‹ Abrégé de géographie (volume 2)Chapitre 232 sur 320 · AMERIQUE- ESPAGNOLE · texte numérisé non relu

AMERIQUE- ESPAGNOLE

POSITION ASTRONOMIQUE de l'île de Cuba. Longitude occidentale i entre 760 et 87*. Latitude boréale , entre ao° et a3°.

CONFINS de Pile de Cuba. Au nord, le golfe du Mexique, le détroit de la Floride, le canal de Bahama. A Yest , ce même canal, ensuite le canal nommé par les marins Passe-du-Vent, qui sépare Cuba de la république d'Haïti. Au sud, la mer des Antilles qui la sépare de la Jamaïque et de la confédération de l'Amérique-Centralc. A l'ouest, le canal de Yucatan, qui la sépare de la confédération Mexicaine.

L'île de Porto- Rico, située entre l'Océan-Atlantique et la mer des Antilles, a, à Yest, les Antilles-Danoises et Anglaises, et k- Y ouest, la répu-^ blique d'Haïti.

FLEUVES» Bien que l'île de Cuba soit la pins grande terre de l'Archipel Colombien ou des Antilles, elle n'a pas de fleuves considérables, surtout lorsqu'on veut les comparer à son étendue. Tous ont un cours très borné, et la plupart de leurs lits sont presque toujours à sec dans les grandes chaleurs. Parmi le très petit nombre de fleuves dignes d'attention , on peut citer les suivans :

Le Rio-Cacto; c'est le plus considérable de tous; il prend sa source sur le versant septentrional de la Sierra del Cobre. Il doit la longueur de sou cours, qu'on estime à près de i5o milles, à la direction tortueuse de sa marche. Le Cauto fertilise le départe» ment Oriental et débouche quelques milles au-dessous de Manzauillo.

Le Rio de Gcibks, remarquable par le projet qu'on a eu en 1798 de Punir au canal de petite navigation qui devait traverser l'île dans le méridien de Ratabano.

Le Ay ou Rio de los Nkgros, le plus remarquable peut-être de tout l'archipel par les magnifiques scènes agrestes qu'offre son cours. Le Ay s'élance de la caverne del Sumtdero , par bonds qui forment plusieurs cascades de 60 à 65 varas de hauteur , passe ensuite sous un pont naturel gigantesque, et vient reprendre son cours paisible au-dessous de Pueblo-'Viejo.

Division et Topographie. Après la perte définitive des magnifiques et vastes possessions que l'Espagne avait sur le Nouveau-Continent, cette puissance n'étend plus sa domination que sur les deux îles de Cuba et du Porto-Rico; la première est la plus étendue de l'Archipel-des-Antilles; la seconde est la plus petite du groupe des Grandes-Antilles. Ces deux îles forment deux capitaineries générales qui o firent différentes subdivisions, dont les détails sont étrangers à cet ouvrage. Nous ferons cependant une exception pour l'île de Cuba, à cause de sa grande importance. Le tableau suivant, rédigé sur des docuraens ofliciels, offre les lieux les plus remarquables; les chiffres ajoutés après les noms indiquent la population de chaque lieu, d'après le recensement de 1827. Pour ménager l'espace, on s'est borné à indiquer en milliers le nombre d'habitans, en exprimant en fractions décimales les centaines d'habitans de tous les lieux, dont la population est au-dessous d'un millier. Voyez à la page 12',.

ILE DE CUBA et dépendance».

Départ. Occidbktal. La-Havahe (Havuna) , lia. Guanajay, a. Jésus • del - Monte, a.

Madraga, i. Cano, i. Calvario, 0.9. Martel, 0.8. Guatao, 0.7. San-Jose de las Lajas , o.4. JLor QuemaJcs, o.4- Puentes- C ronde s, o.3. Gibacoa, o.3. Matanzas , 14. Seiba-Moeha, o.3. Piau/ <M /ho, o.3. Santiago, o.a. Batabano, oX L'Ile de Pwio* arec In colonie Reina-Amalia , o.a. Jaruco, 0.9. Santa-Maria del Rosalie, t. BejucaL, a. Guanabacoa* 5. Guins, 3. ft//a <4e San~ Antonio, 3. Caînuio, o.3.

DérART. du Ckhtrs.. • P oer t o • Pr i n c i pc (Ciudad de Santa-Maria de Pnerto-Prin-

cipe), 49. Colonia de San-Fernando de iVue+Uas, 0.7. CmbUas, 0-3- Guaimaro, o.3. Sibanicu, 04. Guanaja, o.oSo. Trinidad (Ciudad Maritima de Trinidad), i3. Curacucey, ? fttfa </r Santa-Ciara , 9. Z.« Pueria del Golf* (Nuestra Senora de la E*peranaa) ,0. 7. 5agua-la-Grande (El-Embarcadcro) , O.5. Colonut de Santé- Domingo , 0.8. San-Narciso de Alvarez, O.S. Quemado de Gaines , o.a. Î7/fa EspirituSanio, 11. Moron, 0.7. ft'tfa flV Sun- Juan de lot Remédias, b. San-Agustin de Mayagigua, o.a. Ciadad Ferma n dm* de Jugua , o.S

Défapt. Oaibktal. . Santiago de Cuba (Ciudad Maritima de Santiago de Cnba), 27.

San-Luis del Caney, 0.5. Caridad del Cobre (Villa de Kne»tra Senora de la Caridad del Cobre), 0.6. San-Gregnrio de Mmyari, 0.7. .fcj£W*t 04. fi/la de Bayamo, 7. Manzmnillo, 3. Oitto dV/ £wk barcadero, 5. San-Geranimo de las Tunas , a. Uiguany (San* Publo de Jiguani) , a. Holguin (Ciudad de San-Uidoro de Holgnin), 8. Puerto de Gibara,a3. Baracoa (Ciudad y Puerto de Nuestra Senora de la Aaumpcîon de Baracoa), 3. ILE DE P0RT0-RIC0. Sam-JcjAX (San- Juan de Puerto-Rico); Manaty; Arecs**; Commof

Guayama; San-German ; Mayagnez ( Magagua ; M lagucssé) ; Cabo-Roxo; Ponce. Dana le groupe de» Vierge» , le» Ile» Grand et Petit-Passage, Colubra (Serpent), Bieque (Boriqnem; Crabe, on Krabben).

La-Havawb, grande ville, très forte et très peuplée, située sur la côte septentrionale de l'île de Cuba , qui y forme un des plus beaujc ports du monde. C'est ta résidence du capitaine général , de l'intendant ou gouverneur civil du département Occidental et d'un évéque, qui jouit d'un revenu estimé à 1 10,000 piastres. «Vue de l'entrée du port, dit M. Galibert, La- Havane offre un des coups-d'oeil les plus ri ans et les plus pittoresques dont on puisse jouir sur le littoral de l'Amérique- Equinoxiale. Ses environs, sans avoir la sauvage majesté des côtes du Brésil, réunissent, à la grâce des scènes de la nature cultivée de nos climats , la vigueur organique qui caractérise les productions végétales de la zone torride. Les châteaux forts qui couronnent les rochers à l'est du port , son bassin entouré de villages, et dans lequel se déploient les brillantes couleurs des pavillons de diverses nations, les flèches pyramidales d'un grand nombre de clochers qui se confondent, tantôt avec la cime panachée du palmier royal, tantôt avec la mâture des vaisseaux, la couleur verdoyante des jardins intérieurs, le faîte rougeâtre des maisons, présentent, par un beau soleil, le spectacle le plus ravissant Mais l'intérieur de la ville est loin de répondre à ce premier coup-d'œil. A l'exception de la douane , de Y hôtel des postes , du palais du gouverneur , de la manufacture des tabacs et de quelques hôtels de la noblesse , on ne voit partout que maisons basses , construites , il est vrai , avec solidité, mais encombrées de balles, de caisses, de tonneaux. Dans ses rues, presque toutes étroites et mal pavées, où Ton est suffoqué par l'odeur du tasajo (viande salée) , on ne rencontre que portefaix et esclaves chargés, que charrettes, que volantes (espèce de chaise de poste)

de gens d'affaires , cabriolets sans ressorts, qui, dans leur marche rapide, soulèvent des flots de boue ou des nuages de poussière. Dans le port, sur les quais, à l'intérieur de la ville, tout respire l'activité et le mouvement, mais sans ce luxe , sans cette recherche , sans ce comfort que l'on trouve dans la plupart des villes commerçantes de l'Europe. Le soir seulement , ses délicieuses alamedas (promenades) sont envahies par un concours varie de promeneurs des deux sexes, dont l'élégance et la toilette pourraient rivaliser avec celle de nos fashionables ; et lorsque, au théâtre, qui est assez vaste pour admettre 1,800 spectateurs, on représente un opéra de quelque maestro fameux, on est sûr de pouvoir y admirer les grâces et la beauté piquante des Havanaises de distinction. »

Parmi les belles maisons de La-IIavanc, dit un jeune voyageur qui Ta visitée dernièrement, et qui confirme la peinture que nous en avons donnée, 011 remarque celle du comte de Fernandina, qu'il a payée i,5oo,ooo francs; il y en a sept ou huit dans la ville qui ont coûté cette somme; on ne peut se figurer le luxe déployé par les nobles habitans de ces palais. La plaza de armas , qui est la place principale de La-Havane , est ceinte par le palais du gouverneur et par celui de l'intendant; elle est ornée de statues, de vases, de fleurs, de plantes indigènes et exotiques, coupée de jolies allées sablées, et entourée de bancs de pierre avec des dossiers eu fer; le soir elle est très bien éclairée. Vis-à-vis le palais du gouverneur, dit M. Eugène Ney, est une chapelle élevée en mémoire de la première messe , qui , à la découverte de l'île , se célébra dans cet endroit, à l'ombre d'un immense ceiva, qui existait encore il y a peu d'années. Les ouvrages qui font de La-Havane une des plus fortes places du monde , méritent une mention particulière par leur importance, leur solidité et par les sommes dépensées pour leurs constructions : le seul ancien chemin couvert du comte de Santa- Clara a coûté 700,000 piastres; le Morro , qui avec le fort de la Punta défend l'entrée du port, exige 800 hommes de garnison; la Cabaha, qui en demande 2,000, est une superbe citadelle, avec de vastes casemates; le Fort situé à l'est de la Cabafia; les châteaux de ^tarés et del Principe , et la batterie de Santa-Clara , sont les autres ouvrages les plus importans. On ne doit pas oublier Varsenal, qui doit être rangé à côté des principaux établissemens de ce genre que possède l'Amérique. On y a construit de superbes vaisseaux qui, dit M. de Humboldt, sont plus chers sans doute que les vaisseaux des chantiers d'Europe; mais ils ont sur ces derniers, par la nature des bois des tropiques, l'avantage d'une longue durée. Depuis 1778 jusqu'en 1827, cet arsenal a fourni à la marine militaire de l'Espagne 22 frégates, 7 paquebots, 9 brigantins, 14 goélettes et 49 petits navires.

La-Havane possède plusieurs institutions scientifiques et littéraires , qui, en rehaussant les facultés de l'homme, concourent à le faire avancer rapidement vers un état de civilisation plus perfectionné , qui distingue avantageusement cette ville de plusieurs autres grandes capitales de l'Amérique ci-devant Espagnole. « L'université , dit M. de Humboldt, avec ses chaires de théologie, de jurisprudence, de médecine et de mathématiques, établies depuis 1728 dans le couvent des Padres Predicatores ; la chaire tV économie politique , fondée en 1818; celle de botanique agricole; le musée et Vécole d'anatomie descriptive, due au zèle éclsiré de don Alexandro Ramirez; la bibliothèque publique, Vécole gratuite de dessin et de peinture ,

Y école nautique, les écoles lancastriennes et le jardin botanique, sont des institutions en partie naissantes, en partie vieillies. Elles attendent, les unes, îles améliorations progressives; les autres, des réformes totales, propres a les mettre en harmonie avec l'esprit du siècle et les besoins de la société. » Depuis 170/i, La-Havane possède une société patriotique , d'où dépendent celles de Santo-Espiritu, de Puerto-Principe et de lYinidad, et depuis quelques années elle se distingue aussi favorablement par l'activité de la presse périodique; en i83o, on y publiait sept journaujc , dont un en anglais et un mensuel; ce dernier, qui paraît sous le titre $ Annales de Ciencias , est rédigé par M. Ram on de la Sagra; il traite de l'agriculture, du commerce et des arts, et a déjà enrichi la géographie et la statistique de documens précieux, qui ont rempli bien des lacunes qu'offraient ces deux sciences dans la description des îles de Cuba et de Porto-Rico. A la demande de M. de Humboldt , la Société patriotique a ordonné la construction d'une maison magnétique pour y faire annuellement, d'heure en heure, et pendant un jour et demi , des observations sur les variations horaires de la déclinaison magnétique ainsi que sur tout ce qui est relatif à la déclinaison et l'inclinaison absolues et à l'intensité magnétique. De semblables établissemens ont été fondés d'après le plan formé par ce savant, à Pékin , à Kazan , à Pétersbourg , à Nicolajev dans le gouvernement de Kherson , à Berlin, à Freiberg , à Paris, de manière que, sur une longueur de 1980 méridiens, depuis l' Amérique-Centrale jusqu'à l'extrémité de la Chine, depuis les tropiques jusqu'au 6or parallèle boréal, et dans les profondeurs des mines comme sur le sommet de hauts plateaux, on exécute un système d'observations simultanées et correspondantes , au moyen d'instrumens de même construction. Ces observations , continuées pendant un temps suffisant, conduiront sans doute à la connaissance des lois du magnétisme terrestre dans ses divers élémens, magnétisme qui joue un si grand rôle dans les phénomènes naturels, et qui, depuis quelque temps, a tant excité l'attention des naturalistes, des physiciens et des géographes.

La-Havane est, sans contredit, une des villes les plus riches et /es plus peuplées du Nouveau-Monde; son heureuse situation, la sûreté et l'étendue de son port, la variété et l'abondance des produits qu'elle oft're à l'exportation , l'accroissement successif de sa population , la prudence et la sagacité de ses commerçans, lui donnent sur les autres places, ses rivales, des avantages immenses. Sa population , tant dans la ville proprement dite que dans les faubourgs, s'est élevée, en 1827, à 112,023 âmes; dans ce nombre, 22,83o étaient esclaves. A la même époque, on n'y comptait pas moins de 2,65 1 voitures de maîtres on de louage; on estimait le montant annuel de ses importations à 60,000,000 francs, et celui de ses exportations à 5o,ooo,ooo francs, et le mouvement de son port égalisait ou même surpassait celui de Bristol, de Nantes, de Bordeaux, d'Anvers, de Riga, d'Odessa, de Porto, de Boston , de Philadelphie et de Baltimore, places marifinies toutes justement renommées par le grand nombre de navires qui les fréquentent et dont la valeur des importations et des exportations était inférieure à celle de La-Havane.

Voici les autres villes et lieux les plus remarquables de l'île de Cuba, d'après les divisions administratives auxquelles ils appartiennent.

DANS le DÉPARTEMENT OCCIDENTAL : Rkgla et Goavabicoa , situées sur h partie méridionale et orientale du beau bassin qui forme le port de La Havane ; les col»

lin es qui s'élèvent entre ces deux grosses bourgades sont couronnées de jolies maisons de campagne, où se retire la population aisée de la ville, lorsque la fièvre jaune (vomito negro) y exerce ses ravages avec une terrible fréquence ; on y a formé plusieurs établissemens de bains alimentés par des sources miuérales. Madrcga, bourgade remarquable par ses bains minéraux renommés dans toute l'île et 1res fréquentés. Pusrto- Mariel et Rabia-Honda , beaucoup plus petites, mais très importantes par leurs |>orts superbes. Matamzas , dans un site pittoresque, quoique marécageux, à l'est de I,a-Havanc. En 176s ce n'était encore qu'un point sans importance, tant à cause de sa faible population , que du peu de commerce qu'elle faisait ; mais depuis l'ouverture de sou port en 1 7«>3 et la levée des entraves qui s'opposaient au développement Ju commerce, Matanzas est devenue la seconde place commerçante de l'île; en 1817 elle a vu s'élever ses exportations à 9,101,939 fr. , et ses importations à -,!")'.,- r> d fr. Nous nommerons encore I'i'le di Pixos, à cause de sa grande étendue et parce que dernièrement ou y a fondé la colonie de la Reina Amalia, et le cap Antonio, auquel les atrocités commises dans ces dernières années par des corsaires espagnols et auglo- américains, commandés par Gibbs, ont donné une triste célébrité. C'est dans le voisinage de cette pointe que ces flibustiers , aussi intrépides , mais peut-être plus cruels que ceux qui, dans les 1 7*" et 1 8' siècles, furent la terreur de Saint-Domingue , dirigeaient leurs attaques contre les vaisseaux de toutes les nations qui naviguent dans la Méditerranée-Colombienne. C'est sur une espèce de campement établi sur le cap Antonio, et défendu par une batterie de quatre canons , qu'ils dirigeaient leurs prises et que de là ils faisaient transporter à 1^-Iluvanne, sur des navires côtiers, les marchandises qui en provenaient. Les innombrables ilôts situés a l'est de l'île de Pinos et ceux qui forment une grande partie de l'archipel de Rabarna au nord de Cm lu, sont d'autres repaires de flibustiers non moins cruels et aussi entreprenans que ceux du cap Antonio; depuis plusieurs années, ils répandent eux aussi la terreur et la désolatiou dans les mers des Antilles. Gibbs, tombe entre les mains de la justice de New- York , vient de périr à Long-tsland , par la maiu du buureau , après avoir pris, dans l'espace de quatre ans, treize vaisseaux à l'abordage et avoir massacré près de quatre cents I hommes dans ses terribles exploits.

Dans le DÉPARTEMENT DU CENTRE : Pce rto-Prihcipe , située dans l'intérieur des terres; quoique chef-lieu du département, siège de la Real Audiencia ou cours d'appel de l'île, et renfermant une population de 49,000 âmes, cette vilfe offre l'aspect le plus miséraMe qu'il soit possible d'imaginer. Ses rues sont étroites, tortueuses et dégoûtantes par leur saleté. Les parties basses en seraient même absolument impraticables, si les habitans , en construisant leurs maisons à trois ou quatre pieds au-dessus du sol , pour se garantir de l'humiJité, n'avaient eu soin d'y adapter des galeries extérieures, espèce de trottoirs , qui , seuls, entretiennent la communication au-dessus des mares infectes qui séjournent dans les rues. Puerto-Principe possède uue société patriotique , fait dm assez grand commerce avec l'intérieur de l'île .mais sou commerce extérieur par la baie de Nucvitas est de très peu d'importance. En iS3o on y publiait une gazette. Cot.om v de San-Fern aiïdo de Nurvitas , fondée en 1818 sur la magnifique baie de Nuevitas, est le chef-lieu d'une des cinq divisions maritimes de l'île; malgré son importance on cherche en vain son nom sur les meilleures caries et les plus récentes. C'est aus«i en vain que nous avons cherché la Ciiidad de Fernandina de Jaoca , autre colonie fondée depuis 1S17 sur la baie de Jagua ou Xagua , qui y forme un des meilleurs ports du monde , défendu par le fort de Nuestra-Senora de los Angeles , regardé par des militaires habiles comme la meilleure forteresse de l'île après les fortifications de La-Havane et le Morro de Santiago de Cuba; depuis quelques années son commerce a pris un grand accroissement. Ciudad Maritima deTrinioad, ville assez bien bâtie, chef-lieu d'une division maritime, avec une société patriotique ; c'est une des plus peuplées et des plus commerçantes de l'île; en r83o on y publiait une gazette. Dans ses euvirons est située la superl>e b aie del Musio. Villa de Saiti a-Ci.ara et Villa de Kspiritu-Santo, petites villes, situées dans l'intérieur et remarquables par leur population; la seconde possède une société patriotique. Villa de San -Juan oe los Remeoios, petite ville, cheflien d'une divi*>ion maritime et importante par la beauté de son port.

Dans le DEPARTEMENT ORIENTAL : Santiago deClda, une des plus anciennes

1174 ABRÉGÉ DE GÉOQRAPHIE

Mlles de l'Amérique , ayant été fondée eu i5i4, considérée comme la capitale de l'île jusqu'en 1589 , et actuellement chef-lieu de ce département, d'une division maritime et siège d'un archevêché. Son port, qui est un des plus beaux de /' Amérique , est défendu par le fort del Morro. Les constructions intérieures de Cuba , quoique présentant plus de régularité et une meilleure disposition que celles de la plupart des autres villes de l'île, n'offrent cependant aucun monument remarquable. Dépourvue, pour ainsi dire, d'eau potable , sans cesse exposée a la réverbération du soleil , par la nature crayeuse de son sol et le voisinage dis montagues , l'air qu'on y respire est suffocant. Les miasmes qui s'exhalent des laguues qui i'environticul , et de la baie au fond de laquelle elle s'élève en amphithéâtre, rendeut son séjour malsain ; aussi les liabitaus aisés, pour respirer un air plus pur et plus frais, se retirent , de juillet à octobre, dans leurs maisons de campagne , la plupart situées sur de rians coteaux , au milieu de riches plantations de cannes à sucra el de caféiers. Depuis 1 778 , époque de l'ouverture de son port, Santiago a pris une grande extension , et en 1827 elle a vu ses exportations monter à la valeur de 7,637,554 francs et celle des importations à 6,734,105 francs. En i83o on y publiait une gazette. Caeioau del Cobxe (Villa de Nuestra-Seûora de la Caridad del Cobre' , très petite ville, remarquable par sou sanctuaire , visité auuuellemeat par un grand nombre de pèlerins. HoLcuia, et Bayamo , petites villes de l'iutèrieur, importantes par leurs populations el leur commerce; Mahzajwilo est le port de la seconde, et util un commerce qui augmente tous les jours. Baracoa , très petite ville ; avec un port : c'est le premier étaèlissemeai que les Espagnols ont fait dans l'île.

Mais avant de quitter cette superbe colonie, que des documens officiels que nous avons sous les yeux nous autoriseut a regarder comme la plus riche de toutes les colonies fondées par Us Européens , qu'il nous soit permis de nous arrêter un instant pour offrir au lecteur quelques faits relatifs à sa grande importance et à son étonnante prospérité. « L'importance politique et commerciale de Cuba u'est pas seulement fondée sur l'étendue de sa surface, supérieure à celle des autres Antilles, sur l'admirable fertilité de son sol , sur ses établissemeus militaires el sur la nature de sa population, composée de trois cinquièmes d'hommes libres; elle s'accroît encore, dit M. de Humboldt, par les avantages de sa position géographique : sa forme étroite et allongée la rend à-la-fois voisioe d'Haïti et de la Jamaïque, de la partie la plus méridionale des États-Unis (la Floride} et de l'état le plus oriental de la confédération Mexicaine (le Yucatan). • Réduite peudaut les deux derniers siècles à puiser dans les caisses de la Nouvelle-Espagne, les sommes nécessaires pour subvenir aux frais de son administration intérieure et à payer sa nombreuse garnison , elle s'est vue depuis en mesure de suffire non-seulement à ses propres besoius, mais encore de venir au secours de la métropole pendant la lutte opiniâtre qu'elle a soutenue contre les colonies du coutiueut. Ce cliangement favorable est dû principalement à la levée des inconcevables entraves qui arrêtaient le développement de son commerce et de son industrie, à l'introduction de la culture de la canne à sucre de Tahiti, à la grande population blanche qui s'y est établie pour échapper aux massacres de Saint» Domingue , et pour éviter les horreurs iust j>ai ables des guerres civiles , surtout de celle qui a ensanglanté dans ces dernières années les possessions continentales ci-devant Espagnole*; au nouvel essor douné à l'agriculture et au commerce par les colons arrivés des Flohdrs el de la Louisiane ; enfin à ce grand nombre d'esclaves qui , importés pendant les dix dernières années , out créé tant de nouvelles plantations. Un concours heureux de circonstances politiques, la modération des officiers de la couronne, la liberté des échanges avec les nations étrangères , la conduite prudente des habitans el les nombreuses concessions de la métropole ont puissamment contribué aux progrès de la population , de l'agriculture, du commerce et de l'industrie, et out rendu Cuba, eu égard à son étendue et à sa population , la plus florissante comme la plus riche de toutes les colooies, non-seulenient de l'Amérique, mais de tout le globe. Sa population qui en 1775 n'était que de 170,370 ames, s'était élevée à «72,140 dès l'anuéc 1791 , à 551,998 eu 1817 et 1 73o,56a en 1827 ; dans cette dernière somme les esclaves ne figurent que pour 286,942; leur nombre en 1775 n'était que de 44,336 individus. Cet accroissement de population, même en faisant abstraction de ce qui est dû à l'infâme commerce des nègres , est teueinent considérable, qu'on ne saurait le comparer qu'à l'augmenta lion qui m eu lieu atu

DESCRIPTION DE L'AMÉRIQUE. I17i

États-Unis et dans le Canada, les pays de l'Amérique qui sous ce rapport se présentent sous le jour le plus favorable. L'agriculture a fait des progrès encore plus rapides; Y exportation du sucre, qui de 1790 à 1800 n'était, année moyenne, que de 110,091 caisses, s'est élevée de 1800 à i8ao à 307,696 caisses, et de t8aoà i8a5à 350,384. caisses; celte du café , qui en 1804 n'était que de 5o,ooo arrobas, monta à 3 1 0,000 arrobas en 1809, et à 1,331,609 arrobas en x8a6. La douane de La Havanne , qui en 2817 ne rapporta que 3,1 10,000 piastres, eu rapporta 3,733,000 en 1836 et 4,389,363 en 1837. Dans la même année le mouvement général de tous les ports de VQe a été de 1,841 navires entrés et 1,649 *°rtnv A la même époque, le montant des importations , d'après les relevés de la douane, s'est élevé à 17,353,854 piastres , et celui des exportations à 14*386,193 piastres, dans lequel la valeur des produits indigènes figurait pour une somme de 10,724,577 piastres. Ces chiffres, au reste, ne doivent être considérés que comme le minimum de la valeur des importations et des exportations; car, d'uu côté , les estimations de la douane , eu général au-dessous de la valeur réelle des marchandises, et de l'autre, les entrées et les sorties frauduleuses qui ont lieu en grand nombre , doivent nécessairement rehausser les sommes que nous venons d'indiquer. Enfin les revenus de l'île qui en 1778 ne montaient qu'à 885,358 piastres, et qui ne s'étaient encore élevés en 1794 qu'à 1,136,9:8 piastres, ont été de 8,469,973 piastres en 1837 , ee qui tait près de 45,000,000 de francs. Maintenant si l'on voulait comparer cette colonie avec d'autres regardées comme les plus riches , nous verrions que, d'après M. de Humboldl , le Mexique en 180$ , avec une population de 5,8oo,ooo d'âmes , rapportait 20,000,000 de piastres ; toutes les Possessions Anglaises en Asie , dont la population était estimée à la même époque à 3s millions , offraient une recette brute de 43,000,000 de piastres; la magnifique ile de Java , la contrée la plus riche et la plus peuplée de rOcéanie, avec une population d'environ 6,000,000 d'àmes, ne rapportait en 1833, avant le commencement de la guerre qui a ralenti sa prospérité, que 63,900,000 francs. Si l'on voulait pousser plus loin ces rapprochemens et comparer les revenus de l'ile de Cuba avec les revenus des principaux états de l'Amérique indiqués à la page 1 184 , on verrait que la recette brute de Cuba dépasse de beaucoup celle de tous les états du Nouveau-Monde, à l'exception des confédérations Anglo- Américaine et Mexicaine , de l'empire du Brésil et de la république de Colombie. Si on voulait faire la comparaison avec les états de l'Europe, dont nous avons donné les revenus aux pages 5g4 et 5o,5, on trouverait que la recette brute de cette colonie dépasse la recette correspondante de tous les États de cette partie du monde , celles des grandes puissances et de quelques monarchies du second ordre seules exceptées ; que son revenu est de peu inférieur à la recette de la monarchie Portugaise, et presque égal à celle des royaumes réunis de Wurtemberg et de Hanovre, ou à la somme des recettes du royaume de Saxe et du graud-duché de Rade ; que son revenu est supérieur à celui des deux grands-duchés de Bade et de Messe réunis à la Hesse-Électorale ; qu'il égale celui de l'Etat du Pape , qu'il dépasse le revenu des royaumes de Suède et de Pologne et celui de la monarchie Danoise ! Telles sont les immenses ressources de cette colonie, qui est exempte de toute espèce de dette. Elles étonnent d'autant plus que des documens officiels prouvent qu'elles ne proviennent que de la septième partie de son territoire ; que serait-ce si tonte l'ile était mise en culturel « Bien plus florissante, dit M. Galibert, que la plupart des nouveaux états indépendans de l'Amérique, obérés déjà par leurs emprunts , elle voit tous les jours accroître sa prospérité, sans compromettre son avenir. »

Nous avons déjà dit que I'île de Pohto-Rtco est la moins étendue des Grandes- Antilles. Quoique sur une moindre échelle, les progrès de sa population, de son agriculture et de son commerce, furent aussi considérables queceux de Cuba. Sa population , qui en 1778 était estimée à 8o,65o, s'éleva, en 1827, à 288,475 âmes; dans ce nombre, 28,408 seulement étaient esclaves; 101,749 étaient laboureurs. Voici les villes et les lieux les plus remarquables de cette importante colonie, à laquelle un terrible ouragan causa des pertes énormes le 26 juillet 1825 :

Pohto-Rioo ou Sak-Juah de Poxto-Rico , ville assez grande et asscx bien bAtic sur

ARRÉGÉ Dfc GÉOGRAPHIE.

une presqu'île de U côte septentrionale-, au milieu d'une vaste baie , comoHiniquant à U terre terme par un isthme d'une longueur considérable ; cette position et les important travaux qu'on y a faits, l'ont rendue une des plus fortes places de l' Amérique. Son port est sûr , spacieux et profond. Porto-Rico est la résidence du capitaine géuéral et d'un évèquc. Son commerce est florissant et sa population est estimée à près de 3o,ooo âmes. AacctvB et Gvayama, bourgades importantes par leur population considérable; Coamo , village remarquable par ses eaux thermales sulfureuses ; Si s -Germait , petite ville, chef-lieu de la seconde division administrative de l'île: elle a été bàlie en i5n. Mayacckz , bourgade à laquelle la tentative de Diicoudray a donné de nos jours une certaine célébrité. En i8aa un parti de pirates ou flibustiers commandé par cet aventurier s'empara de son port , y fit paraître une proclamation pour annoncer l'indépendance de toute l'île sous le litre de république de Botqua; battus par les Espagnols ils furent obligés d'évacuer l'île; mais leur tentative, dit M. Ruchou dans sou Atlas Géographique, Statistique et Historique des Deux-Amériques, et leur proclamation n'est pas nn des épisodes les moins curieux de cette époque historique. Cabo Roxo , village près do cap de ce nom , important par ses salines qui fournissent cette denrée à une grande partie de file. Poires, bourgade florissante par ses plantatious. Les îlots qui dépendent de Porto-K ux> n'offrent rien de remarquable. Nous ferons seulement observer que celui de Bikqvk est de beaucoup le plus grand de tous, et qu'il égale en étendue la florissante île danoise de fcanta-Crui qui en est voisine.

La Suède ne possède, dans le Nouveau-Monde, que 1a petite lie de Saint- Barthélémy , que la France lui a cédée en 1784. C'est la plus petite des divisions politiques de l'Amérique. Environnée par des îles occupées par les Hollandais, les Français, les Anglais et les Danois, elle est assez importante par l'état florissant de son agriculture; mais son commerce a beaucoup perdu depuis la cessation de la guerre maritime, pendant laquelle son port, ouvert à toutes les nations, faisait d'immenses affaires. Gustavia ( longitude occidentale 65° 10'; latitude boréale 170 55 ) est la résidence du gouverneur; c'est une petite ville, assez bien bâtie, avec un port franc , fréquenté par un assez grand nombre de navires ; c'est encore un des principaux entrepôts du commerce des Petites- Antilles; on porte à 10,000 le nombre de ses habitans.

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