jValsAance et vie de drésns-Chrlst
Le plus grand événement dont l'histoire fasse mention, signale le règne d'Auguste. Annoncé depuis longtemps par les prophètes, attendu par les nations , le Messie naît à Bethléem, petite ville du royaume de Juda. De simples bergers sont ses premiers adorateurs; une étoile miraculeuse, qui se fait voir dans l'Orient, amène au pied de la crèche oti il repose, les Mages, rois ou princes, que l'on croit venus de la Perse ou de l'Arabie. Hérodel'Ascalonite, surnommé le Grand, régnait alors en Judée. Afin de faire périr Jésus, ce tyran ombrageux et cruel fait massacrer tous les enfants de Bethléem et des environs, âgés de moins de deux ans; mais Joseph et Marie, avertis par un ange, avaient fui en Egypte avec l'Enfant-Dieu. Après la mort d'Hérode ils revinrent à Nazareth, oh Jésus mena longtemps une vie obscure, travaillant de ses mains comme un artisan.
A l'âge de trente ans, il reçoit le baptême des mains de saint Jean-Baptiste, choisit pour disciples douze pauvres pêcheurs et commence à prêcher sa divine religion. A sa voix, les boiteux marchent, les aveugles voient, les sourds entendent, les muets parlent et les morts ressuscitent» Rien n'égale la sainteté de sa vie, la pureté de sa morale, l'élévation de sa doctrine et la profondeur de ses dogmes. •
Cependant les pharisiens, secte juive dont il démasquait Thypoerisie, lui avaient voué une haine implacable, et ils allumèrent contre lui la fureur du peuple. Livré à ses ennemis par un de ses disciples , Jésus fut conduit devant les princes des prêtres, Anne et Caïphe ; devant Hérdde Antipas, tétrarque de Galilée \ et devant Ponce-Pilate, alors gouverneur de la Judée pour les Romains. Ce dernier prononça une sentence de mort contre lui, quoiqu'il eût reconnu son innocence.
UHomme-Dieu, après avoir enduré avec une patience toute divine les plus cruels outrages, mourut sur la croix, comme l'avaient annoncé les prophètes, et accomplit ainsi la ré« demption du genre humain (33).
Enseveli et déposé dans un tombeau que les Juifs avaient scellé du sceau de l'autorité publique et quUls environnèrent de gardes, il ressuscite le troisième jour, ainsi que les prophètes et lui-même l'avaient prédit. Il se montre fréquemment à ses disciples, rassemblés, une fois, au nombre de cinq cents ; il institue Pierre le pasteur des agneaux et des brebis, ordonne à ses apôtres d'instruire et de baptiser les nations. Le quarantième jour après sa résurrection, les ayant réunis sur la montagne des Oliviers, il leur dit qu'il serait avec eux jusqu'à la fin des siècles, les bénit, s'éleva au ciel et disparut à leurs yeux.
K. Prédteation de viwmtkfflÈe,
Les apôtres ou envoyés de Jésus-Christ étaient : Pierre, André, Jean, Philippe, Jacques le Majeur, Jacques le Mineur, Barthélémy, Thomas, Matthieu, Simon, Thadée ou Jude et Mathias. Ce dernier remplaçait Judas, le traître, qui 'avait vendu son divin Maître pour trente deniers.
Ces douze hommes que Jésus-Christ avait choisis parmi de pauvres pêcheurs, étrangers aux lettres et aux sciences humaines, n'ayant ni richesses, ni crédit, ni puissance, s'en vont prêchant Jésus crucifié, et le monde, touché de leurs miracles, de leur parole et de leurs vertus, embrasse l'Évangile.
Mais bientôt l'orgueil et les passions se soulèvent avec fureur contre une religion qui vient leur imposer des lois sévères. Une première persécution éclate à Jérusalem. Saint
1 . Cet Hérode, fils de rAscalonite, mourut misérablement dans les Gaules, où il fut exilé avec Hérodiade, son épouse. Pilate, disgracié peu de temps après quMl eut prononcé la condamnation du Sauveur, fill MSfi relégué dans let Gaules, où il se donna la mort près de Vienne, TanèlL
mSTOmB ANCIBimB. 151
Etienne, un des sept diacres que les apôtres avaient fait ,élire pour se décharger sur eux de la distribution des aumônes, fut le premier martyr. Après lui et ^ son exemple , des millions de chrétiens devaient, pendant trois siècles, mourir héroïquement pour leur foi. Un jeune homme, appelé Saul, qui avait pris une grande part à cette persécution, fut miraculeusement con« verti, et devint, sous le nom de Paul, Papôtre des gentils.
•. Tibère (14-37).
Tibère, fils de Livie, succède à son beau-pèi^e Auguste, qui avait deviné ses mauvais penchants, c £n lui commença cette suite de monstres nés de la corruption romaine '. » Il avait néanmoins déployé de grands talents militaires en Germanie, et son administration vigilante ne fut pas sans habileté , du moins dans les premiers temps. A son avènement, les légions des bords du Rhin se soulevèrent et voulurent donner l'empire à GermanicuSy fils de Drusus, que Tibère avait adopté par Tordre d'Auguste, son aïeul. Germanicus repoussa noblement cette offre. Il obtint de grands succès sur les Chéru8que& et les Catr tes, pénétra jusqu'à la forêt de Teutberg et vengea la défaite de Varus. La gloire du jeune héros faisait ombrage à Tibère, qui le rappela pour lui donner un conamandement en Asie : il sut y rendre de nouveaux services. La Cappadoce et la Comagène furent réduites en provinces romaines; les Parthes forcés de demander la paix. Tout à coup Germanicus meurt à Antioche, et des soupçons d'empoisonnement se portent sur Pison, gouverneur de Syrie, que l'empereur avait probablement chargé de ce crime. Agrippine rapporta en Italie les cendres de son époux. Le peuple romain pleura Germanicus oonune s'il avait perdu, avec lui, sa dernière espérance.
Cependant Tibère affectait de laisser au sénat une grande liberté dans les délibérations ; il lui attribua rélection des oon^ suis. L'ordre régnait dans tout l'empire par la fermeté de son gouvernement. Mais aussi quelle décadence dans les institutions I quel avilissement dans les caractères ! Tibère lui-même^ envoyant les adulations du sénat, ne pouvait retenir l'expression de son mépris et s'écriait : Les lâches, qui vont au-devant de la servitude! Bientôt la tyrannie se montre à découvert; le crime de Use-majesté, inventé par Auguste, reçoit une efl^ayante exten^
f. Gh&tMnbriaod.
sion et donne naissance à la race infâme des délateurs, qui partageaient avec le fisc les dépouilles de leurs victimes. Il n'y eut plus de sûreté pour personne, puisque les intentions mêmes étaient punies, et Ton citait comme une chose rare qu^un grand personnage fût mort dans son lit. La vieille aristocratie romaine, décimée déjà par les proscriptions et la guerre civile, achève de s'éteindre dans les supplices.
Séjan^ préfet du prétoire, ministre et favori de Tibère, entreprit de se frayer par l'assassinat un chemin à Pempire. Drusus, fils de Tibère et les deux fils aînés de Germanicus disparurent; Agrippine, veuve de ce dernier, -fut exilée, et le sénat noîi content d'élever à Séjan des statues, le nommait consul pour cinq ans. Enfin le soupçonneux Tibère , retiré à Caprée depuis l'an 26, ayant découvert les intrigues du traître et ses projets, envoya au sénat l'ordre de le faire mourir. Le peuple qui avait supporté sans murmure l'élévation de Séjan, applaudit à sa chute et insulta son cadavre.
Tibère, en vieillissant, se plongea de plus en plus dans la débauche et les cruautés, sans pouvoir se distraire de Thorrible ennui qui le rongeait et qu'il confessait lui-même. Un jour enfin, comme il était tombé en défaillance à la suite d'une longue orgie, Galigula le fit étoufi'er par Macron, préfet du prétoire, afin de régner plus vite.
Le successeur d'Auguste vivait à Caprée, au sein des voluptés, lorsque Jésus expira sur la croix, Tan 33 de Père chrétienne.
y. €»ll8iila (SV). CUnde (41.)
Tibère avait désigné pour son successeur Cdigulay fils de Germanicus, dont il disait : Je laisse au peuple romain un sev pent pour le dévorer^ au monde un Phaéton pour Vembraser. Cependant le nouveau prince fut bien accueilli, soit en souvenir de son père, soit parce qu*il remplaçait un odieux tyran ; mais il se chargea bientôt de le faire regretter. Plus de 170 000 victimes, parmi lesquelles son aïeule Antonia, furent immolées à ses fureurs : c'est que le pouvoir absolu et les honneurs de l'apothéose lui avaient donné le vertige. Sa garde de soldats germains faisait trembler les citoyens paisibles. On l'entendit regretter un jour que le peuple romain n'eût pas une seule tête, afin de l'abattre d'un même coup. Il mena ses soldats sur les côtes de l'Océan, et, après un simulacre d'expédition, il triompha et prit le titre de Britannicus, Par une dernière folie,
il venait de mettre son cheval Incitâtus au rang dés consuls, lorsque le tribun Chéréas l'assassina (kl),
A la mort de Caligula, le sénat voulait rétablir la république. Un soldat aperçut un homme qui se cachait derrière une porte dans le palais : c'était Claude, frère de Germanicus, faible d'esprit et de corps, qui reçut en tremblant le titre d'empereur, et s'attacha les soldats en leur distribuant à chacun quinze cents sesterces (39(J fr.). Cette gratification passa depuis en coutume ; on l'appela le donativum. Sous le nom de Claude, régnèrent ses affranchis Paljas et Narcisse , et sa femme Messaline, dont le nom efet devenu le symbole de toutes les infamies : tels étaient, trente ans après la mort d'Auguste, les arbitres du monde ! Claude, livré à lui-même, aurait pu se faire aimer, comme le prouvent les lois humaines qu'il publia en faveur des esclaves.
Au dehors, Tempire savait encore se faire respecter. La Mauritanie était réduite en province romaine; les Frisons étaient vaincus par Çorbulon. Claude lui-môme alla en Bretagne, enrichit de privilèges la Gaule, oîi il était né, proscrivit le culte sanglant des druides, et revint en Italie, où le scandale de la conduite de Messaline était à son comble. Narcisse arrache enfin àl'empereur une sentence de mort qui fut exécutée. La seconde ié^ffippine, fille de Germanicus, succède à^essaline. Dévorée d'ambition, elle maîtrisa l'esprit de Claude au point de lui faire déshériter son propre fils Britannicus, en faveur du jeime Néron, qu'elle avait eu d'un premier mariage. Lorsque la succession eut été fixée de cette manière, Claude mourut, empoisonné, dit-on, par sa femme (54).
s. Héron (54). Othon, «alba, Tltelllus (119].
Présenté aux prétoriens par Burrhus, Néron se fit proclamer et commença son règne comme Auguste avait fini le sien ; a: il aurait voulu ne pas savoir écrire, » quand on lui demandait de signer un arrêt de mort. Mais cette hypocrite bonté ne dura pas plus de cinq ans. Néron échappe alors à ses précepteurs Burrhus et Sénèque, pour se livrer à tous les crimes qui ont rendu son nom si horriblement fameux. Britannicus est empoisonné dans un festin; Agrippine même , qui réclamait une partie de l'autorité pour prix de ses services, est poignardée par Tordre de son fils; Octavie, fille de Claude, épouse du tyran, est chassée et forcée de s'ouvrir les veines. Tout ce qui conservait en-
154 HISTOIRE ANGIENNB.
core quelque sentiment de y^rtu, toutes les illustrations des lettres ou de la guerre subissent le môme sort. Sénèque, Burrhus, Pétrone, le poôte Lucain, l'affranchi Pallas, devenu trop riche, Gorbulon, le vainqueur des Parthes, périssent de mort violente.
Ce n'est pas tout. Néron voulant rebâtir Rome*, se donne le spectacle d'un grand incendie: il fait mettre le feu à la ville pendant que lui-même, sur une tour du mont Esquilin, récite des vers de sa composition ; car il se piquait de poésie et de talent musical. Ensuite, comme l'indignation publique l'accuse, il rejette le crime sur les chrétiens et ordonne la première persécution (64). Les apôtres saint Pierre et saint Paul souffrirent alors le martyre. Une multitude de fidèles expirèrent dans les tortures, dans les flammes ou sous la dent des bêtes féroces.
Au milieu de ces horreurs, les armes de Rome étaient encore redoutées. Corbulon avait effacé la honte du revers de Crassus; Suétonius Paulinus triomphait de la reine Boadicée, en Bretagne. Ce fut pourtant de Tarmée que partit le complot qui renversa Néron. Le propréteur Yindex souleva les légions des Gaules, Galba celles d'Espagne. Tous les amià du tyran Tabandonnèrent; il se fit tuer par un affranchi en s'écriant: Quel artiste le monde va perdre l (68.) On avait vu le fils d'Âgrippine figurer en histrion dans les jeux du cirque, disputer, soit à Rome, soit à Olympie, les prix de la course des chars et du chant. Le peuple romain regretta longtemps ce monstre, qui le rassasiait de distributions de vivres et de spectacles.
Néron est le dernier des princes que l'adoption rattachait à la famille de César.
Galba ^ devenu empereur à soixante-douze ans, par le vœu de son armée, se montra économe jusqu'à l'imprudence, et déplut ainsi à la multitude et aux prétoriens. En même temps, les légions de la Germanie se révoltent et proclament Vitellius; tandis qu'un autre prétendant, Othon^ naguère favori de Néron, soulève les prétoriens contre Galba et prend la place du vieillard assassiné. Trois mois après, les lieutenants de Vitellius le vainquirent lui-même à Bédriac (69), et il se donna la mort.
Vitellius^ l'élu des soldats, ne fut qu'un monstre de gourmandise, de qui la postérité a retenu ce mot infâme : 'Le corps d^un
t. Rome ayait alors de deux à trds miUiens d^habitants, panni lesqnelB ISO 000 hommes libre», dont deux à trois miUe seulement étaient propriétaires. L'empire tout entier s*épaisalt & nourrir oette Immense population.
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HISTOIRE ANCOENNE,
ennemi mort sera toujours bon. Les légions d'Orient, voulant à leur tour nommer un empereur, avaient proclamé Vespasien, leur général. Vitellius fut vaincu par un lieutenant de Vespasien, et mis à mort après avoir subi les derniers outrages. La guerre civile ensanglanta les rues de Rome, et n'épargna môme pas le Gapitole.
•. Histoire 4e vigUme un i^remler «lèele.
la première église fut celle de Jérusalem, et ce fut là aussi que se tint le premier concile (50). Saint Pierre, le pêcheur de Galilée, après avoir fondé l'église dTÂntioche, vint à Rome sous Claude, et fit de cette ville le siège de son pontificat, sans s'inquiéter de Tomnipo* tence des Césars, grands pontifes, adorés comme des dieux par cent vingt millions de sujets ou plutôt d'esclaves. Du centre de l'empire et de la métropole du monde, la foi devait rayonner plus facilement sur les provinces et au delà même de leurs limites. l'Asie, l'Afrique et l'Europe reçurent la bonne nouvelle de la boucbe des apétres ou de leurs disciples. Le cbristîanisme s'établit, avec saint Marc, dans Alexandrie, au foyer des lettres grecques et des vieilles civilisations de rOrient. Saint Paul, citoyen romain, né de parents Juifs, dans la colonie grecque de Tarse, en Cilicie, évangélisa l'Asie Mineure, la Macédoine, la Grèce et Athènes même, où il parla devant TAréopage; peut-être aussi l'Espagne et la Gaule Narbonnaise. Ses immortelles Épitres sont adressées aux Romains, aux Corinthiens, aux Galates, aux Ephésiens et à d'autres peuples encore. Selon d'antiques traditions, trois de ses disciples furent les premiers évoques d'Arles, de Narbonne et de Vienne.
A l'exception de saint Jean l'Évangéliste, tous les apôtres subirent la mort en témoignage de leur véracité.
Synchronismes.