CHAPITRE XXI
BATAILLE DE FLEURUS. — GUILLAUME VAINQUEUR A LA BOYNE. — MORT DE SEIGNELAY, DE LOUVOIS. — DÉFAITE DE U HOGUE. — BATAILLES DE STEINKERQUE, DE NEERWINDEN, DE LA MARSAILLE. — PAIX DE RYSWICK. — GUERRE DE LA SUCCES- SION d'ESPAGNE. — MORT DE GUILLAUME; LA REINE ANNE. — VILLARS. — VENDOME. — BATAILLE DE FRIEDLINGEN. — LES CAMISARDS.
lioxemboiirg. — Bataille de Fleiiriui(l ''Juillet 1790}. — Tourville. — Cîulllaiiiiie, wainqueor à la Sojwê» (11 Juillet)* — Mort de Seignelay (novembre). — A
ce moment la lutte était très vive entre le ministre de la guerre Louvois et le ministre de la marine Seignelay. Le roi, en mars 90, avait, malgré Louvois, fourni à Jacques une petite armée de sept mille hommes. Elle lui eût donné l'avantage, si Seignelay fût parvenu à être si fort en mer, que l'Angleterre craignît une descente, retint Guillaume et Tempêchàt de passer en Irlande. Hais les arsenaux étaient vides, et cette flotte fort mal équipée.
Guillaume garda tout son sang-froid. Il ne crut pas à la descente. Il étonna la France, hasarda ce coup d'emmener tout, son armée et son grand général Schomberg, de confier l'Angleterre à elle-même (4 juin 1690).
Une furie de jalousie emportait Seignelay. Il apprenait que Luxembourg (poussé, précipité par Louvois) avait, en
MORT Dfe. LOUVOIS. 377
divisant ses troupes et risquant tout, gagné à FIcurus une sanglante bataille (1" juillet 90).
Tourville, au moment même (10 juillet 90), rempoitait une victoire en vue de l'Angleterre.
La grande question était de savoir si Tourville poursuivrait Torrington, l'amiral anglais, réfugié dans la Tamise. Torrington ôta les balises, et Tourville hésita à se lancer dans l'inconnu. Il s'en tint à une descente dans le midi de l'Angleterre, brûla une petite ville, crut que c'était assez, rentra couvert de gloire.
Seignelay en rugit, et dit qu'il le destituerait. Folle fureur; le lendemain même delà bataille de Tourville, Guillaume avait gagné la sienne, celle de la Boyne en Irlande, c'est-à-dire tranché le grand nœud (11 juillet 90). Il y perdit Schomberg, mais se sacra lui-même de son sang; il y fut blessé.
Ce fut un coup mortel pour Seignelay. Il s'alita et n'en releva pas. Trop profonde était la blessure. Ce n'était pas tant l'insuffisance des succès de Tourville, funeste aux intérêts de Jacques, c'était surtout Fleurus, et le triomphe de Louvois qui le tuait. Il mourut en novembre.
Bombardement de lions (avril 1691). — Mort de
Louvois (juillet 1691). — Barbexienx. — La Centralisation est une grande puissance. Tandis que Guillaume à La Haye négocie, sollicite des forces dans son concile interminable de princes allemands, Louvois, de toutes parts, a réuni les siennes, avec une artillerie, des vivres, un matériel immense. Tout converge sur Mons.
Yauban enserre la ville, et Guillaume ne vient pas encore. Le roi, avec les princes et sa maison, arrive le 21 mars. Le 26, on ouvre le feu; soixante-six canons, vingt-quatre mortiers, écrasent la petite ville, l'incendient. Les flammes éclatent partout. Avant le jour prévu, les bourgeois forcent les soldats de capituler et se rendent le 8 avril. Le 12 avril.
le roi part; il laisse Guillaume humilié, ayant perdu devanl TEurope le prestige dont sa victoire d'Irlande l'avait entouré.
Les habiles, frappés du coup de Hons, commencèrent à se dire que les chances de Jacques valaient au moins celles de Guillaume. Celui-ci, quoi qu'il fit, ne pouvait pas les satisfaire, assouvir leur cupidité furieuse. Ils recevaient, n*en trahissaient pas moins, s'adressaient à Jacques en dessous. Ce fut en mai ou juin 91, que le capitaine Grandvalfit ses offres à Saint-Germain. 11 s'agissait d'assassiner Guillaume.
Jacques n'avait aucun doute sur son droit royal de tuer. Il dit brutalement ; € Si vous me rendez ce service, vous aurez toujours de quoi vivre. »
Il fallait de l'argent, un peu d'aide. Grandval, envoyé à Versailles, ne put s'adresser qu'à Louvois. C'était pour le ministre une heureuse occasion de relever son crédit et de se rendre nécessaire. Son beau succès de Mons lui avait été funeste. Il avait voulu être au siège, et là, son importance, son insolence impérieuse avaient encore blessé leroi. Il enfonçait. L^affaire Grandval semblait être une branche où le noyé pouvait se raccrocher.
Louis XIV se résigna à laisser faire. Louvois avec Grandval suffisait pour arranger tout. Et pourtant, il le voyait avec l'antipathie la plus profonde. Il se contenait, ne disait rien, mais il avait le front toujours plissé. Enfin ud échec de Louvois, une reculade ridicule que fit un officier qu'il protégeait en Italie, permit au roi de se soulager et de le traiter brutalement. Il comprit que c'était la dernière goutte qui, sur un vase comble, déborde et finit tout.
Il jeta ses papiers, sortit. Cette violente colère rentrée le frappa à mort. L'apoplexie était chose ordinaire dans sa famille. Il fut foudroyé à la lettre.