ALLIAGES D ANTIMOINE ET DE TOTASSIUM
2° Par la voie humide. — On fait bouillir pendant trois quarts d’heure t partie de sulfure d’antimoine réduit en poudre trèsfine avec 22 parties et demie de carbonate de soude anhydre et 250 parties d’eau; la liqueur filtrée laisse déposer le kermès en se refroidissant. Le sulfure, en réagissant sur le carbonate de soude, donne du sulfure de sodium, de l’oxyde d’antimoine, et dégage de l’acide carbonique. Du sulfure d’antimoine s’unit au sulfure de sodium, et l’oxyde d’antimoine à de la soude. Ces deux corps restent dissous dans l’eau bouillante; mais par refroidissement la liqueur laisse déposer une partie du sulfure d’antimoine et de l’oxyde d’antimoine dissous à l’état de kermès.
L’eau mère, refroidie et décantée, peut dissoudre une nouvelle quantité de sulfure d’antimoine, et produire encore du kermès.
Les eaux mères du kermès contiennent du sulfure d’antimoine, qui est maintenu en dissolution à la faveur du sulfure alcalin; traitées par un acide qui décompose le sulfure alcalin, elles laissent déposer un précipité que l’on nomme soufre doré d’antimoine, et qui est formé généralement par un mélange des deux sulfures d'antimoine Sb2S3 et Sb*SB. Ce précipité renferme souvent aussi de l’oxyde d’antimoine.
ALLIAGES d’antimoine ET DE POTASSiüM.
La potasse et la soude sont réduites avec une grande facilité parle charbon, en présence de l’antimoine, et produisent des alliages qui peuvent contenir jusqu’au quart de leur poids de métal alcalin.
Ces alliages ont été examinés surtout par Geoffroy, Yauquelin et Sérullas.
On les obtient par plusieurs méthodes différentes, mais qui consistent en général à chauffer l’antimoine, son oxyde ou son sulfure avec le produit delà calcination d’un sel organique a base alcaline. L’émétique, qui est un tartrate double de potasse et d’antimoine, donne directement, par la calcination dans un creuset de (erre, un alliage très-riche en potassium.
On prépare ordinairement l'alliage de potassium et d antimoine en maintenant au rouge, pendant deux a trois heures, un mélange de 5 parties d’émétique et de t partie de nitre ou de parties égales d’antimoine et de crème de tartre gnllee. On trouve au fond du creuset une masse métallique, tri s-dense, d’un gris blêmit re, cassante, dont la texture est lamelleuse.
Cet alliage présente quelques-unes des propriétés du po assium; exposé à l’air humide, il s’échauffe rapidement, et pe même enflammer les corps organiques avec lesquels on on conlnct. Traité par loin, il «gage de ;rMrorfn.e un résidu d'antimoine ; la liqueur retient de la potas.e en a
SH’on met cet alliage en contact avec le mercure, le potas sium s'amalgame et l’antimoine se trouve isolé.
TRAITEMENT DES MINERAIS D’ANTIMOINE
Lorsque les alliages de potassium et d’antimoine, au lieu d’être fondus et compactes, sont divisés dans un volume considérable de charbon, ils agissent instantanément sur l'air et sur l’eau, deviennent d’une excessive combustibilité, et sont même quelquefois pyrophoriques et fulminants.
On obtient un alliage qui peut s’enflammer avec explosion sous l’influence de l’air humide, en calcinant pendant trois heures un mélange intime de 100 parties d’émétique et de 3 parties de noir de fumée, ou de 100 parties d’antimoine métallique, de 7o parties de crème de tartre grillée et de 12 parties de noir de fumée (Sérullas).
Les creusets dans lesquels se fait la calcination sont préalablement enduits d’une légère couche de charbon, pour que la masse n’y adhère pas ; cette masse ne doit en être retirée qu’avec les plus grandes précautions, et après le refroidissement du creuset. Si l’on découvrait le creuset encore chaud, il pourrait se produire une forte explosion qui lancerait de tous côtés des parcelles d’alliage incandescent.
11 arrive quelquefois que ces mélanges prennent feu spontanément dans un air humide: le contact d’une petite quantité d’eau les fait toujours détoner. On pourrait s’en servir pour enflammer la poudre sous l’eau (Sérullas).
Lorsque ces alliages sont faits avec de l’antimoine contenant de l’arsenic, ils donnent dans leur action sur l’eau un gaz dont l’odeur est fortement alliacée ; on pourrait reconnaître ainsi des traces d’arsenic dans l’antimoine.
TRAITEMENT DES MINERAIS D’ANTIMOINE
Le traitement des minerais d’antimoine comprend deux opérations distinctes. La première a pour objet de séparer par simple fusion le sulfure d’antimoine de sa gangue, et donne le sulfure d antimoine connu sous le nom A’ antimoine cru. La seconde opération a pour but d’extraire du sulfure, l’antimoine métallique appelé régule d'antimoine.
On a proposé différents appareils pour opérer la fusion du sulfure d antimoine ; le plus généralement employé est un fourneau qui contient une série de creusets dans lesquels on place le minerai ; le fond de chaque creuset est percé, et le sulfure d antimoine fondu coule dans un pot placé au-dessous.
Nous donnons (fig. 124) le dessin d’un fourneau à cylindres employé par M. Panserai pour la fusion des minerais d’antimoine. Le fourneau a trois foyers. Les creusets sont en fonte et enduits d argile, le sulfure fondu s’y rend: ces creusets sont portés sur des chariots de fonleà roulettes, a, a, sont des cylindies d argile ou se place le minerai ; leur forme est légèrement conique ; ils portent à leur partie inférieure des ouvertures qui sont fermées avec des tampons d’argile pendant l’opération ; les cylindres traversent à leur partie supérieure la voûte du four-
TRAITEMENT DES MINERAIS D’ANTIMOINE
neau, ils portent chacun un couvercle d’argile destiné à l’introduction du minerai.
Il est beaucoup plus économique, comme on le fait en Allemagne, d’opérer la fusion dans un four à réverbère à sole circulaire ou elliptique, et inclinée de telle sorte que tout le sulfure d’antimoine fondu vient se réunir dans un bassin placé dans la partie la moins chaude du four, ou s’écoule au dehors dans une chaudière disposée pour le recevoir.
L’antimoine cru ainsi obtenu n’est pas toujours employé dans cet état à la préparation de l’antimoine métallique; on le soumet souvent au grillage dans les fourneaux à réverbère ordinaires, pour le transformer en oxyde.
Le minerai grillé est alors mêlé avec du charbon dans la proportion de 65 parties de sulfure grillé et 8 à iO parties de cig. ih. charbon en poudre, et intro-
duit dans des creusets qui sont portés à la chaleur rouge.. Le charbon a été préalablement arrosé d’une forte dissolution de carbonate de soude, qui a pour objet de réduire une partie du sulfure d’antimoine non décomposé par le grillage en formant du sulfure de sodium.
Quand la fusion est terminée, on trouve au fond du creuset de l’antimoine métallique recouvert de scories qui portent le nom de crocus, et qui sont employées dans la médecine vétérinaire.
L’antimoine de première f bute n’est pas pur; pour le purifier, on le fond une seconde fois avec les scories precedentes et une certaine quantité de minerai grillé.
100 parties de sulfure d'antimoine donnent environ io parties d’antimoine métallique.
On a essayé pendant longtemps de préparer l’antimoine en réduisant le sulfure par le fer, en présence du charbon et des alcalis; mais ce procédé a été généralement abandonné, parce que le fer se combine avec l’antimoine et donne un métal de mauvaise qualité.
CUIVRE
CUIVKE. Gu.
Équiv. = 39G,G0 ou 3t,7o.
Le cuivre est connu de toute antiquité. A létal natif, il est quelquefois cristallisé sous différentes formes qui dérivent du cube; mais le plus souvent il est en masses amorphes, en tiagments, en feuillets ou en grains. Le cuivre existe dans la nature, surtout à l’état de sulfure, plus rarement a 1 état d oxyde
ou de carbonate. .
Le cuivre est d’un rouge rose tirant sur le brun; il acquiert une odeur désagréable par le frottement entre les doigts; il est très-malléable et très-ductile. Le cuivre occupe le troisième rang parmi les métaux pour la malléabilité, et le cinquième pour la ductilité ; il est plus dur que 1 or et que 1 argent et donne de la dureté à ces métaux en s'alliant avec eux. Après le fer, c’est le plus tenace de tous les métaux : un fil de cuivre de 2 millimètres de diamètre ne se rompt pas sous un poids de 137 kilogrammes.
La densité du cuivre fondu est 8,921 ; celle du cuivre étiré en fils est 8,52. Le cuivre entre en fusion vers 1100°. 11 cristallise par le refroidissement en rhomboèdres, tandis que par voie humide il cristallise en cubes.
Le cuivre porté à une température très-élevée se volatilise sensiblement et produit des vapeurs qui donnent à la flamme une belle couleur verte; cependant il n’est pas volatil. Ayant chauffé pendant longtemps ce métal à la température d'un four à porcelaine, on reconnut qu’il n’avait perdu que 1/2 pour 10Ü de son poids ^M. Berthier).
Le cuivre a peu d’affinité pour l’oxygène ; il se conserve indéfiniment sans altération dans l’air et l’oxygène secs. Mais lorsqu’il reste exposé à l’air humide, il se recouvre d’une couche verte que l’on nomme improprement vert-de-gris , et qui est un carbonate de cuivre hydraté.
Quand on chauffe le cuivre au contact de l’air à une température peu élevée, il se forme à la surface du métal une couche rougeâtre de protoxyde de cuivre Cu2O.Si l’on prolonge l’action de l’oxygène, le protoxyde de cuivre se change en bi-oxyde CuO, qui est noir.
Le cuivre ne décompose l’eau qu’avec une extrême lenteur, et seulement à une température très-élevée; il ne la décompose pas à froid, même sous l’influence des acides les plus énergiques.
L'acide azotique, même quand il est étendu et froid, attaque facilement le cuivre et produit de l’azotate de bi-oxyde de cuivre et du deutoxyde d’azote.
L’acide sulfurique étendu n’agit pas sur le cuivre ; mais si l’acide est concentré, et qu’on élève la température, il se forme du sulfate de cuivre et de l’acide sulfureux. Lorsqu’on mouille
CUIVRE
des feuilles de cuivre avec de l’acide sulfurique étendu, et qu’on les expose à l’air, il se produit du sulfate de cuivre. On a proposé d’analyser l'air atmosphérique en absorbant l’oxygène au moyen d’une lame de cuivre humectée d’acide sulfurique étendu (Gay-Lussac'.
L acide chlorhydrique attaque le cuivre assez difficilement, et seulement lorsque ce métal est divisé ; il se produit du protochlorure de cuivre.
L’eau régale dissout rapidement le cuivre.
Les acides organiques déterminent en peu de temps l’oxvdalion du cuivre; les huiles grasses et les graisses agissent de la même manière.
L’ammoniaque dissout le cuivre sous l’influence de Uoxvgène de l’air; il se forme du deutoxyde de cuivre, qui entre en dissolution dans l’ammoniaque et la colore en bleu.
En présence des vapeurs ammoniacales, le cuivre absorbe àla lois j’oxygène et l’azote de l’air, pour engendrer, suivant M. Péligof, un azofite basique de cuivre qui jouit, à la manière du réactif de Schweitzer, de la curieuse propriété de dissoudre la cellulose.
On peut fondre du nitre dans un vase de cuivre sans l’attaquer sensiblement ; cependant, a une température rouge, le cuivre est oxydé par le nitre.
Les dissolutions étendues de sel marin dissolvent très-rapidement le cuivre; celles qui sont concentrées ne l’attaquent pas sensiblement. Aussi les feuilles de cuivre qui servent au doublage des navires sont-elles promptement attaquées par l’eau de mer.
Le soufre, le phosphore, l’arsenic, le chlore, le brome et la plupart des métaux s’unissent directement au cuivre. Quelquesunes de ces combinaisons se font avec dégagement de chaleur et de lumière. Une très-petite quantité de phosphore ou d’arsenic suffit pour blanchir le cuivre et le rendre dur et cassant.
Le carbone ne s’unit pas en proportions définies avec le cuivre. Ce métal, tenu longtemps en fusion dans un creuset brasqué, n’augmente pas sensiblement de poids.
Les sels de cuivre sont vénéneux. On peut employer comme contre-poison de ces sels, soit de l’albumine qui forme avec l’oxyde de cuivre un composé insoluble; ou du fer réduit par l’hydrogène, qui, décomposant les sels de cuivre, ramène ce corps à l’état métallique.
Le cuivre.se combine avec l’oxygène dans les rapports suivants :
Protoxyde de cuivre Cu*0;
Deutoxyde de cuivre CuO ;
Oxyde intermédiaire Cu#0* = Ci>0,ÎCu*0
CuO* ; (CuO* ?)