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DÉCOUVERTES GÉOGRAPHIQUES

Le mouvement imprimé aux esprits par Tinvention de l'imprimerie et par la propagation des livres de toute espèce, préparait l'Europe aux grandes entreprises. Devinant d'autres terres au delà de l'océan Atlantique, le génie de l'homme méditait de franchir cette mystérieuse immensité. La boussole, probablement apportée en Europe par les Arabes^ en donnant aux navigateurs un guide Infaillible, facilitait les voyages, jusque-là bornés presque exclusivement au bassin de la Méditerranée; aussi Venise et Alexandrie avaient-elles eu le monopole du commerce de l'Orient au moyen âge. Les Portugais devinèrent les premiers une autre route pour arriver aux Indes. Exclus par leur position géographique de l'isthme de Suez, ils résolurent de tourner rAfrique, que les anciens connaissaient à peine jusqu'au cap Bojador.

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L'inftint Don Henri, fils de Jean !•' d'Avis, dépassa le premier cette limite (1417) et découvrit 111e de Madère. La connaissance des îles du cap Vert, des Àçores, du Sénégal et des côtes de la Guinée, vint récompenser les efforts de ses compagnons, et ouvrit aux Portugais une carrière magnifique. Quelques années plus tard (1486), Barthélémy Diax apercevait Textrémité méridionale de TAfrique, et le roi Enmia- Buel le Fortuné changeait le nom de cap des Tourmentés en celui de Banne-Espérance.

Mais le héros de la marine portugaise fut Vasco de Gama qui, le premier, douhla le cap de Bonne-Espérance et pénétra dans la mer des Indes (1498). Il eut à vaincre toute sorte d'obstacles, les écueils, des tempêtes effroyables, la malveillance des indigènes et des Arabes, jusquMors maîtres du commerce de ces mers inconnues. Inébranlable dans ses desseins, Gama fonda les premiers établissements portugais sur la côte orientale de l'Afrique, à Sofala, à Mogambiquey à Mélinde, et fit voile pour les Indes, où sa flotte, en vingt-trois jours, le transporta devant Calicut, Le roi ou zamorin de ce pays Taccueillii d'abord favorablement^ puis bientôt^ excité par les Arabes, il tendit des pièges au. Portugais, qui demanda du secours à sa patrie. Advarès Carhral, envoyé avec des renforts, échoua sur la côte du Brésil (1500), et connut ainsi, par hasard, une partie de ce continent^ que le génie de^ Ck)Iomb avait révélé au monde depuis huit ans.

Albuquerque, Pun des successeurs de Vasco de Gama, et comme lui &me héroïque, triompha de la ligue qu'avaient formée contre sa patrie, Venise, Alexandrie, les Arabes et le zamorin de Calicut, tous intéressés à lui fermer la mer des Indes. Il remporta sur leurs flottes coalisées une grande victoire, à l'entrée du détroit de Bab-el-Mandeb (1508), fit de Goa la capitale des établissements portugais dans les Indes, et doubla le cap Comorin. A sa mort, ses compatriotes avaient pénétré jusqu'à ifatacca; ils étendirent ensuite leurs conquêtes jusqu'à Macao, aux Moluques et au Japon. L'extrême Orient devint alors leur domaine.

i9i Cette époque si glorieuse pour le Portugal a été immortalisée par le poète natîonial Camoêns^ qui, dans son poème des Ltuiades, publié e|i 1572, célébra, non plus lea héros mythologiques ^ mais les navigateurs Vaâco de Gama et AlbuquerquQ| dont les exploits merveilleux 4Ui«ot e& effet dignes de Tépopée.

t/Bipagft» nu leslA pas en irrièit; elUi tut même 1» honst foxua» 4'*tfe servit par Qvmtipkê^ Cokmlit U aAvigatew juro^igieux. du qt^aiième ai4cle.

Christophe Colomb naquit à Gênes en 1441 ^ et, dès son e&fiunoe» U $e

livra avec une ardeur passionnée à l'étude des sciences mathématiques, ^es voyages qu'il fit développèrent encore ses talents et ses vues. Des observations profondes ramenèrent à penser que la t^rre étant ronde, on devrait, en marchant toujours vers l'ouest, rencontrer l'extrémité des Indes, qui n'avait pas encore été atteinte du côté de l'est. Son enthousiasme religieux, digne d'un autre ftge, lui faisait entrevoir pour la foi de magnifiques conquêtes. Possédé de cette conviction, il parcourut pendant plusieurs années toutes les cèurs de l'Europe, s'adressant successivement à divers souverains pour obtenir d'eux secours et protection. Il voulut d'abord doter Gênes, sa patrie, de ce monde inconnu ; il soumit ensuite ses idées au roi d'Angleterre, l'avare Henri YII, qui recula devant une expédition si coûteuse. Le roi de Portugal, Jean II, et le roi de France, Charles VIII, préoccupés d'autres entreprises, firent peu de cas de ses projets. Colomb vint enfin en Espagne^ où, pendant huit ans, avec une constance admirable, il supplia les Rois catholiques de lui fournir quelques vaisseaux : toutes leurs ressources étaient alors employées contre les Maures. Colomb, forcé d'ajoufner son entreprise, attendit des temps meilleurs. Lorsqu'enfin Grenade eut été forcée, la reine Isabelle emprunta cent mille francs à des négociants espagnols, et put prêter à Colomb trois vaisseaux : Sainte-Marie, la Pinta et la Nigna, avec lesquels il partit à la rechercha du nouvel hémisphère (1 492).

De longues épreuves lui étaient réservées. Ses matelots, efi'rayés d'une traversée sans fin, engagés sur un océan inconnu, le fatiguaient de leurs plaintes et de leurs reproches. Il leur montrait du doigt l'horizon, où son génie apercevait un monde avant que ses yeux ne l'eussent pu voir. On marchait toujours. Des astres nouveaux étonnaient les navigateurs, et l'immensité seule apparaissait devant eux. Un jour , vint que l'équipage furieux se révolta contre son chef et menaça de le jeter à la mer; Colomb demanda trois jours seulement pour tenir ses promesses. Le soir du troisième, au milieu d'une nouvelle révolte, on entendit le matelot en vigie crier : terre t terre I Un rivage parais' sait à l'horizon; les plus mutins se jetèrent alors aux pieds de Christo phe Colomb, et pleins de repentir^ implorèrent leur pardon aveo des larmes.

C'était le 11 octobre 1492. L'île que Ton venait d'apercevoir ainsi, appelée Guanahani par les indigènes, reçut de Colomb le nom de San Salvador (Lucayes). Les Espagnols prirent possession du pays, et visitèrent ensuite l'île de Cuba y puis Ba^iti (Saint-Domingue), où Colomb établit le siège de son gouvernement. Les habitants accueillirent aveo une douceur mêlée de crainte ces hommes blancs, qui disposaient à leur gré de la foudre; car pour les étonner, Colomb avait fait tirer devant eux quelques coups de oanon. Ils apportèrent de l'or, «t indiquèrent aux Espagnols les lieux d'où ils tiraient ce précieux métal, éveillant innocemment une avidité qui leur devint si funeste dans la suite.

Le retour de Colomb en Espagne fut un véritable triomphe. Le^ Eois

catholiques le firent asseoir près d'eux ; il leur oflfrit les présents de leurs nouveaux sujets, et raconta avec une noble simplicité tous les incidents de son expédition. Mais l'envie devait abreuver d'amertume les jours de ce grand homme. Dans un second voyage, entrepris Tannée suivante (1493), après avoir découvert la Dominique, la Guadeloupe, la JamcÉiquey il fut accusé injustement par ses ennemis de s'approprier les trésors du nouveau monde et de mal administrer la colonie ; il eut la douleur de voir les terres qu'il avait conquises passer sous Tautorité d*un autre vice-roi.

Colomb entreprit encore deux autres voyages, toujours traversé par les hommes, mais soutenu par la Providence ; il découvrit la Trinité, rîle Marguerite et le nord de VAmérique méridionale. Chargé de fers, accablé par les plus cruelles disgrâces, la mort d'Isabelle, sa bienfaitrice, acheva de le désoler. Il mourut deux ans après elle, en 1506, et l'Espagne crut réparer son ingratitude en écrivant sur sa tombe, à Séville : Colomh a donné un nouveau monde à la CastiUe et à Léon.

L'injustice qui poursuivit Christophe Colomb pendant sa vie, lui enleva, après sa mort, la gloire de donner son nom au nouveau continent. Le Florentin Améric Vespuce dressa les premières cartes de ce pays, et les Européens, voyant toujours son nom au bas de ces cartes, prirent l'habitude d'appeler le continent Amérique. D'autres navigateurs conçurent l'ambition des découvertes. Colomb n'avait guère connu que les lies; Sébastien Cabot, Vénitien d'origine, envoyé avec son père par le roi d'Angleterre Henri VII, longea toutes les côtes orientales de FÂmérique du Nord. L'illustre Génois s'était trompé en considérant l'Amérique comme la prolongation des Indes * ; Batboa aperçut le premier V Océan Pacifique, et reconnut que l'Amérique est un véritable continent (1513).

En 1519, un aventurier d'une audace et d'un génie extraordinaire, Femand Cortex, partant de l'île de Cuba avec six cents hommes, dixhuit chevaux et quelques pièces d'artillerie, renversa l'empire du Mexique, le plus puissant du nouveau monde, fit périr les deux derniers empereurs Montéziuna et Guatimozin, et donna au roi d'Espagne Charles-Quint, « plus d'États que ces ancêtres ne lui avaient laissé de villes. » En 1533, un autre soldat de fortune, Pixarre, profita des découvertes du Portugais Magellan, qui avait fait le premier le tour du monde; il parvint au delà de l'Equateur dans la mer du Sud, suivi de trois cents hommes et d'une douzaine de petits canons. Le Pérou, où il débarqua, avait pour capitales Cuzco et Quito, villes magnifiques, gouvernées par des Incas, fils du SoleiL La nombreuse armée de l'Inca Atahualpa fut mise en déroute, tant était grande la frayeur causée aux indigènes par la cavalerie et les armes à feu. Atahualpa paya une im-

1 . Cette erreur de]Golomb explique le nom à*Indet OecidentaUs, donné soavent aux Antilles, et la dénomination d*Indi9nt laissée aux Américains du Mord.

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jnense rançon et périt néanmoins dans les tortures; car la barbarie des Espagnols égalait leur audace. AlmagrOf lieutenant de Pizarre, pénétra bientôt après jusqu*au Chili; de vastes possessions s'ajoutèrent à la couronne de Charles-Quint. Un frère de Pizarre ayant descendu . l'immense fleuve des Amazones, son récit merveilleux, encore embelli par l'imagination des Européens, fit naître la fable de VEldorado, pays fortuné que sillonnaient des ruisseaux de lait et de miel, où For et l'argent étaient plus communs que les pierres.

Ces conquérants espagnols, haineux et jaloux, se firent presque tous périr les uns les autres. Mais il faut renoncer à décrire les atrocités auxquelles ils se livrèrent, les flots de sang qu'ils répandirent dans ces pays, où ils trouvaient des hôtes inofiensifs et tant de richesses! Les Indiens, soumis à d'énormes tributs, assujettis au travail des mines, trop pénible pour leur faible constitution, succombèrent par milliers. L'Amérique allait devenir un désert ; les vainqueurs eurent alors recours à un moyen plus criminel cent fois que toutes leurs violences. Ils allèrent enlever sur la côte de Guinée des nègres qu'ils achetaient pour exploiter la terre et les mines, horrible trafic, qui fut Torigine de la traite des noirs. Cependant les malheurs du Nouveau Monde excitèrent ]a pitié de quelques âmes généreuses. Le vénérable LaS'Cas€kSf évoque de Chiapa, traversa plusieurs fois l'Océan pour supplier Charles-Quint de s'intéresser au sort des Indiens. Mais que^ pouvaient des efforts individuels en faveur de tout un peuple opprimé? La race conquise aurait complètement disparu, si le dévouement des missionnaires, venant en aide aux gouverneurs, n'eût calmé le désespoir des vaincus, et créé pour ainsi dire le nouveau monde en l'initiant aux bienfaits de la civilisation chrétienne. Alors enfin, on put exécuter les instructions de la cour et celles du Conseil des Indes. L'œuvre de la colonisation fut poursuivie avec une force, une persévérance et un éclat qui n'ont jamais été surpassés.

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