CHAPITRE PREMIBR
aURLES \m EN ITALIE. — BATAILLB DE FORNOUB. — RETOUR EN FRANCE. — PRÉDICATION ET MORT DE SAVONAROLE.
Charles ¥111 (1483-149i). — Le31 décembre 1494à trois heures de l'après-midi, l'armée de Charles VIII entra dans Rome, et le défilé se prolongea dans la nuit, aux flambeaux. Les Italiens contemplèrent, non sans terreur, cette apparition de la France, entrevoyant chez les barbares un art, une organisation nouvelle de la guerre, qu'ils ne soupçonnaient pas.
L'armée, forte de 60 000 hommes au passage des Alpes, ayant laissé des corps détachés sur tout son chemin, n'en comptait guère, à Rome, plus de 30 000. Mais c'était le nerf même, les plus lestes et les mieux armés; pour être dégagée des faibles et des traînards, elle n'était que plus redoutable.
Ce qu'il y avait de moins imposant dans l'armée, c'était sans contredit le roi Charles VIII, jeune homme faible et
H. DE FR., Temps modernes. H. •— i
relevé naguère de maladie, petit, la tête grosse, visiblement crédule et sans méchanceté; il était tout entouré de cardinaux, généraux, grands seigneurs. Mais les vrais rois, ses conseillers intimes, étaient son valet de chambré, de Yesc^ et un ancien marchand, Briçonnet; Tun déguisé en sénéchal, l'autre en prélat. C'étaient eux qui, depuis dix ans, animaient le jeune homme, le préparaient à cette expédition, malgré sa sœur Anne de France et tous les vieux conseillers de Louis XI. A quatorze ans, il demandait qu'on lui fit venir un portrait de Rome.
On avait cru, à la mort de Louis XI, que son ouvrage, œuvre d'art très pénible, retomberait en poudre. Cette œuvre, l'unité de la France, avait pourtant sa légitimité naturelle qui devait la perpétuer. L'unité qui naissait dans la décomposition de la tyrannie féodale auxiii*' siècle avait été, il est vrai, brisée de nouveau par la maladresse des rois, qui refirent une seconde féodalité. Louis XI avait expié cette faute, et, par un miracle de patience et de ruse, écrasé celle-ci à la sueur de son front. Hais était-elle vraiment anéantie, et n'allait-elle pas reparaître?
Il y avait apparence. Lui mort, l'impôt cessa; plus d'argent) plus de Suisses, ils partirent tous. La royauté désarmée, avec un roi de treize ans, sous une sœur de vingt, gisait à terre : princes et grands, nobles, clergé, tous accourent, crient, pendent ses domestiques, mais ils ne peuvent ramasser le pouvoir. Le plus vivant encore, après tout, c'était le mort. Et le plus terrible. Il n'y en avait pas un qui ne pâlit et ne claquât des dents, s'il eût reçu à l'improviste un parchemin signé : Loys.
États généraux (1484). — Ces pauvres gens, princes et seigneurs, le duc d Orléans en tète, n'ayant aucune force en eux, en demandent à une ombre, à cette cérémonie qu'on appelait les Ëtats généraux. Je suis fâché de voir que tous les historiens se soient trompés sur ces États de
U84, qui ne sont autre chose qu'une réaction de Tarislocratie. Rien qui ressemble moins aux vrais et sérieux États de 1357, qui furent la nation même, aulant qu'on pouvait la représenter alors. Ceux de 1484 furent une comédie. De grandes provinces, comme la Guyenne, la Provence, daignèrent à peine y prendre part. Paris, qui avait fait 1357 et 1409, sous Marcel et les Cabochiens, sentit parfaitement qu'il n'y avait rien à faire.
Les deux provinces où les rois de clocher se trouvaient le plus forts, étaient la Normandie et la Bourgogne. Et ce furent elles aussi qui parlèrent le plus pour le peuple. Un député surtout étonna l'assemblée, le Bourguignon Philippe Pot, docile courtisan de Charles le Téméraire, puis de Louis XL Ce spirituel parleur (l'un des brillants conteurs des Cent Nouvelles) fit taire .tous ces amis du peuple, en passant de cent lieues tout ce qu'ils avaient dit. c Tout pouvoir vient du peuple, dit-il, tout pouvoir lui retourne. Et par le peuple, j'entends tout le monde; je n'en excepte aucun habitant du royaume.
€ Le peuple a fait les rois, et c'est pour lui qu'ils régnent... Le roi manquant, la puissance appartient aux États. »
Tout avorta. La langue d'oil et la langue d'oc ne purent jamais s'entendre. Les hommes du parti d'Orléans ne tirèrent rien des États pour leur prince, qu'un peu d'argent ; du parlement, que la mort du barbier de Louis XI ; de Paris, qu'ils régalèrent fort de fêtes et de caresses princières, rien que des mots timides.
Anne de Beanjent son ODUTre. — Cette réaction hypocrite de l'aristocratie trouva sa barrière, son obstacle, un second Louis XI, dans sa très ferme et politique fille, Anne de France, et dans Pierre de Beaujeu, son mari, cadet de Bourbon, qui, sans titre ni pouvoir légal, régnè> rent sous Charles YIII. La France était pour Anne en réalité, et elle put sabver l'œuvre du dernier règne, conservant
au royaume ses barrières récemment conquises, celle belle ceinture de provinces nouvelles. Elle la ferma par la Bretagne dont Charles YIII épousa rhéritière.
Le spectacle est curieux de voir cette femme de vingt ans, entourée, il est vrai, du chancelier et autres conseillers de Louis XI, reprendre la vie de son père, déjouer comme lui une ligue dubienpubliCy qu'on nomma très bien la guerre folle. Une première victoire ne fit qu'augmenter lé danger. Les ligués appelaient Maximilien des Pays-Bas, Richard III d'Angleterre, l'horrible Richard III. Elle lui lança un concurrent, Tudor. Ce Tudor, Henri YII, aidé par elle, arme contre elle tout d'abord, passe en France, d'accord avec Maximilien et Ferdinand le Catholique. La France craint un démembrement, et dans Maximilien elle voit l'Empereur, le souverain des Pays-Bas, qui, par un mariage, va s'emparer de la Bretagne. Anne y met trois armées, devance Maximilien, prend l'héritière, la marie à Charles VIII. Elle peut alors, avec toutes ses forces disponibles, montrer les dents aux alliés, qui restent impuissants, ne trouvant ici aucune prise.
Une mesure étonnante pour les contemporains de Cornmines, de Machiavel, ce fut celle qu'on avait louée dans saint Louis, et qu'on blâma dans Charles YIII, celle d'ouvrir son règne par une restitution. Â ses voisins, Maximilien et Ferdinand, il rendit les conquêtes de Louis XI, le Roussillon, la Franche-Comté et l'Artois, ne leur demandant rien que de lui permettre de les couvrir des Turcs et de respecter en lui le défenseur de la chrétienté.
Savonaroie. — «0 Italie! ô Rome! je vais vous livrer aux mains d'un peuple qui vous effacera d'entre les peuples. Je les vois qui descendent affamés comme des lions. La peste vient avec la guerre. Et la mortalité sera si grande, que les fossoyeurs iront par les rues, criant : Qui a des morts? Et alors l'un apportera son père elTautre son fils...
0 Rome! je te le répète, fais pénitence! Faites pénitence, ô Venise! ô Milan !... i>
Ces paroles heurtées, brisées à chaque instant, mêlées de cris, de larmes, de sanglots, des douloureux silences d'une douleur trop pleine qui ne se fait plus jour, étaient recueillies, prises au vol, pour ainsi dire, dans les églises de Florence par les nombreux croyants. Ils les ont écrites et Iransmises. Nous entendons encore, dans son incohérence naïve et pathétique, la voix de ce vrai prophète, Jérôme Savonarôle. Cette voix d'un monde fini, à travers le bûcher, à travers les flammes et les siècles, est venue jusqu'à nous.
Des hommes de génie bien divers ont écouté Savonarole, et lui portent témoignage, Michel-Ange, Commines et Machiavel.
Que fut-il? une idée? Non. Il ne fut rien qu'une voix de douleur, la voix de la mort du pays.
Voix sainte? Oui. Mais fut-elle innocente politiquement? On a pu en douter. Celui qui proclame la mort, c'est celui qui l'achève. En attendrissant tellement le mourant sur luimême, il peut finir son dernier souffle. Il révèle du moins le secret de son agonie.
Savonarole fut un vrai voyant pour la mort et le désespoir. Son erreur fut le songe de la restauration du droit par l'étranger. En son cœur pur, le vieux péché héréditaire de l'Italie eut pourtant une place, la foi à la justice étrangère, l'appel au podestat barbare. Ce podestat, pour Dante, est l'Allemand, masqué du faux nom de César; poup. Savonarole, le Français, sous son faux nom de très chrétien.
I<a France et 11<alte$ Ludovic le More. — Les Français eurent de très mauvais initiateurs en Italie, les Suisses et Allemands de leur avant-garde, qui, quoique venus souvent dans le pays, n'y comprenaient rien et le détestaient, qui s'y rendaient malades en s'engloutissant dans les caves, et se figuraient toujours qu'on les empoisonnait.
La découverte deTItalie avait tourné la tête aux nôtres; ils n'étaient pas assez forts pour résister au charme.
Le mot propre est découverte. Les compagnons de Charles VIII ne furent pas moins étonnés que ceux de Christophe Colomb.
Excepté les Provençaux, que le commerce et la guerre y avaient souvent menés, les Français ne soupçonnaient pas cette terre ni ce peuple, ce pays de beauté, où Tart, ajoutant tant de siècles à une si heureuse nature, semblait avoir réalisé le paradis de la terre.
Dans la misérable situation où était l'Italie, les intérêts de famille dominaient tout. La brouillerîe de trois familles et de trois femmes avait été Toccasion décisive qui entraîna rinvasion. Les trois femmes étaient Béatrix d'Esté, Isabelle d'Aragon, Âlfonsine Orsini.
Béatrix, la jeune et brillante fille du duc d'Esté, sortie de cette cour qu'ont illustrée l'Arioste et le Tasse, avait besoin d'un trône et siégeait sur celui de Milan. Son mari, noir et vieux, n'était pas duc de Milan, mais simplement régent pour son jeune neveu, Jean-Galéas Sforza, maladif, incapable, qu'il tenait enfermé. Ce régent, Ludovic le More, habile homme et faible mari, ne pouvait quitter le pouvoir pour le céder à un idiot ; Béatrix ne l'eût pas permis.
Le jeune duc cependant, dans sa réclusion, n'en avait pas moins épousé la fille du roi de Naples, Isabelle d'Aragon. C'était une princesse ardente et fière, jalouse surtout de Béatrix, qui trônait dans la plus belle cour de l'Europe, pendant qu'Isabelle se consumait près d*un malade dans une prison. Elle se plaignait à son père, qui menaçait Ludovic et le sommait de rendre le trône à son neveu.
Ludovic jusque-là avait été couvert au sud par l'alliance de Florence. Il n'avait pas à craindre qu'elle ouvrît le passage au roi de Naples, tant qu'elle fut gouvernée par Laurent le Magnifique, prudent arbitre de l'équilibre italien.
Carte f.
Tout changea à la mort de Laurent. Son fils Pierre, qu'il avait eu d'une Romaine, Clarisse Orsini, avait lui-même épousé Âlfonsine Orsini, fille du connétable de Naples. Romain, Napolitain de cœur, élevé par sa mère, entretenu par sa femme dans un orgueil de prince, Pierre prit hautement parti pour la légitimité princière, rompit la vieille alliance milanaise, menaça Ludovic, le força d'appeler les Français.
Ainsi c'était la guerre de trois cours et de trois femmes.
Guerre d'Italie (1494-1498). — Tous les nôtres déjà étaient du parti d'Isabelle, la fille de notre ennemi, le roi de Naples. Le roi cède; il voit ce mourant; il voit l'infortunée princesse, qui embrasse ses genoux, les arrose de larmes. Il ne dit rien; mais Ludovic comprit son cœur, sentit qu'il était contre lui, il le sentit bien mieux quand Charles YIII à peine entré dans la Toscane, lui renvoya ses troupes italiennes. Il ne lui resta plus, après nous avoir appelés en Italie, qu'à faire en sorte que nous y périssions. Galéas mourut à point, et l'on crut généralement que Ludovic Tavait empoisonné.
Un premier fort ayant été pris et tout tué, Pierre de Médicis perd la tète. Il ouvre les forteresses qu'il avait voulu défendre. Florence profite de son trouble, le chasse, reprend sa liberté. Le pouvoir est aux mains de ceux qui avaient appelé, prophétisé l'invasion. Ils arrivent pleins de joie à Lucques pour saluer le roi ; il leur tourne le dos.
Il était déjà sous l'influence des agents des Médicis. Il voyait dans son ignorance, Pierre comme un roi chassé par ses sujets.
A Pise, on it un mort d'un siècle qui portait la parole, et presque au milieu du discours, un mort de cinquante ans parla. Ces morts, c'étaient les républiques de Pise et de Florence, la première étoufifée par l'autre, toutes deux réveillées à la fois (même jour, 9 novembre).
PI»©. — Fiorenee. — Le roi entrait à Pise.II marchait, entouré de tous ses capitaines, vers le fameux Dtiomo, où il allait entendre la messe. Il traversait, entre la tour penchée, le baptistère et le Campo-Santo, cette place vénérable, pleine des hautes antiquités du lointain moyen âge. Au seuil du temple, un homme se jeta à lui, effaré, comme un frénétique; il prit le roi aux genoux et embrassa ses jambes. 11 parlait en français et avec une grande volubilité. Le roi ne put pas s'en tirer qu*il ne lui nt un long discours. C'était l'histoire de Pise, la plus tragique d'Italie, ville morte en une fois, en un jour, quand tout son peuple fut emporté à Gênes; puis vendue aux marchands, aux Médicis, qui ont sucé sa vie, ont détruit son commerce, lui ont fermé la mer; et la terre elle-même par une négligence voulue et meurtrière a été changée en marais; plus de canaux; la fièvre organisée pour l'extermination d'un peuple.
Cependant, grâce à Dieu, au bout de cent années, la liberté venait... A ce mot liberté, le seul que le peuple entendit, il s'éleva de la foule un concert de cris et de larmes qui perça le cœur des Français. Un conseiller du parlement du Dauphiné, qui s'appelait Rabot, qui était en faveur et que le Roi venait d'attacher à son hôtel, dit fortement : « Pour Dieu, Sire! voilà chose piteuse! Vous devriez bien octroyer... Il n'y a jamais eu de gens si maltraités que ceux-ci!... > Le roi, sans trop songer, répondit vaguement qu'il ne demandait pas mieux. Rabot le quitte à l'instant même, retourne vers le parvis où était la foule du peuple : <c Enfants! Le Roi de France entend que votre ville ait ses franchises... >
« Vive la France ! vive la liberté ! » Tous se précipitent au pont de l'Arno. Le grand lion de Florence, qui était là sur une colonne, est emporté par l'ouragan, et va, la tête en bas, s'enterrer dans le fleuve.
Sans malice, dans son ignorance, le roi avait tranché le grand procès des siècles. Ce procès n'était pas celui de Pise et de Florence : c'était celui de toutes les villes sujettes, celui des cités souveraines.
Le roi n'avait pas quitté Pise qu'au milieu de la joie du peuple, qui brisait les lions de Florence, arrivent les envoyés florentins, Snvonarole en tête.
« Enfin tu es venu, ministre de la justice, ministre de Dieu; c'est loi que, depuis quatre ans, le serviteur inutile qui te parle prédisait sans te nommer. Nous te recevons avec un cœur satisfait, avec un visage joyeux. Ta venue a exalté les âmes de tous ceux qui aiment la justice. Ils espèrent que par toi Dieu abaissera les superbes, exaltera les humbles et renouvellera le monde. Viens donc joyeux, tranquille et triomphant, puisqu'il t'envoie Celui qui triompha pour nous sur le bois de la croix. Néanmoins, ô Roi très chrétien! écoute mes paroles et grave-les dans ton cœur... Ne sois point l'occasion de multiplier les péchés ; prolège l'innocence, les veuves, les épouses du Christ qui sont aux monastères. D'autre part, sois clément, à l'exemple de ton Sauveur. S'il y a des pécheurs dans Florence, il y a des serviteurs de Dieu. Pardonne! Gbrist a bien pardonné ? >
Le roi ne répondit que des paroles vagues, et, sur la route encore, il refusa de dire comment il venait à Florence. La nouvelle république, qui se recommandait de lui, qui venait de mettre ses lis sur le drapeau national, fut obligée à tout hasard de se mettre en défense à l'approche d'un si étrange ami. Chaque propriétaire fit venir ses paysans, les arma, se pourvut de vivres, de munitions, enfin se tint prêt pour un siège.
Cependant le petit peuple, sans défiance, va au-devant du roi avec de joyeuses acclamations; le clergé chante des
hymnes. Lui, si bien accueilli, il entre en appareil de
fO ABRÈGE D'HISTOIRE DE FRANGE.
guerre, les armes hautes, la lance à la cuisse. Établi au palais des Médicis, il répond aux hommages des magistrats qu'il a conquis Florence, qu'il est chez lui. Gouvernerait-il par lui-même ou par les Médicis? C'était la seule question. Les Florentins protestèrent, et des deux côtés, l'attitude devint très menaçante.
Cependant les conseillers de Charles YIII, regardant bien Florence, cette grande population, ces hauteset massives maisons de pierre, ces rues étroites où une armée peut, sans combattre, être écrasée des toits, commencèrent à songer.
Aplatis tout à coup, ils tombèrent honteusement à demander une somme d'argent, se contentant de rançonner la ville amie et alliée qu'ils désespéraient de prendre.
Mais cette somme, ils la voulaient énorme. Les Italiens qui reprenaient courage, refusèrent net. L'un deux, arrachant le papier, dit : € Sonnez vos trompettes; nous sonnerons nos cloches. > Enfin, pour cent vingt mille florins, le roi les tint quittes et partit. Pour cette somme, il faisait une triste concession; il abandonnait Pise, ne stipulant pour elle que le pardon de ses offenses.
Charles ¥111 à Rome (31 décembre 1494). — Quand Charles YIII entra dans Rome, le 31 décembre 1494, le pape Roderic Borgia, le fameux Alexandre VI, monté récemment au pontificat, n'était pas encore le personnage illustre qui a laissé une telle trace dans l'histoire. C'était un homme de soixante ans, fort riche, qui maniait depuis quarante ans les finances de l'Église et percevait les droits du sceau. Il était à son avènement le plus grand capitaliste du sacré collège.
Selon un récit populaire, le pape aurait fait dire au roi qu'il ne lui conseillait pas de venir à Rome, parce qu'il y avait peste et famine; que, de plus, son arrivée mettrait le
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Turc en Italie. A quoi le roi aurait répondu en riant qu'il ne craignait pas la peste ; que la mort serait le repos de son pèlerinage ; qu'il ne craignait pas la faim; qu'il venait pourvu de vivres pour rétablir l'abondance ; et que, pour leTurCy ne demandant qu*à le combattre, il lui saurait gré de venir, de lui épargner moitié du chemin.
Somiraioift d'Alexandre Ti. — Le pape fit dire au roi dignement qu'il était prêt à recevoir son serment d'obédience. Le roi, répondit : « D'abord, je veux ouïr la messe à Saint- Pierre; je dînerai ensuite; après quoi, je le recevrai. »
Le président du parlement de Paris régla les conditions : 1* continuation du privilège secret qu'avaient le Roi, la Reine et le Dauphin (celui de pouvoir entendre la messe, même étant excommuniés); i'* l'investiture du royaume de Naples; 3® la reddition du frère du sultan.
Le premier article accordé, les deux autres, le pape comptait les éluder. Au lieu de l'investiture expresse, il donna la rose d'or y signe de distinction que les papes donnaient aux rois défenseurs de l'Église. Pour Gem, le frère de Bajazet, il affecta de le consulter, lui demanda devant le Roi s'il voulait rester à Rome ou suivre le Roi de France. Le prisonnier, homme supérieur par l'intelligence et sentant à merveille le péril de sa situation, refusa d'avoir un avis, c Je ne suis pas traité comme sultan, dit-il; qu'importe à un prisonnier d'aller ou de rester! » Le pape, embarrassé, dit qu'il n'était pas prisonnier, que tous deux ils étaient rois, qu'il n'était que leur interprète. Charles YIII n'insista pas en présence de Gem, mais trois jours après se le fit livrer. L'ambassadeur de Ferdinand le Catholique, qui suivait le Roi et qui n'avait rien dit à Rome, imagina, entre Rome et Naples, de faire une grande scène de protestation qui pât relever le courage du parti espagnol de Naples.
Cet éclat ne servit à rien. Tout échappa aux Aragonnais, l'armée et les places et le peuple. Le vieux Roi meurt. Son
n ABRÉGÉ D HISTOIRE D£ FRANGE.
fils Âlfonse se sauve. Son fils, le jeune Ferdinand, perd terre, passe dans Iscbia. Les seuls forls qui résistèrent furent emportés et tout tué. La terreur gagne le royaume, elle passe TÂdriatique. Les Turcs voient le drapeau français en face, prennent la panique, se sauvent, abandonnent les forts d'Albanie. Les Grecs achètent des armes, prêts, disent-ils, à tuer tous les Turcs au débarquement des Français.
Les Française Napies. — Cbarles VIII débutaàNaples par une mesure qui eût gagné le peuple s'il y avait eu un peuple : il réduisit Timpôt à ce qu'il était du temps de la maison d'Anjou. La réduction n'allait pas à moins de deux cent mille ducats. La conduite des Français était contradictoire. Ils voulaient tout, arrachaient tout, emplois et fiefs, et, d'autre part, ils ne voulaient pas rester; ils- n'aspiraient qu'à retourner chez eux; ils redemandaient la pluie, la boue du Nord sous le ciel de Naples. Quand ils apprirent la ligue de l'Italie avec l'Empereur et TËspagne, cette effrayante nouvelle les mit dans la plus grande joie. Ils espérèrent perdre l'Italie et pouvoir retourner chez eux Ils en firent deux sotties.
Le Roi y assista et en rit de tout son cœur.
Le 12 mai, autre pièce où l'acteur fut le Roi. En manteai impérial, la couronne d'Orient en tète, il fit une entré solennelle dans Naples. Ne faisant la croisade, il fit tout d moins le triomphe.
Retour en France. — C'était pourtant une question d savoir si ce triomphateur pourrait rentrer chez lui. L jeunesse qui Tentourait, outrecuidante et méprisante, n'^ vait pas là-dessus la moindre inquiétude. Venise cepei dant et Ludovic avaient en un moment fait une gros) armée de quarante mille hommes. Le Roi s'afTaiblissa encore au retour par des détachements, n'en avait qi neuf mille (en comptant les valets) quand il trouva Ve\
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nemi sur les bords du Taro, à Fornoue, dans les Apennins.
BatoiUe de Fornone (6 juillet 1495). — Cette bataille fut la dérision delà prudence humaine. Tout ce qu'on pouvait faire de fautes, les Français le firent, et ils vainquirent. D'abord, leur excellente et redoutable artillerie, ils ne s'en servirent pas, la laissèrent de côté. Ils ne voulaient, disaient-ils, que passer leur chemin ; mais ils passaient plus ou moins vite, de sorte que Tavant-garde, le corps de bataille et l'arrière-garde se trouvèrent séparés par de grandes distances. Le marquis de Mantoue, Gonzague, très bon général italien, qui les voyait si mal en ordre de l'autre côté d'un torrent presque à sec qui les séparait, avait beau jeu pour se jeter entre eux^ les couper et les écraser. Les Stradiotes, très bons soldats grecs de Venise, chevau-légers, armés de cimeterres orientaux, devaient pénétrer dans les files de la lourde gendarmerie française, et, de côté, faucher, poignarder les chevaux. Cette manœuvre eût été terrible; heureusement, le Milanais Trivulce, qui la connaissait bien et la prévit, trouva une diversion. Il laissa sans défense, à leur discrétion, le camp du roi, ses bril* lants pavillons, les coffres et malles, les mulets richement chargés. Il était sûr que ces pillards se jetteraient sur cette proie et laisseraient là la bataille.C'est ce qui eut lieu en effet.
Des deux côtés, les hommes d'armes donnèrent des lances avec une extrême vigueur; toutefois, il y avait cette différence que les chevaux des Italiens étaient plus faibles, leurs lances légères et souvent creuses. Après le premier choc, ils n'avaient plus rien que l'épée .
Le roi était au premier rang; nul ne le précédait que le bâtard de Bourbon, qui fut pris. Les choses étaient si mal prévues, que par trois fois il resta seul, attaqué par des groupes de cavaliers, et ne s'en démêla que par la force et b furie de son excellent cheval noir.
La perte des Italiens fut énorme, trois mille cinq cents
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morts en une heure. Cela tient à ce que les va!ets Trança armés de haches, taillèrent et mirent en pièces tout ce q était à terre. Il n'y eut pas de prisonniers. Nombre de va lants Italiens restèrent sur le cafreau, entre autres les Go zague, parents du général, qui étaient cinq ou six, et firent tous tuer.
L'Italie abandonnée. — On est saisi de douleur et de hor en voyant avec quelle légèreté barbare une politique ine[ gaspilla, détruisit le plus précieux bien de la France, 1 mour qu'elle inspirait. Le dévouement enthousiaste Pise pour cette généreuse armée, la fanatique religion Florence pour l'alliance des lis qu'elle avait mis dans s drapeau, c'étaient là des trésors qu'il fallait garder à tout pr
La fidélité de Florence fut une chose inouïe. Nous 1 enlevons Pise; elle persiste, reçoit le roi avec des hymn( Toute son influence se dissout en Toscane; Lucqu< Sienne, Arezzo, de petites bourgades, tout se rit de FI rence. Et elle n'en est pas moins pour nous. La ligne $:ér raie de l'Italie contre le roi ne parvient pas à l'entraîni Loin de là ; c'est à ce moment que le parti français ( porté par le peuple au gouvernement.
L'honneur éternel de Savonarole et de son parti, c'< de n'avoir péri que par sa générosité. Les aristocrate d'accord avec lui pour chasser les Médicis, voulaient plus commencer contre eux et leurs nombreux amis u carrière de proscriptions, de confiscations, de vengeanc lucratives. Le parti des saints refusa ; Savonarole exig l'amnistie. Dès ce jour, il signa sa mort. Il avait ôlé le fre de terreur qui contenait ses ennemis. Rassurés, tous s' nirent. Les bigi^ les compajfnacct, se réconcilièrent cont lui ; la ligue universelle des princes, des prêtres et d sceptiques, des athées et des moines, se forma contre prophète et le mena au bûcher.
Né Lombard, Savonarole s'était fait Florentin; il avai
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non sans raison, élu le peuple de Florence; il voyait, et très justement, que ce peuple, avec tous ses vices, était rintelligence au plus haut degré, la tète et le cerveau du monde. Perdre l'amour de Florence, c'était pour lui mourir. 11 avoue sa tendresse et sa douleur avec une extrême faiblesse qui arrache les larmes : € 0 Florence! pour toi, je suis devenu fou. . . Hélas ! Seigneur! je suis fou de ce peuple. Je vous prie de me pardonner ! >
SaTonarole déclaré hérétique (mai 1497). — Au mois
de mai 1497, le pape le déclara hérétique, condamnant comme tels ceux qui approcheraient de lui.
Il ne fallait plus qu*ua prétexte pour livrer à la mort un homme qui compromettait Florence dans ses intérêts les plus chers.
Le prétexte fut celui-ci : Savonarole, dans un mouvement éloquent, parlant comme Isaie, avait défié les prêtres de Bélial de faire descendre le feu sur TauleLOn avisa qu'il fallait le sommer de faire un miracle, comme si ce n'en était pas un que l'accomplissement de ses prophéties. On alla chercher dans la Fouille un de ces prédicateurs de carrefour qui ont le feu du pays dans, le sang. On lança l'homme, soutenu d'aboyeurs franciscains, augustins. c SU est saint, dit l'homme du pape, qu'il ose donc entrer avec moi dans un bûcher ardent; j'y brûlerai, mais lui aussi; la charité m'enseigne à purger à ce prix l'Église d'un si terrible hérésiarque. »
Savonarole avait un ardent disciple, Domenico Bonvicini, d'une foi, d'un courage sans bornes, et qui l'aimait profondément. Il ne lui manqua pas plus que Jérôme de Prague à Jean Huss. Modèle attendrissant, mémorable, de l'amitié en Dieu!
€ Trois choses me sont chères en ce monde, disait Domenico, le Sacrement de l'autel, l'Ancien et le Nouveau Testament et Jérôme Savonarole. »
Il S écria qu1l n'était pas besoin que Savonarole entrl dans les flammes, que le moindre de ses disciples suffisa à faire ce miracle, que Dieu le sauverait tout aussi bien, < dit : c Ce sera moi. :»
l^'épreave du bâteher (7 avril 1498). — Le 7 avril 149! sur la place du palais, au matin, on vit l'échafaud. 1 toute ritalie on était venu, et les toits même étaie chargés de monde. L'échafaud, de cinq pieds de haut, i dix de large et de quatre-vingts de longueur, portait dei piles de bois mêlé de fagots, de bruyères, chacun de quat pieds d'épaisseur; entre, se trouvait ménagé un étroit p2 sage de deux pieds, inondé de flammes intenses, âpre fo^ de ce grand incendie. Par cette horrible voie de feu devaic marcher les concurrents, et la traverser tout entière.
Le lugubre cortège entra dans une loge séparée en dei d'où Ton devait partir, tous les moines en psalmodiant, derrière, force gens portant des torches, non pas p( éclairer, car il restait six heures de jour.
Les difficultés commencèrent, comme on pouvait prév^ surtout du côté franciscain. Ils dirent d'abord qu'ils voulaient nul autre que Savonarole. Mais Domenico insi réclama le bûcher pour lui. Ils dirent ensuite que ce Do nico était peut-être un enchanteur et portait quelque se lège. Us exigèrent qu'il quitta ses habits, et, qu'entièren dépouillé, il en prit d'autres à leur choix. Cérémonie miliante, sur laquelle on disputa fort. Domenico finit s'y soumettre. Alors Savonarole lui mit en main le ta nacle qui contenait le Saint-Sacrement et qui devait le server. € Quoi! s'écrièrent les franciscains, vous ex[ l'hostie à brûler... Quel scandale, quelle pierre d'acho ment pour les faibles 1 > Savonarole ne céda point. \ pondit que son ami n'attendait son salut que du Dieu portait.
Pendant ces longues discussions qui prirent des he
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la masse du peuple qui élait sur les toits depuis Taube et se morfondait sans manger ni boire, frémissait d^impatience et tâchait en vain de comprendre les motifs d'un si long retard. Elle ne s'en prenait pas aux franciscains qui faisaient les difûcultés. Elle s'irritait plutôt contre les autres, qui, sûrs de leur miracle et d'être sauvés de toute façon, n'avaient que faire de chicaner. Elle regardait la place d'un œil sauvage, farouche d'attente et de désir. Cet horrible bûcher lui portait à la tète, lui donnait des vertiges, une soif bestiale de meurtre et de mort. Quoi qu'il advînt, il lui fallait un mort, et elle ne pardonnait pas que Ton frustrât sa rage.
Tout au milieu de ces transports, un orage éclate, une pluie à torrents qui noie les spectateurs.. . La nuit d'ailleurs était venue. La Seigneurie congédia l'assemblée.
Le lendemain, dimanche des Rameaux, Savonarole fit ses adieux au peuple et dit qu'il était prêt à mourir. Tous ses ennemis étaient â la cathédrale et ameutaient la foule ; le parti des compagnacciy l'armée des libertins, des riches, les amis des tyrans, criant tous à la liberté, disaient qu'il était temps de se débarrasser de ce fourbe. On prit des barres de fer, des haches et des marteaux, des torches enflammées. On courut à Saint-Marc, où les partisans de Savonarole entendaient les vêpres. Ils fermèrent en hâte les portes, mais elles furent brûlées; il leur fallut livrer leur maître, avec Domenico et un troisième; la foule les traîna en prisca avec des cris de fureur et de joie; la république était sauvée.
Le procès ne fut paslong; on craignait un retour du peuple. Savonarole, en son cachot, écrivait son commentaire du Miserere, travail qu'il avait réservé pour ce dernier moment. Il put s'y affermir et assurer son cœur par l'accompUssement littéral de sa grande prédiction. Au retour de
Charles VHI, il l'avait vu et lui avait prédit qu'il serait frappé en sa famille, et cela s'était vérifié ; il perdit ses enfants. Depuis il avait annoncé la mort du roi.
-Mort de Charie« viii(1498). — Le 7 avril, au jour même de répreuve du bûcher, au jour où le prophète périt moralement, sa parole se vérifiait: Charles VIII périssait aussi, frappé d'apoplexie. Il avait vingt-huit ans, et depuis quelques mois il semblait s'amender ; il se repentait amèrement, dit-on, d'avoir fait tant de fautes dans l'expédition d'Italie; il aurait voulu soulager son peuple. Il essayait de juger lui-même, s'efforçait de rendre attentive sa faible tête, siégeait jusqu'à deux heures de suite à écouter les pauvres. Tout cela trop tard. Son jugement était prononcé ; la punition de sou abandon de l'Italie, de tant d'ingratilud< pour ceux qui l'avaient salué l'envoyé de Dieu.
Sappiice de Sa^onaroie (23 mai 1498). — Le 23 mai un bûcher fut dressé sur la place, un pieu et une po tence; le bûcher, soigneusement arrosé d'huile et d poudre, pour brûler rapidement. On amena Savonarolc l'intrépide et fidèle Domonico, et un autre, Silvestre Ma ruffi, qui avait persévéré et voulu mourir pour sa foi. 0 les lia autour du pieu pour le premier supplice, la risée la malédiction. Du reste, point de formalités; on ne h pas même la sentence. Le jugement, comme la questio et les aveux, resta dans les ténèbres. Le bourreau les d( grada en leur arrachant la robe ecclésiastique. Savonaro pleura, dit-on, sur cette robe dans laquelle il avait véc tant d'années digne et pur avec la bénédiction d'une tel intimité de Dieu. Il demandait l'hostie et ne l'espérait pa Mais le pape, consulté d'avance, et qui savait parfaiti ment qu'on allait faire mourir un saint, avait réponc qu'on pouvait la lui donner tant qu'il voudrait.
L'évéque de Florence ayant dit qu'il les retranchait i l'Église, Savonarole répliqua : € De l'Église militanl
oui; mais non pâs de la triomphante; cela nVst pas en ton pouvoir. )
On lui donna d*ahord la douleur de voir exécuter ceux qui mouraient par lui. Ainsi il resta longtemps seul. Quand le bourreau lui mit la corde et le hissa à la potence, un de ses ennemis craignit qu'il ne mourût trop vite et n'évitât le bûcher, il accourut et mit le feu; l'huile anima la flamme qui monta vive et claire. Cependant une foule de mauvais garçons, d'apprentis, jetaient des pierres au mort balancé dans les airs, poussant des cris de joie s'ils touchaient le cœur ou la face, cette face sacrée sur laquelle tant de fois Florence vit avec tremblement passer la lueur de TEsprit.
On avait tout prévu pour que Savonarole ne laissât aucune trace; des ordres sévères étaient donnés pour que ses cendres recueillies fussent jetées â TArno. Mais les soldats qui gardaient le bûcher en pillèrent les reliques eux-mêmes. Ils ne purent empêcher que d'autres n'approchassent, et le cœur, ce cœur pur, plein de Dieu et de Il patrie, se retrouva entier dans la main d'un enfanl*
ciiAPrrnR ii
LOUIS XII. — ANNE DE BEAUJEU. — GUERRES D'ITALIE ; AG ET RAVENNE. — ANNE DE BRETAGNE. — ADMINISTRATIF TÉIIIEURE.
Louu XII (1498-1515). — J'ai tu, revu dix foii son tombeau, à Rouen, la statue du cardinal d'Am et de son neveu, bons, excellents portraits, impilo; ment fidèles. Vous diriez la forte encolure d'un p normand; sur cette large face et ces gros sourcils ba vous jureriez que ce sont de ces parvenus qui, par épaisse finesse, un grand travail, une conscience difficile, ont monté à quatre pattes. Et vous vous tro riez. Ce sont des nobles de la Loire. Phénomène rieux ! Pendant que le bourgeois tâchait de se faire ii ceux-ci, nés nobles, pour faire fortune, changèrer peau, se firent bourgeois. Les rois se défiaient trof nobles ; la première condition pour les rassurer et plaire, était de se faire simples, grossiers de forme manière, pauvres gens^ bonnes gens. Et la seconde C( tion pour réussir était de se faire d'église, de mettre affiche, de n'avoir pas d'enfants, de ne pas fonder de son, de ne vouloir en ce monde que sa pauvre petiU
Le eardtnal d'Ambolse. — Celui-ci, par instinct d
rice et de convoitise, s'associa à merveille au grand i vément du temps, qui, depuis Louis XI, était une i
LOUIS XII. 2i
nanle ascension de la bourgeoisie, des deux bourgeoisies, celle des juges et juges de finance, et celle des commerçants, fabricants, boutiquiers. C'est là ce qui crevait les yeux; ou bâtissait partout, partout on ouvrait des boutiques. Âmboise eut le mérite de voir cela, et de voir parfaitement ce qui était dessous : un profond égofsme et une indifférence extraordinaire pour les intérêts extérieurs et la réputation de la France. Que voulaient ces gens-là? Uue seule chose, être bien jugés, dans les nombreux procès que ce croisement infini d'intérêts nouveaux suscitait de toutes parts. Amboise leur fit donner cela par le vieux chancelier de Louis XI, Rochefort, habile homme qui réforma les parlements, fit écrire les Coutumes, fonda surtout (bienfait réel) la magistrature de finances pour juger les comptes du fisc d'une part, d'autre part, les litiges entre le Gsc et les contribuables. Pour tout le reste, le cardinal sut bien que la boutique n'avait nulle idée haute, qu'elle se contenterait de tout, avalerait les hontes, les crimes même, s'il y avait lieu. Par lui s'inaugurent en Europe le gouvernement bourgeois et la politique marchande.
On ne s'y attendait pas. Son maître, le duc d'Orléans, sous madame de fieaujeu, déjà gouverné par Amboise, avait été le drapeau de la noblesse, le mannequin des grands, comme son pauvre père le poète, Charles d'Orléans, l'avait été sous Louis XL De figure vulgaire, comme on peut voir dans ses portraits, Louis XII n'eut guère la grâce des Valois ; faible et bon, à l'allemande, comme sa mère, mais colère par moment, il rappelait pourtant le vieux prince, par sa débilité précoce, son tempérament maladif. Amboise, un gros homme, fort et actif, tenace et lourd, n'en pesa que davantage sur cette faible créature, ^ incapable d'application.
Ordonnanee de Biois (1510). — Grande ordonnance de Blois; plus de ventes d'offices judiciaires; l'honneur du
parlement assuré et sa pureté; plus d'épices ; plus de jugemeut de famille pour les parents des juges. La justice juste pour elle-même, se punissant si elle punit mal, s'emprisonnant si elle arrête à tort. Les sénéchaux siéront doc^ leurs ou pajeront des docteurs. Les seigneurs n'imposeront plus leurs sujets, sauf leurs droits constatés. Les gradués des universités auront le tiers au moins des bénéfices. Ajoutez des choses humaines et qui étonnent : 1; question n'est pas abolie, mais elle ne sera jamais donnéi deux fois. Miracle enfm ! une classe d'hommes où la le n'avait jamais vu que l'affaire du bourreau, une chose ac quise à la potence, les vagabonds et mendiants, commen cent à passer pour des hommes ; on leur donne quelque garanties. Les baillifs et les sénéchaux ne les jugeront pa sans appeler quelques juges, au moins les praticiens d lieu.
Réforme de la Cour. — A ces belles réformes répoi dait celle de la cour elle-même, de la maison royale. Apr< le scandaleux désordre de celle de Charles YIII, on voys l'ordre même dans Louis XII et Anne de Bretagne. Celles tout entourée de dames graves, de demoiselles austère filant ou brodant tout le jour, tenait école de sagesse.
Le gouvernement de famille commence ici, et la régul rite des mœurs du prince, son asservissement à une sei femme, vont influer sur les affaires. L'idée de patrimoi et de propriété, jusque-là étrangère aux rois, devient au très forte. La reine a son duché, son trésor et sa ce bretonne. Le roi a sa ville d'Asti et veut avoir son duc de Milan, l'héritage de sa grand'mère. Amboise y pous Sa conquête, à lui aussi, c'est l'Italie, l'influence i ritalie. Si le roi a Milan et Naples, si Borgia a la 1 magne, combien Georges d'Amboise aura meilleur man de Rome, meilleure chance pour s'assurer la surviva d'Alexandre Vil
Ludovic siorsa. — LudovicSforzale More, qu'il s'agissait de dépouilier, était, au total, le plus capable et le meilleur prince de l'Italie. Il en avait été jadis l'arbitre et le défenseur, se constituant le portier des Alpes, dont il fortifia les passages. S'il appela Charles YIII, c'est lorsque la ligue insensée de toute l'Italie contre lui le mit sérieusement en péril. Il était au plus haut degré actif, intelligent, accessible, de douce parole, jamais colère. Il avait habilement paré à la famine dans les mauvaises années. Sa police excellente avait supprimé les brigands. Le Milanais lui devait le complément de son admirable réseau d'irrigation, un canal gigantesque, qui mariait ses fleuves. De la vieille Milan obscure et tortueuse, il avait fait la ville incomparable que l'on voit aujourd'hui. Pour tout dire, le grand esprit de l'époque, Vinci, l'homme de tout art et de toute science, cherchant en Italie un gouvernement de progrès, un génie qui comprit le sien, avait quitté Florence pour Milan, et choisi pour maître Ludovic Sforza.
Sauf la mort, fort douteuse, de Jean Galéas, et sa fatale insistance à poursuivre Savonarole, on ne lui reprochait aucune cruauté* Dans cet âge des Borgia, Ludovic n'avait jamais versé le sang, jamais ordonné de supplices.
Il ne trouva secours ni dans Naples épuisée, ni dans son beaa-père, le duc de Ferrare, immobilisé par la peur. Bazajet fit pour lui une diversion contre Venise, mais tardive et lontaine. Il fut abandonné de tous, trahi, vendu. La terreur marcha devant les Français. Une seule ville résista, tout y fut massacré. Le peuple, chargé d'impôts, fut ravi de voir finir la guerre; il reçut Louis XII avec une joie folle. Sous un si grand roi, et si riche, on n'aurait plus rien à payer. La foule se précipite au-devant de lui jusqu'à une lieue de Milan, quarante beaux enfants en drap d'or chantaient des hymnes au libérateur de l'Italie.
Coniivéto du nilaiiAts (1499). — L'Italie> pénétrée
S4 AURËGÉ D'HISTOIRE D£ FRANGE.
d'horreur, eut un rayon d'espoir, quand elle vit Ludovic reparaître à l'entrée des Alpes, et regagner le Milanais aussi vite qu'il l'avait perdu. Il avait été droit en Suisse, et le grand marché d'hommes lui avait vendu huit mill< soldats. Troupe peu sûre. Les armées en présence, le Suisses de Ludovic voyant des Suisses dans notre camp e avec eux les bannières des cantons, calculant bien d'ail leurs qu'un roi de France était plus riche qu'un duc d Hilan ruiné, commencent à avoir des scrupules; d'ailleun ils ne sont pas payés. Us crient, menacent; Ludovic lei donne ce qu'il a, ses bijoux, son argenterie, leur jure qi l'argent est en route, qu'il arrive de Hilan. Rien ne sei II prie alors pour sa vie. Qu'ils le sauvent, l'emmènei Ces soldats de louage ne voulurent rien entendre. ] laissèrent seulement le prince se cacher parmi eux habit de moine mendiant ; ses frères se mirent en sold suisses. Mais on les désigna. Menés en France, ils fur< montrés sur toute la route, à Lyon surtout, où on fit v Ludovic comme une bête sauvage. Cet homme du Midi, ] son nier dans le Nord, on l'enferma dans l'humide et o cure prison de Loches. Les autres dans la tour de Bourg Et les fils même de Galéas, innocents à coup sûr, enfs dont Ludovic était accusé de détenir l'héritage, le roi mil dans un cachot. Ludovic, enfermé dix ans, jusqu'; mort, conserva une âme indomptable; dans le froid, la sère, l'absence de soleil, si dure à l'Italien I il garda en l'âme de l'Italie, écrivant ses droits sur le mur, en fortes paroles ; au rebours du proverbe : Services n^est ritage, il écrivit : « Les services qu*on nCaura rei compteront comme héritage. j> Et cela se vérifia p; reconnaissance de la patrie italienne, qui garda souven dernier de ses princes, Ludovic, fils du grand Sforza.
Partage du royaume de TVaple* avec l'Espag^ne ^1 !
— La France devait marcher surNaples. — Leroiarag
deNaples, Frédéric, allait naturellement se rassurer par l'aU liance de son cousin d'Espagne Ferdinand, se faire garder par lui. Il ouvrait ses ports et ses places aux troupes espagnoles, se livrait et se trahissait. Coup simple et sûr. Le royaume était conquis et partagé.
Le préambule du traité est un pieux manifeste sur le devoir royal de maintenir la paix, d'empêcher les blasphèmes, de protéger la pudeur des vierges, de défendre surtout l'Église contre les Turcs, contre Vami des TurcSy don Frédéric de Naples. C'était une affaire de religion, de dévotion, si bien que la reine Anne, voulant aussi être pour quelque chose dans l'œuvre pie, donna de son argent particulier pour l'armement de la Hotte.
La croisade du roi catholique et du roi très chrétien contre l'ami (fe« Tures^ Frédéric II de Naples, ne pouvait pas manquer de réussir. Frédéric lui-même appelait les armées de son bon cousin Ferdinand. Elles étaient toutes prêtes, déjà dans l'Adriatique, sous prétexte de la guerre des Tores. Gonzalve, le grand capitaine, joua très bien son petit rôle. Frédéric, ayant quelques doutes, il jura, protesta et parvint à le rassurer, occupa toutes ses places. Mais les Français arrivent, le tour est fait; Gonzalve s'en tire avec un distinguo : celui qui a juré, c'était l'homme du roi d'Espagne, et non Gonzalve; et le roi n'est pas engagé non plus par un serment fait sans son aveu. Le fils de Frédéi:ic gardait encore une place; Gonzalve s'en empara en jurant sur l'hostie la liberté du prince, qu'il fit arrêter aussitôt.
Baptere. — Défaite du «aHsUano (1503). — Louis XII
s'était laissé amuser par un traité qui eût donné Maples à sa fille, en la mariant au petit-fils de Ferdinand. Gonzalve se moqua du traité. L'armée partit en plein été, au risque d'arriver dans les pluies de l'automne. Et la voilà encore à attendre sous les murs de Rome. Tard> bien tard, les car- I. DE ra.» Temps moderaes. u. — S
dinaux persuadent Amboise que sa nomination est sûr< et que, pour son honneur, il doit la laisser libre, laisse partir l'armée.
Cette armée, noyée dans les pluies, succombe au Gai gliano; nous perdons tout. Amboise échoue comme s( maître. Tous les cardinaux l'abandonnent.
Joie* II. — Une élection unanime porte au pontificat, s la recommandation des Français et des Espagnols, Jules un yrai pape italien, bien décidé à chasser les uns et I autres.
Les Italiens subirent les Espagnols, les Suisses^ Allemands; ils portèrent, léte basse et sans plainte, h brutalité, comme chose fatale. Mais ils haïrent la Fran Et l'on vit en 1509, les paysans des États vénitiens se U pendre en grand nombre plutôt que de crier Vive le i
Nous livrâmes toutes les entrées de l'Ifalie, nous rasài 868 murs et ses barrières. Une force y restait, Venise; n liguâmes l'Europe pour l'anéantir.
Funeste poltiiiiae d'Anne de Breta§^ne. -*- Exem
touchants pour le monde I Marguerite cousait; notre A de Bretagne filait, comme la reine Berthe. Louise de voie, mère de François I*', que nous verrons bientôl sait des livres graves. Je vois encore sa chambre dans maison d'Angoulême, et la modeste inscription : Liôr liberiSf c Mes livres et mes enfants. >
Cousant, filant, lisant, ces trois fatales Parques ont les maux de l'Europe.
Romanesques, machiavéliques, leur doux amour famille, leur mépris pour les nations, les rendaient pr aux grands crimes de la diplomatie. Créer Te ai pire versel sur une tète, unir les peuples sous un joug, pa la terre soumise par le mariage de deux enfants, vo roman de ces bonnes mères. Qu'importe Thonneu peuples accouplés malgré eux, qu'importent deux cen
de guerre! Régnent ces deux enfants, et périsse le monde!
Telle fut la tentative d'Anne de Bretagne en 1504, qu'elle tenta d'accomplir pendant irne maladie de sou mari. S'il fût morty elle eût fait ce crime, donné la France à Charles- Quint. Conquérant au maillot, il recevait de sa future belle-mère Tépée même des résistances européennes, notre épée de chevet volée sous l'oreiller de Louis XII, l'épée que François I*' eut à Marignan, à Pavie, et qui, malgré tant de malheurs, sauva pourtant l'Europe, avec l'aide de Soliman.
Louis XII, nuisible à la France par ses vices d'emprunt, par sa fatale imitation delà politique italienne, faillit l'être bien plus encore par ses vertus réelles. Mari fidèle et bon père de famille, il associait la reine, autant qu'il pouvait, à la royauté. Les ambassadeurs qui venaient, il les envoyait à la rei|ie, qui ne manquait guère de leur faire des réponses graves et bien préparées, mêlées de mots de leur langue qu'elle apprenait exprès. Le pis, c'est qu'en représentant comme reine de France, elle restait souveraine étrangère, correspondant directement avec le pape, et lui restant fidèle dans la guerre que lui fit le roi.
Celui-ci, toujours maladif, tombe malade, s'alite. Elle le soigne seule, l'enveloppe, en tire un pouvoir pour le manage de sa fille; et, avec ce pouvoir, elle signe d'un coup la mort de Tlialie et de la France, rayant Venise de la carte, et démembrant la monarchie.
Les États vénitiens, divisés entre Tempereur, le roi et le pape, donneront au premier la grande entrée de l'Italie.
Charles le Téniéraire est refait; elle lui rend ses provinces, et de plus la Bretagne. Par Blois, par Arras, par Anxerre, le nouveau Charles sera de toutes parts aux portes de Paris.
Est-ce tout? Non; à une nouvelle maladie du roi, en 1505, elle veut enlever sa fille en Bretagne, saisir l'héritier
du royaume, le jeune François P^ Elle eût biffé la loi s lique, abaissé la barrière qui ferme le trône à Tétrangi Cette fois, il n'était besoin de lui désigner des provinci elle eût raflé la monarchie.
La Bretonne eut heureusement pour obstacle un Bret< le maréchal de Gié, gouverneur du jeune prince, quis'e para des passages de la Loire, et se tint prêt à la prem elle-même, si elle tentait cette trahison de la France.
Le roi, revenu à lui, comprit le danger, convoqua États, et se fit demander de rompre le traité fatal qui n livrait à la maison d'Autriche.
Ce qu'on ôtait au pape, il fallait l'ajouter à la Tosca aux Florentins. Telle quelle, Florence était encore le c< de l'Italie, les bras. Gènes et Venise. On devait les tifier.
Révolte de Gènes. — Louis XII la réprime (1507)
Gènes, cette ville singulière, qui seule a reproduit l'acti du Grec antique, combattant seule, ramant seule sur flottes, s'était naturellement usée. Rien d'étonnant si ville de la force de Nantes, qui remplit d'elle ]a Médi ranée, qui fonda un empire dans la mer Moire, finit défaillir d'épuisement.
Économes entre tous les hommes, les Génois avaier un merveilleux moment de générosité; ils avaient cueilli l'appel de Pise, leur vieille rivale. On avait e spectacle admirable des galères de Gênes apportant vivres aux Pisans et nourrissant leurs anciens ennc Ceci, malgré la France, malgré la noblesse génoise dév au roi. Là fut l'étincelle de la guerre civile. Un ho du peuple est frappé par un noble ; le peuple se fa doge, le teinturier Paul de Novi, grand cœur, qui ac< le pouvoir dans une lutte sans espérance. Le roi, pris arbitre, n'accepte la révolution qu'à une condition in sible, que les nobles reprendront les fiefs qui du h au
montages dominent Gènes et peuvent raffamer. Retus. Le roi se met en marche avec une armée telle qu'il Teût fallu pour reprendre le royaume de Naples; il lève la massue de la France pour écraser une mouche. Ces pauvres marins, chancelant sur terre, ne pouvaient guère tenir devant de vieux soldats comme Bayard. Le roi entra vêtu d'abeilles d'or, et la devise c Le roi des abeilles n'a pas d'aiguillon. » 11 y eut peu de pendus, il est vrai, mais beaucoup d'outrages, une nouvelle plaie au cœur de l'Italie. L'ingénieux monarque rendit la force aux nobles, amortissant le peuple, ce héros de la mer, qui, sur cet élément, aurait amorti Charles-Quint.
La sottise était forte, mais on pouvait en faire une plus grande, magnifique et splendide, celle de ruiner Venise. Et l'on n'y manqua pas.
Gomment expliquer la persévérance étonnante avec laquelle le roi, de traité en traité, pendant plusieurs années, allait animant tout le monde contre Venise, c'est-àdire pour l'Autriche, à qui Venise fermait l'Italie? Louis XII n'était point de nature à haïr longtemps. Sa conduite en ceci ne s'explique que par la ténacité bretonne de la reine, fixée au mariage autrichien et zélée pour son futur gendre. Les rois tendaient à devenir une famille, et l'esprit de famille, très fort dans la maison d'Autriche, lui gagnait le cœur d'Anne autant que le souvenir romanesque de Maximilien.
Hlaxliiitlien d'Autriche. — lllargii«rlte. — Un mot SUr
celui-ci et sur sa fille, la bonne couseuse de chemises, Margot, comme elle s'appelait elle-même, la forte tête de cette maison, la Flamande rusée qui contribua tant à sa fortune.
Le profond Albert Durer, dans son portrait de Maxîmilien, l'a buriné pour l'avenir au complet, et l'histoire n'ajoute pas deux mots au portrait du maître. Cette grande
figure osseuse, fort militaire, d'un nez monumental, est ui don Quichotte sans naïveté. Le front est pauvre comm Tâpre rocher du Tyrol que Ton voit dans le fond; au corniches des précipices errent les chamois, que Max mel tait toute sa gloire à atteindre. Il était chasseur avanl toul et secondairement empereur; il eut la jambe du cerfell cervelle aussi. Toute sa vie fut une course, u hallali pei pétuel. On le voyait, mystérieux, courir d'un bout de TËu rope à Tautre, gardant d'autant mieux son secret qu'il n le savait pas lui-même. Du reste, les coudes percés, toi jours nécessiteux autant que prodigue, jetant le peu qi lui venait, puis mendiant sans honte au nom de TËmpin On le vit, à la fin, gagnant sa vie comme condottiere, dan le camp des Anglais, empereur à cent écus par jour.
U fit en toute sa vie une chose de bon sens, ce fut ( quitter définitivement les Pays-Bas, où sa nature était ai tipalhique, et de les confier à sa fille Marguerite.
Celle-ci est le vrai grand homme de la famille, et, selc moi,^le fondateur de la maison d'Autriche, la racine l'exemple de celte médiocrité forte, rusée, patiente, qui caractérisé cette maison avec un équilibre de qualités e traordinaire, qui l'a rendue si propre à réussir, à concili l'inconciliable, à exploiter surtout l'entr'acte du xvi* siè( à la Révolution française.
Cette bonne femme a tramé trois choses qui restent i tachées à son nom :
Elle berça, endormit, énerva le lion belge, entre l'époq des guerres de communes et des guerres religieuses;
Elle acheta Tempire pour Charles-Quint, trafiqua d âmes et des voix, trempa sans hésiter ses blanches mai dans cette cuisine;
La iiflrae de Cambrât (1508). — Elle avilit la France ( les deux traités de Cambrai (1508-1530), obtenant d'e sa honte et sa ruine, Tltalie livrée par la France à VA
triche. Tout cela bonnement, en devisant amicalement et comme entre parents. Le fil filé par elle fut à deux fins, un lien pour les rois, un lacet pour les peuples, dont Tltalie fut étranglée ; la France et l'Allemagne, liées d'un bras, De se battirent plus que de l'autre.
Le traité de Cambrai fut manipulé à huis clos de cette main fine et de la grosse main d'Amboise. On était sûr de tous les rois ; on savait bien qu'une fois la chasse ouverte sur cette proie de Venise, ils courraient tous à la curée. Grands et petits, voisins ou éloignés, tous coururent en effet. L'Angleterre, là Hongrie, se déclarèrent aussi bien que l'Espagne; les dogues aussi bien que les lions, les principicules de Savoie, de Ferrare, de Mantoue.
TeniM. — Qu'était en réalité cette Venise , dernière force deritaHe?Une ville, un empire, une création d'art unique, qui se maintenait par un grand art, gouvernement oriental qu'il faut juger par les difficultés infinies qu'il avait, étant si petit et si grand, et obligé de faire marcher d'ensemble le bizarre attelage de vingt races diverses. Ce prodige ne s'opérait que par une direction infiniment forte autant que sage, d'une action discrète et rapide, qui ne répugnait pas aux moyens turcs. Toutefois, quand on a pénétré le mystère de terreur, on a vu que les ténèbres dont, s'enveloppait ce gouvernement et qui faisaient sa force l'avaient calomnié. L'ombre avait effrayé, mais on a trouvé peu de sang. Les prisons d'État de Venise étaient si peu de chose qu'il faut bien juger à les voir qu'elles n'ont guère eu de prisonniers. Qu'est-ce, grand Dieu ! que les plombs et les puits dont on parle toujours, en comparaison des Bastille, v des Spielberg, des Cronstadt, dont les rois ont couvert l'Europe?
Il y avait trois choses grandes à Venise et uniques : un gouvernement d'abord, sérieux, économe ; ni cour, ni volerie, ni favoris; — gouvernement qui nourrissait son
peuple, ouvrant à son commerce, à sa libre induslri d'immenses débouchés ; — gouvernement enfin très feri contre Rome et libéral pour les choses de la pensée, abi tant les libres penseurs, presque autant que fit la Hollan( Où était rimprimerie libre, la vraie presse? D'où pouvaitélever une voix d'homme dans la publicité européenn De deux villes, de Venise et de Bâle. Le Voltaire de 1 poque, Érasme, se partagea entre elles. Les saintes impi merîes des Aide et des Froben ont été la lumière monde. Cette révolution, lancée par Guttenberg par massif in-folio, n'eut son complément qu'à Venise, vi 1500, lorsque Aide quitta le format des savants et i pandit rin-8% père des petits formats, des livres et < pamphlets rapides, légions innombrables des esprits ir sibles qui filèrent dans la nuit, créant, sous les y( mêmes des tyrans, la circulation de la liberté.
Le plus sacré devoir d'un roi de France, d'un duc Milan, était non seulement de garder, de défendre Veni mais, par sa constante amitié, dinfluer heureusem sur elle, de la seconder en Orient, et de la détourner fausses directions où sa politique s'égarait alors. Dec ragée par les succès des Turcs qui venaient de lui pren Lépante, Leucade et autres places, elle se retournait ^ l'Italie, y devenait conquérante, y faisant de petites ace sitions qui mettaient tout le monde contre elle.
C'était un tel crime de toucher à Venise, qu'au mon de porter le coup, Jules H, qui avait le cœur italien sentit un remords, hésita, et dit tout aux envoyés de Yen mais ils ne crurent pas le danger réel.
Guerre contre WenUe (1509). — Louis XII, Cepend
a passé les Alpes en personne. L'orage se déclare de côtés. Venise ne s'étonne pas. Elle avait rassennblé très bonne armée, de Grecs et d'Italiens, la fleur des magnols. Elle choisit deux bons ;{énoraux, à tort; il
LOUIS xn. 8S
eût fallu qu'an; c'étaient deux Orsini, célèbres condottieri de la campagne de Rome : l'un brave et vieux, et refroidi par TàgCy l'illustre Pitigliano ; l'autre, bâtard de la m^me maison, le vaillant Alviano, qui venait par une campagne heureuse de fermer le passage aux Allemands et de faire reculer le drapeau de l'Empiré ; les brisighella romagnols aux casaques rouges et blanches, juraient de relever la nation. Ils l'auraient fait, si cette armée de lions n'eût été mise en laisse par le vieux sénat de Venise; il eut peur de 8a propre armée, de son esprit aventureux, du bouillant Alviano, et le subordonna au septuagénaire. En les envoyant au-devant de l'ennemi, on leur recommandait de ne pas compromettre l'unique armée de la république, de sorte que, par une manœuvre bizarre, cette armée n'avançait que pour reculer sans se battre.
Batatue d'Agnadei (14 mai). — Alviano avait trouvé des positions admirables le long de l'Adda ; il espérait combattre, malgré Venise, et laissait les Français construire des ponts. La difficulté était d*entrainer le vieux collègue qui avait le mot du. sénat. Ce mot était retraite. Donc Pitigliano se retirait toujours, laissant traîner Alviano derrière; finalement, les Français passent ; Alviano avertit son collègue qui n'y veut croire et continue sa route. Alviano est écrasé, près d'Agnadel, avec ses Romagnols qui se font tous tuer; il aurait voulu Tétre, mais, blessé au visage, il eut le malheur d'être pris. Le mouvement populaire se manifesta pour Venise. Elle avait tout perdu ; elle était revenue à son âge primitif, à son étroit berceau ; son empire, c'était la lagune, et les boulets français y arrivaient déjà. Elle prit ce moment pour proclamer cette résolution romaine, hardie et généreuse : Qu'elle voulait épargner aux villes les calamités de la guerre, les déliait de leurs serments, les laissait libres. L'usage qu'elles firent de cette liberté, ce fut de relever le drapeau de Saint-Marc. A Tré-
Si ABRÉGÉ D*UIST01RE DE FRANGE.
vise, un cordonnier, nommé Caligaro, sort le drapeau de sa maison, et fait rentrer les Vénitiens à Padoue; les nombreux paysans réfugiés dans la ville s'unirent avec le peuple, et les nobles seuls furent pour l'empereur.
Au siège de Padoue, l'empereur eut la plus forte armée qu'on eût vue depuis des siècles : cent mille hommes. Allemands, Français, Italiens, l'armée du roi, du pape et de l'Espagne. La ville eut un accord sublime, et les assiégeants neutralisés par leurs divisions, finirent par s'éloigner. Ce qu'on avait pu prévoir arriva; Ferdinand, reprenant ses villes, Jules II les siennes, ils rentrèrent dans leur rôle naturel, celui d'ennemis de la France.
Qu'avait fait celle-ci? une seule chose : elle avait transféré la primatie de l'Italie des Vénitiens au pape, de ses amis à son ennemi.
CoalHIon contre la France. -- Si l'on veut suivre, en
ces années, la patiente trame ourdie par Marguerite, qu'on lise seulement deux lettres (8 octobre 1509, 14 avril 1511), Un y verra en plein la malicieuse fée filant autour de nous son fin réseau de fer. La chaîne, c'est la réconciliation de Haximilien et de Ferdinand ; la trame, c'est l'union de tous deux à l'Angleterre, pour accabler la France.
La première lettre, curieuse, très claire, par son emportement, c'est celle de Gattinara, ambassadeur de Maxi railien, que Marguerite soupçonne de vouloir lui tirer des maim la médiation entre V Autriche et V Espagne. Elle révèle le fonds de la dame, sa jalousie ambitieuse dans ses affaires, et comme elle tenait son père même.
La seconde, de Marguerite au roi d'Angleterre, Henri YIII, nous révèle qu'en avril 1511, elle croyait enfin avoir formé la grande ligue de l'Autriche, de l'Espagne et de l'Angleterre (avec le pape et contre la France). L'obstacle est Ferdinand, qui, peu zélé pour le petit Flamand, qui doit hériter de tout, aurait l'idée de donner Naples à je ne sais quel
bâlard espagnol. Elle prie Henri VIII de lai faire entendre raison.
Ainsiy longtemps d'avance, tout était arrangé. Mais Tempereur, mais l'Angleterre, ne devaient éclater qu'au moment où Louis XII, épuisé, isolé, mortifié par la calamité, deviendrait une proie et qu'on y pourrait mordre.
Uiaainie liigae (1511). — Ce piège compliqué ne put avoir effet qu'à l'hiver de 1512. Le pape avait les Suisses et il les lançait en Italie ; cela était public, ainsi que la sainte ligue qui fut signée (5 octobre 1511) entre le pape, Venise et Ferdinand; mais le meilleur était caché encore; on ne montra qu'en février l'épée de l'Angleterre, en avril seulement le poignard de l'Autriche, qui devait rompre avec BOUS au jour même d'une bataille et devant l'Espagnol à qui elle nous livrait.
Ce sont là les situations qui grandissent la France. Elle a dans ces moments de foudroyants réveils, où sa vigueur étonne le monde.
Ce fut précisément l'apparition de l'infanterie nationale.
La Pallce. — Bayard. — Craston de Foix. — Le brave
et patient la Palice, général des revers, qu'une chanson ridicule a immortalisé, organisait péniblement l'armée nouvelle. Il n'avait que seize cents lances, environ six mille cavaliers; la noblesse était déjà moins empressée pour les guerres d'Italie. Il avait cinq mille Allemands, secours très incertain qu'un ordre de l'empire pouvait à tout moment rappeler. D'autant moins, dut-il dédaigner les piétons, qui jusque-là jouaient un rôle fort secondaire.
La Palice prit cinq mille Gascons. Et, ce qui était plus nouveau, il prit huit mille Français du Nord, nullement formés encore, point disciplinés, des aventuriers, comme on les appelait. Il y avait, dans ces huit mille, quelques Italiens; mais la majorité étaient des Picards, race septentrionale qui a tout le feu du Midi. Gomment ramassa-^t-il
cette infanterie? On l'ignore. Ou voit seulement que la guerre dltalie devenait populaire, que tant d'expéditions coup sur coup avaient éveiljé les imaginations; tous ceux qui revenaient racontaient des merveilles, rapportaieit et montraient des choses précieuses, bien propres à entraîner les foules vers cette guerre brillante et lucrative.
Pour capitaine général de cette troupe, dont on doutait, on choisit un homme admirable, le plus brave et le plus honnête, vieux, modeste et ferme soldat, qui fut le spécial ami de Bayard. C'est le sire Dumolard qui figure si souvent dans rhistoire du bon chevalier.
Il se trouva, par un très grand hasard, que cette armée toute neuve eut un général neuf, un Gascon de vingt-trois ans, un prince aventurier qui cherchait sa fortune et visait un royaume. Ce général, Gaston de Foix, quoique fils d'une sœur de Louis XII, attendait tout de sa vaillance; il plaidait au parlement pour la couronne de Navarre, et croyait emporter sa cause par une victoire rapide en Italie. Gaston trouva tout naturel d'exiger de l'infanterie une rapidité que jusque-là on n'osait demander aux cavaliers. Dans une course de deux mois (qui fut toute sa vie et son immortalité), il révéla la France à elle-même, démontrant par une incroyable célérité de mouvements une chose qu'on ignorait, c'est que les Français étaient les premiers marcheurs de l'Europe, — donc, le peuple le plus militaire. Le maréchal de Saxe a très bien dit : c On ne gagne pas les batailles avec les mains, mais avec les pieds. »
Par un temps effroyable, un ouragan de neige, lorsque personne n'osait regarder dehors, il fait une marche prodigieuse, passe devant les Espagnols qui n'en savent rien, se jette dans Bologne assiégée, y jette des soldats et des vivres.
PrUe de Brescia (19 février 1512). — Là, il apprend que Brescia se refait vénitienne. Avec la même célérité, en*
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eotrainant l*infaaterie au pas des cavaiierSy il fait quarante lieues et fond sur Brescia. Pas une heure, pas un moment de halte; l'assaut! Mais qui y montera?
Une question d'amour-propre avait empêché nos gens d'armes d'y monter à Padoue ; ils exigeaient que toute la baronnie allemande, les comtes, princes d'Empire, etc., en fissent autant. Les uns comme les autres ne voulaient corn* battre qu'achevai. Dans la réalité, leurs pesantes armures faisaient obstacle pour gravir des remparts en talus ou une brèche de décombres. A Brescia, on décida queles aventu^ rierSy légèrement armés, équipés (beaucoup n'ayant ni bas ni chausses), monteraient les premiers et essuieraient le premier feu. Légèi*e était la perte, et moins regrettable sans doute, dans les idées du temps. Cet arrangement plut fort atout le monde. Le brave Dumolard était prêt à conduire cette pauvre troupe. Bayard seul réclama; il trouva fort injuste que des hommes tout nus fussent exposés seuls, et dit qu'il fallait les soutenir d'une centaine d'hommes, fortement armés, c Oui, mais qui les mènera? dit Gaston. — Monseigneur, ce sera moi. »
Tout n'était pas fini. Les hommes d'armes trouvaient le terrain glissant, et tombaient. « N'est-ce que cela? ^ dit Gaston. Il ôta ses souliers, et se mit à monter pieds nus.
Cependant la situation ne comportait aucun délai. Louis XII, qui venait encore de payer aux Anglais un terme du subside ordinaire, et se croyait en sûreté, reçoit la foudroyante nouvelle qu'Henri YIII annonce au Parlement une grande expédition. Ce jeune roi avait trouvé ses coffres pleins par l'avarice de son père. Sanguine! violent, chimérique, il ne rêvait que Crécy et Poitiers, la conquête de son royaume de France.
Louis XII écrivit à Gaston qu'il ne s'agissait plus de VU laile seulement, mais de la France; qu'il lui fallait une bataille, une grande bataille et heureuse, ou qu'il était perdu.
H. DE Ffi., Temps modornes. u. — 'i
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Il commençait à yoir Tœuvre de Marguerite : il connaissait son père, et frémissait de perdre son unique allié.
C'était le carnaval ; Gaston paraissait oublier ; mais, en réalité, il ne pouvait agir. Dès qu'il eut des renforts, il alla droit aux Espagnols. Il avait toutes sortes de raisons de combattre, les vivres lui manquaient; ses chevaux ne trouvaient rien que les jeunes pousses de saules.
La veille du vendredi saint, une lettre arrive de l'empereur au chef des lansquenets, Jacob. L'empereur ordon* naît aux capitaines allemands, et sur leurviSy qu'ils eussent à quitter sur-le-champ les Français. Voilà Jacob embarrassé.
L'homme le plus populaire de l'armée était le chevalier Bayard. Il avait un ami, fort dévoué dans l'Allemand Jacob. Étrange ami, qui le voyait beaucoup, le suivait, se réglait sur lui, mais il ne lui parlait pas, ne sachant point le français, sauf deux mots : Bonjour monseigneur. » Le cœur de ce brave homme hésitait entre deux devoirs. D'une part, il était Allemand et sujet de TEmpire; de l'autre, soldat du roi de France, recevant sa solde et mangeant son pain. Il prit son interprète et alla consulter Bayard. Le chevalier lui dit qu'en effet il était l'homme du roi.
Bataille de Ravenne (il avril). — Mort de dasion de
Poix. — Cependant Gaston n'avait qu'un jour pour vaincre : les Allemands allaient lui échapper.
Il était devant Ravenne; il essaya d'emporter la ville, pour voir si l'ennemi endurerait de la voir prendre sous ses yeux. Allemands, Français, Italiens, les trois nations, séparément, furent lancées à l'assaut; mais la brèche n'était pas faite, il y avait à peine une trouée étroite. Les Colonna, qui étaient dedans, la défendirent avec une vigueur toute romaine. Au cinquième et sixième assaut, l'armée se retira.
Les Espagnols étaient en vue, comme un nuage noir
dans un camp extrêmement fort, entouré de fossés profonds, fermé de pieux, de madriers, de chariots à lances, sauf un petit passage pour la cavalerie. Ils étaient tout infanterie, la cavalerie était italienne. Pour les attaquer, il fallait se maître entre eux et Ravenne, entre deux ennemis; il fallait passer le Ronce, torrent contenu par des digues, et qui, en ami, était assez fort, Gaston le passa au matin, les Allemands d'abord, sur un pont; nos fantassins de France devaient passer ensuite.
Gaston, se promenant à Taube, et, rencontrant des Espagnols, leur avait dit : « Messieurs, je m'en vais passer Teau, et je jure Dieu de ne pas la repasser que le champ ne soit à vous ou à moi. »
Le soleil se levait très rouge, pour cette grande effusion de sang; plusieurs en augurèrent que Gaston ou Gardone y resterait. Gaston était armé richement, pesamment, avec d'éclatantes broderies aux armes de Navarre. Seulement, il avait le bras nu jusqu'au coude, espérant le tremper dans le sang des Espagnols, ses ennemis personnels et de famille.
Il avait fait raser les digues qui l'auraient séparé des Espagnols, et s'était avancé jusqu'à quatre cents pas. On voyait bien de là que la victoire resterait à ceux qui pourraient se réserver : il s'agissait d'attendre, de soutenir patiemment ce feu à bout portant. Les ravages ne pouvaient manquer d'être effroyables à si petite distance. Pietro fit coucher ses Espagnols à plat ventre, sans point d'honneur chevaleresque. Les nôtres, au contraire. Français et Âlle^ mands, tinrent à honneur de figurer debout. Notre infan^ terie eut là une rude et solennelle entrée sur le champ de bataille. On ne sait ce qu'elle perdit; mais ses capitaines, lui donnant l'exemple, et tenant ferme au premier rang^ périrent tous : quarante, moins deux!
Le brave Dumolard avait trouvé dans son cœur la noble
idée de fêter le vrai héros de la journée, ce bon Jacob, si fidèle à la France, et qui avait magnifiquement réhabilité l'honneur de TAllemagne, sacrifié par la perfidie de l'empereur. Il fii apporter du vin; tous deux s'assirent et burent : tous deux, le yerrc à la main, furent emportés du même boulet.
La bataille durait entre les fantassins. Les Espagnols, en une masse énorme, serrés, couverts et cuirassés, avec répée pointue et le poignard, soutinrent, sans sourciller, la mouvante forêt des lances allemandes. On vit alors combien la lance à pied est une arme peu sûre. Le noir petit homme d'Espagne, leste, maigre, filait entre deux lances ; la grande épée du lansquenet ne pouvait pas même se tirer dans la presse; son corselet de fer lui gardait la poitrine, mais l'Espagnol le poignardait au ventre. Les Allemands étaient fort malmenés, quand la gendarmerie française tomba au dos, aux flancs des Espagnols, d'un choc épouvantable. Us périrent presque tous.
Des bandes d'Espagnols, parvenues k se dégager, s'en allaient vers Ravenne, au pas et fièrement; mais il leur fallait suivre une longue et étroite chaussée. Bayard, qui reyenait de la poursuite avec quelques gens d'armes, les vît, et voulait les charger. Un seul sort de la troupe, et lui dit gravement : c Senor, vous voyez bien que vous n'avez pas assez d'hommes!... Vous avez gagné la bataille, que cela vous suffise, et laissez-nous aller; car, si nous échappons, c'est par la volonté de Dieu. :» Bayard le crut et d'autant mieux que son cheval n'en pouvait plus.
Gaston eût dû en faire autant. Il revenait couvert de sang et de cervelle humaine. En le voyant, il dit à un Gascon : € Qu'est-ce que cette bande? — Les Espagnols qui nous ont battus. > Il ne supporta pas ce mot. Avec quelques cavaliers, il galope vers eux, et il est tiré à bout portant; il tombe de la chaussée dans l'eau; ils fondent dessus avec
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les piques, tranchent les jarrets de son cheval, le percent de cent coups; il en avait quinze au visage.
Perte de l'Italie. Hort de Jnlev II (1513). — Ghose
étonnante à dire, mais trop réelle : le trésorier du roi qui était à Milan licencia l'armée.
II renvoya toute rinfanterie italienne et la majeure partie de la française,
Haximilien ouvre passage aux Suisses qui mettent à Milan un Sforza, leur vassal, leur tributaire,- leur hôte, qui les recevra tous les ans ; Milan est leur hôtellerie, le grand cabaret de la Suisse.
Les Espagnols demandant de l'argent, Ferdinand, à la place, leur donne l'Italie; qu'ils s'arrangent eux-mêmes, qu'ils mangent le pays, qu'ils sucent, épuisent tout, chair et sang; qu'ils tordent et retordent. On commença à voir une armée sans gouvernement, se dirigeant elle-même^ n'ayant nul maître au fond, menant ses généraux, sans chef, sans loi, sans Dieu. Armée impie dans 3a dévotion, qui faillit étouffer son légat pour avoir les pardons avant la bataille, et qui n'en, fit pas moins bientôt dans la Toscane plus de maux que n'eût fait le Maure, le Barbaresque.
Les Médicis en profitèrent; ils suivirent ce hideux drapeau, et pour une somme ronde, comptée aux Espagnols, ils furent rétablis à Florence. Jules II put voir alors son œuvre et à quels maîtres il avait livré l'Italie. Il protesta en vain qu'il n'avait nullement combattu pour refaire des tyrans. Les Médicis en rirent. Ils firent plus; ils le remplacèrent. Le vieillard colérique mourut. Et Jeain de Médicis fat élevé à sa place par ce qu'on appelait les jeunes cardinaux; c'étaient généralement de grands seigneurs, de familles pontificales ou souveraines.
Tout baisse, s'aplatit ou s'éteint. L'esprit radote, la sagesse bégaye, et le génie délire. Machiavel ne sait plus ce qu'il dlr. Consulté sur la politique et les chances du temps.
il ne refuse pas son oracle, il passe sa robe de prophète, prend sa lunette d'astrologue. Seulement il a perdu les yeux.
Défaites delWovarre et de Ciuinesate (1513). — L'avenir? qui le voit? Ce qu'on voit du présent , c'est une certaine danse macabre, où les rois, presque tous finis, vont s'en aller ensemble. Trois, du moins, Ferdinand, Louis XII et Haximilien. La pièce n'est pas bonne, mais les acteurs sont excellents. Quel Harpagon comparer au vieux marane Ferdinand, jurant sur l'or de Grenade et de l'Amérique qu'il est ruiné, pour ne plus nourrir son armée ; se servant, se jouant de son gendre Henri YIII? Avec son argent, ses soldats, il conquiert la Navarre pour lui-même, renvoie l'Anglais. Celui-ci est le capitan, monté sur Azincourt, vo^ missanl feu et flamme, ne faisant rien, dévalisé par tous, surtout par l'empereur. Max, le fameux chasseur, chasseur d'argent, chevalier (d'industrie), vendant la paix à Louis XII et lui faisant la guerre; à Henri YIII vendant un futur mariage, se vendant lui-même surtout, prenant la solde de l'Anglais pour guerroyer à son profit. Le vrai Cassandre est Louis XII, bon homme qui, pour avoir tranché du Borgia, aura partout les étrivières, en Italie, en France. Il ne reste à Milan que pour y recevoir un violent coup de griffe de l'ours de Berne, pendant que le dogue d'Angleterre lui mord le dos. Deux défaites à la fois, celle de la Trémouille àNovarre, et la panique étrange de nos gens d'armes à Guinegate, la triste et ridicule journée des Eperons. Moins triste encore que le mensonge par lequel la Trémouille, sans pudeur, attrape les Suisses qui nous allaient prendre Dijon. Ce vieux chevalier respecté, le premier nom de France, leur fait accroire que le roi renonce à l'Italie, leur promet la somme incroyable de quatre cent mille écus d'or; bref, les fait boire et les renvoie. Le roi se fâche ou fait semblant, et la Trémouille en rit; chevalerie un peu loin des héros de la Table ronde.
Harlage deliOul* XII avec Marie d'Ang^leterre (1514).
— Tous les fripons s'accusent les uns les autres. La dupe universelle, Henri YIII, voit qu'on Ta joué, qu'on se soucie peu de sa fille; il menace Max et Marg;uerite de publier les lettres. Hais Mai^erite aussi veut publier les lettres d'Henri VIII pour le couvrir de ridicule. De rage, celui-ci donna sa sœur, cette forte Anglaise de seize ans, à qui? au pauvre Louis XIL
■ori d« roi (!*' janvier 1515). — Marié et ruiné, le roi s'achève, en voulant plaire; il veille pour le bal, il change ses heures, ses habitudes. Mais comment tenir cette Anglaise? Non content de sa fille Claude et de Louise de Savoie, qui la gardent à vue, il fait venir exprès du fond du Bourbonnais la vieille fille de Louis XI, la redoutable fée, Anne de Beaujeu. La prisonnière du moins ne souffre pas longtemps. Louis XII y succombe et, sans perdre un mo^ ment, sans retourner en Angleterre, l'Anglaise se remarie en deuil.
PopnUirité dei«o«isXii. — La France sentit peu les guerres de Louis XIL Elle fut très sincère dans sa reconnaissance pour lui. Il y eut un véritable enthousiasme et des larmes lorsqu'aux Etats de Tours, le voyant pâle, chancelant, à peine relevé de maladie, et déchirant le traité qui eût donné la France à l'étranger, on le salua le Père du peuple.
On le remercia pour trois choses, vraies toutes trois : d'avoir réduit l'impôt, réprimé les pillages des gens de guerre, réformé les juges.
L'indépendance de la chambre des comptes, de celle des aides, la forte organisation de la justice de finances est la gloire de ce règne.