LOUIS XIV ATTAQUE L'ESPAGNE
peu d'exécutions réelles, beaucoap sur le papier. Tel des pluscoupabieSy chargé de crimes horribles, à la faveur dés guerres, rentra et devint lieutenant général dans les armées du roi. Golbert, à ce moment, commençait l'œuvre énorme de sa marine. Il ramassait de l'argent ou par menace, ou par prière. Il ramassait des hommes pour ramer aux galères. Ji en vint jusqu'à acheter des forçats turcs, juifs, grecs, même des catholiques. Ses intendants, non contents d'exciter les juges à lui fournir des forçats, se mettent à juger eux-mêmes. On prend tout ce qu'on peut, des mendiants, des gens trouvés en contravention pour le sel, des enfants de quinze ans, enfln des huguenots qui, aux processions, gardent le chapeau sur la tète.
Le roi délie l'Europe, attaque l'Eepa^MO (16S6*
1667). ^ La reine mère meurt en janvier 1666 laissant à son fils une dernière prière, celle d'exterminer l'hérésie. Elle neloi demandait que ce qu'il désirait lui-même, l'extinction du protestantisme en France, en Europe. Chacun voyait venir laguerre. Le roi, c par grandeur de courage >, avait ouvert son règne en défiant les puissances. Un an après son ma« riage avec l'Infante, au mépris du traité par lequel il renonce à TEspagne, il donne au Portugal un poignard contre elle. Il solde des troupes anglaises pour envoyer aux Portugais et faire accabler son beau-père. D'autre part, il détache d'elle la Hollande et les Suisses, leur demande de ne pas garantir les provinces espagnoles. Il menace les Pays- Bas, il veut la Franche-Comté. Que Philippe lY le fasse héritier éventuel, à ce prix, il l'aidera contre la Hollande. Avec cette puissance maritime et avec l'Angleterre, il agit tout à la fois en ami et en ennemi. Celte politique inconsé* quente tua en Hollande le parti de la France. Le grand citoyen Jean de Witt était Français dans l'intérêt réel de sa patrie. Il alla loin dans cette amitié pour la France, puis* qu'elle obtint de lui que si elle faisait la guerre à TËs-
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pagne, la Hollande ne défendrait pas les Pays-Bas espa^ol^f cette barrière naturelle de tant de places qui la couvraient. Grande et dangereuse concession!-
Louis XIY haïssait la HpHande. Colbert la jalousait pour son énorme prospérité.; Ni l'un ni l'autre ne sentait cornbien il importait de tenir divisées la Hollande et TAngieterre. La rude guerre maritime que les Anglais, sans cause ni raison» commencèrent contre la Hollande par la saisie de ses vaisseaux, gôna fort son commerce et son industrie. Louis XIY la secourut très faiblement. Le 13 juin, une grande défaite de la flotte hollandaise exaspéra le peuple, fit crier à la trahison. De Witt ne s'effraye pas, il repart, entre dans la Tamise, et sous les batteries des Anglais, luimême, hardi pilote, fait tranquillement le sondage des passes principales du fleuve. Menace redoutable d'invasion qui avertissait les Anglais.
A ce moment, Louis XIV portait les derniers coups à son beau-père, Philippe lY. Ce prince infortuné, souffrant de maladies cruelles, avait eu l'espoir de trouver en lui un protecteur pour son fils au berceau, le petit Charles, qui allait rester orphelin. La victoire des Portugais à Badajoz l'accable, il en meurt. L'enfant et l'Espagne restent aux mains de sa veuve, une Allemande dirigée par son confesseur. L'Espagne ne pouvait qu'attendre la honte et l'anéantissement. Louis XIY avait acheté un à un les princes du Rhin. pour qu'ils ne la secourussent pas. Il avait assuré au Portugal un subside annuel énorme, à condition qu'il ne ferait jamais la paix avec l'orphelin de Madrid.
Mais le plus admirable, un vrai tour de Scapin, c'est la manière dont il attrape et l'Angleterre et la Hollande. I! jure aux Hollandais qu'il ne fera rien aux Pays-Bas sans eux, bien plus, que, s'unissant à eux, il aidera leur amiral Ruyter à forcer la Tamise.
Le premier résulut probable, c'était que les Hollandais,
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livrés par le roi leur ami, arrivant seuls au terrible rendez-vous de la Tamise, seraient éreintés, écrasés; que les boulets anglais, travaillant pour Louis XIV, les mettraient hors d'état de se mêler de nos affaires et d'empêcher notre conquête.
Tout élait prêt. L'Espagne n'avait aucun moyen de rien entraver. Le 8, on lui déclare la guerre (i667). Le prétexte de l'invasion fut ridicule.. Louis XIV allégua qu^il n'avait pas reçu la dot d'argent promise au mariage, qu'il voulait se payer en terres.
Le gouverneur espagnol desPays^Bas, homme de cœur, avait un fort bon général français, Marsin, mais point de troupes.
Turenne avait trente-cinq mille hommes ; plus, deux corps d'armée le suivaient de côté, vers le Rhin, vers la mer. Le 2 juin i667 il occupait la route, fort libre, de Bruxelles. Turenne resta là quinze jours, pour fortifier, disait-il, Charleroi qu'il venait de prendre, mais en réalité pour savoir ce qui advenait de Ruyter. Jean de Wit,qui voyait grandir à l'horizon le jeune Guillaume d'Orange, le péril futur de la république , avait besoin d'être raffermi par un grand coup.
Ruyter pensa que, puisque le vin était tiré, il fallait le boire, et il se passa des Français. Il alla droit dans la Ta* mise, au jour dit, le i juin. Et c'est justement cette ponctualité qui surprit les Anglais. Ils croyaient qu'il n'irait pas seul. Il cassa comme un fil la chaîne qui fermait la Hedviray, prit le fort de Sheerness, prit, brûla des vaisseaux, détruisit ou enleva les magasins, remonta la Tamise vers Londres. Les Anglais étaient consternés. Cependant la Hollande leur faisait des propositions honorables.
On pouvait croire que l'Espagne aux abois allait appeler à son aide les deux puissances maritimes. Mais Turenne ne quitta point le pays wallon, s'en alla à gauche, à Tour-»
oai qu'il prit (21-25 juin)^ enfin Douai (2-6 juillet). L'Espagne désespérée fit Toffre aux Hollandais de leur mettre ses places en main. La Hollande intervint, proposa sa médiation (4 juillet), que le roi ne repoussa pas. Seulement il voulait, outre la Flandre française, avoir la Franchc-C!omté et le Luxembourg.
Prise de l4Ule (28 août). — De la rnuiehe-Cemié
(2 février 1663). — Le seul acte vraiment militaire de la campagne fut le siège de Lille, où Marsin avait concen* tré tout ce qu'il avait de forces (août), mais il ne réussit pas à armer , ni entraîner les habitants. Les Lillois redoutaient l'assaut , ils- forcèrent Harsin de se rendre (28 août 1667).
La Franche-Ciomté, neutre depuis longtemps, ne voulait point de troupes. Elle était défendue par la protection de la Suisse. H s'agissait d'endormir l'une et l'autre. Condé, gouverneur de Bourgogne, s'en chargea et, sûr de ne rencontrer personne, marcha vers la frontière. Tout était prêt, le roi pouvait venir. 11 partit de Saint-Germain (2 février 1668). n arrive, tout cède.* Déjà à Dijon on lui porte les clefs de Besançon. Quatorze jours suffisent pour prendre la Franche-Comté.
CréaUeas de Coibert. — Ce n'est pas tout, Golbert, par un mortel effort de travail, avait édifié une constmctioa immense ou tout se trouve à la fois. Les lois, les instruments des lois, les choses avec les hommes, administration, industrie, commerce; enfin, par-dessus, la machine à faire marcher tout, la bureaucratie.
Le grand système de nos routes est commencé. La mer. veille du canal des deux mers est trouvée par Riquçt et en dix ans exécutée. Les douanes de province à province supprimées. Nos colonies rachetées aux particuliers. Des compagnies de commerce créées. La marine se fait par enchantement. En quatre années, soixante-dix bâtiments ; en six,