Expédition «le Maples (t5«i
Après la conquête du Milanais, Louis XII conçut la malheureuse pensée de faire revivre les prétentions de Charles VIII sur le royaume de Napies. Il s'allia d'abord imprudemment avec son compétiteur le roi d'Aragon. Une armée française descendit des Apennins, tandis que Ferdinand le Catholique faisait occuper toutes les places du roi de Napies, son parent, sous prétexte de venir à son secours. Frédéric III, promptement dépouillé, fut obligé d'accepter Tasile que Louis XII lui offrait avec une pension. Les deux souverains se partagèrent ensuite son royaume : le roi d'Aragon prenait le sud, les Français le nord. Mais cette injuste conquête ne pouvait engendrer que guerre et discorde. Une contestation s'éleva au sujet des troupeaux qui paissaient sur des terrains en litige, et Ferdinand, fidèle à sa politique d'astuce, amusa son rival par des promesses, en même temps qu'il envoyait des renforts à son général Gonzalve de Cordoue, bloqué dans BarUtta (1502).
Tout parut tourner à la fois contre Louis. La mort d'Alexandre YI, vieil allié des Français (1503), fit bientôt passer le trône 'pontifical à Jules II, leur ennemi. Trois armées mises en campagne n'éprouvèrent que des revers : Gonzalve les battit aux deux journées de S^inara et de Cérignoles. Malgré lesglo-^ rieux faits d'armes des capitaines français, d'Aubigny, La Pa- * lisse, Louis d'Ars et Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche^ on perdit le royaume de Napies, après une dernière défaite essuyée sur les bords du Garigliano (1503). Le traité de Blois(lbOk)^ qui termina cette malheureuse guerre, faillit causer }a ruine de la France. Louis consentait à marier sa fille Claude avec Charles de Luxembourg, depuis Charles-Quint, petit-fils du roi d'Espagne et de l'empereur Mazimilien ; elle
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apportait en dot à son éponx la Bretagne, la Bourgogne et le Milanais. Ce traité inexplicable fût sans doute suggéré par la reine Anne, trop intéressée à la grandeur future de na fille et à l'indépendance de sa chère Bretagne. Heureusement, les Ëtats généraux de Tours refusèrent de sanctionner le démembrement du royaume (1506). Louis, déférant avec joie au vœu de l'Assemblée, prit alors le meilleur parti : ce fut de fiancer la jeune princesse, sa fille, héritière de la Bretagne, à François d'Angouléme, héritier présomptif du trône. Cette union devait attacher pour toujours la Bretagne à la France.
ft. Iilffne «le CamlbrAl (flft«S).
Après avoir réprimé une révolte de la ville de Gênes, Louis XII allait abandonner l'Italie ; de nouveaux événements l'y retinrent. Le pape Jules II, passionné pour l'indépendance de sa patrie, avait à cœur de délivrer la péninsule des Barbares^ c*est-à-dire des étrangers. Il demanda aux Vénitiens de le seconder dans cette entreprise et de restituer d'abord certaines villes de la Romagne qu'ils avaient envahies. Sur leur refus, le pape se déclara contre l'orgueilleuse république et prit part à la plus étrange coalition qu'on pût imaginer. L'empereur, les princes italiens, le roi de France, les rois d'Espagne et de Hongrie, qui tous avaient à se plaindre de la politique de Venise, se réunirent contre cette cité de marins et de marchands, et formèrent une ligue dite de Cambrai, La bataille à^Agnadel que Louis XII gagna sur l'armée vénitienne, fit le plus grand honneur à son intrépidité (1509). Cependant Maximilien échoua devant Padoue; Jules II, désarmé par les promptes soumissions de la république, se retira de la lutte; Venise acheva de se sauver par une résolution héroïque. Voyant qu'il lui serait impossible de défendre toutes ses possessions à la fois, elle sacrifia ses États de terre ferme et se retrancha dans ses lagunes. Elle devint dès lors inattaquable ; mais ce dur sacrifice ruina sa puissance continentale. Presque en même temps, la défaite de ses flottes par les Portugais (1508), à l'entrée du détroit de Bab-el-Mandeb, lui faisait perdre l'empire de la mer.
e. l^a sainte lilgue (tfttt).
A peine sorti de la ligue de Cambrai qui l'avait détourné de son plan, Jules II se hâta d'en former une autre contre les Français. Il y fit entrer ces mêmes Vénitiens, nos anciens al-
liés, irrités de la conduite de Louis XU à leur égard. L'empereur Mazimilien, les rois d'Angleterre et d'Espagne ayec les Suisses, accédèrent à la sainte Ligue, ainsi nommée parce qu'elle avait pour chef le souverain pontife. Toutefois, les premiers événements de la guerre trompèrent Tespoir des coalisés. Un jeune général de vingt-trois ans, neveu chéw de Louis, Gaston de Foix, duc de Nemours, frappe nos ennemis d'épouvante par trois batailles gagnées en trois mois. Mais vainqueur à Ravenne (1512) de l'armée italienne et de l'infanterie espagnole, la meilleure de l'Europe à cette époque, il périt au milieu de son triomphe : Gaston de Foix avait passé avec la rapidité de la foudre dont l'histoire lui a laissé le nom '. Quelques mois après cette grande perte, les Français étaient obligés d'évacuer la Lombardie et d'abandonner la ville de Gènes, soulevée de nouveau contre eux. Ferdinand enlevait, au même moment, la Na-» varre espagnole à Jean d'Albret, allié de Louis XII. Celui-ci, en réunissant contre le pape une assemblée d'évêques schismati^ ques, avait provoqué la convocation du concile de Latran, qui frappa pour un temps son royaume d'interdit.
Le successeur de Jules II, Léon X, de la famille des Médicis, continua d'abord la même politique à l'égard des Français. De leur côté, l'empereur Maximilien, Henri VIII et Ferdinand resserrèrent leur alliance par la ligue de Malines. Qne dernière tentative de Louis XII pour reconquérir le Milanais aboutit à la funeste bataille de JSovare, suivie de la perte totale de l'Italie (1513). En même temps, Henri VIII débarquait à Calais avec une armée, mettait en déroule la gendarmerie française à Guinegate^ journée dite des Éperons, parce que ce fut plutôt une fuite qu'une bataille. Térouanne, et bientôt après Tournay, furent forcées de capituler, pendant que les Suisses, déjà victorieux à Novare, entraient en France, assiégeaient La Trémouille dans Dijon, et ne se laissaient désarmer que par un traité avantageux. Il était temps de songer à la paix; elle fut conclue successivement avec le pape, le roi d'Espagne et le roi d'Angleterre. Louis XII renonçait à Naples pour toujours, au Milanais pour un an; il s'engageait à payer pendant dix ans, une rente de cent mille écus à Henri VIII, dont il épousa la sœur Marie, étant veuf d'Anne de Bretagne depuis quelques mois. Du reste, il survécut peu à ce second mariage et mourut