‹ Abrégé d'histoire romaine; rédigé conformément aux programmes officiels de 1874 pour la classe de quatrièmeChapitre 21 sur 64 · Buste con serré au musée du Capitole · texte numérisé non relu

Buste con serré au musée du Capitole

de faire la leçon aux deux 'partis tourna tout le monde contre lui : aussi échoua-t-il quand il brigua Tune après l'autre les deux édilités. En 117, il n'obtint la préture que le dernier. Cette difficulté à se faire jour ralentit son zèle; il passa obscurément sa préture à Rome et sa propréture en Espagne. A son retour, le paysan d'Ârpinum scella sa paix avec les nobles par un grand mariage : il épousa la patricienne Julia, grand'tante de César, et Metellus, oubliant en faveur de ses talents militaires la conduite qu'il avait tenue pendant son tribunat, l'emmena comme son lieutenant en Numidie.

■y. Marins llevtenantdeHetellas.-i- D'abord MariuB le seconda loyalement. Durant l'action, nul n'était plus intrépide; au camp, dans les marches, personne n'était aussi infatigable, et les soldats voyaient avec étonnement un légat consulaire dormir comme eux sur la terre nue, travailler aux fossés et planter les palissades. Metellus était dur et fier : au moins, dans son lieutenant, la sévérité du commandement était tempérée par des manières populaires, et il n'ordonnait rien qu'il ne fût prêt à faire lui-même : aussi était-ce à lui crue les soldats rapportaient tous les succès de la campfgne, et déjà les devins lui prédisaient une haute fortune. Il avait alors quarante-huit ans, et il ambitionnait le consulat. Mais depuis longtemps les nobles fermaient obstinément cette charge aux hommes nouveaux. En quatorze ans les seuls Metellus avaient eu six consulats : aussi, quand Marins demanda à son général la permission d'aller à Rome se porter candidat, Metellus, étonné de cette étrange audace, lui répondit : « Chasse de ton esprit ces chimères, et proportionne tes désirs à ta condition : il sera temps de te présenter quand mon fils aura l'âge. » Le jeune Metellus faisait alors sespremières armes (108).

8. Il est éln consul (lOV)! ses paroles violentes eontreles grnnds. — RIessé dans son ambition et dans son orgueil. Marins ne contint plus sa haine : devant les soldats il accusait, la dureté du proconsul ; àUtique,

jugurtha; guerre des cimbres. 175

il promettait aux marchands italiens, que cette guerre ruinait, de prendre en (juelques jours Jugurtha mort ou vif, si on lui donnait seulement la moitié des troupes. Dans un soulèvement des habitants de Yacca, toute la garnison romaine avait été massacrée, à l'exception de son chef Turpilius, l'ami et Thôte de Metellus. Marins le fit condamner à mort dans un conseil de guerre, puis se vanta tout haut d'avoir attaché à l'âme du proconsul une furie vengeresse. Metellus, fatigué de cette guerre acharnée, céda enfin, mais douze jours seulement avant les comices consulaires. Marins fit une telle diligence, qu'il arriva le septième jour à Rome.

Depuis les humiliations subies dans cett.e guerre par le sénat et ses généraux, le courage et la voix étaient revenus aux tribuns. Par sa réputation, par sa haine contre les nobles, Marins méritait leur appui : ils le présentèrent aux suffrages du peuple, qui ncm-seulement le nomma consul, mais lui assigna pour province la Numidie, bien qu'un décret du sénat eût conservé Metellus dans son gouvernement. , Dès lors Marins ne garda plus de mesure. « Mon consulat et ma province, disait-il, sont des dépouilles opimes enlevées sur les nobles ; ces gens-là méprisent ma naissance, moi leurs vices ; ils oublient que le plus noble, c'est le plus brave. Ah ! si Ton pouvait demander aux aïeux d'Albinus et de Galpurnius qui de nous trois ils voudraient avoir pour fils, quelle serait, croyez-vous, leur réponse? On dit que je suis un homme grossier, parce que je ne sais pas ordonner un festin et que j'estime plus un laboureur qu'un cuisinier et qu'un histrion. Je l'avoue volontiers, car j'ai appris de mon père et d'autres gens de bien que l'élégance appartient aux femmes, aux hommes le travail, et que pour nous les armes sont la plus belle parure. » Et il continua longtemps à flageller, dans son rude langage, la cupidité, la sottise et l'orgueil des nobles, les trois vices, disaitil, qui jusqu'ici avaient protégé Jugurtha.

f|. Il enrôle les prolétaires. — Ce qui fut plus

grave que ces paroles haineuses, c'est qu'il ouvrit lés légions aux prolétaires et aux Italiens. Il y. avait dans cette mesure toute une révolution. Jusqu'alors on n'avait enrôlé que des citoyens et des hommes qui, possédant quelques biens, laissaient à la république un gage de leur fidélité: sous les drapeaux, ces soldats restaient citoyens. Quand Marins eut donné des armes à la populace, le service militaire devint un métier, et les pauvres, qui à la ville vendaient leurs votes, au camp vendirent leur courage. Les légions ne furent plus les armées de la république, mais celles des chefs qpii surent les acheter par l'indiscipline, le butin ou la gloire (107).

tO. Fin de la guerre contre Jngvrllia (f 06). -—Sur le bruit de nouveaux succès de Metellus, Marins se hâta de partir. Quand il arriva, le plus rude de la tâche était fait ; il n'eut qu'à mener plus vivement la guerre.

Cachet de Sylla*.

Il battit les Gétules, faillit même près de Cirtha tuer de sa main Jugurtha, et lui enleva ce qui lui restait do \illes et de châteaux. Le roi des Numides, rejeté sur la Mauritanie, décida son beau-père Bocchus à risquer une grande bataille : elle fut malheureuse. Une seconde rencontre n'eut pas plus de succès. La fidélité de Bocchus ne survécut pas à ce double désastre. Cinq jours après la bataille, il demanda à traiter. Marins confia à Sylla, son questeur, la dangereuse mission d'aller conférer avec le roi maure. Ici les historiens ont placé le

1. Rappelant la prise de Jugurtha {iconographie romaine de Visconti).

jugurtha; guerre des cimbres. 177

dramatique tableau des incertitudes de Bocchus, tou-

Tro^liée dit de Maiius, au Capilolei.

lant un jour livrer Jugurtha aux Romains, et le lende-

i. Ces trophées, qui sont l'œuyre d'un artiste du temps de Trajan, se voient encore à Rome, à droite de l'escalier qui monte au palais sénatorial, sur l'emplacement de l'ancien Capitole.

msT. ROMAmE, cl. de 4*. 13

17â CHAPITRE XVI.

main Sylla au roi numide. La première trahison terminait la guerre et lui assurait une province ; la seconde attirait sur lui les vengeances de Rome, sans lui donner une chance de succès ni en dter une au consul. Bocchus n'a pas même dû y penser; Jugurtha, appelé à cette entrevue, fut chargé de liens et remis à Sylla, qui lui fit traverser, enchaîné, tout son royaume (106). Marius remmena à Rome. Après le triomphe, le roi fut jeté dans la prison du mont Gapitolin. « Par Dieu, s'écriat-il en. riant, que vos étuves sont froides I » Il y lutta six jours contre la faim (104). La province romaine d'Afrique fut agrandie d'une partie de la Numidie.

f t. Guerre des ClyibveB (tf3«t0t). -^ Pour s'assurer une route d^Italie en Espagne, les Romaine avaient fait la conquête de la Narbonaise (125); dix ass plus tard, ils commencèrent, par la soumission des Carnes, l'asservissement des moiitagnards des Alpes, Mais ils furent tout à coup arrêtés dans cette œuvre par une formidable invasion. 300 000 Gimbres et Teutons, reculant devant un débordement de la Baltique, franchirent le Danube, battirent un consul (113) et dévastèrent durant trois années le Norique, la Pannonie et l'IUyrie. Quand il n'y resta plus rien à prendre, la horde traversa le pays des Helvètes, dont une partie consentit à les suivre, et tous ensemble ils pénétrèrent en Gaule (110). Arrivés sur les bords du Rhône, ils écrasèrent une seconde armée romaine. En 107 deux autres furent encore exterminées. Heureusement les Barbares passèrent une année à jouir de leurs victoires ; ils laissèrent même le consul Gépion saccager Toulouse^

L'année suivante, le sénat envoya une nouvelle armée et un nouveau consul, Manlius, qui dut partager avec Gépion le commandement. Gette mesure mauvaise amena un épouvantable désastre : les deux camp6| attaqués l'un après l'autre, furent forcés, 80 000 lé* gionnaires, 4000 esclaves ou valets d'armée, tombèrent sous le glaive, tout le reste fut pris. C'était k sixième armée romaine détruite par les Barbares (6 oc-

jugurtuâ; guerre des cimbres. 179

tobre 105). Heureusement qu'au lieu de franchir les Alpes ils tournèrent vers l'Espagne, où ils restèrent trois ans. Ce retard fut le salut de Rome. Elle eut le temps de rappeler Marins d'Afrique et de l'envoyer garder les portes de l'Italie : trois années de suite elle le continua dans le commandement. Quand les Barbares revinrent, ils se séparèrent : les Cimbres prirent à gauche par FHelvétie, pour descendre par le Tyrol et la vallée de l'Adige, tandis que les Teutons marchaient droit à Marins. Pour aguerrir ses soldats en attendant les Barbares, il les avait soumis aux plus pénibles ou^ vrages, et, pour les habituer à les voir de près, quand ils furent arrivés, il leur refusa longtemps de com<* battre. L'action s'engagea près d'Aix.

ts. Bataille d'AIx [tOft). — MariuB s'était établi dans une forte position, sur une colline : l'eau y manquait. Quand les soldats se plaignirent de la soif, il leur montra de la main une rivière qui baignait le camp des Barbares : « C'est là, leur dit-il, que l'eau se trouve, mais il faudra du sang pour la payer t com^ mençonsdonc par fortifier notre camp. » Il n'en eut pas le temps* Les valets de l'armée, pour abreuver leurs bêtes, étaient descendus en foule vers la rivière : les Barbares, se croyant attaqués, coururent prendre leurs armes, et revinrent, frappant leurs boucliers en mesure et marchant en cadence au son de cette musique sauvage. En passant la rivière, ils rompirent leur ordonnance; ils n'avaient pas eu le temps de la rétablir, lorsque les Romains fondirent sur eux de leur poste élevé et les heurtèrent avec tant de force qu'ils les obligèrent, après un grand carnage, à prendre la fuite. Parvenus à leurs chariots, les Barbares trouvèrent un ennemi auquel ils ne s'attendaient pas : c'étaient leurs femmes qui, grinçant les ^ dents de rage et de douleur, frappaient également et les fuyards et ceux qui les poursuivaient; elles se jetaient au milieu des combattants et, de leurs mains nues, s'efforçaient d'arracher aux lé-^ gionnaires leurs épées et leurs boucliers.

Les Romains regagnèrent leur poste à la nuit tombante , mais ne firent pas entendre, comme il était naturel après un si grand avantage, des chants de victoire. Us passèrent toute la nuit dans l'anxiété, car leur camp n'avait ni clôture ni retranchements, et il restait un grand nombre de Barbares qui n'avaient pas combattu. Toute la nuit ceux'-ci poussèrent d'horribles clameurs mêlées de menaces et de lamentations : on eût dit des hurlements de bêtes féroces. Les montagnes voisines retentissaient de ces cris sauvages, et dans le camp romain les cœurs les plus fermes étaient ébranlés. Mari us s'attendait à une attaque nocturne, dont il craignait le désordre. Mais ils ne sortirent de leur camp ni cette nuit ni le lendemain : ils employèrent ce temps à se préparer au combat.

Cette seconde bataille, livrée deux jours après la première, ne fut pas plus heureuse pour les Barbares : attaqués en face par les légions, surpris, par derrière, par un lieutenant de Marins, ils ne purent résister. Le massacre fut horrible, comme dans toutes ces mêlées de l'antiquité, où l'on se battait à l'arme blanche, homme à homme. Plutarque raconte que les corps consommés dans les champs engraissèrent tellement la terre, qu'elle fut depuis d'une fécondité prodigieuse, et qu'il resta tant d'ossements, que les Marseillais s^en servirent pour clore leurs vignes (102).

Après la bataille, Marius choisit pour son triomphe les plus belles armes et les plus riches dépouilles, et fit du reste un immense amas, comme Paul Emile après Pydna, pour le brûler en l'honneur des dieux. Déjà l'armée entière entourait le bûcher, couronnée de lauriers; lui-même, vêtu de pourpre, les reins ceints de sa toge, comme pour les sacrifices solennels, et élevant de ses deux mains vers le ciel un flambeau allumé, il allait mettre le feu, lorsqu'on vit accourir à toute bride quelques-uns de ses amis : ils lui apportaient la nouvelle qu'on l'avait élu consul pour la cinquième fois. L'armée témoigna sa joio par des cris de victoire, qu'elle ac-

compagna du bruit guerrier des armes; les officiers couronnèrent de nouveau Marius de lauriers ; alors il mit le feu au bûcher et acheva le sacrifice.

f 3. Bataille de Vereell (lOf ). — Cependant la guerre n'était point finie, les Teutons seuls avaient été exterminés : restaient les Cambres. Gatulus, qu'on avait envoyé pour défendre contre eux le passage des Alpes, désespérant de garder ces défilés , était redescendu en Italie et s'était réfugié derrière l'Adige. Il éleva des deux côtés du fleuve de bons retranchements, afin d'en empêcher le passage. Pour insulter à la timidité des Romains et pour faire parade de leur force et de leur audace, les Barbares s'exposaient tout nus à la rigueur des frimas, grimpaient sur les montagnes, à travers des monceaux de neige et de glace, et glissaient sur la pente rapide des rochers, au bord de précipices d'une effrayante profondeur.

Quand ils eurent transporté leur camp prèç de celui du consul et qu'ils eurent examiné comment ils pourraient passer la rivière, ils résolurent de la combler. Coupant donc les tertres des environs, déracinant les arbres, détachant d'énormes rochers et de grandes masses de terre, ils les roulaient dans le fleuve, pour en resserrer le cours; ils jetaient en môme temps, au-dessus du pont que les Romains avaient construit, des masses d'un grand poids, qui, entraînées par le courant, en- venaient battre les piles et en ébranlaient les fondements. Les légions, eflrayées, forcèrent leur général de reculer jusque derrière le Pô, en abandonnant dans un fort, sur la rive gauche dé l'Adige, quelques soldats qui se défendirent jusqu'à la dernière extrémité. Les Barbares les y forcèrent, mais, remplis d'admiration pour leur courage, ils les laissèrent aller à des conditions honorables, dont ils convinrent en jurant sur leur taureau d'airain. On dit que ce taureau fut pris après la bataille et porté dans la maison de Catulus, comme les prémices de sa victoire. Les Barbares, trouvant le pays sans défense, firent partout un horrible dégât.

Heureusement on venait d'apprendre à Rome la victoire de Marins : il fut rappelé en toute hâte et envoyé au secours de son collègue. Sylla, blessé par son humeur hautaine, l'avait déjà quitté pour rejoindre Gatulus, qui Taccueillit avec distinction. Il lui donna une division qu'il mena contre les montagnards des Alpes afin de les contenir, et avec laquelle il ramassa assez de vivres pour tenir dans l'abondance le camp de Catulus, tandis que celui de Marins souffrait de la disette.

Cependant les Gimbres attendaient toujours l'arrivée des Teutons ; ils ne voulaient pas croire à leur défaite et envoyèrent même à Marins des ambassadeurs chargés de lui demander pour eux et pour leurs frères des terres et des vijles où ils pussent s'établir. « Ne vous inquiétez pas de vos frères, leur dit le consul, ils ont la terre que nous leur avons donnée, et qu'ils conserveront à jamais. » Les Barbares s'emportèrent en injures et en menaces : il allait être puni de ses railleries, disaient* ils, d'abord par les Gimbres et ensuite par les Teutons, lorsqu'ils seraient arrivés. « Ils le sont, répliqua Ma- " rius, et il serait peu honnête de vous en aller sans avoir salué vos frères. » Et en môme temps il ordonna qu'on amenât, chargés de chaînes, les rois des Teutons, que les Séquanes avaient faits prisonniers lorsqu'ils s'enfuyaient vers la Grermanie.

. Aussitôt que les Gimbres eurent entendu le rapport de leurs ambassadeurs, ils marchèrent contre Marins. Boïorix, leur roi, s'approcha de son camp à la tête de quelques cavaliers et le provoqua à fixer le jour et le lieu du combat. Marins lui répondit que les Romains ne prenaient jamais conseil de leurs ennemis, que cependant il voulait bien satisfaire les Gimbres sur ce qu'ils demandaient. Ils convinrent que la bataille se donnerait à trois jours de là dans la plaine de Verceil. Les Barbares furent exacts au rendez-vous. Leur infanterie, rangée en bataille dans la plaine, forma une phalange carrée qui avait autant de front que de profondeur^ et dont chaque côté couvrait 30 stades de terrain

jugurtha; guerre des ctmbres. 183

(5500 mètres). Les cavaliers, au nombre de 15 000, étaient magnifiquement parés : leurs casques se terminaient en gueules bérintes et en mufles de bêtes sauvages, surmontés dé hauts panaches semblables à des ailes, ce qui ajoutait à leur taille; ils étaient couverts de cuirasses de fer et de boucliers resplendissants; ils avaient chacun deux javelots à lancer de loin, et dans la mêlée ils se servaient d'épées . longues et pesantes.

A peine le combat était-il commencé qu'il s'éleva sous les pas de cette multitude un tel nuage de poussière, que les deux armées ne purent se voir. Marins, qui s'était avancé pour tomber le premier sur Fennemi, le manqua dans cette obscurité, et poussa bien loin du champ de bataille, de sorte qu'il erra longtemps dans la plaine, tandis que Gatulus avait seul à soutenir tout l'effort des Barbares. Une circonstance favorisa beaucoup les Romains : les rayons brûlants du soleil donnaient dans le visage des Cimbres. Ces hommes, nourris dans des lieux froids et couverts, n'en pouvaient supporter la chaleur; inondés de sueur et tout haletants, ils se couvraient le visage de leurs boucliers et exposaient leurs corps sans défense aux coups de l'ennemi.

Les plus braves d'entre les Cimbres furent d'abord taillés en pièces, car, pour eilipêcher que ceux des premiers rangs ne rompissent leur ordonnance, ils s'étaient liés ensemble par de longues chaînes attachées à leurs baudriers. Les vainqueurs poussèrent les fuyards jusqu'à leurs retranchements, et ce fut là qu'on vit le spectacle le plus affreux. Les femmes, vêtues de noir et placées sur. les chariots, tuaient elles-mêmes les fuyards ; elles étouffaient leurs enfants, les jetaient soùs les roues des chariots ou sous les pieds des chevaux et se tuaient ensuite elles-mêmes. Une d'entre elles, après avoir attaché ses deux enfants à ses deux talons, se pendit au timon de son chariot. Les hommes, faute d'arbres pour se pendre, se mettaient au cou des nœuds coulants qu'ils attachaient aux cornes ou aux jambes des bœufs, et, les piquant en*

184 CHAPITRE xyi-

suite pour les faire courir, périssaient étraaglés ou foulés aux pieds de ces animaux. Malgré le grand nombre de ceux qui se tuèrent ainsi de leurs propres mains, on fit plus de 60000 prisonniers, et on qa tua deux fois autant (101).

Les honneurs rendus à Marins après cette victoire témoignèrent de la crainte des Romains. Il fut surnommé le troisième Romulus, Chaque citoyen, à la nouvelle de sa victoire, répandit des libations en son nom. Lui-même s'ipaagina avoir égalé les exploits de Bacchus dans Tlnde, et fit ciseler sur son bouclier la tète d'un Barbare tirant la langue. Rome croyait, en effet, avoir étouffé la barbarie dans ses bras puissants.

Page 1