V. Heurl III (t&94-t59e
Le duc d'Anjou, frère puîné de Charles IX et son plus proche héritier, avait quitté la France depuis un an pour chercher à l'étranger une couronne que, suivant toute vraisemblance, il ne pouvait guère espérer d'obtenir autrement. Grâce à For et aux intrigues de sa mère Catherine de Médicis, il avait été élu roi de Pologne. Mais dès quMl apprit la mort de son frère, il s'empressa d'abandonner cette t terre des Sarmates 9 dont la rudesse choquait ses habitudes raffinées.
Le vainqueur de Jarnac et de Moncontour était bien déchu de son ancienne renommée. Toujours beau, spirituel, éloquent il n'était plus d'ailleurs qu'un prince efféminé, esclave du plaisir. Malgré la gravité des circonstances, il s'attarda en Allemagne et en Italie, pour jouir des fêtes splendides données partout en son honneur. Arrivé enfin dans son royaume, au lieu de veiller à la chose publique qui menaçait ruine, on le vit s'entourer de méprisables favoris, s'oublier au milieu de ses petits chiens, de ses singes, de ses oiseaux rares, substituer à la pratique sévère des vertus chrétiennes, les petitesses d'une dévotion puérile. La fureur des partis était pourtant loin de se calmer. Il est vrai que les premiers chefs de la guerre civile avaient disparu, soit dans les combats, soit par l'assassinat; mais ils avaient laissé des héritiers. Si Henri de Guise n'avait ni la grandeur d'âme ni le génie de son pète, il succédait du moins à toute sa popularité. L'amiral de Coligny était encore mieux remplacé à la tête du parti protestant ; car, deux jeunes
princes pleins de bravoure et d'ardeur, le roi de Navarre et le jeune prince dô Gondé, après s'être échappés du Louvre, avaient rétracté leur abjuration forcée, et ne respiraient que la guerre. Les hostilités ne pouvaient donc manquer de se rallumer bientôt. On peut diviser la guerre civile, sous le règne d'Henri HI, en quatre périodes, dont les tfois premières sont marquées par les traités de iffonSièur (1576), de Poitiers (1577), de Pîeix(\bSO). Là dernière ne se terminera que sous le règne d'Henri IV, par le traité de Vervinà (1598).
9* Cinquième guerre (t&9&].
Grâce aux secours qu'il avait reçus d'Allemagne, le prince de Gondé put se montrer à la tête de quelques troupes. Une petite rencontre à Dormans^ en Ghampagne, où le duc de Guise vainqueur reçut au visage la blessure qui lui valut le surnom de Balafré, fut le seul événement de cette prise d'armes. Gondé, malgré son échec, vint rejoindre à Moulins le duc d'Alençon, qui inclinait vers le protestantisme. Un traité signé à Loches sous la médiation de ce prince, reçut le nom de paix de Monsieur (1576). On faisait aux calvinistes des concessions excessives. Le gouvernement de la Picardie pour le prince de Gondé , celui de la Guyenne pour le roi de Navarre, la liberté de conscience pour tous les protestants, quatre nouvelles places de sûreté, des chambres dans les parlements mi-parties de catholiques et de protestants, lapromesse de convoquer les États à Blois pour l'examen des griefs réciproques : telles furent les conditions dont la seule annonce excita l'indignation du parti catholique.
O. Il» lilgiie (1590).
La Picardie, oti dominait le catholicisme, se souleva contre le prince de Gondé, son gouverneur, et fonda la première cçtte association fameuse qui, se propageant de proche en proche, allait devenir la Ligue. Sans doute l'attachement profond dti peuple à la foi romaine en fut le principal mobile ; mais des passions politiques et des calculs intéressés s'y mêlèrent bientôt. Les Guises s'en firent un levier, et dénaturèrent en partie un mouvement populaire qui, dans son origine, justifia parfaitement cette belle devise : Une loy, une foy,
Henri m crut être fort habile en se déclarant le chef de la Ligue; il ne fit que lui donner plus de consistance. Le duc de
Guise, plus roi que lui-même, en resta l'âme, c La France, a dit un contemporain, était folle de cet homme-là; car c'est trop peu dire amoureuse. »
!•. Sixième et seiitlèinië f^erre.
Le prince de Condé et le roi de Navarre ayant organisé letfr armée d'une façon redoutable, la guerre continua danè lès prcfvinces, pour être néanmoins bientôt iùterromptié pat la paii de Poitiers ou àe Bergerac (151 7). En vain Henri HI se souvenant qu'il était monté sur le trôné dô Pologne et sur le trône de France le lundi de la Pentecôte, créa-t-il Vordre dU Saint-Esprit, danà Tespoir de rallier les seigneurs à sa cause (1578). Des prétextes misérables firent naître une septième guerre civile, dont le seul fait important.fut la prise de Cahors par Henri de Navarre, après un assaut de quatre jours. Au bout de six mois à peine, le traité de Fleix en Dauphiné remit en vigueur la convention dé Poitiers. La France présentait alors un spectacle désolant. D'un: côté, une cour frivole, un roi entouré d'astrologues, de pénitents ridicules et de jeunes seigneurs débauchés, que le peuplé appelait ses mignons; de l'autre, les protestants, aux manières rudes et sévères, toujours sous les armes, toujours prêts à soulever les provinces du Midi et du Centre. Des duels multipliés décimaient la noblesse autant que les combats. La famille royale méprisée allait s'éteindre ; car l'union d'Henri III avec la vertueuse Louise de Vaudemont, parente des princes lorrains, demeurait stérile. François d'Alençon, devenu duc d'Anjou; n'avait su que se rendre odieux dans les Pays-Bas, où il avait été appelé par les provinces soulevées contre le despotisme de Philippe II. Elisabeth d'Angleterre, qui n'était pas avare de pâtreilles promesses, lui avait fait un moment espérer sa main. Esprit médiocre, politique sans cœur, le nouveau duc d'Anjou, trompé dans tous ses rêves d'ambitioil> termina; obscurément une vie inquiète et malheureuse (1584).
flf. naUlème guerre, dite de» trois ikénrl [àSHà-^SM).
U né restait plus d'autre héritier l^gitîrhe de la couronne que le roi de Navarre. Descendant de saint Louis en ligne directe, ce prince était parent d'Henri III au vingt-deuxième degré seulement. Ajoutons que sa qualrcé de protestant éloignait de lui tous les catholiques et favorisait l'ambition des
Guises *. Leur parti déclara le cardinal de Bourbon, oncle du Béarnais, seul capable de succéder à la couronne, et ils renouvelèrent à Joinville, leur alliance avec Philippe II. De son côté, la reine d'Angleterre accordait quelques secours au roi de Navarre. A la veille d'une crise qui paraissait inévitable, la Ligue prit tout à coup un élan extraordinaire. C'est alors que commence laguerre des (rois Henri^ qui fut en effet conduite par trois princes de ce nom : Henri III de Valois, Henri de Guise et Henri de Navarre. La capitale était en proie à la plus affreuse anarchie. Des magistrats séditieux, qu'on nomma les Seize^ parce qu'ils administraient les seize quartiers de Paris, revendiquaient les anciennes franchises communales, préparant de loin la tyrannie qu'ils devaient exercer plus tard au nom de la liberté. Un brillant succès annonça bientôt que le parti huguenot comptait un véritable homme de guerre. Le roi de Navarre défît complètement à Coutras (1587) le duc de Joyeuse, favori d'Henri IH. Cette bataille, dont les protestants tirèrent du reste peu d'avantages, honora grandement le vainqueur, qui avait montré autant de bravoure dans l'action que d'humanité après la victoire. Mais le Balafré, à son tour, tailla en pièces, à Vimory et à Àuneau, les renforts que le roi de Navarre recevait d'Allemagne.
«2.. tournée des barricades, iftrn de Blols (iftSS).
L'enthousiasme des Parisiens pour le duc de Guise n'avait plus de bornes; on l'appelait le nouveau Gédéout un Machabée, et les princes lorrains aspiraient ouvertement à l'héritage des Valois. Leur sœur, la duchesse de Montpensier, affectait de porter à sa ceinture les ciseaux qui devaient, disait-elle, donner à Henri III sa troisième couronne, celle de moine. Henri III crut conjurer le péril en défendant au duc de Guise d'entrer dans Paris. Celui-ci ne tint aucun compte de la défense, car il savait que le peuple était pour lui. Furieux de voir leur ville occupée par 4000 Suisses, que le roi avait appelés de Lagny, les Parisiens se mirent en pleine révoljte, et assiégèrent Henri III jusque dans le Louvre, enveloppé par eux de barricades. Le duc de Guise, après avoir calmé d'un mot tout ce tumulte, se crut maître de la personne du roi, et ne craignit pas de lui dicter ses conditions. Henri, laissant à sa mère le soin d'amuser le prince
1. Les Guises prétendant descendre de Charlemagne par la maison de Lorraine, opposaient leurs droits à la postérité de Hugues Capet.
lorrain par de feintes négociatioDs, quitta furtivement sa capitale, où il ne devait plus rentrer. Cette fuite déconcerta les Parisiens, qui s'inquiétaient de savoir le roi libre et avide de vengeance ; ils lui députèrent quelques religieux pour le supplier de revenir. Le duc de Guise se trouvait également assez embarrassé de sa victoire. Une opposition à laquelle il ne s'attendait pas, lui montra qu'il mettrait difficilement la main sur la couronne de France.
Le président Achille de Harlay refusa de fléchir devant l'heureux rebelle ; et celui-ci forcé d'ajourner ses espérances, essaya de se réconcilier avec Henri III. Le roi feignit de consentir à tout, lui promit le titre de lieutenant général du royaume, s'engageant en outre à convoquer les États généraux, afin de rétablir Tordre dans l'administration et dans les finances. Mais trop vindicatif pour oublier jamais la journée des barricades^ il avait résolu de se défaire à tout prix d'un sujet si dangereux. Les Etats généraux, convoqués à Blois, ne remédièrent à rien. Henri, n'ayant pas le courage de faire juger le duc de Guise, conspira conlre sa vie, ce qui était facile, tant était grande la sécurité de son ennemi. A l'un des avis qu'on lui donna, le duc répondit hardiment : H n'oserait. La veille de Noël, comme il se rendait chez le roi, les Quarante-Cinq^ le poignardèrent dans la chambre même du prince. Son frère, le cardinal de Guise, fut tué le lendemain à coups de hallebarde.
Près de mourir, Catherine de Médicis, apprenant la tragédie de Blois, disait au roi : Cest bien coupé, mon fils, mais il faut coudre, Henri III, il est vrai, se crut alors véritablement roi de France, tandis que sa situation n'avait jamais été plus critique. Les ligueurs le chargeaient de malédictions. Bussy le Clerc, le plus audacieux, des Seize, fit déclarer lieutenant général du royaume le duc de Mayenne, frère du Balafré. Il ne restait plus à Henri Ul d'autre parti que de se jeter entre les bras du roi de Navarre : c'est ce qu'il fit sans hésiter, et la réconciliation fut sincère. Tous deux vinrent mettre le siège devant Paris, qui fermait ses portes au vilain Hérodes '. Un jeune dominicain, nommé Jacques Clément, ligueur fanatique, pénétra près d'Henri III, dont l'armée campait sur les hauteurs de Saint- Gloud, et le blessa mortellement d'un coup de poignard (1589). Celui-ci put encore manifester ses sentiments de repentir et