DUDMVIRAT D'OCTAVE ET D^ANTOINE
salent huit cents navires. La reine en avait donné deux cents avec 20 000 talents et des vivres pour toute la durée de la guerre. En vain les amis dévoués d'Antoine voulurent l'éloigner, elle resta pour mieux conserver son ascendant sur le triumvir. On s'aperçut bientôt de sa présence au ralentissement des préparatifs. Les fêtes recommencèrent. A Samos, les baladins, les joueurs de flûte, les comédiens, étaient accourus de l'Asie entière en tel nombre, qu'Antoine, pour récompense, ne leur donna pas moins de toute une ville, la cité dé Priène. A Athènes, la vie inimitable continua.
Ce fut dans cette ville que Cléopatre arracha enfin à Antoine l'acte de divorce pour Octavie. Il le lui fit signifier à Rome : elle obéit, et, emmenant encore avec elle les enfants de Fulvie, elle sortit de cette maison d'où leur père la chassait. Elle pleurait à la pensée que les Romains pouvaient la regarder comme une des causes de cette guerre. Elle avait droit de le croire, mais, entre ces deux ambitieux, l'injure de cette noble femme était à peine un prétexte (32). Gomme elle, beaucoup pleuraient, qui s'étaient habitués déjà à la paix qu'Octave faisait régner. Distrait de ses chants légers par le bruit des armes, le poète favori de Mécène s'écriait douloureusement : ce navire ! de nouveaux orages t'emportent sur les flots. Oh! que fais-tu? Reste au port sur tes ancres. Ne vois-tu pas tes flancs dépouillés de leurs rames et ton mât demi-brisé] par les autans et tes antennes qui gémissent.... Si tu ne veux être le jouet des vents, prends garde, évite les flots qui battent les brillantes Gyclades. »
Octave fut troublé de la promptitude des préparatifs de son adversaire, car les siens n'étaient pas terminés. Heureusement Antoine acheva lentement ce qu'il avait commencé avec une activité qui rappelait l'ancien lieutenant de César. L'été s'écoula dans les fêtes, et la guerre se trouva forcément renvoyée à l'année suivante. Ce délai valut encore à Octave un autre avantage, la défection de plusieurs personnages importants, qui, révoltés des
hauteurs de Gléopatre, revinrent en Italie. Parmi eux étaient Plancus et Titius, tous deux consulaires. Plancus s'avisait un peu tard que Gléopatre lui avait fait jouer un rôle indigne, quand, dans un festin, il se présenta, malgré son âge,Je corps peint d'azur, la tête couronnée de roseaux et traînant derrière lui une queue dé poisson, pour jouer le rôle d'un dieu marin. Dans le sénat, il invectiva dès son arrivée contre Antoine : « Il faut, lui dit malignement Goponius, qu'Antoine ait fait bien des infamies la veille du jour où tu l'as quitté. » Asinius PoUion se respecta davantage : comme Octave le pressait de marcher avec lui, PoUiori refusa: «Les services que j'ai rendus à Antoine sont plus grands, mais ceux que j'ai reçus de lui sont plus connus : je ne puis donc le combattre, j'attendrai l'issue de la lutte et je serai le butin du vainqueur. »
Plancus avail appris à Octave que le testament d*Antoine était entre les mains des vestales. Octave l'enleva et donna lecture au sénat des passages qui pouvaient le plus soulever l'irritation : Antoine y renouvelait le don fait à la reine et à ses enfants de presque tous les pays qu'il avait en son pouvoir; abjurant sa patrie et ses ancêtres, il ordonnait, mourût-il à Rome même, qu'on lui donnât pour sépulture le tombeau de Gléopatre. Aussi crut-on aisément ceux qui disaient que, dès qu'il serait seul maître, il lui ferait don de Rome même," et. qu'il transporterait dans la capitale de l'Egypte le siège de l'empire.
Quand Octave fut prêt, il provoqua un décret du sénat qui enleva à Antoine le consulat de l'année 31, qu'il s'était réservé, et déclara la guerre à la reine d'Egypte. « Ce n'est pas Antoine ni les Romains que nous allons combattre, disait Octave, mais cette reine qui, dans le délire de ses espérances, rêve la chute du Gapitole et les funérailles de l'empire. » Au l*"" janvier 31 il prit possession du consulat. La veille le triumvirat avait expiré, et il n'en avait pas dénoncé le renouvellement. Ge n'était donc pluSj disait-on, le triumvir qui allait combattre pour sa