DÉFAITE DE LA HOGUE
Qui eût dit que la mort, tant désirée, de Louvois, assombrirait la cour? C'est pourtant ce qui arriva. Les lourds secrets d'Étaty la poste violée, les bastilles, la cruelle police militaire, toutes ces besognes royales qui, dans sa rude main, avaient si peu embarrassé, étaient maintenant bien pesantes, lorsque le roi les remuait dans la chambre même de madame de Maintenon. D'autant plus tâchait-elle d'échapper, d'oublier, soit qu'à son oratoire elle mtt tout cela devant Dieu, soit qu'elle eût quelques heures pour aller à Saint-Gyr, voir la maison d'éducation qu'elle avait fondée. — Le roi se décida à prendre pour successeur d'un homme de tant d'expérience, un garçon de vingt-cinq ans, le fils de Louvois, Barbezieux.
Bétaiie de I» H<^^e (mai 4792). -- L'amiral d'Angleterre Russely sous prétexte de faire escorte à ses marchands, était sorti avec cent vaisseaux, toute la marine anglaise. La côte était très effrayée. On avait ramassé vers Cherbourg et Coutancesune masse d'Irlandais, mal nourris et déguenillés, avec les troupes françaises que Tourville devait faire passer en Angleterre. L'affaire tenait uniquement à la promptitude de l'exécution.
On attendait les vivres, l'équipement, les bas, les souliers. Les munitionnaires se firent attendre quinze jours. Funeste et terrible retard. Tourville ne put partir de Brest que dans les premiers jours de mai (du 9 au 12), et encore il n*einportait pas ce qu*il fallait de poudre. Il y en avait à Yalognes, à Carentan, partout; et il n'y en avait pas à Brest. Jacques et Tourville croyaient que l'ennemi n'avait réuni que quarante vaisseaux. Rien n'était moins exact. Dès mars, l'amiral anglais Delavali était sorti de la Méditerranée; le 12, il fat aux Dunes. En avril toute la flotte anglaise, qui portait quatre mille canons, fut réunie. Les Hollandais, prompts cette fois, du 29 avril au 15 mai, y joignirent trente-six vaisseaux portant deux mille six cents canons.
Tourville ne réunit, en tout, que quarante-quatre vaisseaux. Disproportion énorme.
Russelly le plus ardent des whigs, aigri, mécontent, n'était pas loin d*appelerJacques,delui livrer la flotte. Les jacobites d'Angleterre étaient pleins d'espérance, lorsque arriva de France une pièce étrange, un acte de Jacques, qu'on pouvait appeler un coup de canon que lui-même tirait sur son propre parti. Il disait nettement à l'Angleterre ce qu'elle avait à attendre. Outre certains coupables marqués pour la mort, des classes entières, très nombreuses, étaient menacées. Cette déclaration mettait dix mille têtes sur le billot. L'Angleterre frémit, se serra. Marie et Guîl« laume le virent; ils fermèrent l'oreille aux accusations dont on les troublait de toutes parts. Ils sentirent que, devant une telle unité nationale, les traîtres ne pouvaient pas trahir.
Une déclaration de la reine fut lue le 15 mai à la (lotte parTamiralRussell lui-même; elle annonçait qu'elle mettait dans ses marins une absolue confiance. La flotte appareilla le 17 mai.
Tourville avait l'ordre de combattre. Tous ses officiers, ayant donné un avis contraire (y compris le vieux Gabaret). Tourville dit froidement que Ton combattrait, tira l'ordre de sa poche, leur montra l'écriture du roi.
II alla droit à l'ennemi, mais avec peu d'ensemble. Si inférieur en nombre, il le fut encore plus parce que le vent manquait, et que ses vaisseaux n'arrivaient pas en même temps. Des quarante-quatre vaisseaux, la moitié seulement combattait. Les trente-six vaisseaux hollandais se laissèrent occuper par quatorze des nôtres.
Le 30 mai, la flotte ennemie apparaissait avec cent vaisseaux. Tourville n'avait plus de poudre. Son vaisseau amiral, le magniflque Soleil royal, percé, criblé, se traînait lentement, il retardait les autres et compromettait tout, mais les deux capitaines du Soleil ne voulaient pour