‹ Abrégé d'histoire romaine; rédigé conformément aux programmes officiels de 1874 pour la classe de quatrièmeChapitre 59 sur 64 · CONSTANTIN; TRIOMPHE DU ' CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

CONSTANTIN; TRIOMPHE DU ' CHRISTIANISME

I. Constantin seul empereur (323-337). — 2. Triomphe du christia* nisme. — 3. Ëdit de Milan (313) ; faveurs accordées à TÉgHse. ~, 4. Hiérarchie de TÉglise. — 5. Rôle politique. des. évoques. — 6. Respect de Constantin pour les évéques. — 7. Heureuse influence du christianisme. — 8: Les ddnatistes et les ariens. — 9.'*Concile de Nicée (325). — 10. Fondation de Constantinople (329). •-* 11. Divisions administratives : préfectures; diocèses, provinces. — 12. Séparation dés fonctions civiles et des fonctions militaires. — 13. Noblesse administrative. — 14. Accroissement des dépenses publiques. — 15. Impôts. — 16. Exemption de la noblesse, surcharge des curiales. -^17. Diminution du nombre des propriétaires; accroissement de la classe des colons.— 18. Dernières années de Constantin.

i. Constantin seul empereur (3123-33 7)* -— Après dix-sept années de désordre? qui avaient couvert l'empire de sang et de ruines, Constantin se trouvait seul maître de l'empire romain. »

Ce prince, qui fit asseoir le christianisme sur le trône impérial, a été l'objet des jugements les plus contradictoires, exalté par les uns, représenté par les autres comme un nouveau Néron. Aux yeux de l'histoire impartiale, Constantin ne reste un grand prince qu'à la condition ^e garder aussi la responsabilité d'actes coupables. Sa conduite perfide avec Licinius; sa cruauté envers les princes francs Ascaric et Régais, qu'il fit jeter aux bêtes dans le cirque de Trêves; le mênîe supplice infligé à des prisonniers bructères ; le meurtre de son beau-père Maximien, certainement coupable, mais dont il aurait dû respecter l'âge et les anciens services; la mort de son propre fils Crispus, qu'il sacrifia

HïRT. ROMAiNB, cl. de 4». 27

k\9 GHAI'ITM mVU.

peut-être à la haine d'une marâtre ; celle enfin de son épouse Fausta et de tant d'autres victimes de ses soupçons, montrent avec quelle facilité il versait le sang. L'ambition, l'intérêt personnel, furent ses premiers mobiles, et, si la morale du christianisme le toucha, si, ^n la faisant triompher, il crut faire triompher la vérité, jious devons reconnaître que Cette morale eut assez peu d'influÂsae aur aa 4onduita, et qu^l vit «urtout dans le christianisme un instrument de puissance, un moyen pmif f'éltt^ar au-dag^us d» »^ adv^Fwr^s, I^a f^ieétiânji étant pis d'avoir dans l'ampira la majorité, ae déelarer pour e«Xj c'était jnettre de son côté unp fq^rcç imm^i^ap.

9, f H0m#ii# 4ii fii?toUiiiil««iP* — Le pag^pi^m^y élH)iceme«t U6 aux iotûtutioiMi républioainea, avait aubi la déeadeneede eaa institutiona. Depuis longtempales peu-

!)}§§ çfQ Retournaient avep dégoût dç ce? croyance^ puéfi- 0i ou boAt^ui^Q, La philosophie de Thrasea» d'Spictète el da Marft Aurèla, pouvait 6aiiv0fiir à qualq^a lunas d^éUte, maie la masse, ne trouvant nulle part aut&ur d'elle de soulagement pour les douleurs morales ni de saines réponses à toutes ses incertitudes, avait demandé au christianisme les consolations et les espérances qu§ seul il pouvait donner. Tout autour de lui, les yieux cultes tombaient ; les oracles s'étaient tus, accusés par' les païQUs eux-mêmes d'imposture [i^nomaûs) ; les temples dès dieux restaient déserts^ et Içur cult^, leurs mytn'es, étaient livrés aux impitoyables sarcasmes de la s^tirp fl^uçien). Ceux qui demeurèrent fidèles au vieux système mreiit contraints de le modifier profo|idément ; ils se formèrent une doctrine qui, respectant assers peu l'ancienne religion de l'fltat, accepta le^ dieux de tous le^ cultes et de tous les pays. Hadrien ftivorisa cette doctrine, qui ?e développa soué plusieurs empereurs, surtout sous Aleta^idre Sévère, Ghillien et Julien, dont nous parler0)[iB bientét. Mais vainement les néoplatoniciens voulu1:^Êntptetldre au christianisme sa mprafe, mêppie quelque partie de goti dogme, pour en décorer leur culte dépadé: cette féhldtlr^ d^unir des élémenls foeorapatibles devait

Xi' .

êtro et ftit impuis^d^tQ. X^ea peuples, îp pe. pouwlf ni suivre leç philosophas! dan9 les iiveomprâbeAsiUe&i dé« tourg de ces systèp^ea obscurs et qui Fe^ttûeut saua r«» Ugiou, ssku^ çonsolatious, courureut m çhristiwaijmie, qui leur ouvrait un oiel uouveau.

Jjucieu se rit fort des étranges prosélytes que oe culte trouvait. Mais ces pauvres, ces infirme», ees esclave», que k société païenne repousse et que k société ehréw tienne i^ppclle df^ns son sein^ qu'elle secourt dans leuni misères, qu'elle soukge dî^ns leurs souffrances, qu'elle feit hemmes en leur montrant que la dignité humaine est, non d^U9 la- condition et d^ns les rioheases, msis dans la vertu et la charité i qu'elle régénère enfin, en les anin)^nt ^'^^ pieux, enthousiasme par l'immense espoir d'une vie meilleure où tous, devenus ^^ux, seront Téçompen^és selon leurs mérites j tous ces réprau.^ vés sont rimwense majorité dans Tempire, c'est pour eu3ç qu'est venue h bonnenauvelh. Gomme Jé^ua-rChrisI, TÉglise dit î « tai^se? v^uir à moi les petits enfanta » et les faibles, en attendant qu'elle triomphe des forts par la supériorité de son dogme* Jamais le monde n'avait en-r tendu ces voix venant du cœur, et il se découvrit tout un côté nouveau de rhumauité jusqu'alors oaché sous les déclamations vaines et froides des rhéteurs et spuslalogique étroite, wde et. si souvent inutile des philosophes. Jua% qu'hors il n'y avait guèr^ eu, excepté dans lôs dernier» stoïciens moralistes, qu'esprit ou matière, orgueil de^ l'intelligence et sensualité, Au souffle de l'Évangile, le cceur de l'homme s'ouvrit comme celui du ûhrist, et il s'en échappa tous les doux sentiments, toute9 les bonnes passions» la charité, l'«imour, la chasteté, l'humilitô et l'abnégation, Au culte de l^ vie et de ses groasieraplai-. sirs succéda lo culte de la mort, parce qu'à la fin de cet exil ici-bas, sur une terre d'épreuves, les chrétien^ voyaient la réunion a,vec Dieu et les joies éternelles.

Aussi le christianisme fit-ril de rapides ptogrès, malgré les cruelles alternativaP de paix et de guerre par les* quelles Iq gouvernement impérial le fit passer, depuis

la première persécution de Néron, en 64, jusqu'à k dernière et la plus cruelle, celle que Galère fit ordonner aousDioclétien, en 303. Mais saint Gyprien estimait les persécutions utiles pour maintenir les fidèles dans la pureté de la foi et des mœurs : le sang des martyrs, disait TertuUien, est une semence de chrétiens. La religion de Jésus-Ghrist, en effet, malgré les bourreaux, se répandit dans toutes les provinces : les philosophes eux-mêmes y passèrent (Modestus, Aristide, Minutius Félix, Hermias, etc.), et les Barbares qui envahissaient . les terres de l'empire furent conquis par elle. Longtemps avant Constantin, du Gange à TAtlantique, elle comptait des millions de fidèles, unis non-seulement par les liens d'une commune croyance, mais par ceux d'une organisation qui faisait des chrétiens une société à part 4ans la grande société romaine. Cette communauté comprenait au commencement du quatrième siècle une minorité énergique, au sein de laquelle se trouvait presque toute la vie spirituelle du monde d'alors. En voyant sa force, Constantin-, sans doute, se décida à la protéger. Il donna la paix aux chrétiens, ceux-ci lui doimèrcnt l'empire.

Cette intelligence delà force des chrétiens n'appartint pas, à cette époque, exclusivement à l'habile héritier de Constance Chlore. Quelques-uns de ses adversaires comprirent quel poids jetteraient dans la balance ces hommes qui, alors que la plus complète anarchie régnait au sein de la société païenne, seuls avaient une forte discipline, une hiérarchie sévèrement ordonnée, des synodes, surtout une vie, des idées, des croyances communes. De la Bretagne aux rives de l'Euphraté, un chrétien, voyageant avec une lettre de son évèque, trouvait, sur toute la route, aide et protection. Secouru, s'il était pauvre, soigné, s'il était malade, il rencontrait -partout des frères; un signe lui servait de parole, et sans se comprendre ils s'entendaient, car, malgré la diversité des langues et des paySy ils ne formaient tous qu'une seule famille. Leur plus cruel persécuteur, Gralère, crut nécessaire de les

ménager; quelque temps avant sa mort, il révoqua les édits de persécution qu'il avait obtenus de Dioclétien, et mit ainsi un terme aux souffrances que depuis deux siècles et demi l'empire infligeait à l'Église. Maxence aussi proclama dans Rome la tolérance, mais sans la ^ pratiquer, tandis que les chrétiens de la Gaule, de la Bretagne et de l'Espagne, qui avaient déjà trouvé un protecteur dans Constance Chlore, tournaient, avec tous les fidèles de l'empire, leurs regards et leurs espérances vers cette cour de Trêves, où l'impératrice Fausta, sa mère Eutropia et surtout la pieuse Hélène, mère de l'empereur, appelaient sur le nouveau culte la faveur du prince. . .

3. Ëdit de Milan (313) |. faTenrn^ «ecordées h l'Église» — Ce fut dans Son expédition contre Maxence que Constantin se déclara hautement le défenseur de la foi chrétienne. En l'année 313, il donna, à Milan, un édit de tolérance; mais, tant .que vécut Licinius, adorateur des faux dieux, il conserva des ménagements pour les païens. En 321 il accorda à l'Église la faculté de recevoir des donations et des legs ; lui-même la combla de dons aux dépens du patrimoine impérial, et lui «n garantit à perpétuité la possession. Il transmit aux prêtres chrétiens tous les privilèges dont jouissaient les pontifes du paganisme, c'est-à-dire le droit d'asile pour leurs temples, et pour eux-mêmes l'exemption des charges publiques, des corvées et des impôts. Le moindre clerc ne . put être mis à la question, et le repos du dimanche fut prescrit, grande faveur pour les esclaves. D'une part, il lavorisa les conversions en donnant toutes les places aux chrétiens, et en accordant, des privilèges aux villes qui renversaient les autels des idoles ; de l'autre, il essaya d'éteindre l'idolâtrie, d'abord par des exhortations adressées à ses peuples, dans de nombreux édits ; plus tard, . quand le christianisme fut partout- triomphant et qu'il n'y eut plus de soulèvement dangereux à craindre, par des ordonnances sévères qui, excepté à Rome, fermèrent les temples et renversèrent les idoles, sans toutefois

4tfi GHAPlTtlË XltXVll.

^u'oA Tdîftât le eettig dô eeux qui rêstèi^ènt attâithès à l'ancieû Culte.

4. Klé»ikk>clité di» l*Ëgkltte. ^L'Êgliiâe avait )làtu^eIlôment Hccepté pôut soti àdmitiistratiôa les divisioûs àdttiittisttatlves de l'empiré. Châcpie cité, avec son teri*iloif«, devint un diocèse; chaque proviUce politique fut tine prOi)ince ecétésias tique, A la tête du dîoeêse était ttft éi)êqne; à la tête de k pt'ôviiice Un archevêque on fnétropolitain. Quelques évêqueë de grandes cités , COmtne Ahtioche, Alexandrie, Gonstâritinôple, Jérusalem, etc.. avaient le titt-e de primate ou patinarthes. Audessus d eux s'élevait le successeur du chef des apôtres, de saint Pierre, l'évêque de la ville éternelle.

Les évêques, élus ou acceptés par chaque Communauté Chî^étienne comme chefs spirituels, et consacrés dans là J)lénitude du sacerdoce par les évêqUes des auttes diocèses de Ift province, étaient aidés dans leurs fonctions pat les anciens ou prêtres^ les diacres et les sous^îacreêy les curés furent institués plus tard. Plus s'étefidftif le champ défriché déjà par les pieux ouvriers du Christ, plus le nombte des travailleurs avait dfi s'ftccfoître. Ils formaient maintenant uù corps nombreux qu'on appelait le clergé , c'est-à*dire la part du seigneur.

S» ttôlii p«lllli|ué ded évé^oës. *^ Une gt*ande place dans la société civile devait naturellement être faite aux chefs de la nouvelle société religieuse. Pour soustraire les fidèles à la dangereuse nécessité de poMer leurs contestations devant les tribunaux païens, lés évêques s'étaient chargés de la conciliation des procès. Constantin fit de cet usage un droit ; il ordonna qu'en matière civile les parties pussent se soumettre à l'arbitrage des évêques, et que lés décisions de ceux-ci aul^ient force de loi* Les gouverneurs des provinces reçurent l'ordre de Veiller à leur exécution.

Les évêqueâ n'étaient doUc plus seulement maîtres dti culte, mais, jusqu'à un certain point, magistrats publics. Dans les dernières années de l'empire, ils deviefi-

drmt les eheitf Téiit&bleg d«8 eités soua-le'likie de dé^

f^HêeUrs deêvUleê,

. •« ]|»9p««i de G«»ftlik«ilil p^mt Ué étéqmèiàé «*•

Ck>àètantiii Mgme&ta le respee^) doat let dut^umemt kB fidèld8 ^ar les égarde qu'il l^uir témoigna» I) 1m admit dans sdli palais^ auprè» de sa p^rsonn^, da&s ton dortégb habituel^ et &u eoaeile d# Nicée il ne Toului jamaî« 9'»»*- 8««i]r qu'après y avoir été invité par l'asaemfléo efttièvt^ S'il ne se décida à recevoir lui-mêm« le baptéiâd qu'à aoti lit de mort, il prouva son zèle par les lois qne nous af e&s f apportées plus haut^ par le choix qu'il fit da î^a^tanea*, le dieéron Chrétien^ pouf précepteur de son fils Grispua^ pAr la déférence pour tous lea désirs de sa mèfe.Hélèn«, ddnt il Seconda la pieuse ardeur lorsqu'elle entreprit dé retrouver en Palestine la croix de Jésus et de purifier las lieui saintSi

Vs Héii»eiia« lafliieiieë Hli «liMa«l**i«ifMl» «^ îi'bétt'^ reuse influenea des doetânea chrétiennes se fit bientôt «eûtirdansla législation et dans le gouvdrnementi Gon*- Btantin proscrivit les combats de gladiateurs^ défendit le fouet et les tdrtures à l'égard des débiteurs insolvables de l'Stat^ et lui^ qui faisait Jadis jeter ses prisonniei^s 4111 bètes de l'amphithéâtre, il promit une somme d'ar^ gent à ses soldats pour chaque ennemi qu'ils lui simèn^ raieUI vitanta Le malheur des temps avait fait tombât m, désuétude l'institution alimentaire das Ântonini : Gonstantin la rismplaça par la charité légale; sottirent des pauvres abandonnaient leurs infants nouveau-^néa : il ordonna d'apporter aux officier» impériaux 6e«ix qu'on né pouvait ùourrir^ et les parents recevaient dès hj^ts^ des vivres ) dea aumônes en argent. Les néceBsiteuXi^ lai vôuves^ las orphelins^ furent secourus | des hôpitaux ii'élévèrent pour donner asile aux malades ^ et Us pri« sOnniers ne furent plus abandonnés sans eonaolatioÉ ni secours au désespoir ou au vice»

Le grand principe que le christianisme apportait %ï dans lequel toute la civilisation de l'avenir était déposée #n genâe^ l'égalité morale et la fraternité humaine^ était

incompatible avec le maintien de Tesclavage. Mais le christianisme n'avait pas mission de bouleverser violemment la société civile. C'est assez pour lui d'avoir rendu les affranchissements plus nombreux et d'avoir adouci le sort de l'esclave en montrant que celui-ci était devant Dieu l'égal et le frère de l'homme libre. L'Église, qui ramenait sans cesse vers le ciel la pensée des fidèles, et qui déjà avait ses solitaires et ses moines, devait honorer, comme un détachement des affaires du monde, le célibat qu'elle demandait à ses ministres. Constantin supprima la loi Pappia-Poppœa , conçue dans un esprit opposé. Mais en même temps le mariage, lien social et institution d'ordre, fut régi par une législation qui devint de jour en jour plus sévère et qui devait lui rendre sa dignité.

8. Les donatistes et les ariens. — La religion chrétienne étant devenue la religion de l'État, il importait au gouvernement lui-même que la paix régnât dans l'Église. Les donatistes l'avaient troublée. En 311, Caecilianus avait été élevé au siège épiscopal de Carthage et avait reçu l'imposition des mains d'un évêque qui était du nombre de ceux que l'Église avait flétris du nom de traditores, pour avoir livré, durant la dernière persécution, les livres saints, afin de sauver leur vie. L'évêque Donatus, qui voulait rejeter de la communion des fidèles ces hommes dont le zèle avait faibli, refusa de reconnaître l'élection de G?ecilianus. Toute l'Église d'Afrique se partagea entre eux. La paix publique fut troublée par ces querelles que le gouverneur de la province ne put apaiser. Pour y mettre un terme, Constantin cita Gsecilianus et Donatus à Rome. Ils comparurent, le 2 octobre . 313, devant le pontife romain, entouré de dix-neuf évoques italiens. Mais les deux adversaires ay^nt continué leur querelle, un nouveau concile fut réuni l'année suivante à Arles. Les donatistes, condamnés, en appelèrent à l'empereur, qui prononça contre eux et employa la force publique pour les contraindre à l'obéissance. Ce moyen réussit mal : une guerre éclata en Afrique,

CONSTANTIN. k^b

qui, arrêtée par Constantin, recommença avec fureur après sa mort et continua de désoler cette province jusqu'à rinvasion des Vandales*.

L'hérésie des donatistes n'attaquait point le dogme : celle d'Arius le mit en péril. Ce prêtre d'Alexandrie niait la divinité du Verbe, x et soutenait que la nature du Christ n'était pas de la même substance que Dieu, mais d'une -substance analogue. Cette doctrine, qui voulait expliquer le mystère de la Trinité, détruisait l'unité même de la Trinité chrétienne et conduisait au pur déisme. De la religion on retombait dans la philosophie : celle-ci avait assez montré son impuissance.

9. Concile do Nleée (sikb). —Constantin, pour mettre un terme à cette querelle qui agitait tout l'Orient, convoqua un concile œcuménique à Nicée, en Bithynie. Trois cent dix-huit évêques, prêtres ou diacres, répondirent à cet appel et tinrent les premiers états généraux de la chrétienté. C'était un grand spectacle que celui qui était offert par ces vénérables personnages, dont quelques-uns portaient encore la trace du martyre, discutant les plus grandes questions ^que l'intelligence humaine puisse soulever, et arrêtant le symbole de foi que TËglise catholique, après quinze siècles, professe encore.

Il était ainsi conçu : « Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, créateur de toutes choses visibles et inviçibles, et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, engendré du Père et consubstantiel au Père ; par qui toutes choses ont été faites au ciel et sur la terre; qui, pour notre salut, est descendu des cieux, s'est incarné et fait homme, a souffert, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux, et viendra juger les vivants et les morts. Nous croyons aussi au Saint-Esprit. Quant à ceux qui disent : Il y a eu un temps où il n'était pas, ou qui prétendent que le Fils de Dieu est d'une autre substance, la sainte Église catholique leur dit ana-

1. Les circoncelUons, sortis des donatistes, Interprétaient TÉvangile dans le • sens de Têgalité sociale ; ils brisaient les chaînes des esclavesy partagaient les Mens des maîtres, libéraient les créanciers, etc. : de là une guerre saurage.

426 CftÂt«ïtRÈ XîxViI.

thème. » ïôtis les évêqplêS felgfifefêjit 6e gyt&iiole, « Constantin i^enàçà dé là déportation et de 1*6111 fieul (fâ refuseraient d^l'accepter.

te éôûdilë m âù&6i le jôuf de k Pallié atl diffiâilcfae dui suivait la Jîleîhe luiie la plus tâppî'ôchêe de l'éqtiiilOSe du pHtitemps, et at-î'êta ^ngt ttnôm du f ègleS géûéfate dé difecifiline.

de cofiéile méiiiôî^ablê, qui aVâit précisé le dogffle et âffèté là discipliné,, ë'étaiit feépâré, reftpefëuf èt5tMt i tbUteé les Ëglisëé, « pouf qii^ellès ëe ôônfôrmâésetltàk vôloûtê de Dieu, étpriméé pat le Coildle, h et publia tift édit (jui ôf-dôtiiia de déttuire léè liVWs défe ariens ; ttt autf e soumit lés panisans du gectaif e à pàjrët tlfife âpitatiôH décuple. Cependant, quelmiës aunéëfe apî-èé, TeinterëUi»^ cédatlt aût sollicitations de Sa feœuf , i»àppëlfc Anus dé Tejtil et le soutint coiitré lès élbcjueiites accUsâtioits dé l'âtchevèqUé d'Alexandrie, Sâitit Athafiâsë. LliéféfeiàrcJUê inôUrut ëii 33è, ttiâiS éa dôetrfnë Itti dtirtêcUt et ttôuma lotigtétupâ Tempite SoUs lés fih de ÛôMtaiitifi.

10. l-oiiâailo& dé toa&tâmiiktfiptë (dft»). ^ Ia rêtolutioti était acheyée dails Tordre fëligiêUX; le christianisme dëtèUait lé culte ddmitiaUt dans Fefflpîte, ftit immense et dont les CoiisécfUèiices dufëtit tdujottfs. tjfi, dé ses jfêsultats les plus itnmédiats devait "étfè iili eha&genieut cbUiplet datis le gbuverUëtnetit : Oottstantifi né fé*cula pas déVaUt ce grand labèUi*. Sa politique se tfdtttAit efi eêia âusëi d^àccord avefc ses Ci'oyàtlces. DiOclétién, èfl ëÔet, ii*avait (jU^ébauché Totgâtiiâatidli noUvëlfe^ (|Ui, pour lûettfe Un terme aUï révolutions causée^ pftf h despatismé dés soldats, devait faire enfin prtvaloit Tôft dré dtil SUï Tordre ttiilltaitë. Pt\lt ôomîtieiiëéi', Oôn- Stautiû renia Rômé, pleine eUcof ë de séô Souvenirs téputlieainS et de seS diéui, ddût il Uë tdulàit plus. Aprfcè lui avoir laissé pout adieux TatC dé tridftiphë tpil pdrtô sôfi flôtn, il alla fofldéf utië auttë capitale suf les hords duîBosphore, entre TEurope et l'Asie, dans la plus admirable position qu^Une grande Ville pUisSë ÔCCUpër. Gohstautinople s'élëva sUr Tëmplacemeut de Byfiuiee, asstt

CGNSTAWTtN, 4îî

loin des frontières orientales pour ii'avoir-pfelô trop à éraih-

àt$ les atta^ei^de l'^nnemi^ assez prèe d'elles pour h^

428 ^ CHAPITRE XXXVH.

surveiller mieux et les -défendre. Le site était si bien choisi que Finyasion passa, durant dix siècles, au pied de ses murs, avant de l'emporter. Les constructions commencèrent en 326 ; dès Tannée 330, Constantin consacra la nouvelle cité comme capitale de Tempire. Il y établit nn sénat, des tribus, des curies, et y éleva un Gapitole^ consacré non aux dieux de l'Olympe, maintenant détrônés et morts, mais à la ^cience ; des palais, des acpieducs, des thermes, des portiques, un milliaire d'or et onze églises. L'emplacement offrait sept collines : il le divisa, comme à Rome, en quatorze régions. Le peuple aussi y eut des distributions gratuites ; l'Egypte y envoya ses blés, les provinces leurs statues et leurs plus beaux monuments. Rome, délaissée de son empereur, de ses plus riches familles, qui allèrent s'établir là où vivait la cour, « s'isola peu à peu au milieu de l'empire, et, tandis qu'on se battait autour d'elle, elle s'assit à ombre de son nom en attendant sa ruine. »

i i • Divisions administratives s préfeetares, tllneèses» provinces. — L'empire fut ensuite divisé, comme il l'avait été sous Dioclétien, fen 4 préfectures, et cellesci en 14 diocèses, renfermant 120 provinces. La préfecture d'Orient eut 6 diocèses : Orient, Egypte, Asie, vicariat d'Asie, Pont et*Thraçe, renfermant 49 provinces. La préfecture d'Illyrie eut 2 diocèses ; Macédoine et Dacie, renfermant 12 provinces; celle de l'Italie 3 : Italie, Illyrie et Afrique, 30 provinces ; celle des Graules 30 aussi : Espagne, Gaule, Bretagne, 29 provinces. Chaque province renfermait un certain nombre de cités.

iS. Séparation des ffonetlons ei viles et des fonetlons militaires. -— Les préfectures étaient administrées par les préfets du prétoire, correspondant avec les ministres de l'empereur et investis de tous les pouvoirs, civils; lés diocèses par des vice-préfets ou vicaires, subordonnés aux préfets; les provinces par des proconsuls, des consulaires, des correcteurs et des présidents char-? gés, sous la surveillance des vicaires, de tous les rap-

ports du pouvoir avec les habitants de l'empire. Aucun de ces magistrats, même le préfet du prétoire, n'avait l'autorité militaire. Celle-ci appartenait au rhagister utriusque militiœ ou généralissime, qui avait sous ses ordres les magistri peditu/m et equity/tn^ lesquels, à leur tour, commandaient aux comtes et aux ducs. Le principe de la nouvelle organisation était donc le démembrement des provinces, comm» celui des commandements, et la séparation des fonctions civiles et des fonctions militaires, afin que les deux ordres de fonctionnaires se fissent l'un à l'autre équilibre, et que chacun des agents de l'autorité publique, réduit à un pouvoir restreint, ne trouvât plus les facilités qu'avaient les puissants gouverneurs d'autrefois- pour se révolter. Mais cette administration compliquée allait devenir bientôt tracassière en voulant incessamment se montrer et agir là où les ' rares agents de la république et des premiers empereurs ne se montraient et n'agissaient jamais. Cette intervention continuelle eût seule suffi à la rendre oppressive et odieuse.

L'armée active n'était plus guère composée que de Barbares, surtout de Germains. Ces troupes mercenaires furent placées le long des frontières. Les légions, réduites à 1500 hommes, allèrent tenir garnison dans les villes de l'intérieur. Lespa^a/ins, qui formèrent la garde particulière de l'empereur, furent les mieux payés et les plus honorés. Dans son désir d'affaiblir les chefs militaires, Constantin sépara encore les deux armes de l'infanterie et de la cavalerie, dont il fit deux commandements distincts.

Ainsi, pour parer à un mal, il en faisait naître un autre. Les premiers empereurs avaient donné la prépondérance au pouvoir militaire sur le pouvoir civil. Constantin fit le contraire : il abaissa, il dégrada l'état militaire ; il relégua les chefs des soldats au dernier rang de la noblesse qu'il constitua, et cela dans un temps où les ennemis du dehors allaient devenir plus menaçant» que jamais.

4S0 cHAPin» loemi.

hiénrehiquement âiviaéfta, doiuièi^nt à oau qui eo étiûept investis dûs titrça de nobleasQ ptiiioAiiello et non innsmiisible. Lea consuk, les p?éfotB ^\ lea sept mivi»* très s'appelaient les iUwtrèa; les proeonsols, les ^e«i« pes, les comtes, lea dues, étsient â/)eela&i7es; les coosu^ laires, les correcteurs et les présidents étaient ela0is^imi, J\ y eut aussi des pepfeùiisswm et àm 0greffii, I^os prinoes de la maison impériale avaient le titre de noM« Kssimi.

Cette divine hiérarcbie, oomme on IH^ppel^ dans la langue officielle, cette armée de fonctionnaires, augmenté* rent Téelat de la cour sans augmenter la force du gou-* yemement. H fallut des traitements pour oe personnel immense, qui s'inquiéta bien plus de plaire au prinoe que de travailler au bien public, et les dépenses s'ae<^ crurent démesurément^ au 'moment où FÉtat avait plus, que jamais besoin de toutes ses ressources pour ses armées, pour ses routes, pour ses forteresses des &ob« tières. Il fallut donc demander davantage à Timpôt, quand la misère générale, résultat des désordres de l'a* narchie militaire et des pillages des Barbares, de la dé<« cadence de l'agriculture, s'était répandue jusqu'au oeeûr des plus riches provinces. Alors commença entre le £ae et les contribuables une guerre pleine de ruses et de violences, dont une des conséquences fut d'irriter la popu« lation et d'éteindre jusqu'aux derniers restes du patrio» tisme.

IS. Impôts. — La plus odieuse des impositions était l'impôt foncier, capitatia, La somme due pi|r chaque province était détermmée par {'empereur (indicabatur^ de là indiotio) d'après un cadastre revisé tous les quinio ans, et on comptait non* seulement les terres, mais les esclaves, les colons et les troupeaux qu'on avait trouvés sur lés domaines. Il y avait aussi la eapiiaiio plebeia^ imposée sur les artisans, les journaliers, les colons et les esclaves, dont la taxe était payée parles maîtres. Vaurum

ImtPoky h iustralis collatiQ (m h chrysarayrey était le?é 9ur U comm^vcG et Tindu^tria avec tant de ngucsur, qm J# pjfti; pauvre artisan le payait, Vai^rum cmona^ rium, autrefois vgloataire quand le» cités envoyaient awf consul» ou aux empereur», en des ocpasions solen* neUe«, de9 couronne» d'or, était devenu un impôt oWigfttoirer

4 ees ressource» il feut joindre une, taxe particulière sur les sénateurs, les produits des domaines impériau^i ce aue donnait le monopole de la fabrication de*s armes et 063 éioiEfe» de soie, de lin et de pourpre, le revenu des mines et de3 carrières de marbre et de pierre, lea droits de douane et Tirnpôt sur les objets de consommation, le vingtième sur le prix des esclaves affranchis, le vingtième des héritages et les confiscations*, etc^

ewlfiiefi, .^Constantin déclara le clergé libre d'impûts; les militaires avaient pareille exemption. Toute la no^ blesse de cour, tous les gens du palais, furent aussi libérés des charges munieigal^s. Les çrofesseura d'arts libé' raux, les médecins, eurent complète immunité. Tout le poids des charges publiques retomba donc sur les pro-» . priétaires du sol et les habitants des villes. Les notanles [çurial^, décurions), choisis d'après un cens déterminé, composaient une corporation héréditaire, et la loi avait établi entre eux solidarité pour les charges et les redevances municipales. De sorte que, s'il manquait quelque chose à la contribution due par la cité, c'étaient eux qui la complétaient.

tV. Diminution du nombre^ des propriétaires!

aceroissement de la eiasse des eoions. — Les maux qui accablent les curiales iront croissant avec les malheurs et les désordres de l'empire! Le nombre des propriétaires diminua donc tous les jours au profit d'une classe nouvelle qui avait été à peu près inconnue à l'antiquité et qui formera la grande majorité de la population au moyen âge, je veux dire les colons ou paysans attachés à l'exploitation d'un bien-fonds, ni tout à fait

'432 CHAPITRE ixxvii.

libres ni tout à fait esclaves, serfs de la glèbe, comme on dira plus tard, vendus avec la terre (ju'ils cultivent, à condition cependant que l'acheteur, si le fonds est divisé, ne séparera pas le père des enfants, Tépoux de la femme. Libres de la plus grande partie des charges publiques, exempts du service militaire, ils multiplieront tout à Taise et verront leur nombre s'accroître de tous ceux que la misère forcera de renoncer à une liberté onéreuse.

18. Derrières aanées de ConstantlM. — Ces trois grands faits : l'établissement du christianisme comme religion dominante dans l'empire, la fondation de Constantinople et la réorganisation administrative remplissent tout le règne de Constantin. Depuis la chute de son dernier compétiteur, Licinius, en 323, jusqu'à sa mort, en 337, on ne trouve dans son histoire que les sanglantes tragédies du palais impérial, où furent mis à mort, par ses ordres, son fils Crispus, l'impératrice Fausta, nouvelle Phèdre, et le jeune Licinius, enfant de douze ans. Des ambassades des Blemmyes, des Éthiopiens et des Indiens, un traité avec Sapor II, qui promit d'adoucir la condition des chrétiens en Perse, et deux expéditions heureuses contre les Goths et les Sarmates (332), firent diversion à ces malheurs dômes* tiques.

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