TABLEAU STATISTIQUE DE L'EUROPE
Nous venons de parcourir tous les étals de cette partie du monde, mais leur description est incomplète, parce que le lecteur ne connaît pas encore les élémens qui, joints aux notions exposées dans les chapitres précédens , lui fournissent la véritable mesure de l'étendue, des ressources et des forces des états. La superficie , la population absolue et la population relative , les revenus et la dette publique , les forces de terre et de mer sont les bases principales de la géographie politique. Nous avons déjà signalé les bornes au-delà desquelles ces notions entrent dans le domaine exclusif de la statistique. Mais ces notions que, depuis quelques années, on trouve dans tous les traités de géographie même élémentaires et dans tous les dictionnaires géographiques; ces notions que de nos jours une foule d'auteurs reproduisent sous mille formes différentes, sont presque toutes erronées et jamais comparables. Leur acquisition suppose trop de connaissances préliminaires et exige un si grand nombre de recherches spéciales, qu'il est très rare de trouver ces deux conditions réunies dans des auteurs étrangers ou à la statistique ou à la géographie. De là vient cette étonnante disparité d'opinions entre les géographes et les statisticiens, disparité qui a servi d'arme à quelque savant pour déprécier la première de ces deux sciences et même pour accuser d'imperfection la géographie.
On doit s'étonner qu'aucun véritable statisticien, qu'aucun géographe à la hauteur de la science qu'il professe n'ait encore entrepris de défendre ces deux sciences d'aussi injustes attaques en signalant les sources de< prétendues erreurs qu'on leur attribue. La population , les revenus, les dettes, les forces de terre et de mer d'un état ne sont jamais station naires; ils subissent continuellement des changemens plus ou moins considérables soit en plus soit en moins; ils doivent donc offrir des résultats différens à diverses époques, quelque rapprochées qu'on veuille les supposer. La superficie elle-même, qui, généralement parlant, n'est sujette à des variations que par les transactions politiques d'état à état, pouvant être calculée de différentes manières, offre par fois des résultats très différens. Occupé depuis vingt-cinq ans de travaux géographiques et statistiques, nous avons eu bien souvent occasion d'analyser toutes les causes qui compliquent les calculs relatifs à l'appréciation de tous ces élémens, et nous en avons fait le sujet de plusieurs chapitres qui doivent être publiés dans le Tableau physique, moral et politique des cinq parties du monde, complément de l' Atlas ethnographique du globe. Nous empruntons à cet ouvrage , dont la publication est retardée par des circonstances toutes particulières , plusieurs remarques, qui jetteront quelque jour sur un sujet environné encore de ténèbres épaisses et qui nous donneront l'occasion de justifier les changemens que nous avons cru devoir apporter à la Balance politique du globe, dont nous avons extrait le tableau statistique de l'Europe et ceux que nous mettrons à la suite de la description des autres parties du monde.
Dans la rédaction de tout tableau statistique général deux conditions sont essentiellement nécessaires : la connaissance de document exacts et ta possession d'élémens comparables, La première condition est très difficile à remplir, surtout lorsque les auteurs sont abandonnés à leurs propres moyens; la seconde, qui offre les mêmes difficultés pour l'acquisition des matériaux , dépend juscju'à un certain point du jugement et du soin de l'auteur. Nous avons déjà signalé les avantages immenses qu'offre le séjour de la capitale de la France à tous ceux qui s'occupent de recherches générales quel que soit leur sujet. ProGtant de la position avantageuse où nous étions, nous avons entrepris la tâche difficile de remplir ces deux conditions dans la rédaction de la Balance politique du globe. Laissant de côté les estimations données par les géographies même les plus estimées, c'est toujours dans les ouvrages spéciaux que nous avons puisé les documens que nous devions admettre dans le tableau, en remplissant les lacunes par les documens que nos relations avec un grand nombre de savans et d'hommes d état nous mettaient à même de nous procurer. Devant agir sur des élémens parfois très hétérogènes et susceptibles de très grandes variations dans un court intervalle de temps ,«ous les avons tous réduits, pour ainsi dire, à la même dénomination , en choisissant pour chaque état des élémens correspondans et en les portant tous à la même année. Sans cette précaution tonte comparaison devenait impossible et toute conséquence, qu'on aurait voulu tirer des faits admis dans la Balance , aurait été illusoire pour ne pas dire erronée.
Resserré par l'espace, nous ne donnerons ici que quelques observations sur chacun des six élémens admis dans les tableaux statistiques des cinq parties du monde. Dans ce chapitre nous mettons ensemble tout ce qui concerne les états qui , comme nous l'avons vu à la page 43, embrassent des pays compris dans le domaine de la Statistique; nous réserverons pour le chapitre qui doit précéder le Tableau Statistique de l'Asie toutes les autres remarques relatives aux contrées regardées encore comme étrangères au domaine de cette science.
SUpeaficue. On s'accorde assez généralement à regarder la superficie d'un état comme le point de départ d'où le géographe et le statisticien doivent commencer leurs calculs relatifs à la mesure de ses forces, de ses ressources et de son importance. En effet, les états d'une grande étendue ont la ressource d'un accroissement de population presque toujours plus rapide que celui des états moins étendus où la population est déjà condensée. En outre la terre produit non-seulement en raison du travail des hommes, du degré de développement des sciences et des arts, mais aussi en raison de sa superficie, circonstances qui ne peuvent être négligées sans exposer a tomber dans de graves erreurs.
Mats cette importante donnée, qui paraît si facile à obtenir aux faiseurs de géographies élémentaires et de tableaux statistiques, est une de celles qui exigent le plus de précautions pour ne pas tomber dans l'erreur, lorsqu'on n'a pas le moyen, ou que Ton ne veut pas se donner la peine de les calculer soi-même. Le tableau des estimations extraordinairement différentes formées par divers auteurs sur la surface d'un même pays, que nous avons donné aux pages 4 1 et 4a, prouve les singulières méprises auxquelles on s'expose lorscjue, sur l'autorité d'un nom parfois imposant, on adopte sans examen préalable ces sortes de calculs. Nous nen-
treprendrons pas uiaintcnant l'analyse des sources nombreuses de tant d'erreurs ou d'évaluations si prodigieusement différentes d'une même région ; elles forment le sujet d'un chapitre de l'ouvrage inédit déjà mentionné ; mais il en est quelques- unes que nous ne pouvons nous résoudre à passer sous silence à cause de leur trop grande importance.
La première est {ignorance du rapport exact ou du moins le plus approximatifque les principales mesures topographiques ont entre elles. C'est la source des erreurs les plus graves et des méprises les plus singulières que l'on rencontre dans presque tous les ouvrages élémentaires , les almanachs et les tableaux statistiques rédiges par des sa vans estimables mais étrangers aux études compliquées et diflicilcs qu'exige la géographie dans son état actuel. Notre aversion pour tout ce qui est critique nous défend d'en nommer les auteurs; mais la justification de nos calculs et l'intérêt de la science exigent que nous signalions à l'attention du lecteur quelques-unes de ces erreurs les plus notables.
Dans uu ouvrage publié à Paris en 1 826 , où l'on prétend offrir la statistique comparée des principaux états du monde et dont les surfaces sont exprimées en milles carrés allemands de i5 au degré, nous eu trouvons trois, dont la superticic est exprimée en milles carrés anglais! Le lecteur qui ignore ce changement de mesure les croyant égales entre elles , se forme en conséquence l'idée la plus erronée de leur étendue, parce que la superficie des États-Unis y est estimée à A5o,ooo milles carrés allemands, celle de la Perse à a 40,000 et de la Chine à 1,197,999. Pour ne parler que de cette dernière région nous ferons observer que le nombre de 1 ,297,999 exprimant des milles anglais de 69 au degré , celte somme traduite eu milles allemands se réduit à 61,137 milles, c'est-à-dire à un vingtunième de la superficie que l'on voulait exprimer par la première somme! Dans le tableau de l'empire Russe comparé aux principaux états du monde, nous avons déjà signalé la singulière méprise de l'auteur d'un Atlas statistique, historique et géographique de l'empire Russe, qui, confondant les milles carrés suédois avec les milles carrés allemands, donnait au royaume actuel de Pologue une surface égale à celle du grand-duché de Finlande, quoique Yarea de ce dernier soit de 102, 5oo milles carrés, tandis que celle du premier ne s'élève qu'à 36,33o de ces milles. -
Quelquefois des savans géographes , auxquels on ne saurait refuser la connaissance des rapports qu'ont entre elles les principales mesures topographiques, connaissance qui est une des bases principales de la géographie et de la statistique, commettent, sans doute par niégarde, ces mêmes erreurs. C'est ainsi que daus son Statistischcr Umriss, le savant Hassel a donné en milles allemands de i5 au degré les mêmes chiffres que le baron deHumboldta donnés dans la Relation historique de son mémorable xwyagc aux Régions Equinoxiales en lieues de 20 au degré pour exprimer les surfaces du Chili, du Guatimala et du Pérou. Ces erreurs sont passées depuis dans presque toutes les géographies allemandes, françaises, anglaises et italiennes les plus estimées et les plus répandues. Nous aimons à croire que c'est à une confusion de mesures qu'on doit attribuer les maxima et les minima de la surface assignée à l'Irlande par les savans rédacteurs des Statistical Illustrations publiées à Londres en 1827. Selon les rédacteurs de cet important ouvrage, celte île n'aurait, d'après les calculs de M. Beaufort, que 1 8,633 milles carrés anglais, correspondant à 1 1,925,120 statute
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acres auglais, tandis que selon d'antres estimations sa superficie serait de 3o,370 milles carres anglais on de 1 9,436,800 statutc acres anglais! Une différence si énorme nous ayant engagé à calculer uous-méme la surface de l'Irlande sur la dernière carte publiée par M. Brué, nous l'avons trouvée de 24,260 milles carres de 60 au degré. Ayant prie nos savans amis MM. Nicollel el Brué de la mesurer , chacun sépan nient , les résultats de leurs calculs respectifs ont été presque identiques entre eux et le nôtre. Nous ajouterons que ce deruier n'offre qu'une très petite différence avec l'estimation donnée en 1827 par .M. William Cnuling dans un document piesenté au parlement anglais. Cet estimable ingénieur civil ne l'a obtenue qu'à la suite des longues et difficiles recherches qu'il a laites depuis 1796 jusqu'à 18 16 el depuis 182/1 jusqu'à 1827 eu parcourant plus de 5o,ooo milles dans le Royaume-Uni pour déterminer la valeur de la plus grande partie du sol dans 106 comtés el une fraction assez, considérable dans 1 1 autres. L'accord de ces quatre mesures différentes nous paraît ne plus laisser de doute sur la surface de l'Irlande, maigre l'étonnante disparité d'opinions que les statisticiens et les géographes étrangers et nationaux continuent à émettre sur l'étendue de cette île.
I a seconde source des différences vraiment énormes qu'offre l'évaluation de la surface des étals provient de la maniïre différente d'envisager leurs frontières. « Lorsqu'on parle, dit M. de Humboldl, de Yarea du Pérou ou de l'ancienne capttania générale de Caracas , on peut mettre en doute si ces nom-, désignent seulement U s pays dans lesquels les Espagnols -Américains ont fait di s établissements, et qui par conséquent dépendent de leur hiérarchie politique et religieuse, ou si l'on doit joindre aux pays gouvernés par les blancs (par des corregidors, des chefs de postes militaires et des missionnaires), les forêts et les savanes en partie désertes et en partie habitées par des peuplades indigènes et libres. Souvent dans les caries dessiiH-es a Lima, on n'étend p.is le territoire des intendances péruviennes les plus orientales (Tanna et Coiuco) jusqu'aux frontières du Grand-Para et de Mattogrosso : on nomme Pérou les seules parties soumises au régime des blancs (tierras conquis tadas), et l'on désigne le reste par les dénominations vagues de i*ays inconnus, /un s d'Indiens, pays de sauvages (paises desconocidos, comarca desierta, tierras de Indios bravos y inlieles). Le i'erou entier, en l'étendant jusqu'aux limites portugaises, a 41/120 lieues uni "mes carrées , taudis qu'en défalquant les pays sauvages et inconnus entre les frontières du Brésil elles rives orientales du Béni et de l'Ucayalc, ou ne trouve plus que 26,220 lieues carrées. Dans l'ancienne vice-royauté de Buénos-Ayres, appelée aujourd'hui les Etats-Unis du Rio de la Plata, les différences sont plus graudes encore. De même on peut donner au Brésil 2^7,000 ou 118,000 lieues carrées, selon qu'on calcule toute la surface du pays depuis les côtes jusqu'aux rives du Marmore et du Javary , ou qu'on s'arrête au cours des fleuves Paraua el Araguay , en excluant de Yarea du Brésil la majeure partie des provinces de Mattogrosso et de Para, contrées dépeuplées qui ont plus du tiers de l'étendue de l'Europe. •
II résulte de CCH considérations qu'il ne faudrait pas être surpris que des géographes qui calculeraient les surlaces avec une égale précision, • t d'Après des 0trte9 suflisanuncnl bonnes, trouvassent des résultats qui différeraient entre eux d'un quart, d'un tiers et quelquefois même de plus de la moitié. Convaincu de la nécessite d'adopter dans une géographie
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générale une méthode unique d'évaluer les territoires des différera états, afin d'avoir des élémens comparables entre eux, dès l'année 1808 nous avons essayé de déterminer de cette manière les surfaces de tous les principaux états dans notre Géographie par bassins. Lorsqu'on 18 16 nous rédigions le Compendio , profitant des importans travaux dont la géographie s'était enrichie dans l'intervalle, nous avons repris nos calculs sur de meilleures cartes et nous avons eu le plaisir de voir que nos évaluations, alors «i différentes de celles de la plupart des géographes, ont été confirmées par les calculs faits depuis par M. de Humboldt pour déterminer la superficie des nouveaux états de l'Amérique. Nous nous bornerons à citer notre évaluation de la ci-devant Amérique-Portugaise, que ce savant a trouvée presque identique à celle qu'il avait obtenue de son travail avec M. Mathieu, quoique étant un quart plus forte que la superficie assignée par tous les géographes à cette vaste région. Nous avons même vu ce voyageur célèbre adopter cette méthode, qui est la seule admissible dans l'état actuel de la science. Si les Anglais, disions-nous en i8aa dans Y Essai statistique sur le royaume de Portugal comparé aux autres états de i Europe , considèrent comme une dépendance de leur empire toute la partie du Continent Américain qui s étend au nord du Canada et des États-Unis jusqu'à l'Océan- Glacial, quoique plus de 14 quinzièmes de cet espace immense soient déserts ou habités par des populations indépendantes, pourquoi ne faudrait-il pas en faire autant à l'égard des possessions portugaises d'Afrique, dans l'intérieur de laquelle cette nation a plusieurs établissemens plus ou moins considérables, et où plusieurs nations à moitié civilisées ou barbares sont réellement tributaires ou se reconnaissent vassales des Portugais, quoique un bien plus grand nombre en soient absolument indépendantes? Il faut en dire autant de l'Afrique Anglaise, des Amériques Anglaise, Danoise, Russe, Française et Néerlandaise. Les vastes territoires anglo-américains d'Arkansas et du Nord-Ouest , ont été long-temps pour ainsi dire sans frontières, et l'immense territoire du Missouri, dont on a détaché dernièrement celui de la Colombia ou de l'Oregan , ne sont encore habites que par des hordes barbares et tout-à-fait indépendantes. Quelle comparaison peuvent faire le géographe et le statisticien si, en comprenant ces immenses espaces soumis de nom aux États- Unis et aux Anglais, ils en défalquaient d'autres semblables dans leurs évaluations relatives aux surfaces des nouvelles républiques de l'Amérique et de l'empire du Brésil ?
C'est encore à la différente manière de fixer les confins d'un état que Ton doit attribuer la grande disparité qu'on remarquera entre quelquesunes de nos surfaces et les surfaces correspondantes déterminées par le savant Hasscl et les nombreux géographes qui adoptent ses calculs. Appliquant le principe adopté pour les états de l'Amérique aux états des autres parties du monde, nous avons réuni par exemple an territoire du khanat de Khiwa les vastes steppes parcourues par les hordes nomades, qui en sont vassales. Voilà pourquoi nous avons porté la superficie de cet état a 110,000 milles carrés, lorsque M. Hassel ne lui donne que Boo milles carrés allemands ou 4,800 milles carrés géographiques de 60 au degré. Il faut en dire autant de l'évaluation du triumvirat du Sind par M. Hamilton; ce géographe n'estime sa superficie qu'à 1 7,856 milles géographiques, parce qu'il en exclut le désert de Koutch, tandis que Hassel, qui en
comprend la moitié, le porte à 39,71a milles carrés. Nous lui en avons assigné 40,000.
La manière différente de considérer les pays qui ont des liaisons politiques plus ou moins étroites avec les souverains de certains états , est une autre source féconde d'évaluations très différentes, non-seulement sous le rapport de l'étendue de ces derniers , mais aussi sous celui de leur population , de leurs revenus et de leurs forces. C'est ainsi que plusieurs géographes et quelques statisticiens ne tenant aucun compte des changemens arrivés dans les rapports des États Barbaresques avec l'empire Ottoman, continuant à les regarder comme une de ses dépendances, augmentent considérablement la superficie de cet empire. Tout en signalant les faibles rapports que les chefs de ces états conservent encore avec le grand-seigneur, nous avons regardé les pays qui leur sont soumis comme des états entièrement indépendans. Nos calculs relatifs à l'empire Ottoman doivent donc offrir des différences énormes comparés aux calculs correspondans faits par des auteurs qui regardent ces mêmes états comme des parties de l'empire Ottoman. >'ous avons eu le plaisir de voir M. Grâbcrg de Hemso partager notre manière de voir. En rendant compte dans I ' Antologia di Firenze de l'essai statistique que nous avons publié dernièrement sur X Empire Russe comparé aux principaux états du monde , ce savant rappela au lecteur que les Etats Barbaresques ne dépendent plus du grand-seigneur, qu'ils ne le regardent que comme chel de la religion, mais que du reste ils ne lui fournissent ni vaisseaux de guerre, ni soldats, ni tribut. L'opinion de M. Grâberg est ici d'un grand poids, parce que cet auteur réunit à la vaste érudition qui l'a mis au premier rang parmi les géographes et les statisticiens, toutes les connaissances qui dérivent d'un long séjour dans ces mêmes pays qui ont été pendant long- temps le sujet de ses méditations.
C'est par un motif tout opposé que la plupart des géographes, en suivant les traces de Hasscl, diminuent exiraordinaircment la superficie de l'empire d'Achantie, parce qu'ils ne tiennent aucun compte des nombreux pays qui en sont réellement vassaux ou tributaires. Ainsi ils réduisent à un tiers la superficie actuelle du royaume de Siam , parce qu'ils en détachent toute la partie du Laos qui en dépend, et parce qu'ils regardent comme tout-à-fait indépendans les petits royaumes malais de la péninsule de Malacca, que d'après les notices les plus récentes on doit regarder comme vassaux et même tributaires du roi de Siam. Nous-mème avons commis cette erreur dans la Balance politique du Globe, en suivant les traces du savant statisticien allemand, et en accordant trop facilement une foi implicite à un journal, qui récemment a donné d'assez bonnes notices , quoique mêlées de quelques graves erreurs, sur les états de l'Indo-Chine. Aussi nous sommes-nous empressé dans cet Abrégé de corriger notre évaluation relative à cet état.
Nous ajouterons que M. Brué a bien voulu calculer pour nous Yarea de la partie eurppéenne de l'empire Ottoman dans ses limites actuelles, ainsi que celle du nouvel État de la Grèce et des principautés de Servie, de Valachie et de Moldavie. La somme de ces superficies étant presque identique à celle que dans les mêmes limites nous avions trouvée en 1817, quoique différant considérablement en moins de la surface assignée à ces mêmes pays par les plus célèbres géographes, nous n'avons pas hésité à les adopter et à modifier d'après les calculs de notre savant ami les sommes que nous avions précédemment admises dans la Balance,
POPUI*ATION ABSOLUE. Nousavons déjà exposé , pages 43, 44 cl 45, les principes qui doivent guider le géographe et le statisticien dans la recherche du nombre des hahitans d'un pays quelconque. Ici, nous nous bornerons à présenter quelques faits relatifs à la population do diverses contrées. Les uns sont de graves erreurs à éviter que nous signalons à l'attention spéciale du lecteur; les autres sont des inodiGcations que nous avons cru devoir apporter à la Balance , d'après des dominons officiels qui nous sont parvenus après sa publication.
Nous commencerons par faire observer que les recensemens même officiels peuvent souvent induire en erreur, lorsque, faute de renseignemens explicatifs, on les rapporte à une époque différente de celle dans laquelle ils ont eu lieu. C'est ainsi que nous voyons des auteurs estimables, mais peu au fait des mouvemens de la population dans les différons états, n'accorder en i83o à la Confédération Germanique que 3o millions d'habitans, lorsque, dès le commencement de l'année 1827, cette vaste partie de l'Europe devait en contenir environ 34,5oo,ooo. Cependant le premier nombre est assez exact pour l'époque à laquelle il se relère, c'est-à-dire à Tannée 181 5: c'est la population déclarée; elle a servi de base à la dicte pour déterminer le contingent de l'année fédérale, que chaque état doit fournir à proportion du nombre de ses habitans. Ce n'est pas sans surprise que, possédant des tableaux détaillés sur le mouvement de la population des états du roi de Sardaigne, nous avons vu des almanachs publiés dans ce royaume ne porter, en 1829, la population de sa partie continentale qu'à 3,675,3a5 âmes, nombre identique à celui des habitans trouvés dans le recensement fait en 1822. D'après celui qui eut lieu à la fin de 1827 la population de ces mêmes provinces s'élevait déjà à 3,901,933 Ames. Les recherches que nous avons faites sur la population du ci-devant royaume des Pays-Bas pour on rédiger, avec M. de La Roquette, le Tableau historique y géographique et statistique, publié au commencement de cette année, nous ont fait découvrir la même inexactitude dans le Staats AU manak. Les documens officiels relatifs à la population de chaque province, recueillis dans cet Annuaire, non-seulement ne se rapportent pas à l'année qui précède immédiatement celle de sa publication , mais dans l'Àlmanach de la même année ils se réfèrent à plusieurs années différentes. Même dana des documens oflicicls publies par les ministres de la justice et de l'instruction publique des Pays-Bas, il s'est glissé quelques erreurs typographiques, ainsi que de graves erreurs de calcul relatives à la population , que nous avons relevées dans ce tableau.
Les statisticiens de l'Allemagne, justement estimes par leur vaste érudition sur tout ce qui concerne cette scieuce, offrent plusieurs exemples de méprises les plus singulières en fait de population. Dès l'année 1819 nous avons réfute les calculs erronés du baron de Liechtenstein , qui , appuyé sur d'anciens recensemens, ne donnait que 28,178,836 habitans à l'empire d'Autriche, nombre qu'à la même époque nous portions pour le moins à 29,000,000. Le recensement général lait vers la fin du mois d'octobre de l'année 1825 ayant donné pour résultat définitif 3i,625,ooo habitans, y compris l'armée, a démontré sans réplique la justesse de uos raisonnemens et l'exactitude des documens sur lesquels nous les avions assis. Nous n'avons pas été peu surpris de voir un dictionuaire géographique publié à Paris en 1824 et d'autres ouvrages livres à l'impression
des(;kii'Tio:\ de leuropk.
encore pins tard, ne donner à cet empire que 26,654,660 habitans.
< .• sujet aussi important que compliqué nous mènerait trop loin si nous voulions ligBticr toutes les singulières inéprises que nous avons rencontrees dans les ouvrait de -, (graphie , tle politique et de statistique, même dans ceua qui sont le plus justement et le plus généralement estimés! Encore d>i incrément n'a-t-on pas vu plusieurs recueils périodiques établir de-» comparaisons entre l.i J rancc et !<• Royaume-Uni ( l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande avec leurs dépendances administratives), en portant la population de la première a W,ooo,ooo, tandis que l'on n'accordait au second que 21,400,000 habitai», c'est -à «lire en prenant pour base de leurs comparaisons la population île la France telle qu'elle était au ier janvier 1827 et celle qu'avait le Uo\ anme-lTni en 1821. Pour avoir des chiliens comparables, il aurait fallu potier les deux populations à la même innée ; c'est ce «pie nous avons fait dans la Balance' politique du globe et dans la Moium hir Française comparée aux principaux états du monde ou\ 1 âges où nous avons accorde 32,ooo,ooo à la France et 23,400,000 au Roy.iuiiM -l ni. Cette dernière évaluation e^t le résultat de nos recherches
sur le mouvement de la population dans l'Archipel Britannique ; ce nombre doit être regardé plutôt au-dessous qu'au-dessus de la population réelle existante au '»» décembre 1826. Nous dei uns cependant rappeler qu'un Statisticien distingué. M. Pages, a évite cette erreur dans un article inséré dans le Journal tics travau.t de V Académie de l'industrie , que M. César Mnrcau vient de fonder; les comparaisons y sont basées sur des populations comparablcSj parce qu'elles M réfèrent aux mêmes années. Dans un mémoire ichitil a l'organisation de l'armée française, publie récemment dans le Bulletin des sciences militaires, on n'accorde en 1828 que 1 i.VKjJejçj habitans à la monarchie Prussienne, 3o,ooG,;oo à l'empire d'Autriche, tandis qu'on en donne '52,020,^44 à la monarchie Française. C'est tout juste fonder ses comparaisons sur les populations de ces trois puissances j DUO pas telles qu'elles étaient en 1828, comme l'auteur paraît vouloir le faire, mais telles qu'elles étaient la première en 1821 la seconde en 1822 et la troisième en 1826. Mais, comme leurs populations réelles pouvaient être représentées a la fin de 1826 par les nombres 12,464*000, 32,000,000 et 32,ooo,ooo, il arrive que tous les rapports de L'armée a la population respective, étant laits sur des bases erronées et non comparables, diminuent de beaucoup la force des raisonnement d'ailleurs très bien déduits par l'auteur de cet intéressant mémoire.
Mais nous devons rectifier la population que, dans la Balance, nous avons donnée au royaume de Bavière et a l'Amérique-Espagnole. Nous avons accorde à cette dernière 1,240,000 habitans pour la lin de 1826 induit en erreur comme nous l'avons été par un prétendu recensement officiel publié dans le Colomhus , et reproduit par les Ephvmerides géographiques de H'eimar. D'après ce document, la seule île de Cuba, dés le 8 avril 1820, aurait eu o,36,33o habitans, dont 518,998 blancs, 70,220 mulâtres libres et 3/»7,3i2 nègres esclaves. Comme la population de cette magnifique colonie ne s'élevait qu'à 730*56*2 habitans en 1827, d'après le recensement fait dans |j même année et consigné dans la statistique publiée à la Havane eu iSkj, nous n'hesilons pas à réduire à un million la population totale de la partie du Nouveau -Monde soumise encore à la domination Espagnole. Ce que nous venons de dire prouve
la justesse des raisonncmens faits par M. de Huniboldt sur la population de cette île en 1826. La connaissance du recensement fait dans le royaume de Bavière en i8a5 nous a engagé à modifier la population approximative que nous lui avions assignée pour la tin de 1826, dans la Balance, en basant nos calculs sur le recensement par familles fait en 1821 et sur le mouvement de la population que nous connaissions dans trois cercles de ce royaume. Le recensement par individus fait en i8a5 est venu changer en réalité nos conjectures. Il démontra que cet état comptait à cette époque 4,037,017 habitans , somme plus forte que celle que nous lui avions accordée pour la fin de 1 826 , dans la crainte où nous étions de porter trop haut la population d'un royaume-, auquel tous les plus savans statisticiens de l'Allemagne ne donnaient que 3,56o,ooo, 3,743,000 et tout au plus 3, 80 0,000 habitans; cette dernière estimation a été faite par M. Hassel dans son Alraanach de 1828. Dans cet Abrégé nous avons donc cru devoir porter la population de cet état, pour cette époque, à 4,070,000 âmes.
Qu'il nous soit permis de faire quelques remarques sur la population que nous avons assignée au nouvel état de la Grèce. Nous commencerons par dire qu'on ne sait rien de positif, à cause des circonstances particulières où s'est trouvée celte partie de l'Europe. Mais devrons-nous suivre l'opinion de M. Schinas, membre de l'expédition française en Morée, qui croit pouvoir la porter à près de 900,000, celle de M. Waddington, qui en i8a5 donnait 85o,ooo habitans aux pays qui forment le nouvel état de la Grèce; ou bien, en suivant l'avis de trois voyageurs récens, réduire ce nombre à 750,000 habitans avec M. Trant, à 635,ooo avec M. Anderson, ou même à 600,000 avec M. Quinet? Quelque grandes que soient ces divergences d'opinion elles le sont bien peu lorsqu'on les compare à celles que l'on a émises sur la population de la Morée. Selon M. Anderson cette péninsule n'auraient eu en 1829 que 280,000 habitans; M. Ciarke en 1802 et M. Quinet en î83o*, estiment sa population à 3oo,ooo, tandis que quelques années auparavant elle aurait été de 400,000 selon M. Galt, de 4 5 0,000 selon M. Waddington et de 459,000 selon M. Pouqueville. Mais un observateur judicieux, M. le marquis de Dalmatie, qui l'a visitée dernièrement et en a tracé un tableau aussi impartial que remarquable dans la Revue des Deux-Mondes , ne l'évalue qu'à 200,000 âmes, en ajoutant que les uns l'abaissent jusqu'à 80,000, tandis que les Grecs veulent y retrouver l'ancienne population de 400,000 âmes. Le Courrier de la Grèce vient heureusement pour les géographes de résoudre ce problème, en publiant les résultats du recensement fait dernièrement, d'après lequel cette péninsule ne compte que 46,207 familles et 190,653 habitans. En partant de cette base, en portant même à 200,000 sa population pour des raisons qu'il serait trop long d'exposer, et en calculant approximativement d'après les renseignemens les plus récens, le nombre d'habitans des autres parties de la Grèce indépendante, nous sommes d'avis qu'on ne saurait, sans être accusé d'exagération, accorder à cet état plus des 600,000 habitans que lui assigne M. Quinet. C'est ce nombre que nous avons adopté dans le tableau. Nous croyons inutile de citer les opinions émises par les auteurs des dictionnaires, des abrégés de géographie et de -tableaux statistiques; elles ne sauraient être d'aucun poids auprès des autorités imposantes que nous venons de citer et d'autres que nous pourrions encore ajouter.
POPULATION RElATin. La connaissance de cet élément statistique d'un état n'offre aucune difficulté, lorsqu'on connaît déjà sa superficie et sa population absolue; parce qu'il est le quotient de ces deux quantités divisées l'une par l'autre. Mais nous devons faire quelques remarques indispensables alin d'éviter les méprises; elles compléteront d'ailleurs, jusqu'à un certain point , ce que notre cadre ne nous permet pas de dire sur l'important suje t de la superficie.
Dans tous nos calculs généraux relatifs à la surface des états admis dans les tableaux de cet Abrège, nous avons toujours compris les lacs et 1rs marais, mais nous en avoih exclu les bras de mer et les lagunes qui ne sont que des dépendances des mers , ainsi que la partie inférieure des larges embouchures des plus grands fleuves, qu'on peut regarder comme de petits golfes. L'exclusion ou l'admission de ces élémens dans la mesure de la surface des états est la source d'une foule d'évaluations différentes, qui, saus être absolument inexactes, deviennent erronées lorsqu'il est question de comparer la densité de la population des états entre eux. M. Fcrsell, dans un beau travail sur la Suède, a démontré dernièrement que l'espace occupé par des lac» et de» luarais, forme plus d'un huitième de la superficie totale de ce royaume ; que ce même espace, dans le gouvernement de Nykoping, monte à un dixième; que, dans ceux d'orehro et de Christianstad , il dépasse ce rapport, tandis que dans le gouvernement de Kronobcrg il s'élève presque à un cinquième. Mais lorsqu'il est question de comparer d'une manière spéciale le nombre des habitans au sol sur lequel ils sont répandus, surtout lorsque, sur les traces de quelques statisticiens célèbres, on veut regarder la population relative comme la mesure de la force, de la richesse et de la civilisation des états, alors il faut absolument que les élemens soient comparables. Pour les obtenir tels il faut retrancher de la surlace d'un état toute la partie condamnée à la stérilité ou par des froids excessifs ou par la qualité aride du sol, les vastes espaces occupés par les lacs et les lagunes, ainsi que tous les terreins qui ne sauraient être rendus cultivables sans des travaux préliminaires très dispendieux , tels que ceux qu'exigent le dessèchement des marais et la culture des bruyères et des laudes, quoique l'industrie isolée de quelques habitans parvienne quelquefois à triompher de ces derniers obstacles. Des espaces énormes doivent doue être retranchés pour ces différentes causes de la superficie de l'empire Kusse. Toute conséquence que l'on voudrait tirer de la population relative de cet état comparée à la population relative d'un autre état quelconque, sans avoir fait subir à cet élément les modifications que nous venons d'indiquer, serait inexacte pour ne pas dire absurde. Mais un exemple, tiré d'un état peu éloigné et très bien connu, mettra dans toute son évidence ce principe, tant négligé par tous les auteurs qui s'occupent de statistique générale. Les maremmes du grandduché de Toscane s'étendent dans les environs de Sienne, de Pise et de Livourne; elles occupent les territoires de Manciano, Orbitello, Grosselto, Castiglione, Massa, Vollerra , Piomhino, Campiglia, etc. M. Thaon, qui a fait un important travail sur ces terreins, si funestes à ceux qui osent y séjourner, estime leur superficie à pies de 1,900 milles carres et leur clietive population A 76,000 âmes. Nous verrons dans le tableau statistique que la superficie totale de cet état est de 6,3*4 milles et que sa population absolue à la lin de 182G était de 1,275,000 âmes; en retranchant de ce»
deux sommes les parties qui appartiennent aux espaces occupés par les maremmes, nous aurons une superficie de 4>4*4 milles et une population de 1,199,000 âmes, qui nous donneront une population relative de 271.02, au lieu de celle de 201.61 que nous aurions obtenue de la division des deux premiers nombres sans leur faire subir la modification nécessaire pour avoir des élémens comparables.
Nous avons fait toutes ces soustractions pour déterminer la population relative de quelques états que nous avons pris pour base de nos remarques sur la civilisation, sur les forces et la richesse respective de chacun considéré isolément et comparé aux autres dans notre tableau Physique moral et politique des cinq parties du Monde; mais nous regrettons de n'avoir pas eu assez de loisir pour calculer de la même manière la population relative de tous les états admis dans les tableaux statistiques des cinq parties du monde de cet Abrégé. Celle que nous y offrons a été obtenue sans faire subir à la superficie aucune des modifications que nous avons signalées. Nous faisons cette remarque pour indiquer au lecteur les limites audelà desquelles il tirerait des conséquences erronées s'il voulait raisonner sur la colonne de la population relative de nos tableaux statistiques.
Mais il y a une autre circonstance majeure qui rend toul-à-fait oiseuses ces sortes de comparaisons , lorsqu'elles se rapportent à de très petits états. En effet, que pourrait-on inférer en voyant dans notre tableau que la population relative de la république de Hambourg est de i3o2 habilans, que celle de Brème est de 980, tandis que la population relative de la France n'est que de 208 et celle de l'empire d'Autriche de 1 65? Si l'on décrit un cercle de 20 à 3o milles autour de chaque grande ville de l'Europe et autour des capitales de tous ces petits états, on trouvera que la population relative des surfaces, dout ces grandes villes occupent les centres, non-seulement est égale à celle de tous ces états de petite étendue, mais que bien souvent elle leur est de beaucoup supérieure. C'est cependant d'après cette base erronée que beaucoup de géographes et même de statisticiens célèbres ont regardé et regardent encore l'île de Malte comme le pays le plus peuplé du monde, et l'Islande comme la contrée la plus dépourvue d'hommes! Les lecteurs trouveront dans notre tableau, The irorld compared uith the Britis/i Empire, la population relative des environs des principales villes de l'Europe et de l'Amérique, calculée de manière a offrir des résultats aussi exacts que le comporte l'état de la statistique; l'homme d'état, l'économiste , le géographe et le statisticien peuvent en tirer une foule de conséquences non moins curieuses que neuves et importantes. Dans cet Abrégé nous avons eu occasion d'emprunter à ce travail le chiffre de quelques-unes de ces populations relatives pour faire ressortir davantage l'importance des villes que nous avions à décrire.
RXVINUS et DETTES. Les sources d'erreurs qui rendent si difficile l'appréciation exacte de la superficie et de In population des états sont encore bien plus nombreuses lorsqu'il s'agit «le déterminer leur revenu et le montant de leurs dettes. D'abord on ne connaît rien de positif sur ces deux élémens statistiques dans tous les états absolus, où ils sont bien souvent enveloppés du plus grand mystère. Ce qu'on en peut savoir se réduit, ou à des documens assez complets mais d'ancienne date, ou à des documens récens mais partiels, c'est-à-dire relatifs à une partie seulement des revenus de ces états. Tout imparfaits qu'ils sont, ces documens n'en
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sont pas moins précieux ; car ils servent de hase au statisticien habile pour parvenir à connaître la totalité <les revenus en les combinant ensemble et en les comparant avec des documens semblables relatifs à d'autres pays dont les finances sont asse/. bien eonuues. Le bouleversement de tant d'états arrive depuis 40 ans, le gouvernement constitutionnel ou républicain adopte par tant de nations pendant cette courte période ont fait connaître au géographe et au statisticien avec assez de précision les revenus et les dettes d'un grand nombre d'états. Mais cette abondance même de matériaux a contribue en partie à propager une foule d'erreurs, conséquence nécessaire du peu de critique et du m.impie de soin apporte dans leur choix. Resserré par l'espace il nous est impossible de signaler toutes les sources d'erreurs qu'il faudrait éviter pour rédiger un tableau vraiment comparable des revenus et des dettes des états de l'Europe et de l'Amérique. Mous tâcherons cependant d'en signaler les principales pour donner au lecteur un aperçu des longues recherches que nous avons dû faire pour rédiger nos tableaux statistiques, qui ne sauraient sans injustice étr^ confondus avec d'autres travaux semblables faits avec des dictionnaires et des traités de géographie, et le plus souvent par des personnes étrangères aux sciences qu'exige leur rédaction.
Pour jeter plus de conviction dans l'esprit du lecteur et lui démontrer la nécessité où il se trouve de n'accueillir qu'avec une grande circonspec lion et après un mûr examen les chiffres qu'on lui présente, nous allons mettre sous ses yeux les évaluations contradictoires des revenus de quelques-uns des principaux états de l'Allemagne, adoptés par les statisticiens les plus célèbres de ce pav s , pour des époques a-peu -près les mêmes. Ici les erreurs paraîtront d'autant plus choquantes qu'elles auront été consignées par des hommes d'un talent éprouvé et qui étaient à la source des documens les plus authentiques* Les différences étonnantes qu'on remarque dans les colonnes de ce tableau trouveront leur explication dans les observations qui forment le sujet de cet article. Quelques cclaircisscinens préliminaires nous paraissent cependant nécessaires alin d'atteindre le but pour lequel nous l'avons rédige. Selon le tableau de M. Greiff , le florin d'Augsbourg, employé dans les estimations de liassel, de Liechtenstein et dans celles de Kcichard, vaut 2 francs fj8 centimes; le florin du Rhin ou de l'Empire employé par M. le baron de Malchus et presque toujours par Stcin et Cannabich, vaut 2 francs i5 centimes; l'emploi de ces deux monnaies produit une différence apparente d'environ un dixième entre deux évaluations identiques exprimées l'une dans la première de ces monnaies et l'autre dans la seconde; nous avons traduit eu florins du Khin les 0,000,000 rixdalers auxquels Ntcin évaluait les revenus du royaume de Saxe, et les 5 millions de tlialers auxquels M. Cannabich porte les revenu* de ce même royaume et de celui de Hanovre, ainsi que les i,5oo,ooo thalers de recette qu'il accorde au duché de Brunswick. Sansces réductions le lecteur n'aurait pas eu des élemens comparables dans la colonne de* évaluations de ces statisticiens. Nous n'avons pas admis dans ce tableau les estimations de M. Cromc, malgré la grande réputation dont jouit ce statisticien, parce que sou grand ouvrage sur la confédération Germanique ayant été publié depuis 1820 jusqu'à 1828, ses estimations se référant à plusieurs aimées différentes, ne pouvaient sans inconvénient être admises dans la comparaison que nous entreprenions de faire. Maigre
leur étonnante discordance on peut regarder les estimations de ce dernier tableau comme se référant à-peu-près à la même année, ce qui résulte de la date de la publicatiou des ouvrages dont on a tiré les élémens employés à sa rédaction : ce sont la Géographie de M. Cannabich, publiée à Vienne en 1818, avec beaucoup d'augmentations; V Aperçu statistique sur tous les états de l'Europe, publié par M. le baron de Liechtenstern en 1819; la Géographie de Galletti revue et augmenté par Reichard en 1822; la Statistique de l'Europe par Hassel , publiée à Weimar en 1822; la Géographie de Stein , publiée à Leipzig en 1 8a5 ; la Statistique de M. le baron île Malchus , publiée à Stuttgart en 1826; et X Almanach de Hassel pour l'année 1826.