‹ Abrégé chronologique de l'histoire universelleChapitre 162 sur 254 · Italie · texte numérisé non relu

Italie

Les principaux États de l'Italie, à cette époque, étaient: Milan^ Gènes, Venise^ Florence, Rome, et le royaume de Naples. Cette belle contrée, avec ses grands souvenirs, semblait de loin un asile réservé au culte des Muses, aux jouissances du luxe et des arts. Mais sans parler de la décadence des mœurs, que de causes partout de faiblesse et de servitude ! Les petites souverainetés fourmillaient du nord au sud ; les guerres, sans être sanglantes, étaient continuelles; des bandes de soldats mercenaires, nommés condottieri, entretenaient les hostilités pour vivre, ou désolaient les campagnes en temps de paix, par leurs brigandages.

Milan, autrefois gouvernée par les Visconti , était alors au pouvoir des Sforze, qui descendaient d'un simple condottiere. GcUéas Sforza, politique habile et sans scrupules, eut pour ami Louis XI, bien que la famille royale de France fût alliée aux Visconti, depuis le temps de Charles YI. Après qu'il eut péri assassiné, son fils, encore enfant, resta sous la tutelle de sa mère. Bonne de Savoie. Mais celle-ci ne put se défendre longtemps contre les entreprises de Ludovic 1$ More, oncle du jeune prince, qui s'empara d'abord de la ré-

gence et, bientôt après, fit jeter son nevçu en prijson. Ludovic se sentant menacé et haï de toutes parts, appela le roi de France Charles VIII à son secours.

Venise la dominante S comme elle se nommait elle-même, avait beaucoup perdu de sa puissance depuis l'invasion des Turcs en Europe. Le Péloponèse ^t la plupart de ses colonies d'Orient lui avaient échappé ; mais elle conservait Candie, et elle venait d^acquérir l'Ile de Chypre en mariant une jeune patricienne, Catherin^ Gornaro, au dernier des Lusignan. Son gouvernement oligarchique se maintenait avec énergie. Gênes, au contraire, déchirée par les factions, allait au-devant de la domination étrangère. Louis XI ayant rejeté dédaigneusem^nt Poffre que lui firent les Génois de se donner à lui, Ludovic le' More reçut leur ville des mains de Charles VIII à titre de fief.

Florence se reposait de ses agitations sous le gouvernement des Médicis. Cosme /«" le père de la patrie, avait eu pour successeurs, d'abord son fils Pierre (146^), ensuite Laurent et Julien, ses petits-fils (1469). Malgré leurs bienfaits, ils eurent des ennemis acharnés, surtout dans la famille des Pazzi. Ceux-ci assaillirent un jour Laurent et Julien dans la cathédrale, pendant le saint sacrifice (1478). Julien fut frappé mortellement, et Laurent, sauvé comme par miracle, conserva l'autorité avec l'amour des Florentins; il mérita le titre de Père des Muses par son goût pour les lettres et les arts. Comme son aïeul Cosme I^i', il attira près de lui les savants grecs chassés de Constantinople, afin de raviver dans sa patrie l'étude de Tantiquité. On vit à sa cour une brillante réunion de poètes, d'écrivains et d'artistes, grands admirateurs des lettres païennes. Les mœurs publiques, déjà gâtées par le luxe et les richesses, se perdirent de plus en plus. D'un autre côté la famille des Médicis avait épuisé sa fortune à force de libéralités, et Florence pour leur épargner une banqueroute, voulut elle-même payer leurs dettes, ce qui hâta sa propre ruine.

Cependant, les regrets et l'admiration du passé vivaient toujours dans quelques cœurs passionnés pour la démocratie. Un moine dominicain, Jérôme Savonarole, s'efforça de réveiller Florence par ses ardentes prédications. Parlant tout à la fois en tribun et en prophète, il menaçait l'Italie des plus grands malheurs, si elle ne s'affranchissait du joug de ses tyrans et ne

1. w C'est la plus triomphante cité que j'aie jamais vus, disait Commines, qui plus sagement se gouverne. »

revenait à des mœurs plus chrétiennes. Savonarole parvint enfin à renverser Pierre, successeur de Laurent (1^94), et à rétablir les institutions républicaines; mais après le passage de Gharie;^ YIII à Florence, abandonné par le peuple à la haine de ses ennemis, il périt sur un bûcher.

Rome. Les papes qui avaient fait d'inutiles efforts pour sauver Gonstantinople, travaillaient sans relâche à préserver l'Italie, que ses dissensions et sa mollesse laissaient sans défense. Ni^ colas V et Calixte III prêchèrent vainement la croisade contre les Turcs. Héritier de leur zèle, Pie 11^ Phomme le plus savant de son époque, put armer F Albanais Scanderbeg et réunir une , ^e; mais il mourut dans le port d'Ancône, au moment où il allait partir pour la Grèce à la tôte de sa croisade (1464). Depuis lors, la politique du Saict-Siége s^abaisse sensiblement, du moins pendant un temps. Quelques papes songèrent surtout à l'agrandissement de leur famille, conduite que Ton a flétrie du nom de népotiîfM ". D'autres enfin employèrent, pour relever l'autorité pontificale, des moyens purement humains. On accuse Alexandre VI d'avoir été jusqu'au crime.

Le royaume de Naples n'avait pas encore trouvé le repos après tant de luttes entre les deux maisons d^Anjou et d'Aragon. Jeanne II, dernière princesse de la maison de Duras, adopta successivement Alphonse F d'Aragon et René d'Anjou, Le premier vainquit son rival, et ses libéralités envers les poètes et les artistes lui valurent le surnom de Magnanime. Quand il fut mort (1458), l'Aragon échut à son frère Jean II, et là Sicile à son fils naturel Ferdinand /«, qui se fit détester par sa tyran« nie. Jean de Galabre, fils de René d'Anjou, en voulant revendiquer la Sicile, fut vaincu dans une grande bataille à Trdia (1462). Le parti angevin releva bientôt la tète, lorsque la mort de Ferdinand (1494) eut laissé le trône à son fils Alphonse 11^ que son despotisme rendit encore plus odieux aux Siciliens.

Page 1