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CHAPITRE XXVI

LOUIS XYI, MARIE-ANTOINETTE. — TORGOT. — GUERRE D'aMÉRIQOE. — NECKER. — GALONNE. — BRIENNE. — PREMIÈRE ASSEM- BLÉE DES NOTABLES. — SECOND MINISTÈRE DE NECKER. — SE- CONDE ASSEMBLÉE DES NOTABLES. — MIRABEAU EN PROVENCE. -— ÉLECTIONS POUR LES ÉTATS GÉNÉRAUX.

l^oiUs XVI (1774-1791). — Choiseul avait fait in extremis le mariage d'Autriche pour remonter, durer encore (mai 1770). On avait marié le Dauphin malgré lui. Lapetite archi- duchesse vint quand personne ne la désirait. Le Dauphin (de seize ans), bien instruit par ses tantes, ne vit dans sa petite épouse qu'un agent de If arie -Thérèse.

Tous les goûts de la Dauphine Téloignaient du Dauphin.

Il était sérieux et s'appliquait, employait sa forte mémoire. Menacé d'être roi, il eût voulu entrevoir les affaires, être admis au conseil. Il étudiait, en bonne fortune et à Tinsu de Louis XY, avec un officier instruit qui lui parlait de guerre et d'administration.

La Dauphine au contraire n'eut aucun goût d'études. Sa mère l'avait fort négligée jusqu'à treize ans (1768), jusqu'à l'année où la mort de la reine de France fit croire qu'on pourrait la faire reine. Elle reçut alors tous les maîtres à la fois, mais n'apprit rien du tout.

A l'ouverture du secrétaire de Louis XV, le roi vit par les notes de Rohan, notre ambassadeur à Vienne, que son

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grand-père était vendu jour par jour â l'Autriche. Le premier soin de Louis XYl, ce fut de cacher les papiers relatifs i l'Autriche dans un lieu où la reine n'allait point, la pièce des enclumes où furtivement il forgeait près des combles. Seul, libre alors, il écrivit en Suède, il appela de là Vergennes, ennemi de Choiseul, et qui pouvait Taider à lui fermer la porte solidement.

Autre effort, et très beau. Lui, dévot, ami du clergé et élevé par un jésuite, il voulait faire ministre l'homme qui devait le moins lui plaire, Machault,la bête noire du clergé. Hais probité incontestée. Le père même de Louis XYI en convenait dans ses papiers.

HiaiireiNis. — La tante du rei. Madame Adélaïde, vînt au secours du clergé. Elle dit qu'employer Machault, cet hommehalyC'étaitrevenir aux disputes. Que ne nommaiton Maurepas, si aimable, et aimé du père de Louis XVI ? Elle prit la lettre toute écrite, changea un peu l'adresse, de Machault fit Maurepas.

Maurepas, si léger, avait pourtant deux vrais mérites. Il avait de l'esprit, il était anti-Autrichien. Le roi le logea près de lui pour avoir à toute heure son soutien, son autorité, avec celle de ses :antes, pour se garder un peu de sa faiblesse conjugale. Entre Maurepas et Vergennes, ses deux gardes du corps, il craignit moins, accorda à la reine devoir et recevoir Choiseul après lui avoir dit ce seul mot : € Qu'il était bien changé, gras et chauve » et lui avoir tourné le dos.

L'Autriche eût moins perdu en perdant dix batailles. Tout son espoir était le retour de Choiseul. Par lui et sa sœur, Joseph II espérait tenir la France et s'en servir à volonté.

Intrigue aatrichienne. — Tout acte indépendant de la France semblait révolte. On le vit en 78. Quand le roi refusa de faire la guerre pour Joseph II , Kauait/ 1 son

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ministre si réservé, rougit et pâlit de fureur. Rohan, notn ambassadeur, le 29 mai avait pris congé de Marie-Thérèse, mais il resta à Vienne un mois pour observer encore. Il recueillit des preuves d'autant plus accablantes de la perfidie de l'Autriche, qu'elles concordaient à merveille avec tout ce que Broglie, dans ses lettres secrètes, avait dit au feu roi. Louis XYI allait voir qu'il était épié, vendu. Ainsi que Louis XV, il était défiant. Comment le changer à rinstant, obtenir qu'il s'aveugle, se crève les deux yeux, je veux dire qu'il écarte à la fois et Broglie et Rohan?

Marie-Thérèse était épouvantée, et encore plus Vambas* sadeur- mouchard, Mercy, qui sur sa face voyait arriver le soufflet. Leur unique ressource était la reine, bien jeune, il est vrai, bien légère, peu corrompue encore, pour ruser et tromper longtemps. La mère la flatta fort, l'appela son amie. Mercy, Yermond, chargé de faire son éducation, lui dirent sans nul doute qu'en servant l'Autriche, elle servait la France, le roi, la paix du monde. Elle était orgueilleuse, et on la prit par là.

D'abord elle assura qu'après la mort presque subite da feu roi, elle ne serait jamais tranquille si Louis XVI n'était inoculé. Elle ferma sa porte, s'enferma avec lui^ l'enveloppant de soins et de tendresse. Cela le toucha fort, et lui fit faire une chose sotte de confiance illimitée. Il supprima l'agence secrète de Louis XV, donna l'ordre brûler cette précieuse correspondance, et les papiers Broglie, terribles pour l'Aulriche. Ordre inexécuté. Da moins, il tint Broglie éloigné, se boucha les oreilles et ne voulut jamais l'entendre.

Mais le plus fort restait à faire. Rohan venait, voulait être entendu, et nul prétexte pour l'exclure. Moment fort décisif où la reine dut emporter tout. Elle tenait si bien le roi que, loin de rien craindre, elle voulut qu'il reçût Rohan, Tassommàt en personne. Celui-ci, qui venait de

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rendre un tel service, qui apportait ses preuves, n'eut qu'un regard, celui du sanglier, un grondement farouche qui le fit fuir. Louis XYI ingrat pour Broglie, et ingrat pour Rohan, fit encore un pas du côté de rAutriche ; il envoya à Vienne Breteuil que demandait la reine, et que voulait Marie-Thérèse. Il renonça à rien voir ni savoir.

La reine avait partie gagnée. Elle ne jouit pas modestement de sa victoire. Elle insultait les ennemis de rAutriche, tirait la langue à d'Aiguillon.

HfinUtére de Turgfot (1775). — Le ministère de Turgot fut une erreur de Maurepas. Le plus léger des hommes avait choisi le plus austère. Turgot, comme cadet, avait, bon gré mal gré, d'abord été d'Église. A vingt-cinq ans, il dit qu'il ne pouvait garder ce masque, et le jeta. Il passa par le Parlement pour arriver à l'intendance. On lui donna Limoges, le plus pauvre pays. Qu'était un intendant? Ou plutôt que n'é(ait-il pas? C'était un roi, ou à peu près. Quelqu'un a très bien dit que, depuis Richelieu, notre gouvernement était celui de trente tyrans. Turgot le fut dans un sens plus admirable. Son labeur, sa rigidité, imposèrenttellement aux ministres qu'il obtintcarte blanche et flt ce qu'il voulait. En treize ans, il changea le Limousin de fond en comble.

La mémorable scène entre Turgot et Louis XYI est bien connue. Le jeune roi lui pressa les mains, lui dit qu'il entrerait dans toutes ses vues, promit qu'il aurait du courage. Tous deux furent très émus. Turgot, en sortant, écrivit la belle lettre où il dit tout l'esprit de son ministère : Ni surcharge d'impôt, ni banqueroute, ni emprunt; la seule économie^ et la production augmentée. pressent les obstacles, prédit presque son sort.

Dans la réalité, il n'avait qu'un moment, cette première jeunesse du roi dans ses vingt ans. Soulevé au-dessus de sa lourde nature par un élan sanguin de cœur, de sensibi*

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lilé^ dès vingt-cinq ans ou trente ans, Louis XYI devait retomber. Turgot en trois années voulut faire sa révolution.

Entrant au ministère, se mettant à sa table, à l'instant il prépare et écrit l'admirable ordonnance de septembre, noble, claire, éloquente. C'est la Marseillaise du blé. Donnée précisément la veille des semailles, elle disait à peu près : « Semei, vous êtes sûrs de vendre. Désormais vous vendrez partout. » Mot magique, dont la terre frémit, La charme prit l'essor, et les bœufs semblaient reveillés.

C'est là-dessus qu'avait compté Turgot, et plus encore que sur l'économie. Si la culture doublait d'activité, si le blé, si le vin, roulant d'un bout à l'autre du royaume, récompensaient leurs producteurs, la richesse devait croître énormément. L'État était sauvé.

Ce n'était pa3 tout dans son plan. A la seconde année, Turgot déchaînait l'industrie, qui, libre tout à coup, allait décupler d'énergie, de volonté, d'effort. L'ouvrier fainéant, languissant chez un maître, allait, devenant maitre, travailler nuit et jour. Heureux dans ce travail d'avoir à lui son métier, son foyer, bientôt une famille, il n'enchérirait pas à plaiar, donnerait à bon marché tant de choses nécessaires à tous.

 la troisième année, Turgot devait fonder l'instmction. Dans les cent arrêts du conseil qu'il fit en dix-huit mois, lui-même il donne un admirable et souverain enseignement sur nombre de matières économiques et sociales. Il comprend toutefois que l'on doit s'élever soi-même, que l'on ne s'instruit bien que par son propre effort, surtout par l'examen et la discussion de ses intérêts. Il aurait assemblé, par communes, les propriétaires et les eût fait délibérer.

Donc, Culture affranchie Cnib), Industrie affranchie (1776), et Raison affranchie (1777). — Voilà tout le plan de Turgot*

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