ONGLES
Des coupes transversales et longitudinales de toute l’extrémité du doigt montreront l’anatomie macroscopique de l’ongle. On peut faire bouillir un doigt, pour voir comment l’ongle reste adhérent à l’épiderme qui se détache.
Définition. — Les ongles sont des écailles cornées qui terminent les doigts et les orteils. Leur fonction se rapporte au toucher ; ils fournissent un plan résistant à la pulpe tactile. Accessoirement, ils peuvent être utilisés comme armes.
Situés à la face dorsale de la phalangette dans laquelle ils s’en-
1. Ce chapitre a été rédigé par M. le Dr Branca, dans le Traité d' Anatomie humaine.
PEAU
châssent par trois de leurs bords, ils sont durs, élastiques, translucides, courbés en forme de tuiles, c’est-à-dire convexes dans le sens transversal. Celui du petit orteil est souvent atrophié et réduit à un tubercule.
Racine et corps de l’ongle. — On distingue dans l’ongle trois portions : la racine, le corps et la portion libre.
La racine est la partie cachée ; on la reconnaît en faisant basculer
l’ongle. Elle représente le quart de la longueur de l’ongle, soit 7 millimètres dans sa plus grande longueur. Elle est mince, flexible et peu adhérente. Son bord postérieur parabolique s’enchâsse
Repli
unguéal
{bourrelet)
— « Lunule
dans la rainure unguéale.
Racine
Repli.
unguéal
Fig. 660.
Le corps , d’une épaisseur uniforme, est très adhérent aux parties profondes. Sa surface est striée ou cannelée longitudinalement. Il présente une face libre ou superficielle, une face profonde ou adhérente, etdeux bords latéraux enchâssés eux aussi dans la rainure de l’ongle, que la peau recouvre en forme de bourrelets.
Sa partie postérieure figure un croissant opaque blanchâtre, qui est la lunule. '
— Ongle et repli unguéal.
(D’après Sappey.)
Le repli unguéal ou sus-unguéal recouvre la racine et les bords du corps de l’ongle. Une incision dans ce repli permet de voir la racine.
La portion libre , terminée par le bord antérieur, est séparée de la pulpe digitale par Y angle de l’ongle.
Matrice et lit de l’ongle. — L’écaille cornée que nous venons de décrire est l’ongle proprement dit ou limbe unguéal ; elle représente le stratum lucidum de l’épiderme amplifié et durci. Cette partie dure est entourée de parties molles qui appartiennent aussi à l’ongle, envisagé dans l’ensemble de sa formation.
La racine et les bords latéraux du corps sont recouverts, sur leur face superficielle, par un repli cutané qui est le repli ou pli sus-unguéal , ou manteau de l’ongle ; pour le former la peau se double et se réfléchit sur elle-même. — La face profonde, creuse, de l’ongle repose sur une couche épidermique qui répond au corps muqueux de Malpighi. Cette couche épaissie dans la partie sous-jacente à la racine et à la lunule porte le nom de matrice de l’ongle, parce que c’est elle, en effet, qui produit l’écaille cornée. La partie antérieure, plus mince, qui répond à la portion du corps, située en avant de la lunule, est le lit de l’ongle. La rainure dans laquelle s’emboîte l’écaille cornée n’est
POILS
ce niveau les couches épidermiques
Ongle
Repli unguéal
pas un sillon véritable, un vide; à molles ou dures se continuent les unes avec les autres.
Au-dessous du lit et de la matrice, corps muqueux épidermique, s’étend le derme sous-unguéal remarquable par ses crêtes papillaires longitudinales, et par sa richesse vasculaire qui donne à l’ongle sa couleur rosée.
L’ongle est sécrété uniquement par sa matrice ; il glisse sur le lit comme sur des rails. Sa croissance totale dure une centaine de jours.
Cette croissance est indéfinie quand on coupe les ongles; elle cesse si on ne les coupe pas, et la portion
libre, longue de quelques centimètres, prend une forme recourbée. Les arrêts de croissance que provoquent certaines maladies graves sont marqués par un sillon transversal.
Fig. 657. — Coupe longitudinale de l’ongle.
Au-dessous de l’ongle, le corps muqueux (surface pointillée) différencié en matricé et lit de l’ongle. Une duplicature de la peau (repli unguéal) recouvre la racine. La phalange est entourée par la pulpe (derme, tissu adipeux).
POILS
Définition. ; — Les poils sont des productions épidermiques filiformes et flexibles, qui s’élèvent au-dessus de la peau.
Leurs fonctions, utiles surtout en l’absence de vêtements, en font des organes de protection contre le froid, la pluie, les frottements. Ceux des organes des sens ont un rôle défensif contre les poussières. Les poils remplissent peut-être aussi des fonctions de dépuration, en éliminant certaines substances (iode, arsenic). L’homme n’a pas de poils tactiles comme en possèdent quelques animaux.
Constitution. — Un poil comprend une racine et une tige.
La racine ou portion adhérente est la partie intra-cutanée. Son extrémité inférieure, renflée, piriforme, constitue le bulbe, qui dans sa base excavée loge la papille du poil. Cette racine est contenue dans un sac épithélial ou follicule pileux.
La tige ou portion libre se termine par une pointe effilée. Elle est rectiligne, ondulée ou frisée. La coupe est circulaire ou elliptique; cheveux ronds, cheveux plats.
Propriétés. — Les poils renferment du pigment qui .leur donne
PEAU
une coloration blonde, brune ou rousse. Ils sont très élastiques, et en même temps très résistants ; une chevelure saisie dans un engrenage ne se rompt pas, mais emporte avec elle le cuir chevelu scalpé. Ils sont
hygrométriques, et ont été utilisés en physique comme hygromètres. Chez certains sujets ils dégagent par frottement de l’électricité. Enfin les poils sont presque imputrescibles.
Répartition. — Les poils existent sur toute la surface du corps, à l’exception de la face palmaire de la main et des doigts, de la face plantaire du pied et des orteils, de la face dorsale des phalangettes et du mamelon du sein. Ils ne sont pas disposés au hasard, mais orientés suivant des directions définies; ils suivent des lignes appelées courants, qui émanent d’un centre appelé tourbillon. Les principaux tourbillons sont ceux du ventre, de l’ombilic, du coccyx, de l’aisselle, de l’aine. Le tourbillon coccygien (vortex coccygeus) est remarquable en ce qu’il entoure une surface glabre, la glabelle coccygienne , souvent déprimée assez profondément ; cette dépression ou fossette coccygienne répond à la pointe du coccyx à laquelle s’attache le ligament caudal. Fossette et tourbillon prennent quelquefois chez le fœtus un développement anormal et paraissent se rapporter à l’extrémité caudale des mammifères à queue.
Les poils peuvent être répartis en 6 groupes : 1° les cheveux; 2° la barbe ; 3° les poils des aisselles ; 4° les poils des organes génitaux ; 5° les poils des organes sensoriels, cils, sourcils, vibrisses, poils de l’oreille externe; 6° les poils de la surface cutanée, qui, eux-mêmes, se divisent
Fig. 658. — Structure üu poil. (D’après Ranvier.)
Coupe longitudinale- d’un poil. Le follicule epithélial est plongé dans le tissu conjonctif figuré par des traits déliés. Ce tissu conjonctif se condense pour former la papille et la gaine fibreuse. — Cf. fig. 654.
POILS
en deux catégories, les poils vrais et les poils follets ou duvet. Les poils follets couvrent la plus grande partie du corps.
La femme se distingue de l’homme par la rareté des poils du corps, autres que les poils génitaux et axillaires, et au contraire par l’abondance et la longueur de sa chevelure.
Croissance. — A partir du 6e mois, le fœtus intra-utérin est couvert de poils follets blanchâtres, qui constituent le lanugo ou duvet fœtal. Ces poils tombent un peu avant la naissance ou dans les semaines qui suivent, et sont peu à peu remplacés par les poils définitifs. La puberté est marquée par le développement intensif des poils génitaux, de la barbe, des poils de l’aisselle et de la surface du corps, tandis qu’au contraire les cheveux abandonnés à eux-mêmes cessent de croître à partir de cette période.
Les poils se renouvellent incessamment et sont sujets à la mue. La durée d’un poil est de 2 à 4 ans. Ils blanchissent dans la vieillesse ( canitie ), par disparition de leur pigment; ils s’atrophient et tombent définitivement (calvitie). Les poils génitaux, les derniers parus, sont les derniers à conserver leur couleur.
Résumé histologique. — Le poil, production épithéliale, comprend trois couches emboîtées : au centre, la substance médullaire , à petites cellules ; la moelle fait défaut dans les poils follets et dans ceux des enfants; — puis la substance corticale, homogène, partie fondamentale du poil; ses cellules cornées sont très solidement unies entres elles; elles contiennent le pigment qui colore les poils; — à la périphérie, une mince cuticule ou épidermicule.
Le poil se renfle, à l’extrémité de sa racine, en un bouton ou bulbe. Ce bulbe, calotte épithéliale, coiffe une saillie du derme, de nature conjonctive, la papille, dans laquelle se ramifient les vaisseaux et les nerfs. Bulbe et papille sont les organes de formation et de croissance des poils.
La partie intra-cutanée ou racine du poil est contenue dans un tube épithélial, long de 2 à 6 mm. et constitué par l’invagination de l’épiderme; c’est le follicule pileux. On y retrouve les deux couches de l’épiderme formant les deux gaines : la gaine externe, la plus épaisse, est la continuation du corps muqueux; elle est enveloppée extérieurement par une gaine fibreuse dense, de nature dermique; — la gaine interne, suite de la couche cornée, subdivisée elle-même en couche de Henle, couche de Huxley et cuticule interne.
Dans la cavité du follicule débouchent des glandes sébacées, généralement au nombre de deux par poil.
A chaque poil est annexé un muscle redresseur ( arrector pili). C’est un faisceau de fibres lisses qui s’insère par son extrémité inférieure sur la paroi externe du follicule et qui de là montant obliquement vers la surface se fixe par son autre extrémité dans le derme. Dans l’angle compris entre ce muscle et le follicule -est logée la glande sébacée.
L’arrector pili redresse le poil et le rend propre à percevoir les contacts. Il entre en jeu dans le phénomène de la chair de poule, conjointement avec un état de vaso-constriction.
APPAREIL VISUEL
L'appareil visuel est essentiellement constitué par les deux globes oculaires. Ceux-ci sont logés dans les cavités orbitaires, dans lesquelles ils sont fixés par un appareil aponévrotique, formé par la capsule de Tenon. De nombreux muscles assurent leur mobilité dans tous les sens. Des voiles membraneux, les paupières, protègent les yeux contre les agents extérieurs, aidés dans ce rôle de défense par un appareil de lubréfaction, l’appareil lacrymal. Comment on le voit, l’appareil de la vision a une constitution relativement complexe. Nous étudierons successivement :
1) Le globe oculaire ;
2) Les organes annexes comprenant : l'aponévrose de Tenon et les muscles moteurs du globe; — les paupières et la conjonctive ; — l’appareil lacrymal.