DUUMVIRAT P'OCTAYE ET D*ANTOINE
ne résista pas, et, quand il vit cette femme élégante et lettrée, qui parlait six langues, lui tenir tête dans ses orgies et dans ses propos de soldat, il oublia Rome et Fulvie et les Parthes, pour la suivre, dompté et docile, à Alexandrie (41).
9, Gaenre de Péronse (4i) % paix de Brindes et de MisM&ne (30).—- Pendaïit qu'il perdait dans les indignes débauches de la vie inimitable un temps précieux, sa femme et son frère, en Italie, déclaraient la guerre à Octave. Celui-ci avait distribué des terres aux vétérans, mais le jeune César avait irrité Fulvie, femme ambitieuse, qui poussa son beau-frère Antonius, alors consul, à profiter des inextricables difficultés que soulevait le partage des terres /Les vétérans réclamaient les dixhuit villes promises. De leur côté, les habitants s'emportaient en vives plaintes contre l'injustice qui les forçait à payer pour toute Tltalie. En outre, ceux-ci demandaient une indemnité, et ceux-là de l'argent. Les nouveaux colons dépassaient sans cesse leurs limites, et les propriétaires dépossédés n'ayant pas, comme Virgile, de beaux vers pour racheter leurs domaines, accouraient à Rome, criant misère et ameutant le peuple. Antonius promit sa protection aux Italiens expropriés et réunit dix-sept légions, avec lesquelles il s'empara de la ville, où il annonça le prochain rétablissement de la répur blique. Mais Agrippa, le meilleur officier d'Octave, le diassa et le serra de si près, qu'il le força de se jeter dans Pérouse, dont une affreuse disette décima la garr nison. Le consul fut contraint de se rendre (40). Fulvie s'enfuit en Grrèce avec tous les amis d'Antoine, et Octajse resta seul maître de l'Italie. Ces nouvelles tirèrent pourtant le triumvir de sa honteuse torpeur : il vint à Brindes, mais les soldats commandèrent la paix, et les deux adversaires firent un nouveau partage qui donnai Antoine l'Orient jusqu'à la mer Adriatique, avec l'obligation de combisittre les Parthes, et POccident à Octave, avec la guerre contre Sextus Pompée* Quelques jouws après, celui-ci signa le traité de Misèlie. On lui laissa
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la Sicile, la Corse, la Sardaigne et TAchaîe ; Lépide eut l'Afrique (39).
Lorsqu'on vit les trois chefs franchir l'étroite barrière qui les séparait et s'embrasser en signe de paix et d'amitié, un même cri de joie partit de la flotte et de l'armée. Il semblait que ce fût la fin de toutes les guerres et de tous les maux : l'Italie n'avait plus à craindre la famine; les exilés, les proscrits, retrouvaient leur patrie. Les nouveaux alliés se donnèrent des fêtes. Le sort désigna Pompée pour traiter le premier ses nouveaux amis. Au milieu du festin. Menas vint lui dire à l'oreille : « Voulez-vous que je coupe les câbles, et je vous rends maître de tout l'empire? » Il réfléchit un instant, puis répondit : « Il fallait le faire sans m'en prévenir » (39). 3. Défaite et mort de Sextus Pompée (38-3S). — La paix de Misène n'était qu'une trêve, car il n'était pas possible qu'Octave consentît à laisser les approvisionnements de Rome à la merci de son adversaire. La lutte éclata en l'an 38 ; la trahison de l'affranchi Menas, qui livra la Corse et la Sardaigne, avec trois légions et une forte escadre, surtout les talents d' Agrippa, qui créa le port Jules en joignant le Lucrin au lac Aveme et réorganisa l'armée et la flotte, assurèrent le succès d'Octave, que la victoire de Naulocque proclama (3 sept. 36). Sextus s'enfuit vers l'Asie; il y fut mis à mort dans Milet par un officier d'Antoine (35). Les troupes qu'il avait laissées en Sicile s'étaient réunies à celles de Lépide, dont Octave avait exigé le secours. Lépide, se trouvant alors à la tète de vingt légions, crut l'occasion venue de reprendre une position plus haute dans le triumvirat, et voulut d'abord garder la Sicile. Mais Octave lui débaucha ses troupes - et le contraignit de venir se jeter à ses pieds en lui demandant la vie. Il lui laissa ses biens avec la dignité de grand pontife, et le relégua à Circei, où il vécut encore vingt-trois ans.
Quand Octave revint à Rome, le peuple, qui voyait renaître soudainement l'abondance, l'accompagna au Gapitole, couronné de fleurs. On voulait l'accabler
DUUMVIRAT d'octave ET d'ANTOINE. %1}
d'honneurs. Commençant déjà son rôle de désintéressement et de modestie, il n'accepta que l'inviolabilité tribunitienne, supprima quelques impôts et déclara qu'il abdiquerait sitôt qu'Antoine aurait terminé sa guerre coiStre les Parthes. En attendant, son administration énergique rétablissait Tordre dans la péninsule. Les bandits étaient traqués, les esclaves fugitifs rendus et leurs maîtres ou mis à mort, quand ils n'étaient point réclamés; en' moins d'une année, la sécurité reparut dans la ville et dans les campagnes. Enfin donc Rome était gouvernée.
4. Expédition d'Antoine eontre les Parthes (86). — Après le traité de Brindes, Antoine était resté plusieurs années à Athènes auprès d'Octavie, sœur du jeune César, qu'il avait épousée, en gage de réconciliation. En rannée.37, il vint à Tarente renouveler pour cinq ans le triumvirat, et, enfin réveillé par les victoires de ses lieutenants, il se décida à prendre lui-même la conduite de la guerre contre les Parthes. Mais à peine eut-il touché le sol de l'Asie que sa passion pour Gléopatre se réveilla plus insensée que jamais. Il la fit venir à Lao^ dicée, et ajouta à son royaume la Phénicie, la Gœlésyrie, Cypre et une partie de la Cilicie, de la Judée et de l'Arabie, c'est-à-dire presque tout le littoral du Nil au mont Taurus. Ces pays étaient pour la plupart des provinces romaines: mais est-ce qu'il y avait encore une Rome, un sénat, des lois, autre chose que le caprice du tout-puissant triumvir?
Antoine avait 60 000 fantassins, 10 000 cavaliers et 30 000 auxiliaires. D prit par l'Arménie , dont le roi Artavasde était son allié, et pénétra jusqu'à Phrahata, à peu de distance de la mer jCaspienne. Mais il n'avait pas amené ses machines de siège : il fallut reculer. Au bout de vingt-sept jours de marche pendant lesquels ils avaient livré dix-huit combats, les Romains atteignirent l'Araxe, frontière de l'Arménie. Leur route, depuis Phrahata, était maropiée par les cadavres de â4 000 légionnaires. La fortune ofirit à Antoine une
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occasion de réparer sa défaite : une querelle s'était élevée entre le roi des Parthés et celui des Mèdes, au sujet du partage des dépouilles, et le Mède irrité fBÛsait savoir qii'il était prêt à se réunir aux Romains. Cléopatre empêcha Antoine de répondre à cet appel d'honneur et, r^ntrainant à sa suite, le ramena dans Alexan* drie (36).
Durant les années 35 et 34, Antoine fit quelques préparatifs et une courte expédition en Arménie, dolit le roi, arrêté dans son camp, fut saisi et trsdné, chargé de chaînes d'or, en Egypte. Mais il oubliait chaque jour davantage et Rome, et sa propre gloire, et sa sûreté. Il donna le titre de roi à deux fils qu'il avait eus de Gléopatre ; il quitta la toge pour une robe de pourpre, et on vit l'ancien lieutenant de Gésar siéger à Alexandrie, couronné d'un diadème et portant un sceptre d'or, comme les monarques de l'Asie.
5. Sa^e administration d'Oetave à Rome. --*- Tandis qu'Antoine se déshonorait en Onent, Octave donnait à l'Italie ce repos dont elle était affamée, domptait les nombreux pirates de l'Adriatique et les remuantes tribus placées au nord des deux péninsules, les Salasses dans les Alpes, et, au-delà de l'Adriatique, les Japodes, les Libnmeset les Dalmates. A l'attaque de Metu^ lum, il monta lui-même à l'assaut et reçut trois blessures. Il pénétra jusqu'à la Save, et soumit unB partie des Pannoniens. Ainsi, des deux triumvirs, l'un don* nait des pays romains à une rMne barbs^re, et l'autre accroissait le territoire et la sécurité de l'empire.
a« Rnptnre avee Antoine (SS). — Cependant Antoine se plaignait et réclama, au commencement de l'année 32, une part dans les dépouilles de Sextus et de Lépide. Octave répondit par d'amères récriminations sur sa conduite en Orient, et, à ces signes d'une rupture prochaine, les amis d'Antoine quittèrent Rome pour rejoindre leur patron. Ils le. trouvèrent faisant déjà des préparatifs formidables. Il rassemblait seize légions et gagna avec Gléopatre la ville d'Éphèse, où se réunis-