‹ Abrégé d'histoire de FranceChapitre 20 sur 108 · HENRI II. — LES GUISES · texte numérisé non relu

HENRI II. — LES GUISES

Mais ceux, comme l'Écossais Knox, qui étaient sur le champ de bataille et regardaient de plus près, sentaient bien que cette réponse ne résolvait rien ; dans le parti catholique, il n'y a pas d'indécision sur cette question du glaive.

Caraffa et Loyola la formulent (i543) en organisant pour le monde l'inquisition universelle, calquée sur celle d'Espagne.

Quand Charles-Quint, quittant l'Espagne en 1540, laissa le pouvoir au grand inquisiteur; quand il traversa la France pour comprimer la révolte des Flandres, le clergé des Pays- Bas lui dit que les lois d'Espagne ne suffisaient pas; qu'il en fallait de singulières, extraordinaires et terribles.

Défense de s'assembler, de parler, de chanter et de lire. Ceux qui ne dénonceront pas sont punis des mêmes peines que ceux qu'ils n'ont pas dénoncés.' Quelles peines! Les hommes brûlés, les femmes enterrées vives.

La chose se fit à la lettre.

Ils attribuèrent au dénonciateur la prime énorme et monstrueuse du tiers des biens du dénoncé I

On demande comment Henri II, qui, après tout, n'était pas un homme pervers, put être mené jusque-là.

Navagero, envoyé de Venise près de Charles-Quint, écrit en 1546, dans son rapport au sénat : c Ce qui décide TEmpereur à agir contre les luthériens, c'est l'état des Pays- Bas, c'est Vanabaptisme. On y a fait mourir pour cela trente mille personnes. >

Confusion terrible de deux choses si difTérentes.

L'anabaptiste changeait la société civile, la propriété, tout le monde extérieur. Le protestant (surtout en France) ne changeait rien, ne voulait rien que s'enfermer, garder les libertés de l'âme.

Comment les grands docteurs autorisés ne posèrent-ils

U3 ADKÉGÉ D'BISTOIRE DE FRANGE.

pas cette distinction? L*unique réclamation qui reste devant l'avenir est celle d'un écolier de l'Université de BourgeSy d'un élève d'Âlciat, Calvin.

Calvin. — Né Picard, et petit-fils d'un simple tonnelier, fils d'un greffier de Noyon qui, tour à tour, travailla dans les deuK justices, ecclésiastique et civile, il se trouve avoir en naissant un pied dans le droit, un pied dans TÉglise.

C'était un travailleur terrible, avec un air souffrant, une constitution misérable et débile, veillant, s'usant, se consumant, ne distinguant ni nuit ni jour.

Farelvintle prendre à Strasbourg. Il l'enleva, et le mit où? "a Genève, dans la ville la plus antipathique à fou génie. Calvin lui prouva que Genève était le lieu où il serait le plus inutile, et qu'il n'y ferait rien de bon. Farel rit, alla son chemin.

Ce personnage, un très violent montagnard du Dauphiné, homme d'épée et de naissance, eut au plus haut degré la gaieté révolutionnaire. On tirait sur lui, il riait; on le frappait, on battait de sa tête les murs et les pavés sanglants, il se relevait en riant, prêchant de plus belle.

La réiomie A Genève. — Calvin arrivant à Genève, trouva une joyeuse ville de commerce, qui ayant déjà fort souffert, n'en restait pas moins gaie.

Qu'on juge de l'impression que ce sombre Calvin, malade, amer, le cœur plein des plaies de l'Église, reçut quand il arriva là.

La prédestination de Calvin se trouva en pratique une machine à faire des martyrs.

Imposer à Genève un joug terrible n'était pas choseaisée. Elle chassa Calvin; mais les désordres augmentèrent et elle le rappela elle-même. Il refusait, écrivait à Farel : « Je les connais; ils me seront insupportables, et eux à moi... Je frémis d'y rentrer. > Farel l'y contraignit.

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