légistes^ qui firent du droit une science véritable. <juatre grands bailliages^ établis dans le royaumej recevaient lesappels des justices seigneuriales et ressortissaiej eux-mêmes au parlement.
Toutes lés classes étaient en progrès. Le servage avait prel que disparu ; mais l'association était partout. Les artisans dal les villes, les laboureurs dans les campagnes, formaient à\ corporations libres s'administrant elles-mêmes.
La France jouissait donc d'une paix et d'une prospérité qu'elll n'avait jamais goûtées, lorsque Louis, passionné pour la gloire) du martyre, entreprit une seconde croisade, qui fut ]a dernière de ces héroïques expéditions (1270). Nous avons vu qu'il mourut devant Tunis.
Un écrivain célèbre * a dit de Louis IX : Il n^est pas donné à Vhomme de porter la vertu plus loin. Sa sainteté lui concilia l'obéissance volontaire des peuples et le respect des étrangers, qui le prenaient pour arbitre ou apaiseur dans leurs querelles. Il fit aimer et vénérer pour de longs siècles le caractère royal. On le voyait souvent, en été, s'asseoir au pied d'un chêne dans le bois de Yincennes, et rendre familièrement la justice à tous ceux qui venaient se plaindre. Les arts, l'instruction, la charité eurent une grande part de son zèle. Il fit élever la Sainte- Chapelkp chef-d'œuvre de l'art ogival, pour loger dignement la couronne d'épines de Jésus-Christ et d'autres reliques insignes ; il créa la Sorbonne* et l'hôpital des Quinze-Vingts.
Sous son règne, la langue française devint plus régulière et plus polie' : Joinville laisse Villehardouin bien loin en arrière pour la clarté et le charme de la narration. L'idiome du Nord et celui du Midi ne sont plus deux langues différentes. Avec Thibaut, comte de Champagne, disparait le dernier écho des troubadours et des trouvères ; mais le récit allégorique et satirique va prendre la place qu'il laisse vacante, et le long poème du Roman de la Rose est commencé sous saint Louis^
y. Philippe III le Hardi.
Après la mort de son père devant Tunis, Philippe III le Eardi (1270) revint en France, conduisant les débris de l'armée Jet les cercueils de sept de ses parents, victimes de la contagion. Le domaine royal acquit alors le comté de Toulouse, héritage d'Alphonse de Poitiers, mort en Afrique, sans laisser de postérité. 11 s'accrut encore du Valois^ devenu vacant par la ffj^tt de Jean Tristan, dernier fils de saint Louis. Philippe III chercha ensuite à faire prévaloir les droits de ses neveux, les infants de La Cerda, au trône de CastiUe. Il échoua dans cette enti^eprise; mais il maria son fils Philippe avec Jeanne, hérit&ètre de la Navarre.
:La guerre d^ Aragon fut la plus importante du règne de Philippe III. Charles d'Anjou, frère de saint Louis, «prince avide ■d'acquérir de quelque part que ce fût, » avait été appelé au U'ône dé Naples par les papes, en lutte avec la maison de Ho-