QUATRIÈME PARTIE
L DEUXIÈME RËiSTÂURATION (1815-1830).
fl. I<oal(i SLTIII (49tS-«9t4).
Louis XVIII était rentré à Paris le 8 juillet 1815. Par une fatale coïncidence, qui se renouvelait pour la seconde fois, la France subissait alors les charges et la honte de l'occupation étrangère ; ses prétendus alliés la traitaient en pays conquis, et les Prussiens, surtout, se signalaient par leur insolence et leurs exactions. A tous les maux résultant des malheurs de la guerre vinrent se joindre les vengeances politiques, les haines et les discordes civiles et môme religieuses. Dans les grandes villes du Midi, aussitôt après le désastre de Waterloo, on avait vu le peuple, irrité par de longues souffrances, se porter à d'horribles excès. C'est ainsi que le maréchal Brune fut assassiné à Avignon, le général Ramel, à Toulouse. Le sang coula dans les rues de Nîmes et d'Uzès.
Les royalistes exaltés furent d'autant plus violents dans la réaction, qu'ils s'étaient montrés, au jour du danger, plus faibles et plus incapables. Louis XVIII ne sut pas modérer leur colère. 11 y eut de nombreux décrets de bannissement, et des sentences de mort exécutées contre quelques-uns des chefs militaires compromis dans la crise du 20 mars. Le maréchal Ney, jugé et condamné par la cour des pairs, fut fusillé le 7 décembre 1815. Quelle qu'eût été sa faute, le sang du Brave des braves n'aurait jamais dû couler sous des balles françaises. Enfin, des tribunaux d'exception, institués au chef-lieu
de chaque département sous le nom de cours prév^tàief, ont laissé, parla rig:ueur de leurs jugements, de fâcheux souvenirs.
Si on avait mieux compris départ et d'autre les nécessités du temps, le régime représentatif, inauguré parla Charte del8U, pouvait, en se développant, préparer au pays un avenir stable par le bienfait d'une liberté sagement progressive. Mais il y avait, dans les camps opposés, des souvenirs trop irritants, et tandis que les révolutionnaires obstinés ne voulaient des Bourbons à aucun prix, beaucoup de royalistes, hostiles à la Charte, rêvaient le rétablissement du pouvoir absolu. Louis XVIII, « bel esprit couronné, » assez propre par ses qualités comme par ses défauts, au rôle de roi constitutionnel^ n'avait d'ailleurs ni le cœur assez haut, ni la main assez ferme pour dominer une telle situation, et il fut réduit à osciller presque toujours entre les partis extrêmes. Cependant, deux ministres de cette époque rendirent au pays des services signalés : le duc de Richelieu, grand citoyen, qui avait obtenu de l'empereur Alexandre que la France ne fût pas démembrée ; le baron Louis, habile financier, qui sut relever le crédit public par la justesse et la fermeté de ses mesures. Mais le gouvernement avait à lutter contre la Chambre dite introuvable, plus royaliste que le roi lui«même', elle fut dissoute le 5 septembre 1816.
Une nouvelle Chambre vota, en 1817, la loi électorale^ qui attribuait le droit de suffrage à tout citoyen payant 300 francs de contributions directes. Une autre loi, celle de recrutemerU, présentée par le maréchal Gouvion Saint-Cyr, fixa les principes de l'avancement dans l'armée.
Le duc de Richelieu quitta le ministère, après avoir obtenu l'évacuation du territoire français par les troupes alliées (1818). Vint alors le duc Decazes, dont l'administration se signala par des mesures favorables à l'industrie, au commerce et à l'agriculture. En pratiquant une politique de bascule, il se maintint au pouvoir jusqu'à la mort du duc de Berry. Le malheureux prince fut frappé mortellement par un fanatique nommé Louvel, à la sortie de l'Opéra (13 février 18^0); il vécut encore quelques heures, et demanda, avant d'expirer, la grâce de son assassin. Le 29 septembre, sa veuve, Caroline de Sicile, mit au monde un fils, le eue de Bordeaux.
La mort du duc de Berry amena au pouvoir M. de Villèle, chef de la droite depuis 1815. On vit bientôt se multiplier les sociétés secrètes dites des Carbonari, et les conspirations se former au sein de Tarmée. Du reste, une grande partie de TEu-
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rope, en 1820, fut agitée par des mouvements révolutionnaires. Les princes remis en possession de leurs trônes, n'avaient pas tena les promesses libérales faites par eux, quand ils appelaient leurs peuples aux armes contre Napoléon. La révolution éclate à Naples, à Turin et en Espagne. Pour réprimer ces mouvements, un accord s'établit entre les souverains d'Autriche, de Prusse et de Russie, qui formaient, depuis 1815, une sainte allianee, et Parmée autrichienne intervint à Naples oii elle renversa un essai de gouvernement constitutionnel (1821). Elle intervint également en Piémont, avec le môme succès.
L'année suivante, le Congrès de Vérone décide la guerre d^ES' pagne. Une armée française de 100|000 hommes, commandée par le duc d'Angoulôme, neveu de Louis XVUÏ, franchit les Pyrénées, marche sur Madrid et de là sur Cadix^ où le roi Ferdinand VU était prisonnier des Certes. Les retranchements du Trocadéro sont emportés ; Cadix se rend aux Français, et Ferdinand VU put bientôt rentrer à Madrid (1823). Il reprit et conserva le pouvoir absolu jusqu'à sa mort ; mais il échoua dans tous les efforts qu*il fit pour ramener à l'obéissance les colonies espagnoles du Nouveau-Monde. Le Mexique et l'Amérique du Sud se détachèrent de leur métropole, et se constituèrent en républiques indépendantes.
Si la guerre d'Espagne fut un triomphe pour le parti royaliste, elle eut pour effet de passionner davantage l'opposition dans les Chambres et dans le pays. Puis, les royalistes euxmêmes se divisèrent, surtout lorsque Châteaubnand, ministre des affaires étrangères, eut été brusquement congédié par l'influence de M. de Yillèle, président du Conseil. L'illustre écrivain entra aussitôt dans les rangs de l'opposition, oh il se rendit redoutable (1824).
Louis XVIII mourut le 16 septembre de la môme année» Une brillante rénovation littéraire que nous aurons à indiquer dans un chapitre spécial, marqua le temps de son règne.
•. Cbarles JL (fl9t4.49S«).
Charles X, son frère et son successeur, fut sacré à Reims, le S9 mai 1825, suivant l'ancien usage de la monarchie. M. de Villèle était toujours ministre des finances et chef du cabinet. Il fit voter par les Chambres un milliard d'indemnité^ en faveur des émigrés dont les biens avaient été vendus pendant la
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révolution. Financier novateur et prévoyant, il opéra, en partie, la conversion du 5 pour 100 en 3 pour 100.
Mais deux lois, pour le moins imprudentes, l'une du sacrilège j l'autre du rétablissement d'un droit d'ainesse^ rendirent le gouvernement royal très impopulaire, et fournirent des armes aux nombreux ennemis qui conspiraientisa ruine. A roccasion d'une revue, des cris séditieux furent poussés dans les rangs de la garde nationale de Paris; M. de Villèle demanda et obtint sa dissolution (26 avril 1827). Chaque jour, Topposition grandissait dans les Chambres, dans la presse et dans le pays.
Au milieu de cette crise, notre marine et notre armée prirent une part glorieuse à Taffranchissement d'un peuple chrétien cruellement opprimé par les Turcs. Les Grecs, depuis 1821, luttaient avec héroïsme pour reconquérir leur indépendance. Nos vaisseaux unis à ceux de TAngleterre et de la Russie, détruisirent la flotte ottomane à Navarin (20 octobre 1827).
Cependant une nouvelle Chambre, dont la majorité allait lui être hostile, décide M. de Villèle à se retirer après six ans de ministère (1828). Il fut remplacé par M. de Martignac, esprit élevé et conciliant, qui paraissait propre à calmer la violence des partis contraires. Mais cet espoir ne fut pas de longue durée. Les concessions du nouveau ministre semblèrent aux uns insuffisantes, aux autres excessives. Le 8 août 1829, M. de Martignac cédait le pouvoir au prince de Polignac, dont le nom seul raviva toutes les préventions et toutes les haines. Quelques mois se passèrent en lutte ouverte avec Fopinioii publique. La Chambre des députés, présidée par M. Royer-Gcilard, adopta V Adresse des 221 : c'était le nombre des libéraux composant la majorité (mars 1830). Le gouvernement répondit par une prorogation de l'Assemblée, qui annonçait une dissolution prochaine. Enfin parurent les Ordonnances de 1830 (25 juillet), contraires aux principes constitutionnels de la Charte de 181^, et surtout à la liberté de la presse. Le peuple de Paris se soulève au cri de : Vive la Charte I et construit des barricades ; le drapeau tricolore est opposé au drapeau blanc. Après trois jours de combat (27, 28 et 29 juillet), les troupes royales, commandées par le duc de Raguse, sont vaincues, et Charles X obligé d'abdiquer (2 août).
Un mois auparavant, pour venger une insulte faite à notre consul générsd, le général de Bourmont, vainqueur des Tores et des Arabes à Staouëli, était entré dans Alger (5 juillet).
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