CHAPITRE XI
De la classification ethnographique , ou de la division des habitons de la terre d'après leurs langues.
Put a procéder avec méthode dans celte importante classification qui parait être la plus duraMe de toute* relies qu'où peut faire du genre humain , il faut commencer par définir ce que c'e>t qu'une nation. Cette définition, qu'on cherche en tain dans les géographie*, est Je b plus haute importance pour le géographe et pour Historien , et est la l>ase de h clarification qui nous occupe.
Ci liéralement jwirîant ou peut prendre en trois acceptions ilifiérenies le mot nation, selon qu'on le considère sou» le rapport historique ou politique , géographique et ethnographique, *>\ gélielhlétique.
Sous le rapport politique ou historique, on donne le nom de nation à tous les peuples, quelque diffireos qu'il» puissent être relativement à la religion qu'ils professent , à la langue qu'ils parlent et au degré de civilisation auquel ils se sont élevés, lorsqu'ils sont soumis au même pouvoir suprême, ou en d'autre; mots, lorsqu'ils forment dans leur ensemble un corps politique indépendant de tout autre , sous quelque litre «pie ce soit, (/est ainsi qu'on apjwlle lîussrs , Autrichiens et Anglo Anuri</uns tous les uomhreux peuples differens , dout la réunion forme les empires Russe et Autrichien et la confédération Anglo-\niéricaine. CY»t ainsi qu'on donne le nom de Français à tous les hahilans de la monarchie Française, quoiqu'il y en ail un grand nombre qui sont Celles, Allemand», Hasques et Italien*. C'est ainsi qu'où appelle Anglais lou-. les hahilans de l'archipel lUitannique, malgré la différence de leur origine, plusieurs étant Irish ou Irlandais, Caldouach ou Érus«ar.<l Wcichcs ou Gallois.
Sou> le rapport géographique , on douue le nom de notion à tous les hahilans d'une région ijiii a des cou fi us géographiques, c'est-à-dire des confins naturels, indépendamment des divisions politiques auxquelles ils appartiennent et des langues différentes qu'ils parlent. ( "e>( ainsi qu'on appelle Indiens tous le» hahilans «le la vaste région comprise entre f'IIiaimalaya et la mer des Indes, [ Indus et le ('.ange, (/est ainsi qu'on nomme Italiens tous les hahilans de !a fertile péninsule qui se développe à l'est et au sud des Alpes entre l'Adriatique et la Méditerranée. C'est ainsi qu'on appelle Sumatriens et Japannis le» peuples qui hahitent les grandes iles de Sumatra et de Java.
Enfin, ou douue le nom de nation aux hahilans d'une contrée quelconque qui (varient une même langue et ses divers dialectes, indépendamment des grandes «listâm es qui les séparent , de la différence des corps politiques doni ils font partie , de celle de la religion qu'ils professeot. et de l'état différent de civilisation où ils se trouvent. C'est ainsi qu'on nomme Espagnols , Portugais, Français et Anglais tous h** nombreux descendait* des colons que depuis trois siècles l'Europe a envoyés dans les différentes parties du globe. C'est ainsi qu'on appelle Chinois ions ces milliersd'indix idus , sortis primitivement de la Chine, que le commerce et I industrie ont fait établir a Java, à Fionico, dans les Philippines et en d autres iles de la Malaisie (archipel Indien) , ainsi que dans la presqu'île de Malacca et sur plusieurs points de l'IndoChine. C'est ainsi qu'où appelle GrrcsvX Arméniens tous les nombreux Grecs et Arméniens qui demeurent dans différente* parties des empires Russe, Autrichien et Ottoman. v
I-e nom de nation, dans le sens politique ou historique , est aussi variable que le sont les événement qui changent si souvent la face de la terre. Sans parler des grandes révolutions qui sont le sujet de l'histoire ancienne et moderne, n 'avons-nous pas vu «le nos jours de grandes contrées changer quatre ou cinq fois de domination , et |>ar conséquent figurer sous autant de noms dîl'fcreus «lans la liste des nations? l'ne division des peuples, fondée sur celle l»ase , est donc la moins propre de toutes , étant la plus inconstante et la
AbRLGÉ DE CfcOGllAl'lliZ.
inoius durable. Celle qui classerait toutes les ualiouà de la terre , eu preuaut celle appellation dans le sens géographique, quoique motus variahle que la précédente, n'eu serait pas moins impropre, puisqu'en offrant des divisious qui ne correspondent pas à celles de l'ethnographie, elles sont eu outre presque toujours en opposition avec les divisions politiques, saus avoir pour cela l'avantage detre invariables. Cette dernière qualité ne se retrouve que dans la division ethnographique.
La langue est le véritable trait caractéristique qui distingue une nation d'uue autre; quelquefois même elle eu est le seul , puisque toutes le* autres différentes produites par la diveisité de race, de gouvernement, des usages, des mœurs, de la religion et de la civilisation, ou n'existent pas, ou bieu offrent des uuauces presque imperceptibles. Quelle différence essentielle présentent maintenant entre elles les principales uatious de l'Eurojie, si re n'est celle de la langue? Les progrès de la civilisation, la succession des changemens politiques, si fréqueus de nos jours, et la multiplicité des rapports produits par le romnieree et l'industrie, out pour ainsi dire entièrement effacé ce qui constituait les nuance-» principales du caractère individuel de chaque uatiou européenne; quelle différence essen tie!le offrent entre elles les nations policées de llndc, de l'Iudo-Chiue, de la Malaisie (archipel Indieu), et la plupart des innombrables peuplades de l'Amérique, si ce n'est aussi celle de la langue différente que chacune d'elles parle, et qui fait qu'un Malabar diffère d'un Telinga, d'uu liengali et d'uu Maharatte; uu Siamois d'un Péguan, d'un Birman et d'un Tonquuiois; un Malais d'un Javanais, d'un Bugis et d'un Taga.'e ; un Mexicain d'un Tarasque, d'un lluastèque et d'un Totonaque; un Huron d'un Saxvanvu , et un Guarani d'un Péruvien !
Mais , outre que la langue est ordinairement le seul ou le principal trait caractéristique d'uue uatiou, ce trait a l'avantage d'être presque toujours inaltérable, se conservant à travers la série des siècles; car ni le laps de temps, ni les variations des gouveruemens , ni les changement de religion et des institutions sociales et politiques, ne sauraient , généralement parlant, le détruire. Ne voyons-nous pas les Croates de Feldsberg, dans la Basse-Autriche, et ceux des villages de Froelersdorf , de Grittenfeld et de Prerau, dans la Moravie, conserver leur langue au milieu des peuplades allemandes qui les environnent Ne vovous nous pas quatre autres peuplades slaves, les Scelen, les Kures, le H'eitden et \vsSemgallen, conserver aussi, depuis Uni de siècles, chacun leur dialecte letton différent , malgré les longues et intimes relations avec les Allemands qui les pressent de tous côtés, malgré les nations finnoises qui les environnent, et malgré l'influence toujours croissante de la domination russe? C'est ainsi que les Indiens, les Chinois, les Juifs, les Arméniens, les Basques, les Caldonach, et une foule d'autres nations, se sout conscrxécs à travers la série des siècle*, malgré les révolutions qu'elles ont subies, et malgré la domination et le contact de tant de peuples étrangers avec lesquels elles se sont trouvées.
Comme dans la description générale de chaque partie du monde on offrira dans uu tableau toutes les familles ethnographiques qui lui appartieuneut, avec leurs langues principales, nous nous bornerous ici à déûuir ce que l'on doit entendre par famille, par langue-sœur et par dialecte, résumant ensuite la mappemonde ethnographique de notre Atlas. Ce sera le cadre général auquel se rapporteront les cinq tableaux correspoudans aux cinq parties du monde.
Soucie ou famille ethnographique est un groupe de langues qui offrent eutre elles une grande analogie. Elles présentent pour ainsi dire tant de traits de famille, qu'on leur reconnaît une origine commune, d'autant plus que l'histoire vient d'ordinaire à notre secours en nous indiquant les traces des migrations des peuples qui les parlent. Ces langues soeurs constituent les familles ou les souches ethnographiques.
Les dialectes , généralement parlant, sout des manieras différentes de prononcer une langue. Nous ne croyons pas qu'on puisse donner une définition plus exacte, quoiqu'elle laisse encore beaucoup à désirer; car à côté d'une prononciation plus ou moius sonore ou sourde, accentuée ou effacée, se glisseut aussi des constructions souvent toul-à-fait différentes et des uiots inconnus.
Les recherches que nous avons faites pour la rédaction de \\4tlas ethnographique nous ont démoutré qu'on peut faire monter au moins à 2,000 le nombre des langues connues. Quelque grand qu'il puisse paraître, ce nombre est bien loin d'être exagéré. Il nous élonnc,
PRINCIPES GÉNÉRAUX
qoe nous arons de» idées lrè§ inexactes des langues, parce que leur histoire est eucore dans l'enfance, et que lu ligue de démarcation eutrc uue langue et ses dialectes est meure bien loin d'être déterminée avec précision. La plupart de nos idées sur ce sujet se fondent sur le* opinions de ce» auteurs qui prétendaient fixer le nombre des langues d'après quelques textes de la Bible, et sur l'ob-^ena'iou de l'état où se trouvent actuellement ee'îe» des pays les plus connus. Mais les opinions de ces auteurs sont arbitraires, et le petit nombre des idiomes de l'Europe ne peut pas servir de mesure pour connaître celui des autres parties du monde. La régéou du Caucase, les plaines de l'Orénoque et de l'Amazone, la cote de la Nouvelle-Californie et plusieurs iles de l'Océanie prouvent saus réplique combien seraient erronées les conséquences de semblables comparaisons.
L'état imparfait de l'ethnographie ne nous a permis de classer dans l'Atlas que 860 lan- (, et environ 5, 000 dialectes. Dans ce nombre prodigieux d'idiomes, i53 npparticua fAsie, 53 à l'Europe, 1 15 à l'Afrique, u: a l'Océanie, et J;u à l'Amérique. En appliquant à l'ethnographie les cinq graudei divisions du globe suivie» par Ici géographes, quoique leurs limites respectives y subissent de grandes modifications, dues au domaiue très éle:iJu de certaines langues, nous avons partagé toutes les laugues connues dans les cinq classes suivantes. Elles for.ucnt pour ainsi dire la