‹ Abrégé d'histoire romaine; rédigé conformément aux programmes officiels de 1874 pour la classe de quatrièmeChapitre 22 sur 64 · LA GUERRE SOCIALE. MARIUS ET SYLLA · texte numérisé non relu

LA GUERRE SOCIALE. MARIUS ET SYLLA

1. Troubles à Rome; Saturninus. — 2, Seconde guerre servile (103» 100). — 3. Causes de la guerre sociale. — 4, Projets de Drusus. — ► 5. Violences de l'ordre équestre. — 6. Soulèvement des Italiens (90). — 7. Rôle peu glorieux de Marins; services éclatants de Sylla (90-88). — 8, Résultats de la guerre sociale. — 9. Rivalité de Marius et de Sylla ; proscription et fuite de Marius (88). — 10. Retour de Marius (87) ; proscriptions; sa mort (86). ---11. Retour de Sylla (83). — 12. Proscriptions de Sylla. — 13. Constitution aristocra-

. tique de Sylla. — 14. Abdication (79) et mort de Sylla (78).

f , Troubles à Rome; Satnmlaus. — Marius avait été déjà cinq fois consul ; son ambition n'était cependant pas rassasiée. Quand il rentra dans la ville, après la bataille de Verceil, il voulut un sixième consulat ; mais les grands trouvèrent qu'il avait eu assez d'honneurs ; ils lui opposèrent son ennemi personnel, Metellus le Numidique. Marius fut réduit cette fois à acheter les suffrages. Il ne le leur pardonna pas et les laissa attaquer par un démagogue de bas étage, Saturninus. Celui-ci briguait le tribunat ; un ami des nobles avait été élu : Saturninus regorgea et prit sa place. Aussitôt il proposa une loi agraire pour les vétérans de Marius, et, Metellus s'étant opposé à cette loi, il le fît exiler,

Marius avait satisfait son ambition et sa haine : il était tout-puissant ; mais il ne sut que faire de ce pouvoir, et Saturninus, enhardi par sa faiblesse, prit le premier rôle. Ses desseins sont mal connus : peut-être qu'il p'en eut pas. Cependant les Italiens,^ les étrangers, l'entouraient, ot une fois on les entendit le saluer du nom de roi. Pour faire arriver au consulat un de ses complices, le préteur Glaucia, il fit tuer un des consuls élus ; mais le peuple

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s'indigna, et Marins fut contraint d'assiéger, dans le Gapitole, puis de laisser lapider ceux qu'il avait peut-être secrètement soutenus. Ce jeu double tou^a tout le monde contre lui : on rappela Metellus, et, pour ne pas voir son retour triomphant, Marius, sous prétexte d'aller accomplir des sacrifices qu'il avait voués à Gybèle, partit pour l'Asie dans la secrète espérance d'amener, entre Mithridate et la république, une rupture que Saturninus avait déjà provoquée par ses insultes (98). Il avait besoin d'une guerre pour se relever aux yeux de ses concitoyens.* II disait lui-même : ce Us me regardent comme une épée qui se rouille pendant la paix. »

S. Seconde ^nerre eervlle (f 08-iOO). — - Tandis que Marius arrêtait la première invasion germanique, la Sicile avait été le théâtre d'une nouvelle révolte des esclaves. Un de leurs chefs, Salvius, après avoir battu un préteur, fut vaincu par LucuUus; un autre chef, Athénien, réduisit le consul Servilius à l'inaction, mais il fut tué dans un combat singulier par M. Aquilius, et l'armée des esclaves se dissipa. Ceux qu'on saisit furent envoyés à Rome et livrés aux bêtes ; ils trompèrent les plaisirs du peuple en se tuant les uns les autres ; leur chef égorgea le dernier survivant, puis se frappa luimême. Un million d'esclaves, dit-on, avaient péri dans les deux guerres. Des règlements atroces les continrent à l'avenir : il leuT fut défendu, sous peine de mort, d'avoir des armes, même l'épieu qui servait aux pâtres à se défendre contre les bêtes fauves.

3. Causes de la i^nerre soelale. — Gomme les plébéiens, les alliés n'avaient été respectés qu'autant qu'ils avaient paru nécessaires) quand Rome n'eut plus de grande guerre à conduire, elle les négligea, puis les traita comme des sujets, et foula aux pieds les privilèges qui leur avaient été jadis accordés. Longtemps ils ne trouvèrent pour se mettre à l'abri contre ces violences d'autre protection que le titre de citoyen romain, et ils cherchèrent par tous les moyens à l'obtenir. Quand la reprise de la loi agraire par les Gracqaes eut effrayé les

détenteurs du domaine, les Italiens, qui, en très-grand nombre, avaient envahi ces terres publiques, n'eurent d'autre alternative que d'empêcher la loi de passer, en réunissant leurs efforts à ceux des riches de Rome, ou, en obtenant pour eux-mêmes le droit de cité, de contraindre le peuple à partager avec eux. De là l'intervention des. Italiens dans les troubles intérieurs de la ville, au temps des Gracques, la révolte de Frégelles, les pj^omesses de Gaïus et celles de Marins, qui enrôla un grand nombre d'alliés dans ses légions et encouragea les espérances de tous, en donnant, sur le champ de bataille de Verceil, le droit de cité à mille Ombriens et à des habitants d'Iguvium et de Spolète. On lui reprochait cet acte comme un empiétement sur la souveraineté du peuple. « Le bruit des armes, dit-il, m'a empêché d'entendre la loi. » Autour de Saturninus, Quelques-uns prononcèrent le nom de roi, mais la mort de ce tribun et la réaction aristocratique qui suivit l'exil de Marius trompèrent encore une fois leurs espérances. Les consuls de l'année 95 portèrent au comble l'exaspération des alliés en chassant de la ville tous ceux qui y étaient établis, comme cela avait eu lieu déjà en 187 et en 177; on avait vu, en l'année 125, le vieux père du consul Perpenna repoussé, comme intrus, de la ville où son fils avait envoyé un roi prisonnier.

4, Projeta de Brasna. — Cependant, en 91, le tribun Drusus tenta, à l'exemple des Gracques, une réforme radicale. U rendit d'abord les jugements aux sénateurs, mais en faisant entrer trois cents chevaliers dans le sé- ' nat; il promit aux pauvres des distributions gratuites de terres en Italie et en Sicile, mais il promit en même temps aux alliés le droit de cité. Ces lois mécontentèrent à peu près tout le monde. Parmi les alliés mêmes, beaucoup s'alarmèrent de ces colonies promises au peuple de Rome et qui ne pouvaient être fondées qu'à leurs dépens. Cependant les Italiens, se rattachant à Drusus comme à leur dernière espérance , accoururent jsn foule au-

tour de lui. Le Marse Pompedius Silo réunit jusqu'à dix mille hommes et s'achemina vers Roine par des sentiers détournés. Rencontré par le consulaire Domitius, qui lui demanda pourquoi cette foule qui le suivait : «Je vais à Rome, où le tribun nous appelle, » réponditil. Cependant, sur l'assurance réitérée que le sénat était décidé à leur rendre justice, il se laissa persuader de renvoyer ses gens. Les lois furent adoptées, mais au milieu d'une irritation extrême, et un soir Drusus fut blessé, dans la foule, d'un coup mortel.

6. Vlolenees de l'ordre équestre. — Les chevaliers, principaux détenteurs des terres publiques, et à ce titre ennemis de toute loi agraire et de ceux qui les proposaient, provoquèrent un décret qui annulait les lois de Drusus, et le tribun Varius ordonna, au nom du salut public , des recherches contre tous ceux qui avaiem favorisé les alliés , contre tout Italien qui s'immiscerait dans les affaires de Rome. En vain les autres tribuns opposèrent leur veto , les chevaliers forcèrent l'assemblée d'accepter cette loi de majestatç: , et aussitôt les plus illustres sénateurs, Bestia, G. Gotta, Mummius, Pompeius Rufus, furent bannis ou s'exilèrent. Scaurus, accusé par Varius, répondit ; « L'Espagnol Q. Varius accuse M. Scaurus, prince du sénat, d'avoir excité les alliés à la révolte, iÈmilius Scaurus, prince du sénat, le nie : lequel des deux croirez-vous? » L'explosion de la guerre sociale arrêta ces vengeances de l'ordre équestre.

6. Sonlèvemeiit des Italiens (90). — ^ Les alliés s'étaient décidés à recourir aux armes. Les Marses se mirent à la tête du mouvement, et l'âme de la guerre fut leur compatriote Pompedius Silo, qui partagea le commandement, comme consul, avec le Samnite Papius Motulus. Huit peuples, les Picentins, les Vestins, les Marses, les Marucins, les Péligniens, les S^mnites, les Lucaniens et les Apuliens, se donnèrent des otages et concertèrent un soulèvement général. Ils ne devaient tous former qu'une même républiqiio organisée à l'image

de Rome, ayant un sénat de cinq cents membres, deux consuls, douze préteurs, et pour capitale la place forte de Gorfinium, qu'ils appelèrent du nom significatif dltalica. Les Latins, les Étrusques, les Ombriens et les Gaulois, restèrent fidèles.

V. Rôle peu glorieux de Mari us i services éelatantfi de Sylta (»0-88). — Le signal partit .d'Asculum, 'où. le consul Servilius fut massacré avec tous les Romains qui se trouvaient dans la ville ; les femmes mêmes ne furent pas épargnées. Les alliés eurent d'abord Tavan^ tage : la Gampanie fut envahie, le consul J. Gésar y fut battu, et un autre consul fut tué. Marins, qui avait un commandement, ne fit rien qui fût digne de sa réputation; il se contenta de se défendre sans jamais prendre l'offensive^ bientôt même il se retira en prétextant des infirmités. Ses anciennes relations avec les Italiens ne lui permettaient pas un rôle plus actif. Sylla n'avait pas de ces ménagements à garder. Aussi porta-t-il la plus grande énergie dans cette guerre dont tout l'honneur lui revint. Il reconquit d'abord la Gampanie , pendant que Pompeius prenait Asculum, et pénétra au cœur du pays samnite, où il enleva Bovianum , seconde capitale de la ligue. Dans cette heureuse campagne, Sylla avait conquis le consulat. La mort de Pompedius Silo , qui périt dans une rencontre, et la promesse du droit de cité faite à tous les Italiens qui déposeraient les armes dans un certain délai, surtout l'habile modération du sénat à user de la victoire, enlevèrent à ce qui restait encore de cette guerre toute force et tout danger. Les chefs de l'insurrection avaient péri; le sénat italien, réfugié d'abord à^Esernia, s'était dispersé; seuls, les Samnites , les Lucaniens et quelques villes tenaient encore, entre autres Noie, que Sylla vint assiéger. De nombreuses bandes couraient aussi l'Apennin. Dans l'espérance de réveiller la guerre civile en Sicile, ces débris se jetèrent dans le Bruttium et essayèrent d'enlever Rhegium. Ayant échoué, ils se rejetèrent dans les impraticables forêts de la Sila, d'où ils sortiront dans

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quelques aimées pour se mêler à la lutte sanglante de Sylla et de Marins (88).

8. Résvltats d« la «■«>!•« soelale. — Quoique vaincuSy les Italiens avaient forcé les portes de la cité. Mais une déception les attendait à Rome. Au lieu de prendre rang dans les trente-KÛnq tribus, on créa pour eux, suivant l'ancien usage, des tribus nouvelles (huit ou dix] qui votèrent les dernières, de manière que les anciens citoyens conservaient leur influence dans les comices. L'Italien, en réalité, n'avait donc gagné qu'un titre; Rome, que des recrues pour les émeutes et pour la guerre civile. Gelle^i éclata presque aussitôt.

0. Rivalité de Varias et de Syilai proscriptfoa et fteite de Marias (88). — Tout l'honneur de la guerre sociale était revenu à Sylla. Elle n'était pas finie : Noie, les Samnites, les Lucaniens, tenaient encore; qu'il recevait déjà la récompense de son zèle et de ses succès. Le peuple fut unanime à lui donner le consulat et le commandement de la guerre contre Mithridate (88). Marins, qui avait ambitionné ce commandement, s'entendit avec le tribun Sulpicius pour susciter une émeute dans la ville et forcer Sylla à sortir de Rome (88). Celui-ci courut dans la Gampanie, où il avait une armée, et rentra dans Rome à la tête de ses soldats. Marins, dont la tête fut mise à prix, s'enfuit à son tour. A peine eut-^il passé les portes de Rome, qu'il se vit abandonné de ceux qui l'accompagnaient. Il descendit à Ostie, où un de ses amis lui tenait une barque prête, et partit aussitôt. Mais il n'avait pas de provisions : son fils alla en chercher chez Mucius. Surpris par le jour, il fut sur le point d'être découvert par quelques cavaliers qui, soupçonnant que Marius était dans cette maison, étaient venus l'y chercher. Heureusement, l'intendant de Mucius les vit de loin et eut le temps de cacher le jeune homme dans un chariot de fèves ; il y attela ses bœufs, et, les ayant fait marcher du côté de Rome, il alla au-devant des cavaliers» Le jeune Marius, conduit ainsi jusqu'à la maison de sa femme, y prit tout ce qui lui était néces-

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saire, puis se rendit la nuit au bord de la mer, et s'embarqua sur un vaisseau qui partait pour l'Afrique.

ce Pendant ce temps le vieux Marins côtoyait l'Italie ; il voulut éviter Terracine, dont un des principaux habitants, &eminius, était son ennemi personnel : mais le vent changea et, soufflant de la. haute mer, souleva une si furieuse tempête, que les matelots eurent peur pour le vaisseau. D'ailleurs, Marins se trouvait fort incommodé de la mer. On débarqua donc près de Gircei, Après avoir erré quelque temps sur le rivage, ils trouvèrent des bouviers qui n'eurent rien à leur donner, mais qui, ayant reconnu Marins, l'avertirent de s'éloigner promptement, parce qu'ils venaient de voir passer plusieurs cavaliers qui le cherchaienti Privé de toute ressource, affecté surtout de voir ceux qui l'accompagnaient près de mourir de faim. Marins quitta le grand chemin et se jeta dans un bois épais, où il passa la nuit.

ce Le lendemain il se remit en marche le long de la mer et encouragea les gens de sa suite, en leur racontant dès présages qui lui avaient promis un septième consulat. Ils n'étaient "plus qu'à vingt stades de Minturnes, lorsqu'ils aperçurent de loin une troupe de cavaliers qui venaient à eux, et ils virent en même temps deux barques qui côtoyaient le rivage ; ils coururent de toutes leurs forces vers la mer, et, ayant gagné à la nage les deux barques, ils montèrent sur l'une, qui était précisément celle de Granius, fils de la femme de Marins. Marins, gros et pesant, ne marchait qu'avec «peine ; il fut porté par deux esclaves qui, le soulevant sur l'eau avec beaucoup d'efforts, le mirent dans l'autre barque, au moment où les cavaliers, arrivés sur le rivage, criaient aux mariniers de ramener la barque à terre ou de jeter Marins à la mer. Celui-ci les conjurait, les lartnes aux yeux, de ne pas le sacrifier à ses ennemis. Les maîtres de la barque, après avoir formé en quelques instants plusieurs résolutions contraires, répondirent enfin qu'ils ne trahiraient pas Marins. Les cavaliers se retirèrent avec beaucoup de menaces, et les mariniers,

changeant de sentiment, gagnèrent la terre près ,de Fembouchure du Liris, dant les eaux, répandues hors de leur lit, forment un marais. Ils conseillèrent à Marius de descendre pour prendre de la nourriture sur le rivage et attendre que le vent devînt favorable. -

« Il les crut, débarqua et se coucha sur Therbe, mais les mariniers, remontant aussitôt dans leurs barques, levèrent F'ancre et s'éloignèrent : ils avaient pensé qu'il n'était ni honnête de livrer Marins ni sûr pour eux de le sauver. Abandonné ainsi, il resta longtemps sans proférer une parole; enfin, reprenant courage, il s'avança par des chemins détournés, à travers des marais pro^ fonds, des fossés pleins d'eau et de boue. Arrivé à une cabane où il voit un vieillard, il se jette à ses pieds et le supplie de sauver un homme qui, s'il échappait à son malheur présent, le récompenserait un jour bien au-delà de ses espérances. Le vieillard, soit qu'il connût depuis longtemps Marins, soit qu'à son air il le jugeât un personnage distingué, lui dit que, s'il ne voulait que se reposer, sa cabane lui suffirait, mais que, s'il 'errait pour fuir ses ennemis, il le cacherait dans un lieu plus sûr et plus tranquille. Marins l'ayant prié de le faire, cet homme le mena près de la rivière, dans un endroit creux du marais, où il le fit coucher et le couvrit de roseaux et d'autres plantes légères dont le poids ne pouvait le blesser. Il n'y avait pas longtemps que Marius y était caché, lorsqu'il entendit un grand bruit du côté de la cabane. Geminius avait envoyé de Terracine plusieurs cavaliers à sa poursuite; quelques-uns d'entre eux vinrent par hasard en cet endroit et cherchèrent à effrayer le vieillard, en lui criant qu'il cachait un ennemi des Romains. Marius, qui les entendit, se leva du lieu où il était, pour s'enfoncer dans l'endroit o^ l'eau était la plus boueuse ; ce mouvement le fit découvrir. Retiré de là tout nu et couvert de fange, il fut conduit à Minturnes, où on le remit entre les mains des magistrats, car le décret du sénat qui ordonnait à tout Romain de le poursuivre et de le tuer,

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s'il était pri3, avait déjà été publié dans toutes les villes.

« Les magistrats et les décurions de Mintumes, après une longue délibération, résolurent d*obéir au décret ; mais aucun des citoyens ne voulut se charger de Texécution ; enfin se présenta un cavalier gaulois ou cimbre, qui entra Tépée à la main dans la chambre où Marins reposait. Gomme elle recevait peu de jour et par conséquent était fort obscure, le cavalier, à ce qu'on raconte, crut voir les yeux de Marins lancer des flammes, et il entendit une voix terrible lui dire : « Oses-tu, misérable, tuer Gaïus Marins ! » Le Barbare, effrayé, jette son épée et fuit par la rue en criant : « Je ne puis tuer Gaïus Marius ! » L'étonnement d'abord, ensuite la compassion et le repentir, gagnèrent toute la ville. Les , magistrats se reprochèrent la résolution qu'ils avaient 9 prise comme une ingratitude envers un homme qui avait sauvé l'Italie. « Qu'il s'en aille, disaient-ils, errer où il voudra et accomplir ailleurs sa destinée ; prions les dieux de ne pas nous punir de ce que nous rejetons de notre ville Marius dépourvu de tout secours. » Ils se rendent alors en foule dans sa chambre, l'en font sortir et le conduisent au bord de la mer. Gomme chacun lui donnait de bon cœur ce qui pouvait lui être utile, il se passa un temps assez considérable : d^ailleurs il y a sur le chemin qui mène à la mer le bois sacré de la nymphe Marica, singulièrement respecté dé tous les Minturniens, qui ont grand soin de n'en rien laisser sortir de ce qu'on y a une fois porté. Ne pouvant le traverser pour se rendre au rivage , ils allaient prendre un long circuit qui les aurait fort retardés, quand un des plus vieux de la troupe se mit à crier qu'il n'y avait point de chemin où il pût être défendu de passer pour sauver Marius, et, prenant quelques-unes des provisions qu'on portait au vaisseau, il entra le premier dans le bois. Dans la suite, Marius fit représenter cette histoire sur un grand tableau qu'il consacra dans le temple de Marica. U se dirigea vers l'Afrique et débarqua

BI5T. ROlIAINEi cl. de 4'. .13

pfès de Garthage. A peine était-il à terre, qu'un licteur du gouverneur romain vint lui ordonner de se rembarquer aussitôt. Marins garda longtemps le silence, en jetant sur le mesfiager de sombres regards. Le licteur lui ayant enfin demandé ce qu'il devait rapporter à son maître : «Dis-lui, répondit-il, que tu as vu Marins assis sur les ruines de Garthage. »

10. Retour de Marias (89) 9 proserlptlpas ) s» mort (86).— Durant ces vicissitudes, les affaires chan* geaient en Italie : Sylla était parti pour la Grèce, après avoir promulgué des lois qui diminuaient les pouvoirs des tribuns du peuple, et un nouveau consul, Ginna, chassé de Rome pour avoir voulu renverser ces lois, avait commencé la guerre contre le sénat. Marins, à ces nouvelles, revint et s'unit à Ginna. Avec une armée d'esclaves fugitifs et d'Italiens accourus en foule sous les drapeaux de chefs qui promettaient de leur livrer les comices, ils battirent les troupes sénatoriales et forcèrent les portes de Rome. Marins se vengea des grands, amis de Sylla, en proscrivant tous ceux qui lui étaient suspects. Pendant cinq jours et cinq nuits, on tua sans relâche, jusque sur les autels des dieux. De Rome, la proscription s'étendit à l'Italie entière : on tuait dans les villes, sur les chemins, et, comme défense était faite sous peine de mort d'ensevelir les cadavres, ils restaient aux places où ils étaient tombés, jusqu'à ce que les chiens et les oiseaux de proie les eussent dévorés.

Le l**' janvier 86, Marius prit avec Ginna possession du consulat sans élection. Il n'était pas rassuré cependant en songeant que Sylla était à la tète d'une armée victorieuse. La nuit il croyait entendre une voix menaçante lui crier : « Le gîte du lion, même absent, est terrible I » Et, pour échapper à ses craintes, il se plongea dans des débauches qui hâtèrent sa fin. Poursuivi jusqu'à ses derniers moments par des rêves de gloire militaire et des images de bataille, il faisait, dans son délire, tous les gestes d'un homme qui combat ; il se levait sur son séant, commandait la charge, poussait

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des cris de victoire. Le septième jour il expira dans sa soixante-dixième année et son septième consulat (13 jan* vier 86).

II. eut des funérailles dignes de lui. Fimbria traîna à son bûcher lé grand pontife Mucius Scœvola, coupable d'avoir voulu s'interposer en médiateur entre les deux partis, et Tégorgea comme ces victimes humaines qu'an^ ciennement on immolait sur le tombeau des grands. Mucius tomba, mais noA blessa à mort. Il guérissait même, quand Fimbria, 'l'apprenant, le cite en jugement. c< Eh I de quoi donc Taccuses-tu, lui demanda^ t-on. ^ Je l'accuse, dit-il, de n'avoir pas reçu le poignard assez avant. » Et il le fit achever. Marins avait donné l'exemple de ces sacrifices humains» Sur la tombe de Variûs, il avait fait couper en morceaux l'Ancien censeur L. César.

Un autre, sinon lui, eût vaincu les Gimbres et*bauvé Iltalie, et cet autre peut-être n'eût pas, comme lui, chargé d'ans et de gloire, jeté Rome dans la guerre civile ; il n'eût pas inauguré le meurtre, non de quelquesi citoyens, mais de classes entières, comme maxime politique et raison d'Ëtat. Sans Marins, Sylla n'eût pas été ce qu'il fut. Nous avons honoré les Gracques mal=i gré leurs fautes : flétrissons l'ambition stérile de celui qui ne fut pas même un homme de partie

if .Retour de Sylla (83). — Ginna, resté seul, se trouva au-dessous de son rôle. De sa propre autorité, il se continua dans le consulat et pendant quatre années de silile exerça une véritable royauté. Ce pafti^ formé de toutes les classes inférieures de l'État, montrait aVeë quelle facilité il accepterait un maître, même indigne. La victoire allait lui en donner un plus grand ^ idais plus terrible : Sylla arrivait à la tête de 40 OGO vétérans dévoués à sa personne jusqu'à lui offrir leur pécule pour remplir sa baisse militaire. Avant qu'il eût débarqué, Ginna fut égorgé par ses propres soldats. Garbon, son collègue, organisa la résistance. Mais Sylla pénétra sans dbstable jusqu'en Campanie (83), vainquit

une armée, en débaucha une autre et battit le jeune Marins à Sacriport (82). Cette action lui ouvrit la route de Rome ; il y courut, mais arriva trop tard pour empêcher de nouveaux meurtres : les plus illustres sénateurs venaient d'être massacrés dans la curie même. Sylla ne fit que traverser Rome pour aller en Étrurie combattre l'autre consul, Carbon. Il lui livra une bataille acharnée qui dura tout un jour, sans résultat. Metellus et Pompée, qui s'étaient déclarés pour Sylla, furent plus heureux contre Carbon, que la défection de la Cisalpine décida à fuir en Afrique. Sertorius, autre chef du parti populaire, était déjà parti pour l'Espagne : il ne restait donc en Italie que le jeune Marius, enfermé dans Préneste, Les Italiens, ses alliés, tentèrent alors un coup hardi : un chef samnite essaya de surprendre Rome et de la détruire. Sylla eut le temps d'accourir. On se battit près de la porte Colline tout le jour et la nuit entière; l'aile gauche, que Sylla commandait, fut mise en déroute, mais Crassus, avec l'aile droite, dispersa l'ennemi. Le cha^mp de bataille fut couvert de 50000 cadavres, dont la moitié étaient Romains.

tft. Proseriptions de Sylla. — Le lendemain de ce combat, Sylla haranguait le sénat dans le temple de Bellone ; tout à coup on entend des cris de désespoir, les sénateurs se troublent : « Ce n'est rien, dit-il, seulement quelques factieux que je fais châtier, » et il continua son discours : en ce moment 8000 prisonniers samnites et lucaniens périssaient égorgés. Quand il revint de Préneste, qui avait ouvert ses portes et dont toute la population fut massacrée, il monta à la tribune, parla longtemps de lui-même en termes magnifiques, et termina par ces paroles sinistres : « Qu'aucun de mes ennemis n'espère de pardon. » De ce jour les proscriptions commencèrent. Un préteur, parent de Ma- ' rius, Marius Gratidianus, fut poursuivi par Catilina, qui lui creva les yeux, lui arracha la langue, les oreilles, les i^^ mains, lui rompit les bras et les jambes, et, quand ce ca-

davre, encore animé, ne fut plus qu'un monceau de chairs meurtries et d'ossements brisés, il lui trancha la tête, qu'il porta toute sanglante à Syll^ Le cadavre du vainqueur des Gimbres fut exhumé, livré aux outrages et jeté dans l'Anio. César, alors âgé de dix-huit ans, était parent de Marins et gendre de Ginna; Sylla voulut le contraindre à répudier sa femme : îl refusa et s'enfuit dans les montagnes de la Sabine, où il faillit plusieurs fois périr. Les larmes de sa famille, les prières des vestales , arrachèrent sa grâce : « Je vous le laisse, dit le tout-puissant proconsul, mais dans cet enfant il y a plusieurs Marins, » Un grand nombre de victimes avaient déjà péri, quand un Metellus lui demanda : « Où et quand comptes-tu enfin t'arrêter? — Je ne sais encore. — Mais au moins déclare ceux que tu destines à la mort. — Je le ferai. ?> Et aussitôt il dressa une liste de quatrevingts noms qu'il fit afficher dans le forum; il laissa passer un jour, et le lendemain il publia une seconde liste de deux cent vingt personnes, puis une troisième de pareil nombre. « J'ai proscrit tous ceux dont je me suis souvenu, dit-il au peuple, mais j'en ai oublié beaucoup : leurs noms seront écrits à mesure qu'ils reviendront à ma mémoire.» Du 1«' décembre 83 au 1*' juin 82 , pendant six longs mois, on put tuer im-

Sunémerit; on tua encore longtemps après, car Roscius 'Amérie fut égorgé le 15 septembre. Les familiers de Sylla, ses affranchis, et surtout ce Ghrysogonus dont Gicéron a immortalisé l'infamie, vendaient le droit de. faire placer un nom sur la liste fatale. « Gelui-ci, disait-on, c'est sa belle villa qui l'a fait périr; celui-là, ses bains dallés de marbre; cet autre, ses magnifiques jardins. » Les biens des proscrits étaient confisqués et vendus à l'encan : ceux de Roscius valaiept 6 millions de sesterces, Ghrysogonus les eut pour 2000. Quel fut le nombre des victimes ? Appien parle de quatre-vingt-dix sénateurs, de deux mille six cents chevaliers; Valère Maxime, de quatre mille sept cents proscrits. Mais qui pourrait compter, dit un autre, tous ceux

qu'immolèrent les haines privées? La proscription ne e'arrêta pas aux victimes : les fils et les petits-fils des proscrits furent déclarés indignes d'occuper jamais une charge publique. Dans lltaJie, des peuples furent condamnés en masse ; les plus riches cités, Spolète, In'teramna, Préneste, Terni, Florence, furent comme vendues à Tencan. Dans le Samnium, Bénévent resta seul debout.

43. CmBtlt«tlon arfsCoer»tlq«e de Sylhi. — Après avoir tué les hqmmes par le glaive, Sylla essaya de tuer le parti par des lois qui assureraient tout pouvoir dans Rome à Taristocratie. Pour les donner, il voulut bien prendre un titre légal, celui de dictateur. 11 fit entrer' au sénat cent membres nouveaux et rendit à ce corps les jugements et la discussion préalable des lois, c'està-dire le veto législatif; il enJeva aux tribuns le droit de présenter une rogation au peuple : leur veto fut restreint aux seules affaires civiles, et l'exercice du tribunat ôtà le droit de briguer une autre charge.

Après avoir rendu le pouvoir aux grands, Sylla chercha du moins à empêcher quelques-uns des excès qui ne leur étaient que trop habituels. Pour diminuer la brigue, il décréta qu'on ne pourrait exercer la même charge qu'après un intervalle de dix ans, et il défendit qu'on sollicitât la préture avant la questure, le consulat avant la préture. Lucretius Ofella, qui essaya de contrevenir à cette loi, la scella de son sang. La loi de majesté de Varius fut étendue à des cas nouveaux : l'eau et le feu furent interdits à quiconque porterait atteinte à Thonneur et à la sécurité du peuple romain. Ce fut de cette loi, qui plus tard punit non-seulement les actes, mais les paroles et les gestes, que les empereurs firent un si % cruel usage. Les lois defalsOy de sicariis, derepetundiSy prévinrent le vol, la violence et les concussions, et huit tribunaux permanents promirent une prompte justice. Gomme les juges dans ces cours de justice étaient tous sénateurs, et qu'ils prononçaient sans appel, l'administration de.la justice criminelle passait tout entière au sénat.

Dans cette restauration du gouvernement aristocratique, Sylla ne pouvait oublies la religion. Il augmenta le nombre des pontifes et des augures, qu'il porta de dix à quinze, leur rendit le droit de compléter eux-mêmes leur collège, et fit partout chercher des oracles sibyllins pour remplacer les livres qui avaient péri dans Tincendie du Gapitoie, qu'il rebâtit avec magnificence; enfin il essaya par plusieurs lois de remettre en honneur la sain^ teté du mariage et d'arrêter l'abus du divorce, les dépenses des festins et des funérailles. Il n'avait pas oublié ses soldats : 100000 légionnaires furent établis comme colons dans les terres les plus fertiles de la pé* ninsule.

t4. Abdication (99) etnort de Sjrlla (VS). —Quand Sylla eut accompli son œuvre, il se retira. Son abdica-* tion (79) parut un défi jeté à ses ennemis et une audacieuse confiance dans sa fortune. Mais les charges et le sénat remplis de ses créatures, tant d'hommes intéressés au maintien de ses lois, et dans la ville, ses dix mille cornéliens, esclaves qu'il avait afiranchis; au dehors, ses vétérans, dont il aurait pu d'un mot refaire une armée formidable : tout cela rendait cette confiance peu dangereuse. Ses adieux au peuple furent dignes de cette royauté insolente qui abdiquait d'elle-même et de cette foule qui se vendait pour un congiarium. Il la gorgea de viandes, de vins précieux, de mets recherchés, et avec une telle profusion, que chaque jour on en jeta dans le Tibre des quantités prodigieuses, que le peuple repu avait laissées.

Retiré dans sa maison de Gumes, il y vécut une année encore et mourut d'une maladie affreuse. Ses chairs, décomposées, tombaient en pourriture et engendraient incessamment une innombrable vermine. Il avait écrit lui-même son épitaphe ; elle était véridique : « Nul n'a fait plus de bien à ses amis ni plus de mal à ses ennemis. »

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