TABLEAU STATISTIQUE DE L OC É A NIE
Ce que nous avons dit dans l'introduction au tableau statistique de l'Afrique doit être appliqué à celui que nous allons offrir de l'Océanie. Ici, nous n'avons même rien à dire sur les revenus ni sor les armées, car, nous n'hésitons pas à l'avouer, nous n'en savons rien. Nous avons déjà dit, dans l'introduction' au tableau statistique de l'Asie, ce qui concerne les forces navales des principales puissances Océaniennes, et à la page 1180, nous avons cité d'autres estimations faites par M. Morineau, qui diffèrent peu de celles du capitaine Beechey. Mais les centaines de milliers et les millions d'habitans que quelques géographes , et des personnes étrangères à la géographie et à la statistique, continuent encore d'assigner à plusieurs parties de l'Océanie, nous engagent à extraire quel* ques fragmens du mémoire sur la population du globe , destiné a paraître avec notre tableau physique , moral et jtolitique des cinq parties du monde. Ils indiqueront au lecteur le degré de confiance que méritent des calculs aussi étrangement exagérés.
Deux causes principales produisent les contradictions si fréquentes que Ton rencontre dans les traités de géographie sur la population de l'Océanie. La première provient de la manière dont on détermine ses limites; la seconde , de la manière dont on estime sa population.
Les variations produites par la première cause sont prodigieuses. En admettant même les évaluations de Hassel, la population de l'Océanie surpasserait de 20,304,000 celle que ce statisticien lui assignait en 1828 ; car, d'après les limites qu'il lui donne, elle n'aurait dû avoir que 2,688,000 habitons , tandis que , d'après celles que nous lui assignons avec Malte- Brun, Walckenaer, Brué et tous les géographes français, elle en aurait 22,992,000. Voyez aux pages 3o. et 40.
Nous manquons d'espace pour signaler à l'attention du lecteur toutes les différences qui existent entre noos et les autres géographes. Nous nous born/rons a quelques-unes qui sont les plus frappantes.
Hassel , et un grand nombre de géographes qui le copient sans jamais lo citer, ont extraordinairement exagéré la population des iles de Bornéo, .Sumatra et Célèbes. Des renseiguemens positifs que nous devons à l'obligeance de M. le Baron Van der Capcllen, avant -dernier eouverneur général de l'Océanie - Hollandaise , nous ont démontré combien on se trompe en portant ai) - delà de 7,000,000 la population de Sumatra, ou -delà de 4»ooo,ooo celle de Bornéo, et au-dessus de 3,ooo,ooo celle de Célèbes. D'un autre côté , le recensement fait pendant ('administration de Raffles, et celui qui eut lieu pendant celle de M. Van der Capétien, prouvent sans réplique combien était dans l'erreur Bertuch, qui, en adoptant l'opinion généralement suivie par les géographes, n'accordait que 2,100,000 habita ns à l'île de Java , y compris celle de Madura. Cepen-
dant, dès l'année x8i6, lorsque, nous trouvant à Venise, nous ne pouvions pas avoir connaissance des recensemens exécutés par Radies en 181 5, nous avons prouvé qu'il fallait augmenter de beaucoup la population de Java, à laquelle, nous accordions 5,ooo,ooo d'habitans. Les communications obligeantes de M. le capitaine de Freycinet, ainsi qu'un mémoire manuscrit, rédigé par un des derniers gouverneurs de l'Océanie-Portugaise, et que nous avons eu entre les mains durant notre séjour à Lisbonne , nous ont mis également en état de rectiGer l'idée erronée que l'on avait généralement sur la population de l'île de Timor. Nous ne quitterons pas la Malaisie (Archipel-Indien) , sans faire observer que nous avons dû accorder en 1826 à la portion des Philippines qui est soumise aux Espa- . gnols, une population supérieure à celle qui lui a été assignée par M. Morquer des Campes.
La population de l'Australie est plus difficile a déterminer que celle des deux autres grandes divisions de l'Océanie. Nous ne connaissons encore qu'une lisière le long des côtes du Continent-Austral (Nouvelle-Hollande), et une très petite partie de son intérieur. Uassel conjecturait, il y a quelques années, que, malgré sa grande étendue, on ne pouvait lui accorder une population indigène que d'environ 100,000 âmes. Plus tard, en 1828, il attribuait au continent et aux îles qui en sont le plus prés 200,000 habitans. Comme il n'est question que d'une très petite somme répartie sur la totalité de l'Océanie, nous croyons qu'on peut admettre sans grand inconvénient cette faible population. Tout ce que l'on en connaît jusqu'à présent parait venir à l'appui de l'évaluation du savant statisticien allemand. Aussi, c'est en évaluant si bas le nombre des indigènes indépendans perdus dans les vastes solitudes de l'Australie et de la Diemenie (Van-Diemen\ que nous avons estimé à 100,000 la population de l'Océanic-Anglaise. Les renseignemens que nous avons recueillis dernièrement, sur les peuplades indigènes, nous font regarder cette somme comme le maximum; car, à la lin de 1826, le nombre de la population civilisée ne sclevant qu'à 46,000, le reste présenterait celui de la population sauvage, ce qui, quelque grande que soit l'étendue de l'espace sur lequel on la suppose errante, nous paraît encore trop grand. M. James Bischoff, dans son SietcA of the History 0/ Von Diemen's Land , qu'il vient de publier à Londres, n'estime qu'à 5oo le nombre d'indigènes errant dans les solitudes de la Diemenie. Actuellement cette partie de la population de l'Australie- Anglaise s'élève sûrement à 60,000 âmes. Le lecteur connaît déjà les motifs qui nous obligent de ne jamais dépasser dans les tableaux l'époque normale de 1826. Nous ferons seulement la remarque que dans ce nombre les femmes n'y sont que pour la proportion d'un cinquième , singularité qui n'a rien d'extraordinaire lorsqu'on pense à la manière avec laquelle cette colonie a été peuplée.
Les renseignemens que nous devons à quelques-uns des officiers des expéditions de MM. les capitaines Duperrey et Durvillenous ont engagé aussi à diminuer de beaucoup les populations excessives que les géographes, sur les traces de Hasscl , accordaient à la Papouasie (Nouvelie-GuiuéeY.
Dès l'année 1816, nous avons signalé les exagérations relatives aux populations des principaux archipels de la Polynésie. Les missionnaires anglais ayant compté, en 1797, les habitans de l'île de Tahiti, n'en trouvèrent que i6,o5o, au lieu de 160,000 que Forstcr lui avait assignes. IVaprè*
DESCRIPTION DE L'OCÉAWE.
les rapports de ces mêmes missionnaires , tout l'archipel de Tahiti (de la Société^ proprement dit ne renfermait , en 1 81 8, que 1 3,900 habitans, dont 8,000 à Tahiti. Hassel , en s'appuyant sur les calculs exagérés faiu par King en 1779, et récemment par Johnson, assignait , dans ces dernières années à l'archipel de Sandwich ou de Hawaii, tantôt 400,000 habitans, tantôt' 740,000, évaluations qui étaient aveuglément adoptées par presque tous les géographes allemands, français, anglais, et des autres nations. Selon M. le capitaine de Freycinet, cet archipel renfermerait 364,000 habitans, M. Gilbert Farquhar Mathison, qui a visité ces îles en i8aa, ne porte leur population totale tout au plus qu'a i5o,ooo âmes; et M. Ellis, le savant auteur àes Potyncsùtn Rescarches, qui , par sa position , peut asseoir son jugement mieux que tout autre voyageur , réduisait dernièrement ce nombre à i3o,ooo; c'est celui que nous avons adopté dans la Balance Politique du Globe , et que nous reproduirons sans hésiter dans cet ouvrage , malgré les estimations exagérées de quelques auteurs aussi étrangers à la géographie qua la statistique. Nous ne quitterons pas ce sujet sans ajoutor qu'un savant marin , M. le capitaine Ueechey, réduit à quelques centaines les milliers d'habitans que les géographes et les statisticiens se plaisent à donner à quelques-unes des îles de l'archipel des Pau moto u , dont ils portent la population totale jusqu'à 100,000 âmes! nombre qui selon nous est plus que décuple de la population réellement existante sur ces îlots.
Toutes les recherches que nous avons faites sur le nombre des habitans de rOceanie et l'examen des faits rassemblés jusqu'à présent , paraissent pouvoir nous autoriser à lui attribuer 20,300,000 âmes. Le tableau suivant offre les principales opinions émises par les géographes et les voyageurs. Afin de rendre cette comparaison plus facile, nous en excluons toute la Malaisie (Archipel- Indien j, et nous nous bornons à ce que les Allemands appellent Australie , et les Anglais, ainsi que les géographes d'autres nations, nomment Australasic ou Terres-Australes. Ce tableau contient des disparates non moins remarquables que ceux que nous avons signalés pour les autres parties du monde.
TABLEAU COMPARATIF
SES PRINCIPALE* OPINIONS RMI8FS SUR LE NOMBRE DES HABITA** DE L'AUSTRALIE.
HakilaM.
B»LW,«m 1878, dans la Balance Politique du Globe : ,400,000
Carnabich, en 1818 et 1821 et (TaRpaNI, en 18a?, (Intrcduzinne alla Gcngrajia). i,5oo,ooo
Reichard, dans l'édition de la Géographie de Gatetti, en 1833, de i,.W>,ooo a a,ooo,ooo
Strin, en 1811 , et Galetti , dan* mjii Dictionnaire, en i8aa. 9,000,000
Charles Jumus Binon;», en i8a8 a,5oo,4oo
Hambl, dans le r^ollstaendi^es Handhuck , en i8a5. a,tia8,ooo
Orna ix , en i8a8 3,675,400
Haasbl, dans VAlmanach de 1828, ûkde , son successenr, dans celai de i83a ,
et VAlmanach Je Gotha de i8j»j. a,688,ooo
Schztabel, en i&ii , dans la 7* édition de Galletti 5,700,00»»
Balbi, en 1819, dans la a' édition du Compendio di Gcographia. a,8oo,ooo
Le Conservations Lexiiton, en 1857 3,700,00»»
Strih , en i8a0. 3,7ia,8«K>
Voi.hiy, en i>!o4 •. 5,ooo,ooo
V Oriental Herald, eu 1829. 8,000,^00
Nous ajouterons quelques observations sur les évaluations admises dan-% le tableau suivant , et sur les différences qu'elles offrent avec les nomhrc* adoptés dans la Balance Polieir/uc du Globe. D'après les relations les plus
récentes , il parait que les possessions du sultan de Bornéo sont beaucoup plus considérables qu'on ne les évalue communément , et que la partie de cette grande île dépendante du sultan de Soulou a été beaucoup diminuée depuis quelques années. C'est ce qui nous a engagé à modifier en conséquence la superficie et la population de ces deux états.
Si Ton voulait appliquer avec rigueur aux possessions des Européens dans l'Océanie le principe employé pour déterminer les limites de leurs possessions en Amérique , on devrait donner presque toute la grande île de Bornéo et une grande partie de la Papouasie (Nouvelle-Guinée) à la monarchie Hollandaise, et tout le Continent- Austral (Nouvelle-Hollande) à la monarchie Anglaise. Mais nous avons cru pouvoir sans inconvénient reproduire encore les estimations que nous avons données dans la Balance. Nous avons cependant augmenté la population de l'Océanie- Anglaise, parce que nous avons tenu compte des faibles tribus indépendantes qui errent dans les vastes solitudes que les Anglais regardent comme comprises dans les limites de leur territoire. Dans les chapitres précède» , nous avons déjà exposé nos doutes et notre manière de voir sur ce sujet Nous crovons inutile de rappeler au lecteur que tous les chiffres que nous lui offrons dans le tableau ci-dessous ne sont et ne peuvent être que de simples approximations. Malgré leur imperfection, elles sont toujours préférables aux calculs hasardés et aux exagérations en plus ou en moins faifes par des auteurs qui n'ont pas eu pour guide de leurs calculs les conseils et /es documens que nous devons à nos illustres et savans collaborateurs.
TABX.KAV
STATISTIQUE DES PRINCIPALES PUISSANCES DE l/OCÉANIE.
POPCLàT
NOMS PKS KTATS.
PUT S S ANGES OCEANIENNES.
flot tt ni *a Sus (île de Sumatra).
Rom ai d'Aï ma (He dr Sumatra i.
Ko? »oaa t>a Boa s ta file de boroeo,. . Rot* dm d« Soirtoe (archipel de Soulou , Rofiaaa »■ llia»*a*o (Ile da Mindanao).
FloTàiai aa IKwtii (arrbiprl de Hawaii ou de
Octtatc HoiLtiDiOU (Ira llei de Java , Sumatra, Borw«
Octaaia EieaaaeLa (archipel de* Philippine» et dea Mai
OcAïaia AaeLtiaa fl'Aualralic. la Diemenie, etc... . .
Octtaia Poarcvtaa la plua fraodc parti* de Hic de Timor. t\r.,
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