I. PREMIÈRE PARTIE DES GUERRES^ D'iTAUE. FRANCE
Les guerres d'Italie embrassent une période de soixante-cinq années, de 1494 et 1559. La France y joue le rôle le plus important et, sous Charles YIII et Louis XII, cherche à prendre pied dans le royaume de Naples et dans le Milanais. La seconde partie de ces guerres (1515-1559) se confond avec la rivalité de François I»' et de Charles- Quint ; on voit ces deux souverains se disputer l'Italie, comme si l'empire du monde eût été réservé à celui des deux qui resterait possesseur de la péninsule. Conquêtes stériles, désolation d'un beau pays, sacrifices prodigieux d'hommes et d'argent» voilà quel parait ôtre, au premier abord,
le résultat de nos expéditions aa delà des Alpes. Mais Pimpnl* aion féconde qu'elles donnèrent aux lettres et aux arts dans notre pays, compensa jusqu^à un certain point le malheur de tant d'efforts inutiles.
fl. Ckarles TXII ea Italie (1494<449€i).
Charles VIII fut appelé en Italie par Ludovic Sforza le More, qui voulait, avons-nous dit, enlever le duché de Milan à son neveu Jean Galéas. Les prétentions du duc d'Orléans sur le Milanais et celles de la maison d'Anjou sur le royaume de Naples, auraient déjà fourni au jeune roi le prétexte qu'il cherr chait; car cette entreprise était la chimère dont se repaissait son imagination romanesque. Héritier de René d'Anjou, Louis XI avait prudemment renoncé à ses droits c afin, disait-il, de s'épargner un long [repentir. > Son fils ne résista pas à l'appel de Ludovic et, comme on l'a vu plus haut , préludant à une conquête douteuse par des sacrifices réels, il franchit les Alpes, au mois d'août 1494, après avoir confié la régence à sa sœur Anne et à son mari, le sire de Beaujeu, devenu duc de Bourbon.
L'armée de Charles YIII était composée de 50 000 hommes. Français, Bretons, Gascons, Suisses, Allemands et Écossais. L'infanterie avait pour armes Tarbalète et l'arquebuse; Tartillerie, la meilleure qu'il y eût en Europe, ne comptait pas moins de cent quarante pièces de bronze. Toute la noblesse, chevaliers et gens d'armes, se portait avec enthousiasme vers un pays dont le climat, les productions et la richesse excitaient Tadmiration ou l'envie. Malheureusement la cruauté des mœurs y égalait la licence et la corruption des esprits ; on n'entendait parler que de perfidies, d'assassinats et d'empoisonnements. Le dominicain Savonarola annonçait à Florence, depuis quatre ans, que le roi de France était désigné de Dieu pour châtier l'Italie et punir les vices qui la déshonoraient.
Pierre de Médicis s'empressa de conclure avec le roi de France un honteux traité, par lequel il lui remettait les places fortes de la république. Le peuple, indigné de sa lâcheté, le chassa, tandis que Pise se déclarait indépendante. Charles VIII entra dans Florence, et voulut y parler en maître. La maladresse de sa conduite fut sur le point de provoquer une révolta populaire, qu'il prévint par un accommodement De là il marche sur Rome, où il se montre en triomphateur. Le peuple et les oar^ dinaux le sollicitaient de déposer Alexandre VI Borgia, qui a'é-
tait réfugié au Vatican ; mais la crainte d'un schisme et ses rêves ambitieux décidèrent Charles YIII à traiter avec le chef de TÉglise. Ne songeant à rien moins qu'à conquérir Gonstantinople ot Jérusalem, il se fit remettre le frère du sultan Bajazet II, Zisim» dont U comptait revendiquer les droits pour lui-même ; mais à peine entre ses mains, le malheureux prince mourut, peut-être empoisonné,
La conquête du royaume de Napîes ne coûta aux Français pour ainsi dire aucun effort ; les villes effrayées ouvraient leurs portes à la première sommation. Alphonse II, aussi lâche et aussi cruel que son père, abdiqua en faveur de son petit-fils Ferdinand 11^ bientôt trahi lui-même par son général Trivulce, qui se Tendit aux Français. Charles entre à Naples avec un appareil magnifique, au milieu des acclamations du peuple; il y prend le titre d'empereur d'Orient, le globe, le sceptre et le manteau de pourpre,
•. JBAtonie «« voFBOve (MtM).
Le succès fut aussi éphémère qu'il avait été brillant et ra^ pide. Tandis que Charles YIII se livrait follement à la joie des fêtes et que Içs déprédations de son armée irritaient la Sicile, une ligue formidable se forma derrière lui. Les Vénitiens, l'empereur Maximilieu d'Autriche, le roi d'Espagne Ferdinand le Catholique, jaloux des succès de la France, entrèrent dans cette coalition. Vainement Commines, que Charles VIII avait envoyé h Venise, le pressait de revenir sur ses pas; il s'y décida enfin mais, lorsqu'il n'était plus temps de prévenir le danger. Laissant un faible corps d'armée à Gilbert de Montpensier, nonamé vice-roi de Naples, Charles VIH s'avance avec 8000 honomes seulement contre les confédérés, qui en avaient réuni plus de 40 000 au débouché des Apennins. La bataille de Formue (1495), en ouvrant le passage aux Français, combla Charles VUI de gloire; mais après tout, il n'avait conquis qu'une retraite. Gilbert de Montpensier, attaqué par Gonzalve de Cordoue, le grwd eapUaimy général du roi d'Aragon, ne put tenir contre des forces sui^ôrieures,; U suocon^Mi bientôt à une maladie contagieuse, et d'Aubigny ramena en France les débria de son armée.
Charles VIII mourut d'accident en 1498. «Petit de corps et grand d« cœur, » dit Commines, sa bonté l'avait fait tellement chérir de ses eerviteurs que plusieurs, dit-on, ne purent lui
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sunriyre. Gomme il ne laissait pas d'enfants de la reine Anne, la couronne passa des Valois directs à la branche d'Orléans. Son successeur fut Louis d'Orléans, filsde Charles, qui descendait de Charles V au troisième degré; il devait être Tunique roi de sa maison (Voir la généalogie des Valois à la fin du volume).
s. I<l»ul0 XII (t499-tMft).
Louis XII, alors qu'il était duc d'Orléans, avait joué le premier rôle dans les troubles de la minorité de Charles VIII ; une fois sorti de prison, sa fidélité ne s'était pas démentie. On pouvait craindre en le voyant monter sur le trône, qu'il n'eût gardé le ressentiment de ses anciennes disgrâces ; mais il calma toutes les appréhensions par cette belle parole : Lfi roi de France ne venge pas les injures du duc d^Orléans. Secondé par son vieil ami, le cardinal d'Amboise, archevêque de Rouen, qui fut son preiïiier ministre, il entreprît d'utiles réformes dans Tadministration de la justice et la levée des impôts. Les soldats furent assujettis à une discipline sévère ; le Parlement put au besoin faire entendre ses remontrances ; les villes jouirent librement de leurs anciennes franchises.
Le duché de Bretagne risquait de nouveau d'être séparé de la couronne de France, si Louis XII, accomplissant un acte de rigoureuse politique, n'eût répudié Jeanne de Valois, fille de Louis XI, princesse disgraciée de la nature, mais tendrement attachée à son mari. La veuve de Charles VIII, Anne de Bretagne consentit à lui donner sa main, et ce mariage prépara l'u- 'nion définitive du duché à la France. Après avoir prononcé Ja nullité du premier mariage de Louis XII, le pape Alexandre VI, promit encore à ce prince d'appuyer ses droits sur le royaume de Naples et sur le Milanais. Louis réclamait le duché de Milan comme petit-fils de Valentine de Visconti, dont la famille avait été renversée par les Sforze. Une armée de 30 000 hommes, commandée par le maréchal de Trivulce, franchit donc les Alpes et pénétra en Italie sans rencontrer d'obstacles (1499). Le duc de Savoie et les Vénitiens, d'accord avec le pape Alexandre VI, prêtaient leur concours aux Français, si bien que la conquête fut achevée en vingt jours. Louis XII vint faire son entrée solennelle à Milan^ et Ludovic le More alla chercher un asile aiïjprès de l'empereur d'Allemagne, son gendre.
Cependant le gouverneur Trivulce eut bientôt mécontenté cette population milanaise si mobile et si prompte à la révolte.
Le duc exilé, reparaissant avec une armée de Suisses mercenaires^ parvint à rentrer dans sa capitale. De son côté, Louis XII leva promptement une seconde armée qu'il envoya au secours de Trivulce, sous les ordres de la Trémouille ; 15 000 Suisses mercenaires en faisaient partie. Quand on fut en présence, les hommes des Cantons qui servaient sous le duc de Milan, refusèrent de se battre contre leurs compatriotes, et finirent par le livrer à ses ennemis, Ludovic le More, transporté en France, y vécut dix ans captif et mourut au château de Loches, sans mériter un regret.