‹ Abrégé de géographie (volume 2)Chapitre 173 sur 320 · JI · texte numérisé non relu

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regardée à torl dans tous les ouvrages de géographie, même les plus récens, comme la capitale de ce gouvernement , en est cependant la ville la plus importante sous presque tous les rapports; le commerce y a môme assez d'activité, eu rai sou des relations intimes qu'eniretienuent ses habiuiis avec Irkoutsk, Kinkhta et Irbit. Tourouebahsk, presque sous le cercle polaire, petite ville, dout les géographes continuent encore à exagérer l'importance commerciale et la population, quoique drs rcusci<;ucmeus publiés depuis quelques année* s'accordent à diminuer l une et l'autre. Abaeansk , miséiable endroit, près du Ienisseï, que nous citons pour mentionner la montagne d'Jsik, située dans ses t»v irons et remarquable pur d'anciens tombeaux <|u'on y a découverts, renfermant des ornemens d'or et d'argent, et sur laquelle on voit des statues d'hommes hautes de 7*9 pieds et chargée* de sculptures extraordinaires. Ces contrées, «I une <ixilisa(iou encore si peu avancée, paraissent avoir jadis été occupées par uu peuple qui avait l'usage de l'écrilure et des arts. Aux environs de la ville d'Abakanskoï , vers les bords du Ienisseï , ainsi que dans les provinces voisines, on remarque des tombes en pierre et des collines factices voûtées en dedans , dans lesquelles se trouvent à côté des squelettes et des cendres de morts, des ustensiles en bois et eu bronze, des oruemeus d'or et d'argent, des ligures en métal ou en pierre. Il |>arait que les nomades de la Tartaric, par un usage analogue • celui des anciens Etrusque*, axaient l'habitude de se faire enterrer avec leurs bijoux et ce qu'ils possédaient de plus précieux. Pallas, Slrahlenberg et autres voyageurs, ont fait connaître plusieurs de ces objets, et M. Klaproth a publié uu mémoire important à leur occasion. Malheureusement il n'a pas été jusqu'ici possible de lire les inscriptions qui les acconipagucut. Les seuls monumens dont il soit possible de fixer l'origine sont ceux qui portcul des inscriptions arabes. Ces monumens , qui se trouvent aussi dans plusieurs localités le long du Volga, consistent en lampes déterre, en miroirs de bronze, etc. Plusieurs de ces miroirs sont conservés à Saint-Pétersbourg, à Paru, etc. Les uns sont ronds , les autres sont carrés ; les uns ont un manche pour être teuus à la main, les autres consistent dans un simple disque; quelques uns ont par-derriere uni' espèce de main ou de beliére, où l'on passait uu cordon, afin de les pendre à un mur, les autres ont un simple trou qui suffisait pour la même destination. Ce que ces miroirs offrent de plus curieux , sont les figures d'animaux réels ou fantastiques, et les inscriptions placées par-derrière. Nous ajouterons que ces miroirs, qui ont été l'objet de curieux éclaircisscroeus de la part de MM. Fraehn et Reiuaud , paraissent avoir servi quelquefois de talismans et de décorations militaires. Khataïiseoïe, autre misérable endroit , sur la Khatanga, remarquable par la haute latitude à laquelle il est situé.

Dans le GOUVERNEMENT D'IRKOUTSR : Nertchiwsr, petite ville, au milieu d'uue contrée sauvage et aride , mais chef-lieu d'un district riche en mines d'argent et de plomb. Nertchisseoï-Zavod qui nous parait être le Bolcboï-Zavod de Cochrane, petite ville, située dans une contrée pittoresque, et remarquable par ses mines a" argent et de plomb, exploitées en graude partie par les exilés dont ce lieu est une des principales stations, surtout pour les condamnés d'une condition élevée. Le produit de ces mines a beaucoup diminué. Bargousi», remarquable par ses sources thermales et les lacs amers de ses environs, d'où l'on tire le set purgatif de Sibérie.

Dans ta PROVINCE D'OMSK. : Ousx., petite ville, assez bien bâtie et bien fortifiée , chel-lieu de celte province et résidence du général chargé de garder la frontière de l'empire contre les Kirghiz kaïssak. Petropavlovsc, forteresse principale de la ligne militaire d'Ichim; elle est aussi importante par sa douane. Bouk.htarmiiisk.aïa, petite forteresse, sur l'irtyche , dans un des sites , dit M. Cochrane , les plus romantiques du glube , remarquable par le voisinage de la frontière chinoise.

Dans la PROVINCE DE IAkOUTSK , dont la surface est plus d'un tiers de celle de l'Europe, quoique sa population soit inférieure à celle de la ville de Lyon, on trouve : Iaroctsr, cbef-lieu de cette province , et rendez-vous de tous les chasseurs qui y apportent les fourrures des animaux qu'ils ont tués le long du Lena , du Yana , de l'Ingoda et d'autres fleuves. La Compagnie Américaine y a un comptoir. Il s'y tient en décembre, juin, juillet et août des foires âmes considérables , qui sont fréquentées même par des marchands grecs de la ville de Nechin dans la Russie d'Europe. Oustie-Oleiïseoîe , misérable petit eudroit * l'embouchure de l'Oleuek , remarquable en ce qu'on pourrait le regarder comme

le village le plus septentrional de V Ancien Continent. Zachivbesk, arec a a habitons, et Jigaksk, avec 16 seulement , que nous nommons pour signaler la petitesse de lieux que les cartes représentent comme très importaus. Nous rappellerons que c'est sur les bords du \trmt un des affluens a la droite du Lena, qui pendant une partie considérable de son cours sépare cette province du gouvernement d'Irkoulsk , qu'on trouve les plus belles zibelines de tout le globe ; que c'est près de l'embouchure du Lena que M. Adaïus vit non-seulement un squelette, mais le cadavre d'un mamouth, qui, enfoui sous uoe couche de terre congelée, avait conservé parfaitement toutes ses parties molles et la peau et le poil dont il était recouvert; et que les bords du Vrxoui offrirait le cadavre bien conservé d'un rhinocéros; ces deux faits, do ut on ne peut contester l'exactitude, sont rangés parmi les plus extraordinaires de la géographie physique; ils ont déjà exercé la sagacité de MM. Cuvier, Humboldt et autres célèbres naturalistes, et suffiraient eux seuls à donner une grande importance géographique a ces vastes et tristes solitudes.

Dans te DISTRICT D'OKHOTSK : Okhotsk , chef-lieu du district de ce nom, petite ville, avec un mauvais port sur la mer d'Okhotsk, mais très commerçante par rapport aux vastes solitudes au milieu desquelles elle est située. Okhotsk est l'entrepôt de la Compagnie Américaine et le passage ordinaire de ceux qui vont au Kamtchatka; il y a des petits chantiers, où l'on construit et radoube les vaisseaux destinés au commerce de la cote Nord-Ouest d'Amérique.

Dans le DISTRICT DU KAMTCHATKA : Peteopavcovs* (Avateha ; Petropavloskaïa), jolie petite ville, chef-lieu de ce district, très importante par son port, uu des plus beaux de toute la côte orientale de l'Asie, et remarquable par le voisinage d'un terrible volcan. On remarque dans cette partie du Kamtchatka , ainsi que dans plusieurs autres un nombre considérable de digues et de levées eu terre et en maçonnerie. Ces ouvrages, dit M. Dobell , prouvent que le pays était autrefois habité par une population beaucoup plus nombreuse et plus avancée dans la civilisation que celle qui l'occupe aujourd'hui. Malgré les traces évidentes de l'art , les habilans croient que ces travaux sont l'ouvrage de la nature: jusqu'ici on n'a recueilli aucune donnée sur l'époque de leur construction. Ve*khhs> Kamtchatsk (Haute-Kamtcbatsk) et Nijïié-Kamtchatsx (Bas-Kamtchatsk) , misérables petites villes, remarquables par le voisinage des volcans qui se trouvent sur leurs territoires. Bolcheketsk , autre misérable petite ville, importante par son port et remarquable par uue espèce de poste aux chiens entretenue par ses habilans ; ces animaux leur procurent un bénéfice considérable, étant les seules bêtes employées pour le transport des marchandises et des hommes dans la péninsule. L'expérience a prouvé que ces singuliers attelages sont préférables à ceux du renuc qui ne supporte pas la fatigue et qui demande beaucoup de soins et de repos. Les chiens font faire à un kibitka de 40 à 5o verst par jour, quelle que soit la longueur du voyage; ils en peuvent faire le double si cela est nécessaire; mais lorsqu'ils seotent les ours ou les rennes, ils s'élancent sur leur piste sans que rien puisse les arrêter. On les nourrit de poissons secs , et ils supportait facilement la faim et la fatigue.

Dans la RÉGION DU CAUCASE nous nommerons au moins les villes et lieux soivans, en les classant d'après les provinces ou pays où on les trouve : dans la Géorgie: Mtskbetha , sur la rive gauche du Kour , à envirou 10 milles au nord de Tiflis. Cesl uoe des plus anciennes villes de l'Asie, mais presque entièrement ruinée, à l'exception de la forteresse qui en occupait le centre et qui est encore assez bien conservée. Mtskht tlia a été la capitale du royaume de Géorgie jusqu'en 469 de l'ère vulgaire. L'étendue de ses ruines fait présumer qu'elle devait être très grande. On voit eucore la cathédrale remarquable surtout par son antiquité et par la beauté de ses sculptures. On doit aussi citer le pont sur le Kour, restauré dernièrement par les Russes; on attribue sa construction à Pompée. M. Gamba accorde aoo familles à celte ville ruinée. Ilisavetpoi., autrefois capitale du khauat de Gandjah , ville très déchue, quoique encore la plus peuplée de la province après Tiflis; on lui accorde ia,ooo habitans. Dans ses environs immédiats on voit d'immenses ruines , dont quelques-unes sont en pierres , d'autres en briques bées entre elles avec du ciment; on y découvre de temps en temps des médailles perses , partbes, sassanides, grecques et romaines; et les deux villages bâtis récemment par les colons allemands. Plus loin sont situées les mines de fer et celle d'alun ; cette dernière est d'une excellente qualité; enfin la colonne de Chamkhor , qui nous parait être le monument le

UESCKIITION DE L'ASIE.

plus curieux de celte région; on ne connaît pas positivement l'usage auquel il servait primitivement; les mol las en ont fait usage pour appeler les musulmans à la prière ; on ne connaît pas nou plus son origine qui parait se»perdre dans la nuit des temps; on l'attribue à Alexandre-le-Grand. Un escalier à spirale, assez large pour deux hommes de froul , mais très dégradé, conduisait à une galerie qui régnait extérieurement autour de la colouue ; sa base est carrée , a i5 pieds de largeur à chaque face et la pieds de hauteur; la colonne en a environ autant de diamètre ; tout le mouument est construit en briques rouges , posées de la manière la plus régulière par assises, et peut avoir 180 pieds de haut. Des ruines plus ou moin* considérables l'environnent et attestent l'existence d'une population riche et puissaute établie jadis dans ces solitudes parcourues, pendant l'hiver seulement, par quelques nomades.

Dans le Chirvan : Viaox Chamaihi, chef-lieu de la proviuce de Chirvan, et autrefois du khanat de Chamakhi. Après avoir été pendant plusieurs siècles une des villes les plus populeuses et les plus florissantes de cette région, elle fut en grande partie détruite par Pierre-le-Grand , et ensuite entièrement abandonnée; mais la beauté de sa situation, et ses restes encore impo&ans, ont eugagé le gouverneur général Yermoiov à réparer ses murailles , ses bazars et plusieurs de ses anciens bat i meus ; ses rues ne sont déjà plus désertes, ses caravanseraïs se remplissent de marchandises, et les 3o,ooo habitans du Nouveau-Cbaniakhi , que le dernier khan avait forcés de se retirer dans la forteresse de Fit-tag, sont déjà en partie établis dans cet ancien entrepôt Ju commerce de l'Orient. Sa liai» , petite ville, importante par sa riche pèche. Bakou, petite ville, autrefois capitale du khanat, et aujourd'hui de la province de ce nom; elle est très importante par la riche pèche de phoques qu'on fait dans ces parages, par la grande quantité de soie et de safran qu'on recueille daus son petit territoire, ainsi que par son port, qui, bien que médiocrement bon, est cependant le plus fréquenté de la mer Caspienne. Dans les environs de Bakou on trouve : les célèbres Puits de naphte, dont l'abondant produit est une des branches principales du revenu de cette riche province; et Artcch-gah (endroit do feu), un des sanctuaires guêtres les plus anciens et les plus célèbres de l'Asie ; c'est un emplacement assez considérable , entouré de murs crénelés. Au milieu de la cour s'élève un autel, où l'on monte par plusieurs degrés ; à chaque coin on voit une cheminée quadrangulaire entièrement fermée, et haute d'environ a5 pieds; la flamme produite (Mule gaz dépasse de deux a trois pieds le sommet de ces cheminées qui reproduisent dans ce temple le phénomène qu'offrent daus les Appenins les feux de Pietramala et de Barigazzo. Au centre de l'autel , et presque a fleur de terre , on a établi un foyer dont la flamme sort également sans interruption. Une vingtaine de cellules sont adossées aux murs de cette euceinte sacrée; quelques-unes sont habitées par des Hindous; les autres par des Parsi, ou descendans des anciens Guèbres. Non loin se trouvent des volcans vaseux , semblables à ceux de Macalouba en Sicile, et de Taman dans le territoire des Cosaques de la mer Noire. Nocchi et Choijchi , petites villes chefs-lieux des provinces de leur nom. On doit citer encore le Mogah, vaste plaine située entre le Kour et la mer Caspienne; elle est couverte d'herbages très hauts et infestée de serpe ns de 8 à 10 pieds de long, qui , comme au temps de Pompée, rendent son trajet très difficile.

Dans X Arménie t enlevée dernièrement à la Perse : Erivah , ville de médiocre étendue, mais importante par sa forte citadelle; ou lui accorde 13,000 habitans. Dans ses environs on trouve le célèbre Couvent d1 Etcluniadzin (Utch kitisseh ou Trois églises des Turks); cet ancien chef-lieu de la religion arménienne a beaucoup souffert daus les dernières guerres entre les Russes et les Persans; il est probable que le patriarche et ses prêtres, qui s'étaient réfugiés sur le territoire russe, seront rentrés daus leur résidence après la cession déGuitive de ces pays à la Russie. Naxbtchivak , une des plus anciennes villes de l'Arménie, autrefois très grande et florissante, mais réduite maintenant , selon M. Kotzebne, à environ un millier de maisons.

Daus la partie de la Géorgie ci-de\ant Ottomane (pachalik de Tchildir), cédée dernièrement à la Russie : Axhai.tsirhb (Akiskha des Turks), assez grande ville, importante par ses fortifications, et remarquable par la belle mosquée d'Ahmed % construite sur le modèle de celle de Sainte-Sophie, par le collège qui y est annexé et la biblioûièque qui en dépend , regardée comme une des plus belles de l'Orient ; les Russes eu ont enlevé

ARRÉGÉ DE GÉOGRAPHIE.

3oo ouvrages pour enrichir leurs collections de Saint-Pétersbourg. Quoique M. Du pré, cité par M. Gamba , lui accorde 40,000 habit ans, nous croyons que sa population n'arrive pas même à la moitié de ce nombre. *

Dans l" Intérêt hi : K'bouthaïssi (Kolatis), sur le Rioni , petite ville assez commerçante, autrefois capitale du royaume d'Imerethi et à présent de la province de ce nom. Dans son voisinage on voit les ruines de l'ancienne ville , remarquables surtout par les débris de son antique catiUdrale et |*r ses épaisses murailles encore en assez bon état. K'bouthaïssi est la résidence d'un gouverneur qui étend sa juridiction noiweulemcnt sur tout rimereihi, mais sur la Miogrelie, le Ghouria, la Graude-Abassie et toutes les places et les forts où les Russes tienneut garnison. Owi, petit bourg, que nous nommons pour signaler a l'attention du lecteur une des parties les plus curieuses de cette région; nous voulons parler du district montueux de Ratcha; ce beau pays , presque désert, abonde en mines d'argent, de cuivre , de fer. L'air y est pur et le climat très salubre , chose rare dans toute la Région du Caucase. Son sol est parsemé de ruines, de forteresses et de tours; on y trouve fréquemment des médailles grecques, sassanides et quelques-unes en caractères incouniis. Zoubdidi , misérable bourg, où réside le dadian ou prince de la Mi ngrelie. Ce prince, dit M. Klaproth , accompagné de sa cour , va souvent d'un bourg à l'autre , et y reste aussi long-temps qu'il y trouve des vivres, du vin et des poules; quand tout est consommé, il plie bagage et gagne un autre endroit ; la pauvreté de la cour est si grande que personne n'y possède assez d'argent pour échanger un ducat lurk de la valeur de 8 francs. Rei>out- *ai4, petite ville fortifiée, avec un port, qui est le plus fréquenté sur cette cote. Drm- TSiKBE , autre petite ville, résidence du prince du Ghouria. Rkdoutb Saint-Nicolas, Potbi et Ahablia, petites forteresses maritimes; celle de Polhi commande la navigation du Phase , et a été, avec Anaklia et Anapa , uu des sujets principaux de la dernière guerre entre la Russie et la Porte.

Soxhoum-kalkh , petite ville très déchue dont les fortifications tombent en ruines , située sur la mer Noire dans la Grande- Abassic , importante par sa belle baie. Les vestiges d'anciennes fortifications et de murailles trouvées à Jskouriah, viennent à l'appui des sa vans qui placent dans ces parages le port de Dioscttbias , une des villes les plus commerçantes de l'antiquité. Pline dit qu'on y voyait des marchands de 3oo langues différentes, et que lorsque les Romains y eurent établi leur domination , les affaires s'y traitaient par l'entremise de i3o interprètes. (Test ordinairement dans la rade de Sokhounikaleh et quelquefois dans celle de Redout-kaléh que stationne l'escadre russe qui parcourt la côte de la Grande-Abassie et de la Mingrelie, pour protéger les navires marchands contre les attaques des A basses et des Circassiens. Ces peuples se sont de temps immémorial livres à la piraterie et aux brigandages. Heureusement pour le commerce ils sont peu redoutables sur mer , parce qu'ils n'ont que des bateaux à rames et pas un canon. Nous rappellerons à ce propos que les bateaux de ces corsaires sont parfaitement semblables au caméra de leurs ancêtres; vingt-quatre rameurs y sont placés à l'aise; mais, comme à présent ils s'éloignent peu de la côte et ne sortent d'ordinaire que par un beau temps, ils ne font plus usage d'un petit toit incliné pour se mettre à l'abri des vagues dans les tempêtes violentes. C'est sur de semblables barques que les Goths , fixés dans le 111e siècle en Crimée, débarquèrent en Asie. Nous rappellerons que beaucoup de jeunes À haï es allaient autrefois eu Egypte et s'y vendaient comme esclaves aux Mameluks, servant ainsi à recruter cette terrible aristocratie militaire qui a dominé d'une manière si tyrannique et pendant si long-temps sur cette région célèbre.

Dans le Pays des Montagnes, on ne trouve que très peu de villes; encore sontelles toutes d'une médiocre étendue, on très petites. Nous en décrirons quelques-unes ainsi que les territoires qui appartiennent aux principaux peuples de celle vaste partie de la Région du Caucase , que le savant Hassel , suivi de tous les géographes , appelle improprement Circassie. Nous avons préféré la dénomination que lui donnent les géographes russes et déjà adoptée par M. Klaproth. Cette contrée est occupée par des peuplades

Eresque toutes indépendantes de fait. Les Russes n'y possèdent réellement qu'une petite ande, sur laquelle passe la route militaire qui de Mozdok mène à Tifiis, à travers In fameuse gorge de Dariel. Vladiskavkas, qui dépend du gouverneur de la province du Caucase , est Ja forteressc'principale sur cette route , et en même temps l'endroit le plus

remarquable ; on pourrait la regarder comme le chef lieu de cette division. Voici le* lieux , les pays et les peuples les plus remarquables qu'elle comprend : Dariei. , petite forteresse, qui donne le nom au fameux défilé connu anciennement sous le nom de Porte- Caspienne ; il faut le traverser pour aller de Mozdok à Tïflis. Kazber, résidence d'un chef géorgien qui commande aux Ossrtrs de la vallée du Terek, depuis Dariel jusqu'à Kaichaour; il protège les convois russes contre les attaques de montagnards . moyennant le paiemeut d'une somme convenue avec le gouverneur de Vladikavkas. D'autres Ossètes sont tout-àfait indépeudans et même ennemis des Russes. Ce sont, dit M. Klaproth, les desecudans des Sarmates-mèdes des anciens et les restes des Plains et des Azes du moyeu âge.

La CmcASstx est divisée en Crande-Kaharda , située dans le bassin du Kouban, et Petite-Kaharda , dans la partie moyenne de celui du Terek; elles sont habitées par les Greassiens, dont les femmes sont regardées comme les plus belUs de toute la Région du Caucase. Ce peuple forme une république aristocratique militaire , redoutable aux Russes par ses fréquentes incursions sur leur territoire. Le Pays dis MiTOMMat, dont les sauvages habitans, surtout ceux nommés Tciietclientses , sont des brigands encore plus déterminés que les Lesghi ; c'est principalement à cause d'eux que les Russes sont obligés d'envoyer toujours une escorte de plus de 1 5o hommes avec deux canons pour accompagner les courriers qui apportent la correspondance officielle de Mozdok à Yladikavkas; ils sont expédiés avec moins de risques de ce lieu à Tiilis. Dans le Pays des Kocbii r , qui sont agriculteurs et reconnaissent la suprématie de la Russie, ou trouve: Endkri (Andrcïeva), gros village de r 2,000 âmes ; c'est leur chef-lieu : on y tient un grand marché tous les vendredis.

Les Lisoui , qui habitent un vaste pays, dans les hautes montagnes, auquel ils donnent leur nom , sont , comme les autres peuples de celte partie du Caucase, farouches, cruels et très adonnés au brigandage ; depuis long-temps, ces montagnards sont la terreur de leurs voisins: la Géorgie a le plus souffert par leurs incursions. C'est ordinairement vers la fin du mois de mai , dit M. Klaproth , que ces brigands sortent de leurs montagnes et se dispersent dans la Géorgie, s'y cachent sur les coteaux qui bordent les rivières, dans les bosquets touffus ou dans les ruines des anciennes églises et des forts qu'on rencontre partout dans ce pays. C'est de ces repaires qu'ils s'élancent pour attaquer à l'improviste les villages, l'emparer du bétail et emmener les Itahitans en captivité. Arrivés dans un lieu sûr , ils annoncent aux parens de leurs prisonniers qu'il peuvent les racheter moyennant une somme qui varie selon la condition et l'état du captif. Le prisonnier qui n'a pas les moyens de se racheter est obligé de servir pendant dix ans dans la maison de son maître. On trouve sur leur territoire : Khouïc-dz\bh , gros bourg , résidence du khan des Avars, le prince le plus puissant des hautes montagnes du Caucase-Oriental; il porte le titre de Nutsahl et peut armer jusqu'à 10.000 hommes. Les rois de Géorgie lui payaient 34,000 fr. de tribut pour qu'il s'abstint de faire des incursions sur leur territoire ; les Russes lui en paient 40,000; moyennant cette pension, il s'est toujours montré soumis à celte puissance; les cantons ÙOunsokoul, Hidat, Bakdalal , filou k rat , Karakh et Tkaserouk en dépendent. Nous nommerons ensuite: Chahar, gros bourg, où réside le khan des Kazikoumuk , qui a le titre de Sotirkhai; ses domaines s'étendent le long du bras oriental du Koï-sou; il est ennemi des Russes, et peut armer plus de 6,000 hommes. A&oucha, petite ville, chef-lieu de la république de ce nom ; la plupart de ses habitans sont pasteurs; plusieurs excellent dans la fabrication d un drap très estimé dans tout le Caucase. Kocbîtchi, gros bourg, chef-lieu de la république de ce nom, dont les habitans sont connus dans tout l'Orient sous le nom de Zer-keran (faiseurs de cottes de maille); ils fabriquent des armes excellentes et du drap (Koubitchi-chàl), renommés non-seulemeut dans tout le Caucase, mais même exportés en Perse et dans les pays au-delà de la mer Caspienne.

Dans le Daghestan : Kouba, autrefois capitale du khanat de ce nom, un des plus pnissans états du Daghestan et maintenant chef-lieu de la province de Kouba; il est probable que celte ville dans peu d'années finira par être abandonnée, depuis que les Russes, pour se soustraire aux effets de son climat insalubre, ont fondé à environ 60 milles à l'ouest d'elle une ville nouvelle de ce nom. Koura, petite ville, résidence du Khamontai khan; ce prince vit dans une sorte de dépendance de la Russie, quoiqu'il aime le brigaudage autant que sou voisin le kbadi de Ta!>as*eran. Aktzouo, autre petite ville, chef-lieu de la république de ce nom, située sur le haut Samoura. Yarsi ou Ersi, rési-

dence du khadi de Thabasseran ; c'est un des trois princes d'une même famille qui se partagent la souveraineté du Tbabasseran , pays situé à l'ouest de Derbend ; le khadi est pensionné de la Russie et peut avec les deux autres armer 6,000 hommes.

Derbend, grande ville, très ancienne et très déchue, mais eucore importante par ses fortifications , qui du temps de Nouchirvan en faisaient un des boulevards de la Perse; M. Klaproth lui accorde 1,000 familles; ses fortes murailles, Yéglise arménienne et la mosquée principale méritent d'être mentionnées. Dans le voisinage on voit un mausolée qu'on prétend être celui des Kirklar ou des quarante héros arabes qui furent tués dans une bataille contre les infidèles , lorsque Derbend fut conquis par les années du calife; tous les musulmans et surtout les Lesghi de Koubitchi y viennent en pèlerinage. Non loin de Derbend on aperçoit les débris d'une grande muraille , qui dit -on se prolonge sur toute la Vhaine des monts du Thabasseran et qui fut bâtie par Nouchirvan pour empêcher les incursions des Khazars; cette muraille et d'autres fortifications dans les défilés du Caucase ont donné lieu à la fable d'uue grande muraille qui s'étend de la mer Noire à la mer Caspieune.

Bahchly, résidence du khan des Kaîtak, qui a le titre A'Ouzmei; ce prince peut armer 7,000 hommes, et exerce une espèce de souveraineté sur les Lesghi d'Akoucha et de Koubitchi, mentionnés dans le Pays des Montagnes à la page 795; les Russes lui paient une pension de 8,000 francs. Tarrou, résidence du khau de ce uom; il a le titre de chamkhal, et sa domination s'étend sur la partie septentrionale du Daghestan jusqu'aux rives de rOuroussaï-boulak qui le séparent du khanat de Kaîtak; il est vassal des Russes qui lui paient une pension d'environ 8,000 francs. La ville de Tarkou, appelée jadis Semritdrr, est bâtie en terrasses sur trois montagnes pointues, à environ 3 milles de la mer Caspienne; on lui accorde 10,000 habitans. Karaboudarh et Kazanich sont deux gros bourgs dépendais du Chamkal ; on accorde 3,ooo maisons au premier ; les habitans du second fabriquent beaucoup de bourki ou manteaux de feutre et exploitent les mines de fer du voisinage.

Dans la province du Caucase .• Stavrofol, assez jolie ville , fortifiée , déclarée en i8a5 chef-lieu de cette province; elle possède un séminaire. Georghirvsr, chef-lieu du gouvernement du Caucase jusqu'en 1825 , et encore résidence du gouverneur générai militaire dont la juridiction s'étend sur une grande partie du Caucase; elle est fortifiée et bien bâtie, située sur les bords de la Petite-Kouma. Dans un rayon de a 5 milles on trouve: Pokorivchi, village où réside ordinairement Mengli-Ghireï khan des Nogats. Konstantinogorsk , petite ville, renommée dans tout l'empire Russe par ses bains sulfureux, visités tous les ans par des étrangers qui y accourent des parties les plus reculées de l'empire; on pourrait l'appeler Y Aix-la-Chapelle de la Russie. Piatigorsr , petite ville que l'on construit actuellement, et où siégeront les administrations et la cour de justice de la province à l'exception du tribunal ecclésiastique. Karass, joli m liage, situé au pied du Rechtau (les cinq montagnes) , remarquable par sa colonie composée d'Allemands et d'Écossais, et un important établissement des missionnaires qui enseignent le t m k. et autres langues.

Mo/non, ville assez commerçante, et une des principales stations militaires delà ligne du Terek. Kizliar, ville et forteresse importantes, situées sur un bras du Terek, dont la plus grande partie de la population qu'on porte à 9,000 imes, sans le militaire, se compose d'Arméniens, parmi lesquels on compte plusieurs millionnaires. Le commerce florissant a beaucoup contribué à l'embellir et à l'agrandir depuis 18 18 ; on vient d'y achever une magnifique église dont la construction a coûté 600,000 francs aux Arméniens; c'est sans doute le plus beau temple de toute la Région du Caucase.

Sur le chemin d'Astrakhan à Mozdok, on trouve près de la Kouma les ruines de l'ancienne ville de Maujari. M. Klaproth qui a visité ces ruines en 1807 a démontré, par des passages d'auteurs orientaux et par les médailles qu'on a trouvées à Madjari, que c'était une ancienne ville tatare , dont le nom [bâtisse en briques) n'a aucun rapport à celui des Magyars ou Hongrois, auxquels on a voulu attribuer sa fondation. L'emplacement de Madjari est un carré élevé, ayant plusieurs versles de diamètre et entièrement couvert de ruines. Quelques-unes de ces ruines, quoique se dégradant toujours davantage, prouvent que la ville était autrefois grande et maguifique. C'est surtout au xivc siècle de uotre ère , sous les princes tarlares de la horde d Ort qu'elle parait avoir jeté un cerlaiu éclat.

Telle est du moins la date que portent plusieurs des médailles et des inscriptions funéraires arabes qu'on ^rencontre souvent. La dégradation actuelle et la disparition des restes de Madjari viennent principalement de l'établissement dans le voisinage de nouvelles colonies qui vont y chercher des matériaux. Lorsque les Vénitiens faisaient le commerce à Tana , Madjari servait de lieu de passage et d'entrepôt pour les marchandises qu'on transportait de l'embouchure du Terek sur la mer Caspienne à celle du Don sur la mer d'Azov.

POSSESSIONS. Nous réparerons ici une omission faite à la page 5oi, en faisant observer que toute la surface de l'empire Russe et de ses dépendances politiques peut être estimée à 5,912,000 milles carrés et toute sa jm>fiuiation a 60,000,000 d'âmes. Voyez la Russie d'Europe et Y Amérique Russe.

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