GUERRE CIVILE; PHARSALE
il l'avait prévu, Pompée le suivit; les deux armées se rencontrèrent pèrs de Pharsale. Pompée voulait encore éviter une action décisive, mais les jeunes nobles qui l'entouraient trouvaient cette campagne bien longue, et tant de circonspection leur était suspecte. On l'appelait Agamemnon, le roi des rois, et Favonius s'écriait qu'on ne mangerait pas cette année de figues de Tusculum, parce que Pompée ne voulait pas si vite abdiquer. Déjà tous se disputaient les dignités, comme si l'on eût été à Rome, et ne pensaient qu'à la manière dont ils exploiteraient la victoire, non comment ils la gagneraient. Pressé par ces clameurs, Pompée se décida à combattre. César n'avait que 22 000 légionnaires et seulement 1000 cavaliers contre une infanterie double en nombre et une cavalerie septuple. Il avertit ses vétérans que de leur courage et de leur sang-froid dépendrait la victoire : « Soldat, leur criçi-t-il, frappe au visage ! » Il savait que les jeunes nobles qui allaient mener la charge craindraient plus la difformité d'une blessure que le déshonnjeur de la fuite. La cavalerie de Pompée renversa celle de l'ennemi et tourna l'aile droite, mais les césariens la chargèrent avec tant de vigueur qu'ils la mirent en fuite, tandis que leur réserve, lancée à propos sur les légionnaires pompéiens, rompit les rangs de ceux-ci et décida la victoire. Pompée, dès le moment où il avait vu sa cavalerie repoussée, s'était retiré dans sa tente, désespéré et inactif. Tout à coup il entend des clameurs qui s'approchent : « Quoi, s'écria-t-il, jusque dans mon camp ! » et, jetant les insignes du commandement, il sauta sur un cheval et s'enfuit par la porte décumane jusqu'à l'embouchure du Pénée, d'où il fit voile vers Mitylène (9 août 48).
Malgré les efforts de César pour arrêter le massacre, 15 000 hommes étaient tués : « Ils l'ont voulu, disait-il en traversant ce champ de carnage; j'étais perdu, si j'eusse cédé. » Il défendit qu'on tuât un seul citoyen, et reçut en grâce ceux qui implorèrent sa pitié.
i f . Mort de Pompée (48). — ^Âprès quelques jours d'in-
certitude, Pompée s'était décidé à aller chercher un asile en Egypte, pays facile à défendre et d'où il pourrait communiquer avec les Parthes, s'il était nécessaire, avec Varus et Juba, maîtres de la Numidie et de l'Afrique romjdne. Quand il arriva en vue de Péluse, les ministres 'Pothin et Achillas furent d'avis de le recevoir avec honneur, en reconnaissance des services qu'il awt jadis rendus au père du jeune roi; mais un autre, Théodote, rejeta la pensée d'unir les destinées de l'Egypte au sort du fugitif, et une barque fut envoyée au vaisseau, sous prétexte de conduire le général auprès du roi. Pompée y descendit. Avec Achillas, il s'y trouvait deux centurions romains, soldats de fortune, au service de Ptolémée. Du haut de sa galère, Cornélie suivait des yeux la barque qui déjà touchait au rivage ; tout à coup elle jeta un grand cri : un des soldats, passant derrière son époux, venait de le frapper d'un coup d'épée, l'autre et Achillas achevèrent le meurtre. Quand Pompée fut tombé, ils lui coupèrent la tête et jetèrent le corps sur ,1e rivage. Le lendemain, son affranchi Philippe et un pauvre vieillard ramassèrent les débris d'un bateau pour lui faire un bûcher. De la pleine mer Lentulus aperçut la flamme. « Quel est celui, dit-il, qui est venu terminer ici sa destinée et se reposer de ses travaux? » Il débarqua et eut le même sort.
fft. Goerre d'Alexandrie (48-47). — Quelques jours après, César arriva devant Alexandrie. Théodote lui présenta la tête de Pompée; il détourna les yeux, avec horreur et ordonna que l'on ensevelît pieusement ces tristes restes. Les ministres égyptiens, blessés de ces honneurs rendus à leur victime et voyant César si mal accompagné, oublièrent qu'ils avaient devant eux le maître du monde. Peu à peu, il se trouva comme assiégé dans le palais. Heureusement il y tenait le roi avec lui; et il sut y faire entrer la sœur du roi, la trop fameuse Gléopatre : il déclara, en vertu du testament du dernier prince, que le frère et la scfeur régneraient ensemble. Les ministres virent leur ruine dans cette réconciliation,