UNION DU ROI ET DE RICHELIEU
En France, le clergé, le seul riche, ne donnait presque rien. En viendrait-on à le faire financer malgré le pape ou parle pape? C'était tout le problème.
Vers 1629, tous les ordres religieux, moins un (FOraloire, créé par Bérulle), semblaient ralliés au cardinal ministre.
Il s'occupait très spécialement des Mendiants, des Domi* nicains et des Carmes, les favorisait fort dans leurs affaires. Plusieurs de ses meilleurs espions, aux crises décisives, lui furent fournis par ces deux derniers ordres.
Richelieu avait favorisé aussi le duc de Nevers, très légitime héritier de Manloue et du Montferrat, petit pays, mais grandes positions militaires. Hantoue, la capitale des Gonzague, Tune des plus importantes places fortes de TEurope, couvrait à la fois le pape, la Toscane et les Vénitiens. La forteresse de Casai, dans le Montferrat, était une clef des Alpes.
L'Espagne, notre alliée menteuse, travaillait à force ouverte à dépossédera duc de Nevers.
Le pieux Bérulle, qui rêvait avant tout un bon accord entre le roi catholique et le roi très chrétien, craignait qu'un snccès de Nevers ne fâchât trop les Espagnols et n'empêchât la paix. Il fit écrire par la reine mère à Gréqui de faire manquer l'expédition. L'armée fut surprise à la fron* tière par les Espagnols, le Savoyard se débanda. Richelieu retenu jusqu'en novembre à la Rochelle n'y put rien. Revenu et prié par le roi de rester au pouvoir, il avait bien prévu, compris qu'on empêcherait tout, s'il ne l'emmenait avec lui. Il l'enleva, pour ainsi dire, le 4 janvier 1629, en plein hiver, l'enleva seul, sans souffrir que personne l'accompagnât; pas un courtisan, pas un conseiller qui pût lui travailler l'esprit.
Créqui en Dauphiné, Guise en Provence, devaient toul préparer : Créqui aider le passage des monts. Guise amener
la flotte. Il y eut entre eux une entente admirable pour ne rien faire, pour obéir, non pas au roi, mais i sa mère, c'est-à-dire à l'Espagne.
Le parlement de Dauphiné mit ce qu'il put d'obstacles aux approvisionnements.
Richelieu persévéra. Il ramassa le peu qu'il put de vivres, et se présenta au passage. Il avait deviné d'un sens juste et hardi que le Savoyard prendrait peur et qu'il n'y aurait rien de sérieux (6 mars 1629). On attaqua gaillardement de face ; et, ce qui fit plus d'effet, c'est que les Savoyards virent derrière eux les pics couverts de montagnards français. Cela finit tout, et le roi passa.
p»ix d Aiais (24 juin 1629). — L'effet moral aurait été très grand si le roi avait pu rester en Italie, mais il était rentré en France dès le 28 avril pour achever la guerre protestante. Les victoires de l'armée royale se bornèrent au massacre de la garnison de Privas, qu'on égorgea.
Cet exemple barbare eût été répété sur d'autres villes si l'affaire d'Italie n'eût donné hâte de finir la guerre. La paix fut conclue sous la condition de démanteler toutes les villes protestantes.
Waidstetit. — Il y avait à cette époque trois ou quatre marchés de soldats, des comptoirs militaires où un homme désespéré, et qui ne voulait plus que tuer, pouvait se vendre.
i^ L'ancien marché de l'Est, ou de Hongrie, des marchés turcs.
2<> Le petit marché de la Hollande. Peu d'hommes, et très choisis, très bien payés et bien nourris. Une guerre lente, savante.
3^ Ceux qui s'en allaient aux aventures du Nord.
i^ Enfin, le grand, l'immense, le monstrueux marché d'hommes, était l'Allemagne, lequel marché, avait des soldats en Europe, de tout peuple et de toute religion. Lb
REPRISE DES HOSTILITÉS EN ITALIE. t99
spéculateur Waldstein, qui ouTrît ce marché, était un grand homme maigre, de mine sinistre, de douteuse race. Il était né à Prague, parmi les ruines, les incendies et les massacres, et comme une furie de la Bohème pour écraser rAIlemagne.
Il n'eut ni foi ni Dieu ; il ne regardait qu'aux étoiles, au sort et à l'argent. Protestant, il se couTertit pour une riche dot, qu'il réalisa en fausse monnaie d'Autriche, et acheta pour rien des confiscations, puis des soldats, des régiments^ des corps d'armée, des armées. L'avalanche allait grossissant.
Sombre, muet, inabordable, il ne parlait guère que pour des ordres de mort, et tous venaient à lui. Miracle?... Non, la chose était naturelle. Il établit le règne du soldat, et lui Hyrale peuple, biens et vie, âme et corps, hommes, femmes et enfants.
Waldstein avait sous sa main, non seulement 160000 hommes, les plus aguerris du monde; mais toutes les bandes campées sur le Rhin, même en Pologne, même en Italie lui seraient venues à coup sûr, s'il eût signalé une grosse proie, comme la France à ravager, le pillage de Paris.
Reprise de* hostilités en Italie. — Sac de Mantone
|iar lee impériawK (1630). — L'armée de Waldstein grossie d'heure en heure ne pouvait plus s'arrêter. D'immenses recrues lui étaient venues, et plus qu'il n'en pouvait nourrir.
Quelles forces avait la France? Six régiments de recrues en Champagne (8000 hommes), et neuf (12000) de vieux soldats que Richelieu mena aux Alpes.
Nos ennemis étaient aidés admirablement par la ligue des trois reines de France et d'Angleterre. Henriette, de plus en plus maîtresse de Charles P% le livrait à l'Espagne, lui faisait demander la paix aux Espagnols, dès lors d'au-
tant plus fiers et plus insolents pour la France. Au Louvre Marie de Médicis avait repris son fils, et, lorsque Richelieu obtint que le roi reviendrait à Tarmée, Mari6 et Aniie d'Autriche le suivirent, s'établirent à Lyon. Le prétexte des reines était très bon. Elles craignaient pour la vie du roi. Une peste épouvantable avait éclaté en Italie. En réalité elles étaient là pour ralentir et paralyser la guerre. On fit traîner les choses. L'armée du roi ne passa en Italie que le 6 juillet, trop tard pour y rien faire de grand, assez tôt pour apprendre la prise de Mantoue (i 8 juillet 1630).
Le duc de Mantoue capitule, se sauve, lui et sa fille, laisse son peuple, un peuple trop nombreux encore malheureusement. Si les rues paraissaient désertes, c'est que les familles malades, ou dans l'agonie de la peur, s'étaient blotties aux greniers ou aux caves, dans les coins des palais. Les brigands surent bien les trouver. On fit la chasse aux hommes.
La molle délicatesse de l'Italie^ les princesses du Tasse, s'évanouirent devant la face atroce d'un rustre roux, endurci vingt ans à tuer. Les madones vivantes furent aussi maltraitées que celles des musées que ces stupides jouèrent à mettre en pièces. Les églises furent violées.
Tout se fit dans le calme et le silence, sauf quelques cris de femmes ou ceux du patient qu'on chauffait pour qu'il dit où était son argent. Les bourreaux ne respectèrent rien, pas même la peste, et désespérèrent les mourantes, au risque de mourir demain.
Intrigues des deux reines (Marie de Médlels et Anne d'Antrlehe) contre RtcheUen. — Richelieu, trop évidem^
ment, dans l'Europe catholique seul était l'ennemi, l'obstacle à la paix. C'est ce que le duc de Savoie fit dire au roi. C'est ce que vint dire à Louis XIII l'envoyé des deux reines, Yalençay. Mais Louis XIII, quoique petitement dévot, avait une conscience, n'était pas insensible à l'idée du