THÉORIE DE L’AMMONIUM
La propriété que possède l'ammoniaque de s’unir aux acides d’être caustique, de ramener au bleu le tournesol rougi par les acides, de verdir le sirop de violettes et de se substituer à un grand nombre d’oxydes métalliques en les précipitant de leurs dissolutions salines, a dû faire considérer depuis longtemps l'ammoniaque comme une véritable base comparable aux bases alcalines. Comme la plupart des bases sont formées par l’union d'un métal avec l’oxvgène, quelques chimistes ont émis l’opinion que les composés ammoniacaux pourraient bien contenir un métal particulier, non encore isolé.
Ampère a proposé le premier une théorie ingénieuse pour expliquer le rôle basique de l’ammoniaque. Cette théorie, développée par Berzelius, est adoptée aujourd’hui par un grand nombre de chimistes.
Elle consiste à supposer que l’ammoniaque AzH3 n’est point une base, et qu’elle ne devient basique que par le concours de l'eau.
Dans cette théorie, l’équivalent d’hydrogène que contient l’eau s’ajoute aux 3 équivalents d’hydrogène qui se trouvent dans l’ammoniaque pour former, avec l’azote, un radical particulier, une sorte de métal composé Azll* que l’on nomme ammonium et qui n’a pas été isolé. Ce radical, s unissant à l’équivalent d’oxygène de l'eau décomposée, constitue Y oxyde d'ammonium AzIDO, qui se combine alors avec les oxacides à la manière des oxydes ordinaires pour former des sels ammoniacaux représentés d’une manière générale par la formule A,AzIDO; A désignant l’équivalent d’un acide quelconque.
Tout en appréciant ce que la théorie de l'ammonium présente d’ingénieux, nous ne l’admettons pas dans cet ouvrage, parce qu’elle tend à faire sortir la chimie de la voie purement expérimentale, et tà faire admettre l’existence de corps hypothétiques.
Les sels ammoniacaux sont isomorphes avec les sels de potasse correspondants; ils sont comme eux solubles dans L’eau. L’ammoniaque agit sur les acides comme une base énergique; elle les sature complètement et forme des sels neutres aux réactifs colorés.
Les sels ammoniacaux sont incolores, d’une saveur piquante. La plupart n’ont pas d’odeur sensible : cependant ceux qui contiennent des acides faibles, comme l’acide carbonique, possèdent l’odeur pénétrante de l’ammoniaque.
La chaleur volatilise ou décompose tous les sels ammoniacaux; ceux qui contiennent des acides gazeux, comme l’acide chlorhydrique, distillent sans éprouver d’altération ; cependant plusieurs sels ammoniacaux dont l’acide est volatil, éprouvent une décomposition partielle sous l’influence de la chaleur : ainsi le sulfate, l’azotate, l’azotite, sont décomposés avant le rouge sombre. Lorsque l’acide est fixe, l’ammoniaque se dégage complètement par l’action de la chaleur. Ainsi les phosphates, les borates d’ammoniaque sont décomposés par la chaleur en ammoniaque, en eau, et laissent un résidu d’acide pyrophosphorique ou d’acide borique.
Un sel neutre ammoniacal, soumis à l’influence de la chaleur, dégage ordinairement une partie de son ammoniaque et se transforme d’abord en un bi-sel.
Le chlore décompose facilement les sels ammoniacaux; s’il est en excès, il s’unit aux deux éléments de l’ammoniaque, pour former, avec l'azote, du chlorure d’azote ; et avec l’hydrogène, de l’acide chlorhydrique.
L’amalgame de potassium ou de sodium agit sur les sels ammoniacaux humides ou en dissolution concentrée; cet amalgame détermine la décomposition de l’eau et du sel, et forme de l’hydrure ammoniacal de mercure (amalgame d’ammonium) KAzIK Le volume de l’amalgame augmente beaucoup; il devient pâteux et dégage au bout de quelque temps un mélange d’ammoniaque et d’hydrogène.
Les sels ammoniacaux, soumis à l’action oxydante d’un mélange d acide sulfurique et de* chromate de potasse, produisent de 1 acide azotique (M. Kuhlmann). Ces sels subissent la même transformation lorsqu’on les soumet, en présence d’un excès d air ou d’oxygène, a l’influence de la chaleur et de la mousse de platine.
Les sels ammoniacaux sont très-faciles à distinguer de tous les autres sels.
Les alcalis fixes, la potasse, la soude, la chaux, etc., en dégagent, même à froid, un gaz qui ramène au bleu le papier rouge ;uCet,e ProPr.le,d s’appartient qu’à l’ammoniaque ( bascs organiques volatiles; ce gaz, d’une odeur
fromné d!n^Ca-?C ^'7Sl!qu1e’ Produit> a l’approche d’un tube tïèflnioc acide chlorhydrique affaibli, des fumées blanches, trcs-epaisses, de sel ammoniac.
desrtartirfsSufv““"iaCaU!t * reco"naissent encore «» moyen d’ammmflmirïi i~ ■?l é,cip,it.é bl™c cristallin de bitartrate
Hnilé hnn ’ Sl 1 acide tartnque est en grand excès : ce pré- . , ‘ . 1 scoup plus soluble que le bitartrate de potasse.
Acide hydrofluosilicique. — Précipité blanc gélatineux, précipü/ * Acide perchlorique, Acide picrique. — Pas de
niacaf1^ ^ a^um*ne- Précipité blanc, cristallin, d’alun ammo-
Chlorure de platine. — Précipité jaune de chlorure ammoniaco-platinique, laissant du platine pur par la calcination.
Les sels ammoniacaux ne forment pas de précipités avec les carbonates alcalins, les sulfures et le cyanoferrure de potassium.
(*) On analyse les sels ammoniacauxen précipitant leur dissolution par le bichlorure de platine, lavant le précipité avec de l’alcool, qui ne dissout que l’excès de sel de platine, et déterminant le poids du chlorure ammoniaco-platinique dont la composition est connue. On peut encore analyser les sels ammoniacaux en les décomposant par un mélange d’oxvde de cuivre et de cuivre métallique, et en mesurant le volume de l’azote qui se dégage : cette analyse s’exécute dans un appareil qui sera décrit à l’article Analyse des substances organiques azotées.
Les sels ammoniacaux peuvent être également analysés, en les décomposant par une base alcaline, et faisant rendre l’ammoniaque qui se dégage dans de l’acide sulfurique dont le titre est déterminé, avant et après l’expérience, au moyen du sucrate de chaux ou d’une dissolution de potasse.
CHLORHYDRATE D’AMMONIAQUE. AzfPCl.
Équiv. = 6G8,"75 ou 53,50.
État naturel. — Le chlorhvdrate d’ammoniaque se trouve dans l’urine humaine et dans la fiente de quelques animaux, particulièrement des chameaux. 11 existe en petite quantité dans les environs des volcans et dans les fissures de certaines mines de houille en combustion. f
Propriétés. — Le chlorhydrate d'ammoniaque, appelé souvent sel ammoniac,' cristallise ordinairement en longues aiguilles qui se groupent sous forme de barbes de plumes, et plus rarement en cubes ou en octaèdres isolés ; il a une saveur piquante et pas d’odeur sensible. Sa densité est 1,45.
Cent parties d'eau à 18° dissolvent 36 parties de sel ammoniac, cent parties d’eau à 100° en dissolvent 89 parties.
Le chlorhydrate d’ammoniaque est soluble dans l’alcool.
Ce sel se sublime, sans éprouver d'altération, à une température un peu inférieure au rouge sombre : il est toujours anhydre.
Plusieurs métaux, et particulièrement les métaux des premières sections, peuvent le décomposer. 11 se dégage du gaz ammoniac et de 1 hydrogène, et il se forme un chlorure métal-
^Lc potassium et le sodium produisent cette décomposition à une température assez basse ; l’étain, le zinc, le fer agissent sur le sel ammoniac à une température plus élevée ; l’expérience se Tait facilement dans une petite cornue de verre à laquelle on adapte un tube recourbé qui s’engage sous une cloche pleine de