XVIII. MARQUIS DE VAUDREUIL CAVAGNAL
François Bigot, Intendant.
Le Marquis de Monilcalm, général en chef.
Arrivée de M. Vaudreuil.—M, de Vaudreuil arriva le 13 juillet 1755, à Québec, où il était né ct où il avait passé sa jounesse. Los Canadiens le virent avec joic remplacer, comme gouverneur, le marquis Duquesne, qui reprenait le service de la mer.
Montcalm. Le héros de cette guctre, le brave mar: quis de Montcalm, qui venait remplacer le baron Dieskau, arriva on même temps avec d’autres braves officiers: le chevalier de Lévis, de Bougainville et de Bourlamaque. L'armée reçut aussi un bataillon du régiment de la Sarre, et un autre de celui du Royal-Roussillon.
Campagne de 1756.-—-Pendant que ce renfort est échelonné sur la frontière, survient la nouveile que les Anglais s'apprêtent à envahir le Canada avec des troupes nombreuses. Sans perdre de temps, et après s'être concentré avec le gouverneur, Montcalm prévient les Anglais, en se portant sur Chouaguen (Oswégo). Après quelques jours de résistance, la garnison se détermina à capituler. Ce brillant succès suffit pour arrêter la marche des armées cuvahissantos.
Famine,—Maiheureusement, après avoir triomphé des ennemis du dehors, la Colonic ne put triompher aussi facilement de ceux du dedans: la famine ct la coneussion de l'intendant Rigot. La récolte ayant manqué deux années de suite, la population se trouvait réduite à une affreuse détresse. Les Canadiens, malgré leur état de gêne, n’en accucillirent pas moins avec bonheur les pauvres Acadiens, chassés de leur patrie, et partagèrent avec ceux les ressources que Bigot n'avait pu leur dérober.
Campagne de 1757.-—Dans le but de recommencer leur attaque contre le Canada, les Anglais s'étaient fortifiés sur le lac St.-Sacrement et avaient élevé le fort George ou
William-Henty. T1 fallait à tout prix les on déloger. Montcalm alla investir ce fort. Pendant sept jours, Monrac se défend avec vigueur; mais, voyant la plupart de ses batteries démontées'et n'ayant aucun espoir d’être secouru, il amena son pavillon, Une nouvelle victoire est ainsi ajoutée à celle de l’année précédente.
La seconde victoire de Montcalm estsouillée.
—Malheureusement cette belle victoire fut souillée par la conduite barbare des Sauvages, qui immolèrent plusieurs prisonnicrs anglais, malgré les efforts des Français pour les en empêcher. L’eau-de-vic laissée par les Anglais dans Île ‘rt, fut la cause de cette sarginte tragédie,
Campagne de 1758.-—Forces des deux Colonies.—Montcalm, au commencement de cette campagne, n'avait que 6,000 hommes à opposer aux 40,000 que les Anglais avaient mis à la disposition d’Abereromby, général cu chef; ce général pouvait en outre compter sur un corps de réserve de 20,000 miliciens,
Evénements remarquables de cette campagne.—19 Ja prise de Louisbourg; 29 la bataille de Carillon ; 39 l'évacuation du fort Duquesne et la prise du fort Frontenac, sont les événements les plus remarquables de cette campagne.
Prise de Louisbourg.—Le2 juin, Boscawen, avec vingt vaisseaux de ligne, dix-huit frégates ct 14,000 hommes sous les ordres d’Amherst, parut devant Louisbourg. Après s'être défendu avec un rare courage, pendant 50 jours, et avoir perdu beaucoup d'hommes, l’héroïque Drucourt prit le parti de capituler. La perte de Louisbourg entraîna celle du Cap-Breton et de l'Ile St.-Jean.
Bataille de Czxillon.—La victoire n'est pas loin de lu défaite. Le éme mois qui vit tomber les murs de Louisbourg, vit aussi le plus beau triomphe que la Nouvelie France ait jamais remporté, Abercromby, à la tête de plus de 16,000 hommes, partit du fort Edouard rour se porter sur Montréal. Montcalm, avec un peu plus de 3,000 hommes, dont 450 Canadiens, vint lui barrer le passage à Carillon,
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Après s'être fortifié au moyen d'abattis d'arbres, il attend l'ennemi de pied ferme, Le 8 juillet, sur le midi, Abercromby fait son apparition. Six fois il s’acharne à entamer les lignes françaises, ct six fois il est repoussé avec d’énormes pertes. Après une lutte de plus de sept heures, Abercromby, désespéré, vaincu, : précipitam:nent la fuite.
La victoire de Carillon sauva, pour cette annee, la Nouvelle France.
Pertes des forts Froiütenac et Duquesne.— Les forts Mrontenac et Duquesne aväïent été dégarnis de troupes. Les Anglais profitèrent de ces circonstances pour détruire le fort Frontenac et pour se fortifier dans le fort Duquesne, auquel ils donnèrent Ie nomde Pittsburgh. Cette perte, attribuée à l’imprévoyance du gouverneur, jointe à d’autres griefs, augmenta la division qui régnait entre M. de Vaudreuil ct M, de Montcalm ct ne présagea que des malheurs pour les années suivantes.
Campagne de 1759.--Préparatifs des Anglais.
— Pendant que la Nouvelle France lutte péniblemert contre le besoin de toutes choses, ses ennemis se rassemblent ct conspirent sa perte. Après s'être emparés des postes avancés, ils se proposent de pénétrer dans le cœur du pays par plusieurs endroits à la fois : ct, de peur que leur proie ne leur échappe, ils mettent sur pied trois armées, dont l'effectif est porté à plus de 60,000 hommes, presque l'équivalent de la population entière du Canada. La première de ces armées, sous les ordres du général Wolfe, devait remonter le St-Laurent ct attaquer Québec; la seconde de 12,000 hommes, sous les ordres du général Amherst, successeur d'Abereromby, devait descendre le lac Champlain et le St.- Laurent pour se joindre à l’armée de Wolfe ; la troisième, sous les ordres du général Prideaux, devait s’avancer vers les lacs et couper toute communication avec la Louisiane,
Préparatifs des Français.—Pour tenir tête à l'orage, il cût fallu de nouveaux renforts, mais le peuple canadien est abandonné à lui-même. Aux 60,000 Anglais qui se préparent à attaquer la Nouvelle France, M. do Vaudreuil n’a à opposer que 5,600 réguliers, 15,000 miliciens et quelques bandes de Sauvages, Quoi qu’il en soit,
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les Canadiens ne se découragent point, et jurent de défendre leur pays jusqu’à la dernière extrémité.
Après avoir évacué Carillon et St.-Frédérie, M. de Vaudreuil renforça les postes de Niagara, de l'Tle-aux-Noix ct de Chouaguen. Il fortifin Québec, et la mit à l'abri d’un coup de main par un camp retranché qui s’étendait depuis la rivière Montmorency jusqu’à la rivière St.-Charles,
Wolfe arrive devant Québec.—Le 17 juin, le général Wolfe jeta l'ancre devant Québec. IT débarqua une partie de ses troupes à l’île d'Orléans, et fit dresser une batterie sur les hauteurs de Lévis pour bombarder la ville, qui bientôt ne fut qu’un amas de cendres ct de ruines.
Bataille de Montmorency.—Wolfe, avec 8,000
hommes, attaqua, le 31 juillet, les retranchements français
à Montmorency; une lutte terrible s’engagea ; mais, repoussés de toutes parts, criblés par les hommes de d Repentigny, les Anglais sc retirèrent en désordre. La Lu bataille était gagnée. Se Première bataille d'Abraham.—Après avoir ! passé une partie du mois d'août à saccager sans pitié la prol plupart des paroisses situées sur ‘es deux rives du fleuve, ct Nou désespérant d'emporter Québec d'assaut, Wolfe eut recours ses { à la ruse, Les vaisseaux anglais Ievèrent l’ancre, remon- de 6 tèrent le fleuve et mouillèrent devant Saint-Antoine, Dans de : la nuit du 12 au 13 septembre, embarqués sur leurs cha- Mur loupes, et se donnant pour des Français chargés d’appro- près visionner la ville, les Arglais gravissent les hauteurs gage d'Abraham par l’Anse-au-Foulon, Montcalm accourt cour: aussitôt, ct emporté par une précipitation funeste, il engage arme immédiatement le combat, malgré tous les avis contraires I qu’on put lui donner. Les Anglais étaient deux contre un, Æ mém 4,000 "hommes contre 4,000. Malheureusement, au plus doive fort de sn lutte, Montcalm est blessé mortellement. Après l'arm s'être battue avec un courage héroïque, et voyant la partie batte perdue, l’armée française regagne précipitamment ses cam- vers | pements. Wolfc trouva une mort glorieuse dans son triomphe. on a Capitulation de Québec.—Lévis, devenu par la nes CvC 1
mort de Montcalm, général en chef des troupes françaises,
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voulait brûler la ville, ou l'empêcher, par une victoire pare de tomber au pouvoir des Anglais, Il fit revenir
s troupes qui rétrogradaient vers les Trois-Rivières : mais, en arrivant près de la rivière St. Charles, il apprit, avec chagrin et indignation, la reddition de Québec. M. de Ramezay, ayant qu'une seule batterie fut dirigée contre la place, étant certain d’être secouru, arbora le pavillon blanc, au grand étonnement des Anglais, "Cet événement important avait lieu le 19 septembre.
L'armée française, dont les pertes étaient très-grandes, se replia sur Montréal, où elle prit ses quartiers d'hiver.
Le général Murray agit comme gouverneur.
Murray, ayant sous ses ordres 9,000 hommes, exerça les
‘fonctions de gouverneur de Québec, au nom d’ Amherst, général en chef,
. Campagne de 1760.—Ies événements marquants ‘de cette campagne furent : 19 la bataille de Ste.-Foye; 20 le siége de Québec; 39 la capitulation de Montréal,
Bataille de Ste.-Foye.—Privée de sa capitale, en
proie à une détresse qui se fait de plus en plus sentir, la Nouvelle France ne désespère pas encore, Lévis rassemble ses forces et se prépare pour un suprême cffort. A la tête de 6,000 hommes, il marche sur Québec, dans l'intention de reprendre cette ville. Le 28 avril, Lévis rencontre Murray suus les murs de Québec, avec des forces à peu près égales aux siennes. Aussitôt une lutte acharnée s’engage entre les deux armées, qui se battent avec un égal courage, La victoire reste aux Français et l'honneur des armes françaises est vengé.
Lévis assiége Québec.—Le soir même de cette mémorable journée, Lévis fait commencer les travaux qui doivent le rendre maître de Québec. Pendant treize jours, l'armée est occupée à ouvrir des tranchées ct à élever des batteries. Au moment où tous les regards sont tournés vers la France, d'où cest attendu le secours, une flotte fait son apparition ‘dans la rade de Québec; c’est une flotte anglaise. Pour ne pas Qtre pris entre deux feux, Lévis iève le siége.ct revient à Montréal,
C0 IISTOIRE DU CANADA,
Capitulation de Montréal.— Trois armées anglaises, dont l’efiectif se montait à plus de 20,000 hommes étaient concentrées devant Montréal, Lévis songea un instant à les attaquer; mais, sur l'avis de son Conseil, M. do Vaudreuil, devant des forces si imposantes, ne voulut pas laisser couler le sang inutilement ct se décida à capituler,
Cette capitulation mémorable fut signéo le lendemain, 8
septembre. Le général Amherst accorda presque tout, mais il eut la Jâcheté de refuser aux braves de l’armée française les honneurs de la guerre,
Principaux articles de la capitulation.—Il fat stipulé: 18 que les Canadiens auraient le libre exercice de leur religion ct garderzient Jcurs lois ct leurs propriétés; 2° que tous les postes occupés par les Français seraient livrés sous le plus court Célai aux Anglais ; ‘82 que les troupes françaises scraicnt transportées en France ct s'engageaient à ne point servir pendant ectte guerre; 49 que le gouverneur, l'intendant ct les autres fonctionnaires civils seraient transportés cn France, aux frais de l'Angleterre,
Le drapeau anglais remplace le drapeau français ——Le drapeau de Ja France, après avoir flotté près de deux siècles au-dessus de Ville-Marie, se replie et fait place À celui de Ja Grande-Bretagne, L'entrée des troupes dans la ville annonce à la Colonie que la Nouvelle France esb devenue possession anglaise, Ainsi est consommé le grand drame qui, depuis tant d'années, tenait tous les esprits en suspens.”