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Pierre le Grand

Pierre le Grand, de la maison de Romanow, avait dix ans seulement, lorsqu'il parvint au trône sous la tutelle de sa sœur, la princesse Sophie (1682). Celle-ci, ambitieuse et cruelle, essaya de le faire périr pour s'assurer le pouvoir, et Tenfant fut sauvé comme par miracle. Mais, quand il eut dix-sept ans, ayant gagné les strélitz, il confina sa sœur dans un couvent, régna d'abord avec son frère, puis seul, après la mort du paisible Iwan. Docile aux conseils de son favori Le Fort, Genevois qui avait autrefois servi en France, le jeune czar entreprit d'a- *bord de créer une marine; il enleva aux Turcs, dès 1696, la ville importante d^Azoff, Puis, afin d'initier ses sujets ignorants et barbares aux arts de la guerre et de la paix, il voulut les étudier par lui-même en divers pays de l'Europe.

Ce fut ainsi que le czar vint s'établir en Hollande, où il travailla longtemps comme simple charpentier, sous le nom de maitre Pierre, dans les chantiers de Saardam. 11 visita ensuite TÂngleterre et l'Autriche. Une révolte des strélitz le rappela en Russie. Après avoir puni sans pitié les principaux coupables, il supprima cette milice insubordonnée.

Nous avons raconté précédemment la lutte de Pierre le Grand avec Charles XII, et les avantages que le czar retira de la victoire de Pultava (1709). Môme au milieu des incertitudes du succès, il ne perdit jamais de vue ses projets de réforme. A peine remis de sa défaite de Narva, il avait songé à se rapprocher des puissances maritimes et à développer le commerce de la Baltique: alors fut fondé Saint-Pétersbourg (1703). On vit une cité magnifique s'élever comme par enchantement, sous un climat rigoureux, au milieu des marais de la Neva. Vaincu par les Turcs sur les bords du Pruth (1711) et sauvé par un traité dont sa fenune Catherine pouvait revendiquer l'honneur, Pierre enleva bientôt aux Suédois VIngrie, VEsthonie^ la Finlande ^ et reprit ensuite ses utiles voyages à travers l'Europe.

Il visita cette fois la France. Au retour, mécontent de son fils Alexis qai combattait ouvertement ses réformes, il ordonna son procès, le fit condamner à mort et, après l'avoir gracié, le laissa languir en prison, oil le jeune prince mourut subitement.

Après la paix de Nystadt (1721), qui lui assura la possession de toutes les provinces suédoises jusqu'au golfe de Finlande, Pierre le Graad ne connut plus d'obstacles à sa volonté. Armée, marine, justice, finances, manufactures, écoles, académie des sciences, il organisa tout sur le modèle des pays plus avancés, et transplanta ainsi dans ses États une civilisation bâtive, entée . sur le servage des paysans et sur les vices de la barbarie. En 1721, il abolit la dignité de patriarcbe et y substitua un synode dont il fut le véritable cbef , ce qui lui donnait un empire absolu sur la religion. Des mœurs grossières, un despotisme brutal et féroce, ternirent les grandes actions de ce prince. Il légalisa définitivement le servage (1718) en rendant les seigneurs responsables du recrutement de Tarmée et de la perception des impôts. Pierre se vantait d'avoir habillé en hommes son troupeau de bêtes ; mais la violence sauvage qu'il déploya pour transformer les mœurs de ses rudes sujets, faisait dire à Frédéric II que c'était c de l'eau-forte qui rongeait du fer. » Quoi qu'il en soit, la Russie eut désormais d'immenses frontières, grâce aux conquêtes faites sur la Baltique, sur la mer Noire et sur la mer Caspienne. Le czar enleva à la Perse le Chirvan et le Daghestan^ fit explorer la Sibérie et commença la colonisation de cette vaste contrée. Il noua des relations avec là Chine et réussit à établir une mission russe à Pékin. Cet homme extraordinaire mourut en 1725; mais ses successeurs n'ont jamais oublié qu'il leur avait montré Constantinople comme une proie réservée à leur ambition.

s. (iuceesseurs de Plerve le Orand. Catherine II.

Pendant soixante-dix ans, Tœuvre de Pierre le Grand fut continuée et développée par des femmes. Catherine I^^^ sa veuve originaire de la Livonie, avait été servante d'auberge, puis esclave du prince MenzikolT, avant de partager le trône du czar. Après la mort de son mari (1725), elle régna deux ans. Son successeur, Pierre II, petit-fils de Pierre le Grand, exila en Sibérie l'ancien favori de son aïeul, Menzikofi', qui avait oui d'un pouvoir presque souverain sous trois règnes successifs.

Le favori Biren gouverna, pendant dix ans , sous le nom

dUnn0, nièce du dernier empereur et épouse du duc de Gourlande (1730-1740). Elisabeth^ filïe de Pierre I»', s'empara de la couronne (1741), au préjudice du >eune czar Iwan^ retenu des lors en prison et plus tard assassiné. Elle sut déjouer les conspirations et repousser, les Suédois, qui lui cédèrent une partie de la Finlande. Dans la guerre de Sept aris, elle prit parti contre Frédéric II, dont les railleries l'avaient crueÙement'^ blessée.

Pierre III, fils du duc de Holstein-Gottorp et d'Aiîrie, fille aînée de Kerre I«* (1762), fut renversé Tannée même de son ayénement, par une conspiration dans lacjuelle Catherine d*Anhait, sa femme, joua le principal rôle ; il périt d'une mort tragique. Ce crime valut à Cath^ine II le pouvoir suprême, qu'elle exerça longtemps, mais avec plus d'éclat que de justice et de vertu (1762-1796).

A la mort à^Auguste ïlh électeur de Saxe, qui régnait en Pologne depuis 1733, Catherine II mit sur le trône Stanislas Poniatowski, son favori (1763). Neuf ans ans plus tard, après avoir fomenté l'anarchie dans ce malheureux pays, elle y envoie une armée sous les ordres de SouwaroÉ, et procède à un premier partage, qui lui attribua seulement la Ùvonie polonaise,avec une portion de la Lithuanie, Son complice Frédéric II, roi de Prusse, eut pour sa part toute la Prusse orientale, et Marie-Thérèse, la Gallicie, la Russie rouge et la Podolie (1772).

Le grand pape Clément XIII fut le seul souverain en Europe qui protesta contre cette monstrueuse iniquité. Catherine II laissa subsister l'ombre d'un royaume de Pologne, royaume asservi à la Russie, et destiné à disparaître bientôt par la violence et la trahison. Vainement les nobles, convaincus trop tard des vices de la constitution polonaise, essayèrent-ils de la réformer. Catherine acheva son œuvre de perfidie politique, et après deux autres partages (1793-1795), la Pologne périt entièrement, malgré les exploits du vaillant Koscîusko, qui tenta un suprême efifort. Deux victoires remportées, l'une sur les Russes, l'autre sur les Prussiens, illustrèreot le héros et sa patrie expirante. La ville de Praga tai àojée dans le sang de ses habitants par le farouche Souwaroff (1794). Dans le dernier partage (1795), l'Autriche conserva la Gallicie; la Prusse retint la Prusse roycàe avec Dantzick et le grand-duché de Posen ; la Russie acquit tout le reste, c'est-à-dire la Courlande et la Lithuanie jusqu'au Niémen et au Bug, affluent de la fistule.

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