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PAIX D'AIX-LA-CHAPELLE

cent quatre-viDgt-quatorze, dont 120 vaisseaux (1671). Mais le plus fort, c'est la marine vivante. Cette France obéissante, en 1668, subit le régime des classes, A côté de Tarmée maritime , surgit V armée industrielle^ une France d'ouvriers en face de la France agricole. De toute TEurope , Colbert appelle les industries nouvelles. En 1669, la laine occupe quarante-quatre mille métiers. Lyon exporte des soieries pour cinquante millions. Que sera*ce quand la France , maitre3se des mers , ayant succédé à TËspagne , converti, brisé TAnglelerre., exploitera les Iodes!

Ambition démeniirée doi roi. — Tout nOUS Semblait

possible en paix et en guerre, ^administrateur de la guerre, le jeune Louvois, face rouge et lèle de feu, brûlait de lancer sur l'Europe le char du roi. Dans les trois ans qui suivent, on le voit désirer ; l^'la succession d'Espagne; f" VÉlection d'Allemagne; 3° Vempire Turc se conduit mal, il va s'emparer de ses îles de rArchipel.

Mais la première croisade est pour les protestants. Toute la question est de savoir s'il faut d'abord convertir V Angleterre à main armée, ou frapper la Hollande.

PaIx d'Aix-ia-ciiapeUe (1668). ~ Le roi était dans ces hautes pensées, quand l'ambassadeur de Hollande lui notifia respectueusement ce qu'on appela la Triple alliance, la ligue qui lui liait les mains. Charles II avait lesl siennes forcées par l'élan de l'Angleterre qui se joignait aux i Hollandais, à la Suède, notre alliée depuis quarante ans, \ qui nous lâchait aussi. . '

On fut surpris. Tout traité, en Hollande, devait être soumis aux villes qui en délibéraient. Mais de Wilt, pour brusquer la chose dans ce péril, avait risqué sa tête. Il avait hardiment signé (23 janvier 4668). Le roi chicana d'abord. Mais il se vit abandonné du Portugal même qu'il venait d'acheter par un subside énorme.

aiST. DE FR.. Temps moderned. u. — 20

350 ABREGE D^HlSTOtRE DE FRANCE.

Le t mai 1668, il signe enfia la paix à A.ix-Ia-GhapeUe, et rend la Franche-Comté.

n gardait la Flandre française. La Hollande, la gloire.

CïoBiiplot eontre Madame. — Sa mori (1670). — Le

temps était passé où le charme doux et fin de Madame avait chance d'agir. A vingt-deux ans déjà, elle dut chercher l'influence par des moyens plus sérieux. Elle avait confiance dans un certain Gascon, Cosuac, son aumônier, évéque de Valence, qui brûlait d'avoir le chapeau, et, pour cela, travaillait de son mieux à la rendre ambitieuse. Il lui fit entendre que les deux époux, se rapprochant (des habitudes honteuses éloignaient de Madame son mari) et s'appujant de Charles II, ils auraient plus de poids sur le roi. Pour cela, il fallait rendre Monsieur un peu homme, le produire et le faire valoir. Madame entra dans cette idée. Le roi avait toujours trouvé bon qu'il fût ridicule. A l'entrée de la guerre de Flandre, elle écrivit à Charles II pour qu'il obtînt du roi que Monsieur commandât l'armée.

Cosnac ne se ménage pas ; il va à la tranchée pour que Monsieur y aille ; mais un matin descend chez lui le chevalier de Lorraine, son favori. Cosnac n'en peut plus tirer rien. Madame sentit qu'elle ne reprendrait le roi que par les affaires d'Angleterre, par son frère Charles II. En entrant dans la triple alliance, celui-ci était entraîné, agissait malgré lui.

Madame ne croyait pas trahir. Elle croyait faire la grandeur de son frère, et celle du pays où elle était née. A l'Angleterre la mer, à la France la terre. Louis XIY ne voulait que des conquêtes.

Le traité était fait entre les deux rois. Louis XIY avait subi des conditions exorbitantes d'argent, et une autre bien grave, c'est que Charles U, converti, partagerait avec Louis XIY la conquête de la Hollande. C'est la triste négociation que le roi imposa à Madame.

COMPLOT CONTRE MADAME. SA MORT. 35t

Cependant Monsieur criant qu'on rendit la liberté au chevalier de Lorraine exilé en Italie, le roi jura qu'Une reviendrait de dix ans. Fatal serment, qui jeta la cabale dans le désespoir. Ils rattribuèrent à Madame, et, dès lors, désirèrent sa mort. Elle s'effraya tellement, qu'elle eut l'idée de se réfugier en Angleterre. Hais en Angleterre on se ligua contre elle; il lui fallut revenir ici. Elle trouva Monsieur exaspéré, envenimé. Il Temmena de la cour, de son aulorité d'époux. Elle pleura beaucoup et se laissa conduire à Saint Cloud. Elle y était seule.

Le 28 juin, elle demanda une tasse de chicorée, la but, et, au moment même, rougit, pâlit, cria. Elle, toujours si patiente, elle céda à l'excès de la douleur ; ses yeux se remplirent de larmes, elle dit qu elle allait mourir.

Elait-ce un choléra, comme on Ta dit ? Les signes indiqués ne se rapportent nullement à ce genre de maladies. Elle était fort usée, pouvait, mourir sans doute. Mais très visiblement la chose fut accélérée.

Elle baissait très vite, sentit une envie de dormir, s'éveilla brusquement, appela Bossuet, qui lui donna le crucifix, qu'elle embrassa en expirant. Il était trois heures du malin, «t la première lueur de l'aube (29 juin 1670).

Plus tard, dit Saint-Simon, le roi, avant de remarier son f'ère, voulut savoir s'il était un empoisonneur, il fit venir Purnon, le maître d'hôtel de Madame, sut de lui que le poison avait élé envoyé d'Italie par le chevalier de Lorraine ^Beanveau, écuyer de Madame, et à d'Ëfriat,son capitaine ^^s gardes, mais que Monsieur n'en savait rien.

I^e chevalier de Lorraine était revenu, et il devait être Ns de Monsieur, dans ce grand auditoire, le jour de » oraison funèbre, quand Bossuet, pour la première fois, trouva de vrais mots d'homme, celui de la lugubre nuit :

• Madame se meurt ! Madame est morte !» — Et encore :

* L'eût-elle cru, il y a six mois ?» — Mais que de larmes

et de sanglots, quand il dit ce mot, trop compris: c Madame fut douce envers la mort, comme elle Tétait pour tout le monde. »

Pj^pamtffs «iplomattqaiea et mtlttetres de liOoUXI V.

— Louis XIY, en quatre années, avait acheté la trahison dans toute TEurope. Les princes du Bas-Rhin, jaloux de la Hollande, toujours enprocès pourleurfleuve, furent contreelle. Le seul Électeur de Mayence fut loyal, voulut détourner le danger. Le sultan avait mal reçu une ambassade hautaine du roi, et celui-ci était fort irrité. L'Électeur crut en profiter, et envoya ici le jeune Leibnilz avec un très beau plan pour conquérir ce qu'il appelait la Hollande avortent,

I Egypte. Tout y était prévu; ce vaste et beau ^énie avait tout embrassé. Il n'y manquait qu'une chose, la chose essentielle, la connaissance de la vraie situation religieuse, de la conscience du roi. Cette guerre de Hollande était le fond du règne même.

Ce fut plus qu'une guerre étrangère. La Hollande était France. Les Hollandais parlaient français.

Qui fécondait cette France de Hollande ? L'admirable sécurité de ce pays, la protection généreuse qu'il offrait à toute la terre. Pourquoi Descartes aima*t-il ses brouillards plus que le soleil de Touraine ? Demandez à Rembrandt. C'est lui qui fait sentir encore la chaleur du foyer béni.

Ce gouvernement économe, dont le chef, H. de Witt, avait une liste civile de trois mille livres par an, payait fort cher ses moindres serviteurs. Il ménageait les hommes.

II s'informait, voulait qu'on fût heureux.

Ce n'est pas tout. Depuis la tragédie de Barneveldt, que le fanatisme vrai ou faux tua, la Hollande, qui en eut horreur, prit un mal tout contraire, l'excès de la tolérance.

L'émigrant, à la seconde génération, se croyait Hollandais; à la troisième, il en revendiquait les droits contre ses hôtes et bienfaiteurs.

U MAISON D*ORÂNGE. 3;i3

Wjm Biaisoii d'oranf^e. — Le cbaos de la fausse Hollande était parfaitement représenté par la famille d'Orange. Elle était de l'Empire; elle avait un pied en Proyence, un autre aux Pays-Bas. Le Taciturne, son héros, véritable grand homme, n'en fut pas moins étrange ; le second, Maurice, ingrat pour le guide de son enfance, son vrai père, le vieux Barneveldt; tous deux seront bien surpassés par Guillaiime IIL Louis XTV fit la fortune de la maison d'Orange, fonda, créa Guillaume IIL

M. de Witt \oyait s'élever, de minute en minute, ce dangereux enfant. Il prit un grand parti, digne de son cœur. Ce fut, ne pouvant l'arrêter dans ce progrès, de l'adopter, de le faire l'enfant de l'État. Guillaume écouta, profita, lit le disciple, et trahit d'autant mieux. De Witt jugeait, avec toute apparence, que le roi ne ferait pas à la Hollande une guerre directe, qu'il se servirait de Guillaume, qui, pour son fief d'Orange, était dépendant de Louis XIV ; que Louis, d'accord avec Charles II, oncle de Guillaume, pousserait le parti orangiste, et mettrait le jeune traître à la tète de la république. Il avait alors dix-neuf ans.

En préparant la guerre, de Witt faisait tout pour l'éviter. Il priait, suppliait Louis XIY de suivre son intérêt réel, celui de la France. Le roi n'entendait rien.

Jamais les Hollandais n'avaient pu deviner ni la lâcheté de Charles II, ni la furie brutale du peuple anglais, qui, dans sa jalousie pour leurs marins, marchait les yeux fermés à la remorque de la France. Charles demande que la flotte hollandaise, Ruyter et cent vaisseaux saluent toute barque anglaise qui passera. Cela fut accordé. Les Hollandais, pour mieux apaiser Charles II, firent son neveu Guillaume capitaine général pour un an, puis capitaine et amiral à vie.

De Witt, voyant la débâcle de l'armée qu'il avait préparée, avait ouvert un avis bien hardi. C'était de prendre

l'offensive (janvier 1672).

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Cuerre avee la ■•llaiide (4672). — Les États

généraux frémirent de cette audace. Ils offrirent àLouisXlV de licencier leur armée, de sefierdeleursâretéàsa magnanimité . Il refusa avec mépris , voulut qu'ils restassent armés, afin qu'il pût les battre. Enfin il leur déclara la guerre le 5 avril , sans alléguer aucun grief. Cette Hollande, tant haie, de ses 4000 vaisseaux venait chercher nos vins, nous aidait à payer l'impôt. Colbert fit ici une faute, celle de vouloir hériter en un jour d'un long travail de la Hollande, lui succéder dans l'induslrie et le commerce.

Condé ayant été blessé dès la première affaire, le seul général fut Turenne. Louvois menait le roi avec lui, administrait, réglementait tout le long du chemin. Le roi écrivait de sa main les règlements et les ordres du jour, et croyait diriger la guerre. Quatre places prises ou livrées en quatre jours, puis le passage facile du Rhin ouvraient le chemin.

Il y avait cinquante ans que la Hollande ne voyait plus chez elle la guerre. C'était un grand jardin, un trésor de ri* chesse et d'art.

L'apparition subite de ce monstre, d'une armée de cent vingt mille hommes qui couvrit, engloutit tout le petit pays, ce fut hne extrême terreur et comme le dernier jour du monde. La fausse Hollande tout d'abord se sépara de la vraie. Les juifs d'Amsterdam traitaient déjà, et offraient des millions.

La Hollande n'avait guère gagné à se faire orangiste. Le prince de vingt ans, dans cet embarras effroyable, perdit de vue l'affaire essentielle, et le âalut fut l'œuvre d'un hasard. Guillaume, reculant jusqu'au fond de la Hollande, ne couvrait plus ni la Haye, siège des États, ni Amsterdam, le cœur du pays, ni le point fatal des écluses auquel tenait la ressource dernière.

Ainsi Orange n'eut point l'initiative de la résistance désespérée. Loin de là, il pria les États généraux de le laisser

GUERRE CONTRE LA HOLLANDE. rSS

négocier avec LoiHs XIV dans son intérêt particulier et de solliciter une saavegaf de pour ses terres (27 juin). C'est en août seulement qu*il afficha et promulgua les résolutions d'extrénie défense.

Mais, dès la fin de ;utn,Ie» anciens magistrats, M. Hop, d'Amsterdam, parlant pour la Hollande et aussi pour ceux de la Zélandè, dit qu'il faliait rompre lés négociations et se défendre, résister jusqu'à la mort.

L'^.xemple fut donné par la grande Amsterdam. Elle lâcha les écluses d'eau douce, perça les digues, livra à l'Océan l'admirable campagne qui l'entoure. Énorme sacrifice. Ce n'était pas là, comme ailleurs, des prairies qa'on mettait sous l'eau. C'étaient les villas, les palais, les plus riches maisons de la terre, les serres, les jardins exotiques, ces trésors qui déjà fsiisaient de ce pays l'universel musée du monde. Cela fut grand.

Au prix de cette amère douleur, la Hollande affranchie se connut, et sentit que cette âme libre n'était pas enter* rée. Elle resta deux ans sous l'eau.

Guillaume d'Orange, qui, le 27 juin, voulait négocier pour son' compte avec le roi de France, apprit que l'électeur, l'Empereur, bientôt l'Empire, armaient pour la Hollande. Première lueur d'espoir qui exalta le peuple en proportion de sa peur. Une petite ville, dont Guillaume était seigneur, commença le mouvement. Et tout suivit.

Gatllaïune d'Orange ««adthonder. — La nuit du i

au 3 juillet, les États proclamèrent Guillaume stadthouder héréditaire. Ayant pour lui la peur publique et le vœu forcé des États, acclamé par la populace et demandé par l'enaerai, Guillaume repoussa fermement la proposition de Louis XIV, qui, en se retirant, lui offrait la Hollande mutilée. Le 24 juillet, rassurés sur la guerre étrangère, les Orjtngjistes commencèrent violemment la guerre intérieure, en arrétarl le frère de Jean de Witt

Guinaûme proposa froidement à Jean de servir le stadthoadérat, de défaire Tœufre de sa vie, et de démolir son propre parti, offrant de le faire son second. Jean lui dit : c Que, s'il mentait pour lui, il le servirait peu, que personne ne voudrait le croire. »

Restait l'assassinat.

HaMMcre des frères de HTM. — Pour faire le criliie,

il fallut une suite de crmes. Par une calomnie exécrable, on affirma que Corneille de Witt avait empêché Ruyier d'achever sa victoire. Ruyter lui-même, en vain, jurait le contraire.

Le crescendo des calomnies allait s'amoncelant de Tabsurdeà Tabsurde, jusqu'au plus atroce délire. Les assassins crièrent qu'on voulait les assassiner, que Corneille payait des gens pour tuer le prince, que Jean volait le trésor. Le procureur de la haute-cour de Hollande, le magistrat chargé de la sûreté politique, fit enlever Corneille à sa ville, Dordrecht, qui seule avait droit de le juger.

La haute-cour voulait se récuser ; on fit mine de la massacrer, et quand les magistrats se furent sauvés, moins trois, ces trois, demi-morts de peur, ordonnèrent la torture. Corneille y fut ce qu'il avait été dans le combat naval, un héros de l'antiquité.

Pour ne faire qu'un massacre, réunir les deux frères, on alla dire à Jean que Corneille le demandait. Il se rendit intrépide à cet appel, qui leur donnait la chance, ayant vécu ensemble d'un même cœur, ensemble d'y mourir.

Les États gardaient la prison avec un peu de cavalerie, qui tenait la foule en respect. Tout à coup, quelqu'un crie: c Les marins des villages sont en marche pour piller la ville. » Les magistrats firent semblant de le croire, envoyèrent la cavalerie aux portes ; donc, livrèrent la prison, puis demandèrent en hâte du secours à Guillaume. II nV fallait pas une armée. Un mot de lui, un messager, sauvait

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