LES PREMIERS CESARS
(30 av. J. C. — 69 ap. J. C.)
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A vrai dire, depuis la dictature de Sylla, il n'y avait plus de république romaine ; la violence ou la corruption, la force ou l'argent faisaient tout. Après la dictature de César, qui avait préparé Pempire, son neveu Octave, une fois débarrassé de la ' rivalité d'Antoine, donna une forme régulière au gouvernement nouveau. Afin de ménager la transition, il conserva presque toutes les formes extérieures de la république. Empereur perpétuel ou général suprême, prince du $énaty il se fît conférer successivement la censure ou préfecture des mœurs^ le procon^ sulat ou la surveillance de Tadministration des provinces, le tribunatj le consulat à vie, enfin la charge de grand pontife. On lui confia encore le soin d'approvisionner la ville et d'inspecter les voies romaines, de sorte qu'il concentra tous les pouvoirs dans ses mains. Le nom à^ Auguste, qui fit oublier celui d'Octave, avait été jusqu'alors réservé aux dieux. Le titre de tribun ou de protecteur du peuple, assurait à sa personne un caractère inviolable, dont ses successeurs abusèrent indignement en multipliant les accusations de lèse-majesté.
Le peuple garda ses assemblées ; mais c'était une vaine apparence, les élections n'étant plus que la confirmation des choix faits par l'empereur. Le sénat fat maintenu comme conseil suprême de TÊtat ; mais l'empereur en désigna les membres et en dirigea, comme il voulut, les délibérations : encore décidait-il toutes les affaires importantes dans son conseil privé. Auguste partagea l'administration des provinces et la perception des impôts avec le sénat, de sorte que l'empereur eut son trésor particulier nommé fisc. En se réservant les provinces frontières, où campaient les légions, il disposait souverainement de l'armée qui, devenue permanente , comptait environ 450 000 hommes. Tous les habitants de l'Italie furent désarmés; une garde de 10 000 soldats d'élite, sous le nom de cohortes prétoriennes^ fut instituée pour la défense du prince. Du reste, le nouveau gouvernement soulagea les provinces que
la cupidité insatiable des proconsuls et des préteurs avait désolées dans les derniers temps de la république. LMsure aussi les dévorait. Auguste prescrivit un cadastre général et le recensement de toute la population de Pempire. Il indemnisa les propriétaires qui avaient été dépouillés au profit des vétérans, après la bataille de Philippes. Rome, fatiguée de discordes et de guertes civiles, accueillit avec joie l'établissement du principat. La ville s'embellit ; les spectacles se multiplièrent ; la poésie, l'histoire et l'érudition fleurirent sous le patronage de l'empereur et de son ministre Mécène.
Le siècle qui a reçu le nom d'Auguste, est l'âge d'or des lettres latines. Après Lucrèce et Catulle, Virgile, Horace et Ovide portent la poésie à sa perfection ; César, Salluste^ Tite Live laissent des monuments historiques immortels. Cicéron, homme d'État, orateur et philosophe, semble avoir égalé, par retendue de son beau génie, la grandeur môme de Rome. Que de grandes vérités, morales, religieuses et politiques il a défendues ou propagées avec une admirable éloquence I Virgile, à son tour, promettant à sa patrie, tantôt le retour de l'âge d'or, tantôt un empire sans limites et sans fin, ne semble-t-il pas animé de l'enthousiasme prophétique î Cependant, les Romains ne parvinrent à rivaliser, presque dans aucun genre, avec les Grecs, leurs maîtres. Une seule gloire leur appartient en propre, celle du droit et de la législation. \
9, Auguste. — C^nerres extérieures.
Dans l'intervalle de la bataille d'Actium à la naissance de Jésus-Christ, il n'y eut point de grandes guerres. Auguste alla lui-môme achever la pacification de la Gaule et la soumission de l'Espagne, où les peuplades du nord, surtout les Cantabres, résistèrent longtemps. Ses lieutenants apaisèrent des soulèvements dans les provinces, continrent les incursions des Éthiopiens et de leur reine Gandace, firent rentrer dans le devoir le roi d'^Arménie^ qui avait appelé les Parthes à son secours. Le beau-fils de l'empereur, Drusus, en quatre campagnes, ravagea la Gcrmam'e jusqu'à l'Elbe; Tibère, frère de Drusus, soumit les pays situés entre les Alpes et le Danube. Aussi le nom romain fut-il plus que jamais craint et respecté des nations. Les Parthes eux-mêmes recherchèrent l'alliance d'Auguste et lui renvoyèrent les aigles et les drapeaux enlevés à Crassus et à Antoine. Après «ymr pacifié la terre et la mer, l'empereur ferma, dix ans avant l'ère chrétienne, le temple de Janus, qui n'avait été fermé que
deux fois avant lui. Le monde respire enfin pendant une paix générale de douze années : c'est alors que parut le Messie.
Neuf ans après le commencement de Père chrétienne, laguerre se rallume au delà du Rhin et sur le Danube ; Tibère s'avança jusqu'à TElbe, comme Tavait déjà fait Drusus *. Mais on eut beaucoup de peine, d'un côté, à contenir Marbod, roi des Marcomans (Bohème), de l'autre, à réprimer les révoltes des Pannoniens et des Dalmates. Au milieu de cette lutte, une nouvelle désastreuse arrive tout à coup de la Germanie, que l'on croyait soumise : Arminius ou Hermann, chef des Ghérusques, avait exterminé l'armée romaine dans la forêt de Teutherg^ et son chef, Varus^ s'était tué de désespoir (9 ap. J. C). Cependant les barbares furent bientôt refoulés au delà du Rhin et du Danube. Arminius lui-môme périt empoisonné par ses compatriotes, à l'âge de trente-sept ans.
s. Mort d'Augiuite. — tion administration.
Auguste n'eut pas seulement à gémir du désastre de Varus. La mort de son neveu Marcellus, celle d' Agrippa et de Drusus, celle de ses petits-fils, les désordres de sa fille Julie, attristèrent aussi ses dernières années. Il mourut l'an 14 après J. C, à Tâge de soixante-seize ans. Ses efforts pour réformer les mœurs, relever la religion et ranimer l'agriculture en Italie, eurent peu de succès. Il est juste d'ajouter que si le pouvoir Tavait rendu meilleur, fait très-rare dans l'histoire, sa vie privée était loin cependant d'être exemplaire.
Au dehors, il entreprit de civiliser l'Occident, particulièrement la Gaule et l'Espagne. Déjà la république avait commencé ce grand travail de colonisation qui plia le monde occidental aux mœurs romaines. Elle avait fondé dans la Gaule cisalpine, en Italie, Crémone, Plaisance, Bologne, Aquilée, Parme, Modène et Vérone; par delà les Alpes, Aix et Narbonne. Au temps de César remontent Lyon et Bâle, Fréjus et Arles. Sous Auguste, Nîmes, Vienne et les autres cités de la Gaule méridionale; Mérida, Tarragone, Cordoue, Tolède, Ségovie, Saragosse, en Espagne; Trêves, Mayence, Bonn et Augsbourg, en Germanie, virent s'élever leurs murailles ou s'embellirent de monuments magnifiques, dont quelques-uns sont encore debout aujourd'hui, avec ce caractère d'indestructible grandeur qui est
1. Drusus et Tibère étaient fils de Livie et de Tibérius Néron. Auguste avait enlevé Livie à son premier mari pour Tépouser.
comme le cachet du peuple-roi. Le nord de TAfrique se couvrit alors, et depuis, de colonies florissantes qui ont laissé partout des ruines. Les voies militaires, dont la république avait compris Timportance et que l'empire développa comme un vaste réseau, sillonnèrent déjà la Gaule et l'Espagne. Construites par les soldats avec une solidité à toute épreuve, elles facilitaient les mouvements des troupes et le transport du matériel qui leur était nécessaire. En même temps, des écoles d'éloquence établies dans les grandes cités, répandaient l'usage de la langue latine et la connaisance des chefs-d'œuvre littéraires. C'est là une des meilleures parts de la gloire d'Auguste.
L'empire, à sa mort, avait pour bornes, à l'ouest, l'océan Atlantique ; au nord, le Rhin, le Danube et le Pont-Euxin ; à l'est, TEuphrate, le Tigre et le golfe Persique; au midi, le golfe Arabique, les catarsuetes du Nil, les déserts de la Libye et la chaîne de l'Atlas. La population était de cent vingt millions d'honunes environ, dont la moitié au moins étaient esclaves.