‹ Abrégé de géographie (volume 2)Chapitre 192 sur 320 · TABLEAU STATISTIQUE DE L'AFRIQUE · texte numérisé non relu

TABLEAU STATISTIQUE DE L'AFRIQUE

Malgré les remarques que nous avons faites aux pages 44 et 45, et tout ce que nous avons dit dans l'introduction au tableau statistique de l'Asie, nous croyons indispensable, dans l'intérêt de la science et dans celui de nos lecteurs, d'ajouter encore quelques autres observations.

La géographie de celte partie du monde est encore si imparfaite, ses lacunes sont encore si grandes et si nombreuses , que le titre de Tableau statistique de l'Afrique devrait être rejeté comme absurde. Comment, pourrait-on nous dire : voulez-vous donner la statistique d'états dont vous ne connaissez pas seulement la géographie ? Quelle confiance peut-00 avoir dans des chiffres qui ne sont basés sur aucun des élémens qu'où regarde

cependant comme les seuls à l'aide desquels on peut les obtenir ? Depuis loug-temps nous nous sommes fait à nous-méme ces objections, et dès l'année 1808, au début même de notre carrière littéraire, nous avons appelé l'attention des savans sur les richesses chimériques que de prétendus géographes et des savans étrangers à la géographie et à la statistique accumulent dans leurs ouvrages, au grand détriment de ces deux sciences. Dans tous nos travaux postérieurs nous avons réduit à leur juste valeur ces prétendus trésors scientifiques, et nous avons eu le plaisir de voir que non-seulement les savans qui s'occupent spécialement de ce genre d'études, mais aussi le public ont applaudi à notre franchise. Nous avions même pris la détermination d'exclure entièrement de la Balance Politique du Globe tous les états de l'Afrique et de l'Océanie, et presque tous ceux de l'Asie; mais le géographe célèbre, dont les sciences historiques et géographiques déplorent encore la perte, nous a fait changer d'avis. C'est en cédant pour ainsi dire à ses instances que nous nous sommes livré à de longues et pénibles recherches pour offrir, non pas lu statistique de tous ces états, mais les nombres limites qui, dans l'état actuel de la géographie pourraient être adoptés, en attendant que des faits positifs viennent les remplacer. Et pour nous servir de l'expression employée par notre célèbre ami Malte-Brun, c'est plutôt pour signaler au lecteur ce qu'il doit rejeter, et pour le mettre en garde contre une exactitude trompeuse, que pour lui ofîrir réellement la statistique d'états qui ne peuvent encore en avoir, que nous nous sommes décidé à leur accorder une place dans ce travail sur la statistique générale du globe.

Mais nous devons justifier quelques modifications que nous avons fait subir aux résultats numériques auxquels nous nous étions arrêtés dans ce tableau. Les changemens survenus dernièrement dans l'Abyssinie, et les succès de Subgadis, l'entreprenant successeur de Welleta Sciasse, nous ont engagé à donner une beaucoup plus grande étendue au royaume de Tigré. Nous avons vu à la page 844 que cet état paraît comprendre aujourd'hui presque tous les pays qui , à l'époque du second voyage de Sait , formaient les royaumes de Tigré et d'Amhara. D'un autre côté nous avons rejeté les évaluations exagérées que, d'après les premiers rapports des voyageurs anglais et d'après les calculs du savant Hassel , nous avons adoptés sur l'empire de Bornou et sur celui des Fellatahs ou Fellans. Nous a vous plusieurs motifs pour croire que les chiffres que nous proposons s'éloigneront beaucoup moins de leur étendue et de leur population réelles. Les observations qu'un géographe et statisticien très distingué a faites sur nos évaluations relatives à l'empire de Maroc, en rendant compte de notre travail sur la Russie, nous ont engagé à porter la population de cet empire de l'Afrique -Septentrionale à 6,000,000 d'âmes, nombre auquel nous croyons devoir provisoirement nous arrêter, quoiqu'il reste encore beaucoup au-dessous de celui proposé par M. Grâberg. L'n voyageur très instruit, M. Washington, qui vient de remplir bien des lacunes dans la géographie de cet empire, ue lui accorde que de 5 à 6 millions d'habitans.

D'après les renseignemens que nous devons à l'obligeance d'un savant célèbre, dont le nom Bgure toujours dans presque toutes les grandes acquisitions que la géographie de l'Afrique a faites de nos jours et qui, par ses intimes relations avec les hommes les plus importans de l'Egypte, est à même, plus que tout nuire, de connaître les principales ressources

t ABRÉGÉ DE GÉOGRAPHIE.

de cette contrée , nous laisserons subsister les évaluations que d'après lui nous avons données dans la Balance Politique du Globe. Nous n'avons aucune confiance dans des recensemens et dans des tableaux statistiques sur l'Egypte, dont M. Jomard n'a pas eu connaissance, et dont nous avons déjà signale l'exagération dans la partie relative aux revenus de l'empire Ottoman à la page 802. Nous espérions pouvoir fixer noire opinion sur l'étendue et la population du royaume des Molouas d'après les renseignemens pris sur les lieux par M. Douville; mais cet estimable voyageur, qui réunit à une solide érudition une grande réserve sur tout ce qu'il n'a pas vu par lui-même, n'a jamais voulu nous rien affirmer sur ce sujet. Malgré sa louable réserve, qui devrait être imitée par bien des voyageurs, nous croyons que l'étendue de ce royaume, en y comprenant toutes les vastes contrées qui en sont tributaires ou qui reconnaissent sa suzeraineté, pourrait bien être évaluée à 200,000 milles carrées. Fin adoptant ce chiffre, qui d'ailleurs s'accorde asse* bien avec les renseignemens sur sa grande étendue, que nous avions obtenus à Lisbonne et qui nous ont été confirmés à Paris par des Portugais très instruits , et en évaluant seulement à 5 habitans sa population relative, on aurait 1,000,000 d'âmes, nombre qui nous paraît représenter le minimum de la population absolue de cette puissance prépondérante de l' Afrique-Transéquatoréale ; nous ne serions pas même éloigné de la porter jusqu'à 1,400,000 âmes, en calculant sa population relative à 7 habitans par mille carré. Nous avons déjà exposé aux pages 56o et 56* 1 les motifs qui nous ont guidé dans la détermination des surfaces et des populations de l'Afrique-Portugaise , de l'Af ri que-Française et de l'Afrique-Anglaise ; mais ici nous devons prévenir le lecteur qu'une partie très considérable de la population , que nous avons assignée aux deux premières, est de nom et de fait entièrement indépendante. Dans l'Afrique Anglo-Américaine on a compris les tribus indigènes qui vivent sur le territoire, que les nouveaux colons regardent comme leur propriété , ainsi que les Africains qui sont déjà devenus leurs alliés. Nous n'avons fait subir aucun changement à nos évaluations relatives à l'Afrique-Anglaise, quoique, à la rigueur, d'après les principes suivis dans la détermination des autres possessions étrangères en Afrique, on pourrait y joindre l'Hottentotie et la Cafrerie-Maritime, régions comprises dans les limites des relations commerciales et politiques que les Anglais entretiennent avec leurs habitans. Quant à l'Afrique-Ottomane , on en a exclu toutes les vastes contrées de l'Arabie, qui sont occupées par les troupes du vice-roi d'Egypte, mais on a tenu compte de tous les pays conquis dernièrement dans la Région du Nil. La surface et la population de l'Afrique Arabe ont déjà été comptées dans les sommes relatives à cette puissance dans le tableau statistique de l'Asie. Nous rappellerons enfin que dans toutes ces évaluations on a toujours négligé les fractions décimales des populations relatives au-dessus de 10.

Maintenant que le lecteur a le moyen d'apprécier convenablement la valeur des chiffres que nous lui offrons , nous allons tracer le tableau statistique de cette partie du monde. Nous avons cru inutile de mettre les points d'interrogation, qui accompagnent plusieurs chiffres adoptées dans la Balance Politique d:i Globe que nous reproduisons ici, parce que ce signe devrait être mis après toutes les sommes indistinctement. Nous avons aussi cru devoir retrancher le nombre d'hommes que chaque état

DESCRIPTION DE L AFRIQl E.

peut armer en temps de guerre. Dans des pays gouvernés comme le sout ces états, ou il n'y a pas d'armée régulière, ou, s'il y en a, elle varie selon le caprice du despote qui les régit; rien n'y est déterminé. Ou pourrait cependant adopter comme base d'un calcul approximatif, qu'en temps de guerre le douzième ou le dixième de la population totale prend les armes pour attaquer ou pour se défendre. Les relations fréquentes que les états de la Nigritie-Maritime et de la ISigritie-Occidentale entretiennent avec les établissemens européens , ont déjà contribue à rendre plus dangereuses les guerres que les Blancs ont quelquefois à soutenir contre eux , par l'introduction des armes à feu dans leurs armées. Il n'y a pas long-temps que les Achantis ont été sur le point de chasser les Anglais de toutes les colonies qu'ils possèdent dans cet empire, et il y a à peine quelques mois que les Mandingucs de Barra auraient détruit l'établissement anglais de Sainte-Marie sur la Gambie, sans le secours qui lui a été apporté par le gouverneur français de Saint-Louis. Dans l'armée africaine il y avait un corps de 1,800 hommes armés de fusils; les Mandingues ont soutenu le feu des Anglais avec la plus grande intrépidité et pendant plusieurs heures. Nous avons déjà signalé ailleurs la force de l'armée du royaume de Madagascar. Les forces indiquées dans le tableau sont les armées permanentes. Les faibles rapports qui lient encore le vice-roi d'Egypte à la Porte- Ottomane, nous ont engagé à donner séparément le revenu et l'armée permanente de l'Afrique-Ottomane. Nous ajouterons que, d'après un tableau officiel que nous avons sous les yeux et que nous devons à l'obligeance de M. Jomard, les forces navales du vice-roi d'Egypte se composent actuellement dé quatre vaisseaux de ligne, dont deux de cent canons, douze frégates, quatorze corvettes, treize bricks, ians compter plusieurs autres bâtimens inférieurs.

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