CHAPITRE VIII
HENRI n. ~ LES GUISES. — LA RÉFORME. ~ CALVIN A GENÈVE. — GUERRE AVEC CHARLES-QUINT. — CONQUÊTE DE METZ, TOUL ET VERDUN. — DÉFAITE DE SAINT-QUENTIN. — PRISE DE CALAIS PAR LE DUC DE GUISE. — MORT DE HENRI U.
Henri U (1547-1559). Les «aises. ~ Enfants d'un cadet de Lorraine (d'un cinquième fils de René II), les Guises dédaignèrent de s'appeler Lorraine^ et prirent le nom i*Anjou.
Avec le mot AnjoUy ils pouvaient réclamer cinq ou six provinces de France et cinq ou six trônes d'Europe.
Le roi d'Ecosse, Jacques V, veuf d'une fille de François l"y qu'il aimait fort, était pressé par les siens de se remarier, il accepta Marie, la sœur des Guises.
Ceux-ci, dans ce hasard heureux, se trouvèrent sur le trône grands et importants par leur sœur, dont la France avait besoin contre l'Angleterre, et qui, bientôt veuve, régente au nom de la petite Marie Stuart, fut courtisée pour livrer cette enfant avec la couronne d'Ecosse.
Les Guises veulent marcher de front avec le premier prince du sang, Bourbon-Vendôme, père d'Henri IV.
La devise du cardinal de Lorraine était un lierre autour d'un arbre. Image naïve des Guises recherchant les Bourbons, les étreignant par alliance, et peu à peu les étouffant.
Nulle affaire lucrative non plus ne passait là sans qu'ils fussent à même d'en happer quelque chose. Ce qu'ils en
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tirèrent, Dieu le sait. Pour ne parler que du cardinal, on put croire qu'il serait peu à peu le seul évéque de France. Il arriva sous Charles IX à réunir douze sièges^ dont trois archevêchés.
Les meneurs de la cour ne sont nullement les grands acteurs réels du drame qui va se jouer. Ils y sont acces> Boires, entraînés qu'ils sont tout à l'heure sous l'influence souveraine qui les emportera et eux et leurs projets juste au rebours de leurs projets. Cette influence est l'espagnole. Le parti catholique, avec toutes ses finesses politiques, avec sa mécanique législative de Trente, etc., n'aurait pas pu lutter s'il ne lui était survenu un élément nouveau, très spécial, qui réchauffa tout.
Élément national qui devint universel, qui espagnolisa la religion par toute l'Europe, substituant le roman à la poésie, et (chose inattendue) de la chevalerie faisant jaillir une police !
L ordre des SémuH^u. Ignace de liOjola. Sainte
Thérèse. — Cette polico est Tordre des jésuites, ordre essentiellement espagnol, qui très longtemps n'a que des généraux espagnols.
Ce sont deux paralytiques qui lancent le mouvement espagnol : le Biscayen Ignace, longtemps fixé sur une chaise par sa blessure; la Castillane sainte Thérèse, trois ans clouée au lit sans pouvoir se bouger. ,
La victime des victimes et des opprimés l'opprimé, c'est Jésus, le doux petit Jésus, le bon et l'aimable Jésus, Jésus, l'époux du cœur, etc., etc.
Les juifs l'ont crucifié ; brûlons les juifs. Les Maures l'ont blasphémé; brûlons les Maures. Les luthériens ont blessé sa sainte face en ses images ; malheur aux luthériens.
Voilà comme la pitié devient fureur.
Si la Castillane Thérèse n'eût été femme, si elle eût eu répée, elle l'eût vengé avecl'épée. Le Biscayen Ignace,
aussi rusé que brave, y mit l'esprit de sa montagne, un esprit d'embuscade, de chasseur ou de contrebandier.
La ruse fut d'autant plus puissante qu'elle fut naïve.
Rome encore était indécise et partagée. A l'entrée du concile de Trente, tels de ses cardinaux les plus illustres croyaient qu'il fallait, pour calmer l'Allemagne et satisfaire la ferveur protestante, donner une part prépondérante à la grâce divine, rétrécir l'homme, augmenter Dieu. Les jésuites, bien plus habiles, montrèrent que, tout au contraire, il fallait tout donner à la liberté en spéculation pour s'en emparer en pratique.
Le parti politique, qui alors menait Charles-Quint, lui fit prendre des mesures hardies qui affranchissaient les moines de l'Inquisition.
Si le clergé eût appuyé, l'Inquisition était par terre. Ni prêtres ni moines ne bougèrent.
Charles-Quint, dégoûté, quitta l'Espagne, et abandonna le clergé à l'Inquisition, chargeant le grand inquisiteur de gouverner avec l'infant.
La Réforme. — La Réforme, encore sans ministres, sans dogme précis, réduite à une sorte de ravivement moral et de résurrection du cœur, se croyait un simple retour au christianisme primitif, mais elle était une chtse très neuve et très originale.
Moment prîniitif, unique, ciel sur terre, qu'il faut mettre à part. Les formules vont venir; un sacerdoce se former; laforte école de Genève va donner ses livres et ses chants, lancer sur toutes les routes ses colporteurs intrépides, ses dévoués missionnaires. La réforme était assez populaire parmi les ouvriers des villes, mais fort peu dans les campagnes.
Le protestantisme n'avait pas d'avis arrêté sur la question pratique d'où dépendait son salut.
Calvin dit : c Résistons spirituellement, sauvons l'âme, et laissons le corps. >