TABLEAU STATISTIQUE DE L'AMERIQUE
Nos lecteurs connaissent déjà les difficultés sans nombre qui s'opposent à une appréciation exacte des forces et des ressources des états, ainsi que les principes qui nous ont guidé dans ces recherches difficiles. Dans l'introduction au tableau statistique de l'Europe, nous leur avons même exposé nos doutes relativement à plusieurs points de la statistique des principaux états de l'Amérique. Mais quelques remarques nous paraissent encore nécessaires pour justifier des changemens importans que nous avons fait subir aux résultats statistiques admis dans la Balance Politique du Globe. D'ailleurs, il est bon de signaler les limites au-delà desquelles toute application , que l'on voudrait faire à d'autres états des élémens contenus dans
le tableau statistique que nous allons offrir, donnerait des résultats erronés.
BUPEXLFICXB. Aux pages 557, 56 1, n43, 1 i45, u65, etc., nous avons déjà signalé les doutes que le géographe a encore sur certains pays , et les causes qui ne peuvent manquer de produire une grande différence dans l'estimation de la superficie des possessions des Anglais , des Français et des Anglo-Américains dans cette partie du monde. Aussi nos évaluations ne sont basées que sur les limites que leur accordent les meilleures cartes , et surtout celles que M. Brué a publiées dernièrement. La contradiction apparente qu'offre l'évaluation de la surface du Brésil donnée par la Balance avec celle que nous avons adoptée dans le tableau que nous allons donner, vient de ce que , à l'époque de la publication du premier ouvrage , toute la superficie du Nouvel-Etat-Oriental de l'Uruguay , formant alors par tie de la province Cisplatina de l'empire du Brésil , devait être nécessairement comptée dans la surface générale de cette vaste monarchie.
POPULATION. Dès l'année 1808, dans notre Prospetto politico geogrqfico dello stato attuale del globo sopra un nuovo piano , nous avons fait connaître les exagérations des géographes sur la population du Nouveau- Monde. Dans cet ouvrage, nous la portions à 27,400,000, d'après les renseignemens les plus positifs qu'on pouvait avoir à cette époque. Les recherches que nous avons faites , et les travaux géographiques publiés depuis lors sur les principales régions de ce continent , nous ont engagé à porter sa population, d'après les sommes spéciales de ses différentes parties, à 33,8oo,ooo en 1816, et à 36,ooo,ooo en 1819. Mais ces calculs avaient besoin d'une rectification.
Ne nous étant pas encore livré à des études sur les langues de l'Amérique , nous n'avions aucun moyen de corriger les exagérations des géographes et des voyageurs sur le nombre des Indiens sauvages ou indépendans. Quelques écrivains, même parmi ceux que la renommée place au premier rang, avaient augmenté extraordinairemenl , et continuent à augmenter leur nombre. Le savant géographe Morse portait encore, en 181 2, à 5,ooo,ooo les sauvaves indépendans de l'Amérique f lorsque l'ingénieux Volney, dès l'année 1804, avait tâché de prouver qu'ils ne sauraient être estimés au-delà de 1,639,000. L'éditeur de la Grammar of gênerai geography of Goldsmith ne tenant aucun compte des estimations de Morse et de Volney, publiait encore à Londres , en 1822, que les sauvages indépendans du Nouveau-Monde s'élèvent à 12,000,000, dont 5,ooo,ooo vivent dans l'Amérique-du-Nord , et 7,000,000 dans celle du Sud ! Un voyageur très instruit, M. Buchanan, estimait, en 1824* à 2,000,000 ceux qui errent entre l'itshme de Panama et l'Océan-Glacial-Boréal. Hassel, dans une Dissertation sur le nombre d'habitans de l'Amérique , insérée dans les Êphémérides géographiques de fVcimar, croyait pouvoir évaluer tous les sauvages du Nouveau-Monde à environ 2,5oo,ooo en 1825. Dès l'année 181 6, et après un premier examen sur ce sujet difficile, nous avions cru pouvoir les réduire à ce nombre dans notre Compendio. Mais les études de M. de Humboldt sur ce même sujet, les faits que M. Gai latin a consignés dans un mémoire manuscrit , dont nous devons la communication à l'obligeance du premier, ainsi que les détails multipliés que nous avons rassemblés sur le nombre des Indiens sauvages, en rédigeant Y Atlas ethnographique du Globe, nous ont engagé à diminuer de moitié notre première évaluation. Ayant publié dernièrement, dans le xxxviii* volume de la Revue Ency-
clopédique, nos recherches sur la population de l' Amérique, nous croyons inutile de répéter ici les raisonnemens que nous avons faits pour justifier nos calculs. Nous ferons seulement quelques remarques sur la population de quelques états à laquelle nous avons fait subir de grandes modifications.
La population de la Confédération Anglo-Américaine , que, pour la fin de 1826 nous avions estimée à 11,600,000 âmes, doit être portée pour la même année à 11,800,000. Cette erreur vient de ce que, dans la multiplicité des calculs que nous devions faire pour la rédaction de la Balance Po~ utiqiu: du Globe, nous avons oublié d'ajouter à la somme provenant du recensement de 1820 et de l'augmentation qui avait eu lieu depuis cette époque jusqu'au i*r janvier 1827 , la population des tribus indépendantes, toujours comprises dans nos évaluations du nombre d'habitans de tous les autres états de cette partie du moude. Le recensement de i83o , dont nous avons donné les résultats aux pages 1041 et 1042, nous a servi à contrôler les calculs approximatifs que nous avions faits pour 1826; et, à part Terreur que nous venons de signaler , entièrement indépendante des calculs relatifs à la population des races blanche et noire, nous avons eu le plaisir de voir que dans cette évaluation, si différente des estimations exagérées faites à la même époque par les journaux indigènes et étrangers, nous nous étions tellement approché de la réalité , que nous n'avons eu besoin de leur faire subir aucune modification. A la page 104* nous avons expliqué la cause des contradictions apparentes qu'offrent nos calculs relatifs à la population des Etats-Unis.
A la page 563 , nous avons indiqué les motifs qui nous ont engagé à dimiuucr la population de V Amérique- Espagnole. D'autres prétendus recensemens officiels relatifs aux deux Canadas et publiés par un journal allemand, qui jouit d'une célébrité justement acquise, nous ont fait évaluer trop haut la population de l' Amérique- An glaise. Selon le rédacteur de ce journal , un recensement de 1824 aurait donné au Bas-Canada 622,628 habitans et 280,567 au Haut- Canada, ce qui tait plus de 900,000 pour ces deux seules provinces. Des documens officiels que nous avons reçus depuis, et dont la vérité et l'exactitude sont confirmées par les faits importans que MM. Bouchette, Douglas et M'Gregor viennent de publier à Londres, nous ont fait rejeter ces dénombremens imaginaires, et nous ont engagé à réduire toute la population de cette partie du Nouveau-Monde à 1,900,000 âmes pour la fin de l'année 1826.
Les incertitudes qui subsistent encore sur la totalité du nombre des habitans du Brésil sont tellement considérables, qu'il nous a paru plus convenable de conserver les nombres ronds admis dans la Balance, plutôt que d'offrir une précision illusoire, en faisant la soustraction des 70,000 habitans que nous avons assignés au Noupel-Etat- Oriental de l'Uruguay On sera peut-être étonné de nous voir estimer si bas la population de cette république, à laquelle on s'accorde à donner 175,000 âmes d'après les calculs erronés de Hassel , suivis de tous les statisticiens allemands ainsi que des statisticiens et des géographes français, qui exploitent ses ouvrages sans presque jamais daigner le citer. Mais notre évaluation est basée sur les faits positifs que nous devons à l'amitié dont nous honorait M. le vicomte de Sau- Lourenço, ancien ministre des finances de la monarchie Portugaise, sous la direction duquel a été fait le dernier recensement du Brésil. D'autres rciiseignemens plus réeens que nous devons à l'obligeance de M. Varaigne,
qui connaît si bien tout ce qui concerne l'ancienne vice-royauté du Rio de la Plata, dont cet état faisait partie, ne diffèrent que de quelques milliers en moins des estimations du ministre brésilien.
Nous devons aussi faire subir une grande diminution à la population, nue nous avons donnée à la république d'Haïti sur l'autorité d'un prétendu dénombrement officiel publié par les journaux, des Etats-Unis, d'après lequel cet état, en i8a4, n'aurait pas compté moins de q35,335 habitans. Un observateur habile, M. Mackenzic, ancien ministre anglais auprès du président Boyer, a déjà réduit a sa juste valeur ce prétendu recensement, dans l'intéressant ouvrage qu'il vient de publier à Londres. Un autre voyageur célèbre, ci devant consul général de France à Haïti , M. Mol lien, auquel nous devons beaucoup de renseignemens précieux sur cette république où il a séjourné assez long- temps, nous assure que la population actuelle de l'île est au-dessous de 600,000 âmes. Comme on ne peut nullement compter sur l'exactitude d'aucun recensement fait jusqu à présent dans cette contrée, et que l'on ne connaît que très imparfaitement le mouvement de sa population , nous croyons qu'on pourrait provisoirement adopter en nombre rond les 800,000 âmes que lui accordait M. de HumboWlt en 1 8aa ; mais cette somme doit être regardée comme le maximum de la population qu'on puisse assigner à Haïti pour la fin de 1826.
Nous n'avons aucune raison pour modifier les populations que nous avons assignées aux autres états de l'Amérique , quelque différentes que soient les estimations données par d'autres géographes et statisticiens. Nous ne sommes pas surpris que le célèbre statisticien Hassel , dans la multiplicité des calculs auxquels il était livré, ait, par un double emploi, si étrangement exagéré la population des Provinces- Unies du Rio de la Plata, en accordant à cette seule partie la totalité de la population qu'on assigne à ces mêmes provinces, à la république de Bolivia , au Paraguay et au Nouvel-Etat-Oriental de l'Uruguay; nous concevons aussi que des savans, étrangers aux points difficiles de la géographie et aux difficultés de la statistique , persistent encore a donner 3,200,000 âmes à la seule confédération du Rio de la Plata, après tout ce que nous avons dit sur ce sujet dans le mémoire sur la population de l'Amérique , publié par la Revue Encyclopédique, journal que son mérite justement apprécié met entre les mains de tout le monde ; mais nous ne pouvons comprendre qu'une erreur aussi grossière puisse être annuellement reproduite dans des recueils et dans des ouvrages estimables publiés en Allemagne , en Angleterre, dans l'empire d'Autriche et dans les États-Unis , tous rédigés par des hommes spéciaux et d'un savoir profond. A l'égard de la population de la république de Bolivia, que deux généraux, célèbres dans les guerres de la Colombie, nous ont reproché confidentiellement d'avoir porté trop haut , nous ferons observer que M. Pentland, qui vient de visiter cette intéressante partie de l'Amérique, sur laquelle il a bien voulu nous communiquer «le précieux renseignemens, nous ayant fourni les résultats du dénombrement fait en 1827, nous avons trouvé qu'en y comprenant les indigènes indépendans, ce document officiel donne un total presque identique à la somme publiée par la Balance Politique du Globe. Cette concordance remarquable avec des faits positifs et avec les estimations d'un observateur habile, nous engage à persister dans notre opinion.
Aux pages 1 1 33 et 11 34 nous avons indiqué les élémens dont se com-
posent la superficie et la population des vastes espaces du Nouveau- Monde que nous avons nommés Amérique-Indigène-Indépendante.
En considérant les états fédératifs sous leur véritale point de vue, nous voulions faire à l'égard des confédérations de l'Amérique, ce que nous avons fait à l'égard de celles de l'Europe. Mais après de longues et difficiles recherches, nous nous sommes convaincu de l'impossibilité où l'on est de pouvoir, non pas offrir les principaux élémens de leur statistique, mais, à l'exception des états de l'Union, évaluer avec une certaine exactitude même leur superficie et leur population. On nous répondra peutêtre que ces deux élémens se trouvent dans tous les tableaux statistiques, dans les almanachs et dans bien des géographies. Mais nous , qui depuis long-temps avons contracté l'habitude de remonter à la source de chaque élément statistique pour en apprécier la valeur; nous qui, par nos nombreuses relations avec plusieurs hommes distingués de ces mêmes pays, sur lesquels nous avons eu occasion de les consulter et en avons reçu une foule de documens importans , nous n'hésitons pas à le dire , nous regardons la chose comme impossible dans le moment actuel. Tout ce que nous avons pu faire, c'est de déterminer aussi exactement que possible les élémens principaux de la statistique générale des confédérations Américaines, remettant à des circonstances plus favorables la rédaction de la statistique des différens états dont elles se composent. Nous n'avons fait qu'une seule exception à l'égard des États-Unis proprement dits , à cause de la stabilité qu'offrent leurs divisions, grâce a la paix dont ils jouissent.
En résumant toutes les modifications en plus et en moins que nous avons fait subir aux populations publiées dans la Balance Politique du Globe , il en résulte que la population totale de l'Amérique ne serait, pour la fin de 1826, que de 38,5oo,ooo âmes au lieu des 39,000,000 que lui assigne cet ouvrage. Comme dans toutes nos évaluations nous nous sommes toujours arrêté à des nombres qui pèchent en moins , surtout à l'égard du Brésil, du Mexique et de la Colombie, nous croyons que, vu les doutes que l'on a encore sur toutes les populations de ces contrées, on pourra retenir sans grave inconvénient le nombre roud de 39 millions pour la population totale de cette partie du monde.
Maintenant nous allons offrir au lecteur le tableau des principales opinions émises par des géographes, des naturalistes , des astronomes et des littérateurs sur la population de l'Amérique. Ce sera une nouvelle preuve des calculs hasardés et du manque total de critique qu'on leur reproche justement, lorsque, étrangers aux recherches longues et difficiles que demande l'appréciation des populations générales , ils veulent prononcer en maîtres et présenter leur opinion là où ils devraient se borner à suivre celle des hommes spéciaux qui sont les seuls juges compétens sur ces matières.
TABLEAU COMPARATIF
DES PRINCIPALES OPHTIOJTS EMISES ECU LE «OMBRE DES U ABIT AME DE {.'AMERIQUE.
Bcschixg, en 1778 13,441.678
PiHKERToif , en 1800 (en 1804, dans la traduction française, a5,5oo,ooo). i 5. 000. 000
LftURIE et WlTTLE , dans le Pfew-Juvenile- Allas , en 1808 16,180,110*)
Volnet, en 1804, et Steiic, en 181 r. 20,000,000
Faeri, en i8o5, et GrXberg, en i8i3 14,000,000
^allmtoer, en 1 798. 25,5oo,ooo
, aq commencement du zixe siècle *4,©>o,oo#
MM
Habitant.
Hum, en 1808, d»ns le Prospetto P>Utico Geograjico del Globo 27400,000
li » it m « h , dans les Fphemérides géographiques de VVeimitr, et Rkicharo, dans
1 édition de la Géographie de Galletn , en i8aa 3©,843,5oo
Hassil ctSTEii», dans leur» Dictionnaires géographiques, en 1817 et 1818. 3i,ooo,oon
( a> > u , en 1821 33,ooo,ooo
Bai ut , en 1816, dans la irr édition du Compendio di Geograjia Universale. 33, 800,000
Hcmbolot, en i8a3 34,943,000
Monsa , en 181a.. I >.<.•>,,,,„ , >
Worc rater, en i8aa, et Bvlbi dans la ar édition du Compendio en 1819. . 36,ooo,ooo Darby, en i8a6. 37,400,000
Stkih , en i8a6 38,o86,ooo
Balbi, en i8a8, dans la Balance politique du Globe, pour la fin de Tannée i8a6. 5<> <»)(>,<>..<> DaitAix , en i8a8. 39,309,000
Ma lté- Brun , en 1810, au-dessous de 40,000,000
Mei.isii, en 18 18. 40,000,000 IIvssh., dans son Almanach de i8a8, et Y Almanach de Gotha de 1829. . . . 40,048,844 Chaules Joli us Bergius, en i8a8. <■,. .,,">,- s .
Schnabel, dans la septième édition de la Géographie de Galletti, en 1 S 3 1 . 4a,ooo,ooo
Dede, continuateur de Y Almanach de /Jassel, en i83a, pour i83i 43^43^58
Le Sac.» , en 18a 3; et Letroxitk , en 1814. 5o,ooo,ooo Morse, vers la fin du xvm" siècle; Hervas, en 1800; et Lalahde, dans
V Annuaire de Tan IX (1800) 60,000,000!
BiEi.rELD.en 1760; Susamilch, en 1765; Beausobre, en 1771 ; et l'auteur
anonyme delà Description des mœurs et coutumes , en i8ai i5o,ooo,oool
L'Abbé de Saiîtt-Pierre , vers 1750; et Lalahde, dans Y Annuaire de
tan FUI (1799) 180,000,000!
Guilbert Charles Le Gendre, vers 1738, au moins. a5o,ooo,ooo!
RxncioLi, rers i(«6o. 3oo,ooo,ooo!
MoNTAir.iVK et Montesquieu, l'estimaient au plus bas pour l'époque de sa
découverte à 400,000,000!
XLZ VENUS et dettes. Nous venons de voir les difficultés qui accom-
pagnent la détermination de la surface et de la population des différens états dont l'ensemble forme les confédérations. Ces difficultés sont incomparablement plus grandes lorsqu'il s'agit de déterminer les revenus et la dette de ces mêmes états. Aussi, les considérant quant à présent comme insurmontables , avons-nous renoncé à les admettre dans notre tableau , sans faire d'exception, pas même pour les états qui forment la puissante confédération Anglo -Américaine. Notre réserve doit étonner d'autant moins nos lecteurs que nous ne faisons qu'imiter un savant, à-la-fois administrateur habile et économiste distingué , qui a étudié dans son ensemble le système financier de ce pays. M. Saulnier , qui grâce à la lucidité de son Style et à ses laborieuses recherches, apporte toujours une si grande clarté dans les questions d'économie politique les plus ardues, a déjà signalé dans un article très remarquable de la Revue Britannique combien sont incomplets les renseignemens donnés par les recueils statistiques publiés dans l'Union. « Il est d'autant plus difficile, dit ce statisticien, de classer ces matériaux, qu'il y a une grande variété dans la nature des recettes comme dans celle des dépenses des divers états. Cette difficulté s'augmente encore par la confusion qui règne dans la rédaction des budgets, rédaction assurément fort inférieure à celle des budgets que faisait Sully, au commencement du xvne siècle. Dans plusieurs on ne voit pas figurer les sommes considérables employées annuellement à payer l'instruction élémentaire. Dans d'autres, au contraire, on met en ligne de compte non-seulement toutes les branches du revenu, mais même tous les dividendes des banques particulières, dont une partie, quelquefois seulement assez considérable,
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ABRtfr.tf DE GÉOGRAPHTK.
appartient à l'état; et, ce qui est plus extraordinaire encore , par la plus étrange des anomalies, on fait figurer dans la recette de ces budgets les capitaux des fonds de l'état , sans mentionner l'intérêt des dettes qu'ils ont contractées, et qui absorbent souvent plus des deux tiers de la recette. »
Nos relations nous ont fourni les moyens de connaître les budgets fédéraux des confédérations de l'Amérique ; ce sont ces budgets , dont nous offrons les résultats généraux dans le tableau. Mais il faut bien se garder de croire qu'ils représentent toute la totalité des recettes qui a lieu dans ces états. Dans l'Union , par exemple, chacun des vingt-quatre étals dont elle se compose a son budget à part, indépendamment du budget général ou fédéral. Pour connaître la totalité des recettes de celte confédération , il faudrait additionner les recettes spéciales de chaque état avec la recette générale. Cette dernière ne comprend que le produit des douanes, celui de la vente des terres publiques et des dividendes de la banque fédérale, outre quelques autres branches d'un beaucoup moindre rapport. Les recettes spéciales des états se composent de l'impôt territorial, de plusieurs droits sur les commissions, sur les ventes, sur les consommations, des taxes sur les personnes, les animaux domestiques , du produit des routes à barrières, des dividendes des banques particulières et autres articles. Après les longues recherches que nous avons faites sur ce sujet et les documens que nous avons réuni sur les différens états de l'Union, nous croyons qu'on approcherait beaucoup de la réalité en prenant pour la totalité de la recette le double du budget fédéral. Cette somme est bien loin d'être exagérée; nous la regardons même comme le minimum de la recette totale de cette puissante confédération. M. Saulnier la porte beaucoup plus haut, appuyé sur des faits qui nous paraissent d'un grand poids. De ce nue nous venons de dire sur le budget de l'Union, il faut bien se garder ue conclure qu'il faille doubler celui des confédérations Mexicaine, de l'Amérique- Centrale et du Rio de la Plata pour avoir la totalité de leurs recettes. Les circonstances particulières où se trouvent les états dont elles se composent, et une foule de motifs que nous ne pouvons exposer ici exigent une bien moindre augmentation. On pourrait presque les regarder comme identiques à leurs recettes générales.
Aux pages 1174 et 11 75 nous avons signalé l'état florissant de l'île de Cuba; c'est à un statisticien très distingue, à l'auteur de la Historia Ecanomico Politica y E statut ica de la Tsla de Cuba , que nous devons la connaissance des faits importans et officiels sur lesquels nous avons basé nos comparaisons avec d'autres pays.
Mais avant de terminer cet article nous devons modifier l'évaluation des revenus de la république d'Haïti, que, trompé par de prétendus documens officiels publiés dans les journaux d'Europe et d'Amérique , nous avons estimés à 3o,ooo,ooo de francs, et que des staticiens inexperts, voulant apparemment corriger nos erreurs, ont portés depuis jusqu'à 37,000,000! MM. Mackenzie et Mollien, que nous avons déjà cités en parlant de la population, sont nos deux autorités; nous y ajouterons un budget que nous tenons de l'obligeance de feu l'abbé Grégoire , ancien évèque de Blois ; ce document est identique à celui que M. Mackemie vient de publier dans son intéressant ouvrage sur Saint-Domingue. Le résultat définitif de nos recherches sur ce point de la statistique nous ont amené à réduire le revenu brut de cette république pour l'année i8a6 à la somme de 1 5,000,000
de fr. , chiffre que nous regardons comme le maximum que Ton puisse accorder à cet état. M. Mollicn ne le porte même qu'à i3,ooo,ooo pour i83i.
Nous n'avons rien à dire sur les 5oo,ooo piastres ou deux millions et demi de francs que des géographes et des statisticiens distingués accordent actuellement au Pays des Araucans, dont ils estiment lu population à 45o,ooo âmes et la milice à 45,000 hommes ! Nous nous bornerons à signaler la source de ces absurdes estimations ; c'est encore une méprise échappée au célèbre statisticien Hassel , à qui on devrait se contenter de prendre les choses excellentes répandues dans ses ouvrages, sans se parer de ses erreurs et se croire riche de ses fautes.
Les documens importans que nous a fournis feu le vicomte de San- Lourenço, ont été notre base principale pour l'évaluation approximative du revenu du Nouvel-État-Oriental de l'Uruguay ; mais nous devons déclarer que le produit des douanes forme la presque totalité de la recette, comme on peut le voir, par le budget de l'empire du Brésil pour l'année 1829, que nous avons publié dans le Bulletin fies Sciences géographiques.
FORCES DE TERRE et DE mer. Après tout ce que nous avons dit aux pages 586-591 , il ne nous reste plus qu'à offrir pour l'Amérique le tableau de ses marines militaires, comme nous l'avons lait pour l'Europe à la page 591. Nous rappellerons seulement que nous n'avons pas donné de frégate aux États-Unis du Rio de la Plata, parce que celle que cette confédération possédait en 1 826 , a péri quelques mois après en se rendant du Chili à Buenos-Àyres.