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I. LYMPHE

La lymphe est généralement considérée comme un tissu dont les cellules, les leucocytes, sont plongées dans une partie fondamentale, le plasma. En fait, le plasma constitue la partie essentielle delà lymphe et les leucocytes ne représentent que des hôtes de passage.

Contrairement à l’opinion ancienne, personne n’admet plus aujourd’hui que le plasma de la lymphe résulte de la simple filtration du sérum sanguin. De nombreuses expériences ont montré qu’elle représentait un véritable produit de sécrétion. Les organes de celle-ci sont non seulement les cellules endothéliales des capillaires lymphatiques dont le rôle sécréteur a été histologiquement démontré, mais pour ainsi dire toutes les cellules de l’économie.

1. Le chapitre « Anatomie générale du système lymphatique » a été rédigé dans le Traité d' Anatomie humaine , par M. G. Delamare.

Abrégé d’Anat. — II.

Fig. 479. — Schéma de la disposition générale du système lymphatique.

1 . Origine close, sous-épithéliale, des capillaires. — '2. Réseaux d’où partent les troncs collecteurs qui se capillarisent dans le ganglion. — 3. Troncs efférents plus gros et moins nombreux, qui déversent la lymphe dans le sang veineux (système porte lymphatique du ganglion).

La lymphe contient des leucocytes dont nous indiquons plus loin les différentes variétés. Leur nombre varie suivant les points du système lymphatique. D’une façon générale il augmente après les traversées ganglionnaires. 11 est en moyenne de 8200 par millimètre cuhe. On trouve également dans la lymphe quelques rares hématies dont la provenance est loin d’être établie.

La quantité totale de la lymphe est difficile à apprécier. On peut admettre qu’elle est sensiblement égale à la masse du sang. Lorsque la lymphe est évacuée hors de l’organisme, elle se reproduit rapidement. Dans des cas de.fistules du canal thoracique on a pu en recueillir o litres et demi par 24 heures chez l’homme.

La lymphe est un liquide incolore sur le sujet à jeun, lactescent au moment de la digestion. Elle se coagule hors des vaisseaux, mais plus lentement que le sang.

Au point de vue chimique c’est un liquide aqueux qui contient des matières albuminoïdes (globuline, sérine, fibrine) des graisses, du sucre, de l'urée, des sels et des gaz (CO2, AzO).

§ 2. LEUCOCYTES

Sous les noms génériques de leucocyte. s* ou de globules blancs on décrit une série de cellules rencontrées dans le sang, la lymphe et les mailles du tissu conjonctif. Ces cellules se présentent sous des aspects assez différents pour qu'il soit nécessaire de les répartir en plusieurs variétés. Elle possèdent cependant un certain nombre de caractères communs permettant de faire précéder la description de ces variétés de celle d’un type général.

Globule blanc en général. — Nous envisagerons le globule blanc en général, au point de vue de sa structure, de sa constitution chimique et de ses propriétés biologiques.

I. Structure. — Tout leucocyte comprend un noyau et un corps protoplasmique.

A) Noyau. — Le noyau est extrêmement variable dans sa forme et ses dimensions. Nous verrons plus loin que ces variétés d’aspect du noyau ont servi de base à certaines classifications des leucocytes. Gros ou petit, central ou excentrique, il est tantôt arrondi ou tantôt polymorphe, parfois même réellement multiple. Les noyaux polymorphes ou bourgeonnants ont donné lieu à de nombreuses discussions. On a cru longtemps qu’il s’agissait de noyaux multiples et le terme de polynucléaire, appliqué aux leucocytes à noyaux polymorphes, exprime cette erreur

•■lu.*. A

d’interprétation. La raison de ce polymorphisme du noyau est encore mal connue.

B) Protoplasma. — Tantôt réduit à une couche presque imperceptible, tantôt assez abondant, le protaplasma des globules blancs présente généralement une structure réticulaire. Dans les mailles du réseau se trouvent des espaces remplis d’une substance homogène. Le protoplasma des leucocytes contient généralement deux centrosomes. Mais il contient surtout de nombreuses enclaves, de nature et d’origine très variables, mais dont les plus importantes sont les granulations cytoplasmiques.

Celles-ci ont acquis un intérêt tout spécial depuis qu’Ehrlich a constaté qu’elles jouissaient d’une élection particulière pour certaines couleurs d’aniline. Admettant que la plupart de ces matières colorantes sont des sels, il a conventionnellement désigné sous le nom de couleurs acides celles dans lesquelles le principe colorant paraît fourni par l’acide, basiques celles dans lesquelles le principe colorant paraît fourni par la base, neutres celles qui présentent une coloration mixte due à l’acide et à la base. Les granulations sont donc dites acidophiles, basophiles ou neutrophiles suivant leur affinité pour Tune ou l’autre de ces couleurs. On désigne sous le nom de granulations amphophiles celles qui dans un mélange de colorants acides ou basiques retiennent en même temps les deux matières colorantes1.

2. Constitution chimique. — Les leucocytes ont une constitution chimique complexe en rapport avec leurs multiples aptitudes biologiques. Outre les albuminoïdes indéterminées et la nucléine qui constituent leur masse principale, ils contiennent également de la graisse, du glycogène, des peptones, des ferments solubles (diastases, oxydases, amylases etc.).

3. Propriétés biologiques. — Le leucocyte possède toutes les propriétés biologiques de la matières vivante : mobilité, pouvoirs d’absorption, de sécrétion, de reproduction.

Mobilité (amiboïsme). — Le déplacement des leucocytes se fait par l’émission d’un prolongement (pseudopode) qui attire ensuite à lui la masse du leucocyte. On admet généralement que ces modifications de

1. Si la morphologie et les propriétés tinctoriales de ces granulations sont bien connues, il n’en est plus de même de leur nature, de leur origine et par conséquent de leur véritable signification. La transformation possible d’une variété en une autre sous l'influence de certains réactifs, la coexistence de deux variétés dans un même élément cellulaire, l’existence de granulations possédant des affinités tinctoriales intermédiaires à celles des granulations classées, constituent autant de faits qui laissent encore ouverte la discusssion sur les relations qui peuvent exister entre les diverses variétés de granulations établies par Ehrlich.

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forme du protoplasma déterminent des déformations secondaires du noyau, mais si la concomitance des modifications nucléaires et protoplasmiques semble acquise, leurs relations de causalité sont loin d’ètre établies. L’amiboïsme des leucocytes présente son maximum à une température donnée (36° à 42° chez les mammifères). L’oxygène favorise le mouvement des cellules blanches, que paralysent au contraire l’acide carbonique, l’oxyde de carbone, la quinine, etc.

Grâce à leur mobilité, les leucocytes peuvent quitter la lymphe et le sang en traversant la paroi des capillaires (diapédèse). Ils peuvent également traverser les épithéliums ou les endothéliums des séreuses, soit en cheminant dans les espaces intercellulaires (stomates), soit en perforant les corps cellulaires (fenestration). Certains excitants chimiques semblent avoir la propriété d’attirer à eux les leucocytes, alors que d’autres au contraire déterminent leur éloignement de la zone où porte l’excitation. Le mécanisme de ces phénomènes que l’on désigne sous le nom de chimiotaxie positive et négative est encore obscur.

Absorption. — Les leucocytes ont la propriété d’absorber des particules solides; cette propriété porte le nom de phagocytose. La phagocytose peut s’exercer sur les éléments les plus divers : particules chimiques insolubles, cellules ou débris cellulaires. Le phagocyte s’attaque non seulement aux cellules parasitaires (microbes) mais encore aux cellules de l’organisme. Mais s’il peut englober les cellules microbiennes alors que celles-ci sont encore vivantes ou actives, il ne parait pouvoir exercer son action sur les cellules de l’organisme auquel il appartient, que si son activité cytophagique est exaltée ou si les cellules sont préalablement affaiblies ou frappées de mort.

Reproduction. — Les leucocytes se reproduisent par division directe (amitose) et par divisison indirecte (caryocinèse). Il est difficile de fixer la fréquence réciproque de ces deux processus. Certains auteurs admettent que, dans le cas particulier, la division directe constitue un phénomène dégénératif. La division des leucocytes peut s’effectuer soit dans le sang, la lymphe ou les espaces conjonctifs, soit dans les organes hématopoiétiques : ganglions, rate, moelle osseuse. Chez les vertébrés supérieurs, ces organes constituent le foyer de production principal des cellules blanches.

Èvôhdion. — Les leucocytes présentent une assez grande résistance vitale. Ils sont encore vivants vingt-quatre heures après la mort de l’individu. Lorsqu’on les maintient dans des conditions favorables, ils peuvent conserver leurs propriétés pendant un temps parfois très considérable (22 jours).

Comme tous les éléments cellulaires, ils sont frappés de sénescence après une vie plus ou moins longue. La dégénérescence sénile des leuco-

cvles peut se présenter sous des formes très diverses (dégénérescence chromolytique, clasmatose, etc.). Certains agents physiques et chimiques déterminent la mort accidentelle des leucocytes, en provoquant des modifications histologiques particulières de ces éléments.

Les différents leucocytes. — Il existe de nombreuses classifications de leucocvtes; nous décrirons les variétés suivantes (G. Delamare) :

1° Microcytes; — 2Ü macrocytes; — 3° cellules à grains neutrophiles;

— 4° cellules à grains acidophiles; — 5° cellules à grains basophiles, métachromatiques.

Microcytes (Lymphocytes d'Ehrlich). — Ces éléments sont caractérisés par leurs petites dimensions (5 à 6 g.) Leur forme est ovalaire, leur noyau, volumineux, est très riche en chromatine, leur protoplasma homogène ou granuleux présente des affinités tinctoriales variables. Les variétés d’aspect du protoplasma des microcytes ne laissent pas que de compliquer la question discutée des relations entre cette variété de leucocvtes et les variété suivantes. — Les microcytes ne sont pas phagocytes et sont très faiblement amiboïdes. — Ils sont au nombre de 22 pour 100 dans le sang, de 95 pour 100 dans la lymphe.

Macrocytes ( Grands mononucléaires d'Ehrlich).

— Ce sont les plus grands leucocvtes, ils FlG> .480, ~ Sché.ma das mesurent de 15 à 20 g. Leur noyau est grand, leucocytes, arrondi, rarement lobé. Leur protoplasma, généralement basopbile, est le plus souvent clair, mais parfois granuleux. Les macrocytes sont amiboïdes et très phagocytes. Il en existe 1 pour 100 dans le sang.

Cellules à grains neutrophiles ( Leucocytes polynucléaires neutrophiles

d'Ehrlich). — Ces cellules de 10 à 14 g sont caractérisées par la polymorphie de leur noyau. Le protoplasma renferme de nombreuses granulations neutrophiles, qui se teintent en violet par le triacide. Ces cellules sont très amiboïdes et très phagocytes. Elles forment la majeure partie des cellules du sang (70 à 80 pour 100). Elles sont peu nombreuses dans la lymphe.

Cellules à grains acidophiles ( Eosinophiles d'Ehrlich). — Plus grandes que les cellules à grains neutrophiles, les éosinophiles ont un noyau le plus souvent polymorphe, plus rarement arrondi : ces cellules sont caractérisées surtout par la présence dans leur protoplasma de granulations sphériques, très réfringentes, se colorant intensivement par les

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couleurs acides, comme l’éosine ou l’orange Ces granulations sont de nature albumineuse. Leur origine est encore obscure, ainsi que leur signification.

Les propriétés phagocytaires des éosinophiles sont minimes, mais réelles. On rencontre les éosinophiles dans le sang (2 à 4 pour 100), dans la lymphe (1 pour 130), la sérosité péritonéale et le tissu conjonctif, autour des acini glandulaires. — Le nombre des éosinophiles augmente après la splénectomie et dans les états morbides aigus ou chroniques les plus divers.

Cellules à grains basophiles métachromatiques [Mastzellen d'Ehrlich). — Arrondies ou polygonales, parfois ramifiées-, ces cellules mesurent de 8 à 12 [x de diamètre. Leur noyau, souvent masqué par les granulations, est tantôt arrondi, tantôt polymorphe. Les granulations caractéristiques sont solubles dans l’eau distillée, les solutions étendues d’acide acétique. Elles prennent le Gram et le Ziehl. Avec la thioniue et le bleu de Unna elle présentent une coloration rouge, c’est-à-dire métachromatique.

Par leur forme et leur mode de sécrétion endo-cellulaire les cellules d’Ehrlich se rapprochent beaucoup des clasmatocytes de Ranvier.

Les mastzellen sont très rares dans le sang humain (0,5 pour 100 au minimum). Elles sont plus abondantes dans le tissu conjonctif, surtout dans certains cas pathologiques.

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