II. RÉVOLUTION DE
Malgré Tincontestable prospérité qu'elle avait re^dae au pays, malgré Thonuêteté de son gouvernement et les succès desapolitique étrangère, la Restauration succomba, principalen^ent à cause des malheureuses circonstances qù elle avait pris son origine. On ne lui tint compte ni des plaies qu'elle avait fermées, ni de cette tribune qui, pendant quinze ans, avait brillé d'un si vif éclat, 3a chute fut un triomphe pour les passions révolutionnaires, et le nouveau gouvernement devait avoir beaucoup de peine à les contenir.
Le duc d'Orléans, descendant en ligne directe du frère de Louis XIY, avait été nommé par Charles X lieutenant général du royaume, le 31 juillet. Le 7 août^ deux cent dix-neuf députés lui offrirent la couronne» qu'U accepta le 9. Quelques jours après, Charles X, accompagné de son fils, de son petit-fîls» des princesses de sa famille et de quelques serviteurs fidèles, s'embarquait ^ Cherbourg pour aller vivre et mourir en exil.
Quoique le nouveau roi se fût signalé sous la Restauration par ses tendances libérales, il se vit d'abord exposé à toutes les attaques des partis contraires. Les libéraux avancés le trouvaient trop timide ; les républicains voyaient en lui un obstacle. Quant aux légitimistes. Us le repoussaient comme un usurpateur. Knfin, des jeunes gens enthousiastes de la gloire de î'empire, prononçaient avec ardeur le nom de Napoléon II. Aussi, pendant les premières années, la révolution ne cessât-elle de gronder autour d'un trône mal affermi : c'étaient des émeutes continuelles, des batailles dans les rues, tantôt à Paris, tantôt à Lyon^ Le sac de Saint^ermain PAuxerrois et de rArchevôché (Ik février 1831) rappela les mauvais jours de la première révolution. L'ordre public était donc en péril, lorsqu'un homme d'Ëtat énergique et résolu, éloquent et habile, Casimir Périer, fut appelé ^ la présidence du Conseil. Par sa ferme attitude il sut conjurer les orages du dedans et du dehors ; mais la France ne jouit pas longtemps de ses services, car une attaque de choléra Tenleva le 16 mai 1832. Presque au m^me moment, la duchesse de Berry essayait de soulever la Vendée au nom de son fils. Cette tentative n'eut point de succès.
Arrôtée à Nantes au mois de novembre, puis emprisonnée à Bïayty la princesse fut rendue à la liberté Tannée suiyante.
Au debors, les Journées de juillet avaient produit une commotion profonde. Dès le mois de septembre 1830, une révolution éclatait à Bruxelles^ et la Belgique, rompant les traités de 1815, se séparait de la Hollande, Deux mois plus tard, Vanovie se soulève contre la domination russe ; un gouvernement provisoire est établi en Pologne. VltcUie^ de son côté, ne resta pas longtemps tranquille. En 1831, ModènCy Bologne et Parme donnèrent le signal d'une insurrection, qui fut réprimée par les troupes autrichiennes. Ces événements produisirent dans notre pays une vive émotion. .
Après avoir refusé la couronne que les Belges offraient à son fils le duc de Nemours, Louis-Philippe maria sa fille aînée aa roi Léopold, reconnu par la Conférence de Londres^ et assura Pindépendance du nouveau royaume contre les entreprises de la Hollande, par le siège et la prise de la citadelle d'Anven (décembre 1832). Mais la malheureuse Pologne, abandonnée à ses propres forces, soutint héroïquement une lutte inégale pour retomber sous la main de fer de ses oppresseurs : Varsovie fut prise d'assaut par le maréchal Paskevitz, le 7 septembre 1831. En Italie, Casimir Périer, voulant mettre un terme aux empiétements de l'Autriche, fit occuper la citadelle à'Ancône (février 1832). Son prédécesseur, M. Laffitte, était partisan d'une intervention plus décidée, qui aurait sans doute entraîné une guerre européenne.
D'autres questions de politique étrangère attirèrent ensuite l'attention du gouvernement de juillet. Ferdinand VII, roi d'Espagne, avant de mourir (1833), institua son héritière IsabeUe sa fille, enfant de quatre ans, sous la régence de la reine Marie- Christine. Isabelle eut aussitôt l'appui du parti <5onstitutionnel, tandis que les absolutistes se déclaraient en faveur de Pinfant don Carlos, frère cadet de Ferdinand. De là une longue guerre civile, marquée par de nombreuses vicissitudes, et qui se prolongea jusqu'à la retraite définitive de don Carlos (1839).
En Portugal, l'infant don Miguel, chef du parti absolutiste, s'était emparé du trône au détriment de sa nièce dona Maria, l'héritière légitime (1831). Son frère, don Pedro, empereur du Brésil, avait donné une charte au Portugal après la mort de leur père Jean VI (1826), et il revint en Europe pour défendre les droits de sa fille. La guerre civile engagée entre les dcni frères dura deux ans, et finit par la victoire du parti libéra
Nqqs venons de voir que la lutte fut beaucoup plus longue en Espagne. Cependant, Louis-Philippe refusa d'intervenir dans ce pays, malgré les instances de son ministre, M. Thiers. Secondé par l'habileté diplomatique du prince de Talleyrand> ambassadeur à Londres, il conclut avec l'Angleterre le traité de la quadruple alliance, qui assurait le triomphe de la royauté constitntutionnelle dans la Péninsule (1834).
On avait donc maintenu à grand'peine la paix au dehors et Tordre au dedans, en dépit de toutes les excitations révolutionnaires. Une seule guerre, mais longue et difficile, occupa une partie des forces militaires de la France sous le règne de Louis- Philîppe :ce fut la guerre d'Algérie contre les tribus belliqueuses des Arabes et des Kabyles. En prenant Alger, la Restauration avait accompli avec bonheur l'entreprise hasardeuse oh Charles Quint avait jadis échoué. Le gouvernement de juillet tint à honneur de cons'îrvep et d'étendre une conquête qui nous promettait deux cents lieues de côtes sur la Méditerranée, et pouvait compenser la perte de nos plus belles colonies. Mais on eut à vaincre une résistance opiniâtre, entretenue parle fanatisme religieux; on eut à réduire Un autre Jugurtha, l'émir Abd^l^ Kader, Les progrès furent lents et vivement disputés. Toutefois, la prise de Constantine par le général Yalée (13 octobre 1837) ajouta une belle page à nos fastes militaires.
A l'intérieur, les passions anarchiques étaient loin encore de se tenir pour vaincues. Elles éclataient par des émeiites, dont la dernière fut une tentative audacieuse de Barbés, le 12 mai 1839; elles se manifestaient par des attentats contre la vie du roi, qui se renouvelèrent jusqu'à sept fois. Le plus déplorable de tous, celui de Fieschi (28 juillet 1835) coûta la vie à de nombreuses victimes, et notaornient à un vétéran des guerres de l'emphre, le maréchal Mortier, duc de Trévise. Ce fut alors qu'on édicta contre la presse les lois sévères dites de septerfibre.
D'un autre côté, les. compétitions et les rivalités de personnes amenaient des changements continuels dans le ministère. C'est ainsi que l'étrange coalition de MM. Guizot, Thiers et Odilon- Barrot, renversa le cabinet présidé avec honneur par le comte Mole (8 mars 1839).
M. Thiers était de nouveau président du conseil et M. Gnizot ambassadeur à Londres, lorsque la ^uestiond'Omn^ (1840)faillit troubler très-sérieusement la paix de l'Europe. Méhémet^Ali, pacha d'Egypte, protégé par la France, avait enlevé la province
gi
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de Syrie au sultan Mahmoud^ et sou fils rt)rahiiïi, vainqueur à Nezib (1839), s'était ouvert la route de Gonstantinople. Méhémet, fort de notre appui, prétendait à la possessioti héréditaire de l'Egypte et de la Syrie ; mai» il rencontra Topposition de quatre grandes puissances, l'Angleterre, la Russie, la Prusse et TAutriche, qui se liguèrent en faveur de la Turquie et signèrent, à rexclusion de la France, le traité du 15 juillet 1840. Ce traité, blessant pour notre honneur et pour nos intérêts, causa dans le pays une agitation très- vive. On fit des armements considérables, on mit en état les places de guerre, on décréta les fortifications de Paris. Bientôt après, les pensées de paix prévalurent dans les conseils du gouvernement. La flotte anglaise bombarda Beyrouth et Saint-Jean^d^Acre; Méhémet-Ali fut dépouillé delà Syrie, sans que nous eussions brûlé une amorce pour le défendre. M. Thiers ayant alors quitté le pouvoir, M. Guizot prit la direction des affaires, dans le cabinet du 29 octobre.
Cette année 1840, qui vit l'humiliation de la France en Orient, est marquée par deux faits, dont on ne comprit pas alors toute la portée.
Dès 1836, le prince Louis-Napoléon, neveu de l'empereur, a^it essayé de soulever la garnison de Strasbourg. Quatre ans plus tard (6 août 1840), il renouvela sans succès la m^me tentative, fut traduit devant la cour des pairs et condamné à une prison perpétuelle ». Étrange rapprochement ! Le 15 décembre, Paris recevait avec une pompe triomphale le corps de l'empereur, qu'un fils du roi, le prince de Joinville, avait apporté de Sainte-Hélène.
Deux ans après, le duc d'Oriéans, héritier présomptif de la couronne, périssait d'une chute de voiture (13 juillet 1842); il laissa cteux fils, dont l'alné, le comte de Paris, avait quatre ans. Le cabinet du 29 octobre ne devait pas relever le drapeau de la France abaissé en Syrie. On l'accusa, au contraire, de vouloir la paix à tout prix et de faire beaucoup trop de sacrifices à Talliance anglaise. C'est ce qui arriva notamment dans l'affaire du droit de visite (1842) et dans celle de Vindemnité Pritchard (1844). La demande d'une somme d'argent destinée à ce personnage, que l'amiral Dupetit-lîiouars avait expulsé de Tditi^ parut une honteuse concession. Ni la brillante victoire à'Isly (14 août 1844) remportée par le maréchal Bugeaud sur les Marocains, ni la soumission d'Abd-el-Kader, qui se rendit au géné-
1. ht prince Loois s^échâppa en is%6, da fort de Ham où il était enfermé.
rai de Lamoricièro (1847), ni quelques conquêtes faites en Océanie ne suffirent pour consoler Famour-propre national.
Il est vrai qu'une impulsion féconde fut donnée par le gouverngment de juillet à Tindustrie, au commerce, à l'agriculture et aux travaux publics. Nous citerons seulement les lois sur Vexpropriation (1833), sur les chemins vicinaux (1836), sur les chemins de fer (1842). La loi sur VinstrfMstion primaire (1833) honore au plus haut degré son auteur, M. Guizot. 11 est juste de rappeler encore le développement donné aux salles (Vasile, la fondation des crèches, et parmi beaucoup de monuments élevés, restaurés ou achevés, le Musée de Versailles, Enfin, tandis qu'un régime assez libéral profitait à la prédication et à la charité catholique, notre diplomatie et même nos armes protégeaient les missionnaires français jusqu'aux extrémités du monde.
Cependant, vers 1846, une sérieuse agitation se manifesta de nouveau en Europe, mais surtout en Italie. Le pape Pie IX, élu le 16 juin, quinze jours après la mort de son prédécesseur Grégoire XVI, ouvrait son pontificat par une large amnistie et par des promesses de réformes accueillies avec le plus vif enthousiasme. L'année suivante (1847), il renouvela le gouvernement et l'administration, institua une assemblée des notables» une garde civique, un conseil d'État, un conseil des ministres. D'un bout à l'autre de la Péninsule s'élevèrent des cris unanimes de reconnaissance et d'amour en faveur du généreux pontife. Son exemple entraîna deux autres princes italiens : le grand-duc de Toscane et le roi de Sardaigne, Charles- Albert.
En France, au contraire, M. Guizot, satisfait du succèsrécent des mariages espagnols, qu'il avait négociés en dépit de l'Angleterre, appuyé dans la Chambre sur une forte majorité conservatrice, s'opposait à toute extension des libertés publiques. L'épiscopat et les catholiques réclamaient en vain depuis longtemps la liberté d'enseignement, inscrite en principe dans la Charte de 1830. L'opposition, de son côté, alléguant la corruption électorale parmi les censitaires à 200 francs, demandait une réforme. Sur ces entrefaites, la condamnation par la Cour des Pairs d'un ancien ministre, M. Teste, et du général Gubières, accusés tous les deux de malversations, acheva de déconsidérer le gouvernement et d'enhardir ses adversaires. Pour propager la réforme électorale , on organise partout des réunions, des banquets. Celui du douzième arrondissement est interdit par le ministère : de là, dans Paris, un commencement d'agitation populaire le 22 février (1848). Les gardes nationaux
criaient: Vive la réforme! Un grand déploiement de forces militaires répond à ces premiers mouvements. Le 23 au soir, un conflit partiel s'engage ; les barricades se dressent de tous côtés, et le lendemain 24, faute de décision, faute de commandement, une nombreuse armée se trouvait vaincue sans avoir combattu. On n'avait pas su céder à temps ; on ne sut pas mieux se défendre. Le roi Louis-Philippe, après avoir abdiqué, fut réduit à fuir avec la reine Marie-Amélie, à se cacher dans un village de la côte de Normandie, en attendant une occasion de passer en Angleterre, Porté sur le trône, en 1830, par une tempête populaire, il se voyait renversé par une autre tempête, qui menaça un moment de tout engloutir, même Tordre social!
Synchronismes.
1830. Avènement de Georges IV à la
couronne d'Angleterre.
1821. 5 mai. Mort de Temperear Napoléon I**- à Sainte-Hélène.
Don Pedro, empereur constito-
tionnel au Brésil.
Mort du pape Pie VII.
Mort de lord Byron à Mlasolonghi (Grèce).
182S . Mort de l'empereur Alexandre I*' en Russie; avènement de son frère, Nicolas I*'.
1820. Traité d'Andrinople qui arrête la marche des Russes sur.
Gonstantinople. — Émancipation des Catholiques en Angleterre.
Avènement de Guillaume IV en
Angleterre.
Élection du pape Grégoire XVI.
— Avènement du roi Charles- Albert en Piémont.
Mort du duc de Reichstadt (Napoléon II) en Autriche; de Ca- ▼ier, de Goethe et de Walter- Scott.
Agitation en Irlande provoquée par le grand orateur O' Connell.
Mort de l'empereur d'Autriche, François II; avènement de Ferdinand I*^
Mort de Guillaume IV en Angleterre; avènement de la reine Victoria.
Mort du sultan Mahmoad n.
Mort du roi de Prusse Frédéric- Guillaume III ; avènement de Frédéric-Guillaume IV.
1841. Désastre de l'armée anglaiM dans l'Afghanistan.
Mort de Charles XIV (Bernadotte), roi de Suède.
Le prince Louis-Napoléon s'évade du fort de Ham après six ans de captivité. — Massacre des nobles en GaUicie.
Guerre du Sonderbund en Saine. ~ Mort d'O' Connell.
1848. Journées du 22, 28 et 24 février; abdication et fuite du ni Louis>Philippe.
M^em lettres, les selenees et les arts au dlx-nepTlème siècle.
Le dix-huitième siècle était épuisé en même temps que fini. Deux écrivains cependant, J. J. Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre, devaient exercer une influence très-sensible sur la littérature de l'âge suivant. Contemporaine du Concordat (1802), Tapparition du Génie du christianisme annonce une éclatante rénovation des idées, des sentiments et du style. Dans les Martyrs (180^), dans l'Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811), Chateaubriand déploie la même noblesse de pensées, la même richesse d'images et de couleurs poétiques. Une femme d'un esprit et d'un talent supérieurs, Mme de St^ël, en publiant son Allemagne, commence à populariser parmi nous les chefs-d'œuvre de Goethe et de Schiller. Ses Considérations sur la révolution française sont un ouvrage très-remarquable et très-éloquent.
En 1820, une poésie nouvelle, qui s'inspire elle-même de Chateaubriand, apparaît avec les Méditations de M. de Lamartine, et, deux ans après, avec les Odes et Ballades de M. Victor Hugo. Jamais on n'avait chanté avec cette émotion et cette harmonie les douleurs intimes de l'âme, ses aspirations sublimes et les catastrophes des révolutions. Un autre poète d'une inspiration toute différente, Béranger, avait déjà donné au public ses premières Chansons, Vers le même temps, Lamennais ouvrait son orageuse carrière par son Essai sur Vindiffé" rence ; Joseph de Maistre publiait ses Soirées de Saint-Pétersbourg (1821). Dans la chaire de philosophie de la Sorbonne, Royer-Collard avait repris avec éclat les grandes traditions du spiritualisme français, et Maine de Biran se montrait dans ses écrits métaphysicien profond. ChampoUion, avec l'intuition du génie, trouvait la clef des hiéroglyphes égyptiens (1821), et Georges Cuvier, le créateur de Fanatomie comparée, écrivait son Discours sur les révolutions du globe. Augustin Thierry, dans son Histoire de la conquête de V Angleterre (1825), rend au récit des temps passés^ à force de science et d'art, l'intérêt, la couleur et la vie. L'ardeur des esprits est générale et contagieuse. La jeunesse accourt en foule aux leçons de M. Cousin, de M. Guizot et de M. Villemain, pendant que les deux Chambres retentissent de débats éloquents et passionnés.
A l'étranger, vers le même temps, nous rencontrons les noms diversement illustres de Byron, de Thomas Moore et de Walter-Scott, de Leopardi et de Manzoni, de Hegel et de Schelling.
De 1830 jusqu'à nos jours, nous citerons seulement pour la philosophie, Cousin, Jouffroy, M. Jules Simon, l'Italien Rosmini et le P. Gratry ; pour l'histoire, MM. Guizot, Thiers, Augustin Thierry, de Barante, de Tocqueville, M. Michelet, Ozanam, l'Italien César Cantu, les Anglais Lingard et Macaulay ; pour la poésie, Alfred de'Musset et Silvio Pellico ; pour l'éloquence politique, MM. Royer-Collard, C. Périer, Guizot, Thiers, Berryer, de Montalembert ; pour l'éloquence religieuse, le P. Lacordaire et le P. de Rayignan; pour l'économie politique, M. Rossi. Les
570 fflSTOIRE CONTEMPORAINE.
langues onentalet ont eu pour interprètes, Sylvestre de Sacy, Abel Remusat, Eug^ae Bvroottf.
Mais c'est principalemeni dans les sdences et surtout dans les sciences physiques et leurs applications que brille le dix-neuvième siècle. Le grand géomètre et astronome Laplace est mort en 1 827. Nous avons nommé G. Cuvier. Nommons encore Geoffroy-Saint-Hilalre» Ampère, Biot, Gay-Lu^sac, Fresnel, Thénard, Arago, le baron Cauchy, MM. Leverrier et Dumas. L'Angleterre a possédé deux savants illustres, Herschell et Davy ; TAllemagne, les Humboldt ; l'Italie, un ^udit de premier ordre, le cardinal Angelo Mal. Elle possède encore le savant explorateur des catacombes de Rome, M. de Rossi.
Parmi les découvertes si nombreuses et si étonnantes, nous mentionnerons seulement la navit?ation à vapeur, les chemins de fer, le télégraphe électrique et la photographie.
Enfin la peinture française a jeté un très-vif éclat par le nombre et la supériorité des grands artistes que l'Europe nous envie. Tels sont David, Gros et Gérard, M. Ingres, E. Delacroix, P. Delaroche, Ary Scheffer et H. Flandrin. L'art musical offre également une grande richesse de talents et de noms étrangers ou français parmi lesquels nous citerons Hossini, Bellini, Meyerbeer, Boïeldieu, Halévy, Auber, M. Ambroise Thomas et M. Gounod..
Cette nomenclature suffira pour donner au mo\ns une idée du mouvement intellectuel et artistique au dix-neuvième siècle.
Htotelre de l'EfilMe mm. dlx-neaTtèHielIlèele.
Le siècle actuel commence avec le Concordat, que le Pape Pie VII appelait un acte chrétiennement et héroïquement sauveur. On vit alors plus de soixante évoques, confesseurs de la foi, se démettre de leurs sièges sur une simple invitation du souverain pontife, et se dépouiller ainsi « du titre qui faisait leurs combats et leur gloire. > Plus tard, au milieu d'une crise violente, le supérieur de Saint-Sulpice, l'abbé Émery, soutint, en face du persécuteur de Pie VII, la véritable doctrine catholique. En même temps, une grande école de philosophie réagit avec éclat contre le scepticisme de l'âge précédent; les chefs de cette école étaient de Bonald et de Maistre. Le Génie du christianisme fut un événement religieux encore plus qu'un événement littéraire.
Ce qui avait manqué dans le siècle précédent, c'étaient des apologistes d'un talent égal à leur zèle et à leur piété. Ils sont, au contraire, nombreux de nos jours; mais nous mettons au premier rang Mgr Frayssinous et M. Aug. Nicolas, dont les Études philosophiques ont ramené tant d'&mes à la foi. Le p. Lacordaire, le P. de Ravignan, le P. Ventura, dans leurs Conférences; Ozanam, dans son enseignement à la Sorbonne ; le P. Gratry et le P. de Valroger, dans leurs ouvrages
(le philosophie et de polémique ; M. de Montalembert, Ch. Le Normant, M. de Champagny, le prince Albert de Broglie, M. Wallon, M. Th Martin, le savant abbé Gorini, l'Espagnol Balmès et l'Italien Cantu^ dans leurs travaux historiques, ont contribué ou contribuent encore puissamment à cette œuvre de restauration religieuse. Depuis Bossuet, la chaire chrétienne n'avait pas eu peut-être d'orateur comparable au P. Lacordaire. Une foi éloquente et profonde a inspiré quelques beaux livres devenus justement populaires : les Fiancés de Manzoni, Mes prisons de Silvio Pellicb, et plus récemment le Journal d'Eugénie de Guérin.
Pendant que la science moderne vengeait Moïse des sarcasmes du dernier siècle, l'architecture religieuse du moyen âge triomphait de l'oubli et des dédains injustes, grâce au mouvement archéologique provoqué par M. de Caumont et soutenu par son infatigable persévérance. Parmi les protestants, M. Guizot* en France, Voigt Hurter et Ranke en Allemagne, ont apprécié avec une équité jusque-là inconnue, le rôle de l'Église et des papes au moyen âge.
Des guerriers tels que le général Drouot, des orateurs tels que l'Irlandais O'Connell, des savants tels que Haûy, Ampère, Biot, Gauchy, de Sacy ; des artistes tels que H. Flandrin, ont donné le noble exemple d'une vie sincèrement chrétienne. La religion a consolé et béni, à leurs derniers moments, Maine de Biran, Royer-Collard, le maréchal Bu* geaud, le comte Mole, Alexis de Tocqueville, le général de Lamoricière et Berryer. Augustin Thierry, en mourant, lègue sa bibliothèque à l'Oratoire. Enfin des nations malheureuses, la Pologne, l'Irlande, les Maronites du Liban, puisent dans l'énergie de leur foi un courage^ une patience, un espoir invincibles. C'est à ce même sentiment que la Belgique a dû, en grande partie, son indépendance nationale.
En Allemagne, l'Eglise oppose aux dissidents le comte de Stolberg, Mœhler et Doèllinger; en Angleterre, le cardinal Wiseman et le P. Newman.
Personne n'ignore les conquêtes aussi éclatantes que nombreuses faites de nos jours par le catholicisme en Angleterre, en Allemagne, aux États-Unis : rien de pareil ne s*était vu dans le monde depuis la Réforme. Les évôchés, dans l'Amérique du Nord, se sont multipliés au ' delà, de toute espérance. Qui ne connaît aussi l'œuvre de la Propagation de la Foi fondée à Lyon en 1822? On admire les intrépides missionnaires, Français pour la plupart, qui vont annoncer l'Évangile jusqu'aux extrémités du monde, jusque dans les îles les plus sauvages de rOcéanie, La Compagnie de Jésus en compte à elle seule quinze cents. Enfin la science, la piété, la vertu brillent à tous les degrés de la hiérarchie catholique, dans les rangs d'un épiscopat et d'un clergé plus purs peut-être qu'ils ne le furent jamais. Des pontifes tels que Pie VII, Léon XII et Grégoire XYI, ont mérité les respects et l'admiration de
1. M. Guizot a consacré sa glorieuse vieillesse à un ouvrage important, les Méditations sur le Christianitme,
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l'univers. Le czar Nicolas, persécuteur du catholicisme en Pologne, étant venu à Rome, Grégoire XVI, dans une audience, lui reprocha sévèrement ses cruautés. On sait avec quelle incomparable dignité S. S. Pie IX occupe aujourd'hui. la chaire de Saint-Pierre.
Hais l'Église atteste de plus en plus sa divine mission par les sublimes dévouements dont elle est l'âme et le soutien. La grande famille de saint Vincent de Pa.ul compte à elle seule quinze mille sœurs de charité presque toutes Frsuiçaises. Les Petites soeurs des Pauvres, nées en 1848, ont multiplié partout leurs maisons et leur héroïsme. Aussi un éloquent prélat j Mgr Dupanloup, disait-il naguère : « Jamais nous n'avons eu dans l'Eglise un siècle, quel qu'il soit, qui ait présenté à la terre le spectacle que présente l'Europe catholique au monde, et spécialement la France, dans cette efflorescence des congrégations charitables. » Oui, par tant de services rendus à l'humanité pauvre ou ignorante, infirme ou délaissée, l'Église catholique atteste que l'esprit de Jésus-Christ vit toujours en elle, et qu'elle passe, comme lui, à travers le monde en faisant le bien.
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TABLEAT7 STMOPTiaUE