Qiierre du Pélaponèse (4Sl-4«é
Les choses en étaient à ce point, lorsqu'une querelle s'éleva
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entre Corcyre^ et sa métropole Corinthe^ ville opulente, d'origine dorienne et alliée de Sparte. Les Athéniens se déclarèrent pour les Gorcyréens, dont ils recherchaient l'alliance, à cause de la situation de leur lie et de leurs forces navales : ce fut le signal de la guerre du Péloponèse , qui dura vingt-sept ans, avec un acharnement et une fureur incroyable (431-404). Athènes, puissance maritime, avait pour elle presque toutes les lies de la mer Égéé, de l'Archipel et de la mer Ionienne ; ses colonies de Macédoine, de Thrace, d'Asie Mineure ; ses trésors et sa flotte. Elle équipa 300 galères, arma jusqu'à 80 000 hommes, dépensa jusqu'à 50 millions en un an pour sa marine. Sparte, qui dominait sur le continent, avait une armée de terre nombreuse et aguerrie. Autour d'elle se groupaient presque tous les peuples de l'Hellade et du Péloponèse, mais elle manquait d'argent et de vaisseaux.
La guerre du Péloponèse eut trois époques et changea plusieurs fois de théâtre. On se battit d'abord en Grèce, en Macédoine et dans les lies ; plus tard, en Sicile ; puis enfin, sur les côtes de TAsie Mineure et de la Thrace, d'oti l'orage revint fondre sur Athènes elle-même.
Les hostilités commencèrent par des ravages réciproques. Arehidamus, roi de Sparte, envahit l'Attiqae avec une armée de 60000 hommes; Péridès^ avec cent galères, alla porter la dévastation sur les côtes du Péloponèse. La seconde année, une peste*, qui alors désola une grande partie du monde connu, vint ajouter ses horreurs aux calamités de la guerre. Périclès succomba lui-môme aux atteintes du fléau (429), dans le moment où sa patrie avait le plus grand besoin de ses talents et de sa prudence. Gomme il était sur le point d'expirer, et que ses amis rappelaient les prospérités de sa vie, il déclara que son plus beau titre de gloire était de n'avoir fait prendre le deuil à aucun ci* toyen. Mais après sa mort, le peuple athénien» qu'il avait habitué à vivre en partie aux dépens de l'État, n'écouta plus que ses flatteurs.
Cléon, homme de basse extraction, violent et grossier, devint le premier personnage de la république. Ce fat lui qui fit rendre un décret d'atroce vengeance contre Mitylmey capitale de rtle de Lesbosy alors que cette ancienne alliée venait d'être réduite après sa défection. De leur côté, les Péloponésiens et les
1. Au souvenir de cette peste se rattache le grand nom d'Bippocrat^, le père de la médecine.
Thébaîns détruisent et rasent la ville (jle Platée, égoi^ent ses défenseurs , malfçré le glorieux souvenir attaché à son territoire. Laoédémone éprouve un grave échec dans Hle de Sphactérie, en face de Pylos. Mais son général Brasidas va soûl-- ver contre leur métropole les colçnies athéniennes de la Thrace. Gléon, envoyé pour le combattre, en vient -aux mains avec lui sous les murs d'Ampkipolis (422), et tous les deux sont tués dans Faction. La mort de Gléon laissait le champ libre à son adversaire Nidas, partisan de la paix. Gelui-ei put alors faire conclure la trêve qui porte son nom (421). ^
Elle ne fut pas de longue durée. Akibiade^ neveu de Périclès, pour satisfaire son ambition, engagea ses concitoyens à soutenir ArgoSy qui était en guerre avec Sparte (418). Trois ans plus tard, il les entraîna dans une expédition en Sicile, qui flattait leurs rêves de conquêtes et de domination maritime.
Athènes fit d'immenses préparatifs ; elle équipa une flotte de 300 galères montée par 15000 hommes. Le prétexte était de secourir les villes alliées contre Toppressioa de Syracuse, cité puissante, d'origine dorienne ; en réalité, on aspirait à s'emparer de l'Ile entière. Trois généraux, Alcibicuie^ Nicias et Lamachus^ se partageaient le commandement. Les opérations militaires étaient à peine commencées (415), qu'Alcibiade fut rappelé pour répondre à une accusation de sacrilège. Au lieu d'obéir, ce mauvais citoyen s'enfuit et demanda un asile aux ennemis de sa patrie. Il eut bientôt gagné leur conflance, en se pliant aux lois sévères de Lycurgue, et, comme le siège de Syracuse entrepris par Nicias traînait en longueur, il persuada aux Lacédémoniens d'envoyer du secours aux assiégés. Gylippe, le général de Sparte, réussit à entrer dans le port de Syracuse. Battus sur terre et sur mer, malgré l'arrivée d'un puissant renfort, les Athéniens lèvent le siège et commencent une retraite qui aboutit à un irréparable désastre (413). Quarante mille hommes furent massacrés;* un petit nombre, faits prisonniers, furent vendus comme esclaves. Quelques-uns recouvrèrent plus tard leur liberté, en apprenant k leurs maîtres des morceaux du poète Euripide qu'ils savaient par cœur. Quant à Nicias, les Syracusains le mirent à mort, après l'avoir promené dans les rues de leur ville.
Athènes se trouva dans une extrémité d'autant plus fâcheuse que les Spartiates, conseillés cette fois encore par Alcibiade , s'étaient établis et fortifiés à DécéUe, sur la frontière de l'Attique. En même temps, ses alliés d'Asie se révoltent, et Sparte
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' n^a point honte de s'unir avec les Perses. Tout semblait doQC perdu, lorsque le même homme qui avait fait le malheur de sa patrie, releva un moment la fortune de ses armes. Alcibiade avait fini par se brouiller avec les Spartiates. Au milieu des révolutions politiques qui bouleversaient alors Athènes, la flotte et Tarmée, stationnées à Samos, le rappellent pour le mettre à leur tête. Il bat les flottes combinées de Sparte et de Syracuse, puis rentre dans Athènes comme un triomphateur (407). Quelques mois plus tard, son lieutenant ayant essuyé un échec en son absence, il fut de nouveau privé du commandement et contraint de s'exiler. Les Athéniens le remplacèrent par dix généraux, qui gagnèrent la bataille navale des iles Arginuses, près de Lesbos (406). A la fin de cette journée, une violente tempête empêcha de recueillir les morts et de leur donner la sépulture, suivant Tusage religieusement observé. Le peuple mit en jugement les généraux vainqueurs, et, sans avoir égard aux circonstances, il les condamna au dernier supplice. Cette iniquité privait la république de ses hommes de guerre les plus habiles.
Peu de temps après, le général lacédémonîen Ly sandre surprit et enleva la flotte athénienne à JEgoS'Potamos^ sur THellespont (405); trois mille soldats, faits prisonniers, furent égorgés de sang^oid. De là les vainqueurs vinrent bloquer le Pirée^ pendant que Parrnée du Péloponèse assiégeait la ville par terre^ Les Athéniens résistèrent quatre mois et ne cédèrent qu'à la famine (404). Leur puissance, qui avait duré soixante ans environ, reçut une atteinte mortelle : la république ne fit plus, dès lors, que se survivre à elle-même.
Vers ce môme temps, Alcibiade, le principal auteur des revers de sa patrie, périssait en Phrygie , à quarante-six ans , de la main des Perses. Nul homme ne ternit jamais des qualités plus hrillantea par plus de défauts et de vices.
s. les trente tyran««
La politique ou la pitié de Sparte avait sauvé Athènes d\ine ruine complète. Toutefois Lysandre, après avoir fait démolir, au son de la flûte, les murs de la ville, changea la forme du gouvernement, et imposa aux vaincus sous le nom d'archontes, trente tyrans, qui lui étaient dévoués. Tous les citoyens riches et influents subirent la mort ou l'eiil. Au milieu de la terreur générale, Socrate donna seul Pexemple du courage. Cependant un généreux citoyen, Thrasybule^ qui s'était retiré à Thè-
bes après rétablissement de la tyrannie, réunit ses compagnons d'exil, pénètre avec eux dans le Pirée, bat l'armée des Trente et délivre sa patrie opprimée depuis huit mois (403). La démocratie athénienne, remise en possession du pouvoir, ne se montra ni plus sage, ni plus modérée qu'auparavant. Ingrate jadis envers Miltiade, Aristide, Thémistocle et Cimon, elle commit un crime plus grand encore, en condamnant Socrate à boire la ciguô (399). Ce sage, le père de la philosophie morale, avait été accusé de vouloir introduire une religion nouvelle, ce qui était un crime capital, car la liberté de conscience n'existait nullement dans les républiques anciennes. Le citoyen appartenait corps et âme à l'Etat.