‹ Abrégé de géographie (volume 2)Chapitre 4 sur 320 · INTRODUCTION A LA GÉOGRAPHIE · texte numérisé non relu

INTRODUCTION A LA GÉOGRAPHIE

Si l'on jugeait de la difficulté de composer un Traité élémentaire de géographie par le nombre immense d'ouvrages de cette nature nui sortent anonellement des presses anglaises, françaises et allemandes, on serait tenté de croire que la composition d'un tel livre est plus facile que elle d'un roican fantastique ou de certaines théories de la terre, filles d une capricieuse imagination. Malheureusement il n'en est pas ainsi. On doit appliquer aux traités élémentaires la sévère sentence d'un poète français. Là comme ailleurs , là plus qu'ailleurs peut-être

Il faut du temps, des soins, et ce pénible ouvrage Jamais d un écolier ne fut l'apprentissage.

Et cependant, à quelques honorables exceptions près, en France et en Angleterre surtout, ces traités, destinés a répandre l'instruction , sont devenus comme la proie de sa vans ou de littérateurs étrangers à la géographie. Ce* prétentions seraient innocentes si elles n'étaient dangereuses; dangereuses, nous le disons hardiment! Presque tous semblent sortir du même moule : ignorance des faits, absence de critique, voila leur cachet général; presque tous sont la reproduction plus ou moins modifiée d'autres traités de géographie, à laquelle on a ajouté des lambeaux de vovages récens, des extraits de journaux et des séries de chiffres statistiques, pillées dans les feuilles quotidiennes et qui se rapportent à des époques différentes. Eh bien! ce chaos où entrent péle-raéle les élémens les plus hétérogènes, ce mélange monstrueux d'erreurs et de vérités, cette mosaïque de choses contemporaines et d'autres qui ont cessé d'exister depuis dos siècles , est présenté à la jeunesse studieuse comme une source de lumière et d'instruction, comme l'état actuel de la Terre, et exercent malheureusement une pernicieuse influence non-seulement sur l'étude de la géographie, mais aussi sur celle de plusieurs autres branches des connaissances humaines. Il est en France des hommes célèbres dans la science : ceux-là ont produit de savans mémoires ou de profonds ouvrages d'érudition. Plus d'une fois , en étudiant leurs productions , nous avons regretté qu'ils ne descendissent pas des hauteurs où ils sont justement placés, pour faire eux-mêmes , comme Bossuet , le catéchisme aux enfans. Leur silence (*) et

(•} 5ooi croyons nécessaire de citer à l'appui de ce passage l'opinion d'an jage très compétent, qni , malgré l'anonyme qu'il reut garder, décèle nn profond géographe par les mr> élevées et la justesse des principes qu'il a exposes dans nn article remarquable inséré dans le 47« volume de la Revue Emcydopêdique , en faisant l'analyse du Trmti EUmemUÙre de Ctographie par Malte» Brun.

- Il est bien diçne d«> rt marque, en effet, que nous possédions eu France tant d'habile» et laborieux géographes, dont les travaux sont justement apprécies de l'Europe sarante , et que pas nn deux ne paraisse avoir songea nous donner un traité élémentaire en harmonie

INTRODUCTION

le besoin de remplir une lacune dans l'instruction , a dirigé depuis longtemps nos méditations sur la composition d'un véritable traité élémentaire. Nous lavions déjà essayé dans notre patrie avec les faibles ressources de nos moyens et des établissemens littéraires de VenUe. Habitant depuis plusieurs années la capitale de la France, qu'on pourrait, sans exagération, appeler le rendez-vous obligé de tout ce qu'il y a de plus distingué et de plus remarquable sur le globe , nous avons pensé à tirer parti de cette circonstauce favorable, qui nous rendait accessibles les immenses richesses littéraires renfermées dans les collections publiques et particulières, et qui nous mettait en rapport avec une foule de savans et de persounages distingués, pour améliorer et pour étendre le plan de notre Compendio di Geografla universale , en le modifiant de manière à le mettre en harmonie avec les progrès que la science avait faits depuis sa première apparition t et à le reudre digne de l'époque éclairée où nous vivons. Tels sont l'origine et le but de l'ouvrage que nous présentons au public. Pour le mettre à même de juger si nous avons envisagé la science sous son véritable point de vue, et si notre méthode d'instruction peut être féconde en heureux résultats, nous allons exposer le plan que nous avons suivi dans sa rédaction.

FLAN de l' ABRÉGÉ. Tout le traité est divisé en deux parties distinctes, qu'à l'exemple d'un célèbre géographe nous nommons partit, des principes généraux et partie descriptive. Dans la première, qui est de beaucoup la moins étendue, nous exposons en douze chapitres toutes les notions les plus indispensables que la géographie emprunte à l'astronomie, aux mathématiques, à la géologie, à la physique, à l'histoire naturelle, à l'anthropologie, à la statistique et à l'économie politique. Un de ces chapitres, et le plus long, est entièrement consacré aux définitions, qui, en géographie comme dans toutes les autres sciences, doivent toujours précéder l'exposition des théorèmes. La partie descriptive est partagée en cinq grandes sections correspondant aux cinq parties du monde. Chaque section se subdivise en géographie générale et en géographie particulière. La géographie générale of fre dans deux chapitres distincts pour chaque partie du monde : i° la géographie physique ; a° la géographie politique. Voici les articles qui composent la géographie physique : position astronomique, dimensions, confins, mers et golfes t détroits , presqu'îles , fleuves , lacs , /les , montagnes , plateaux , volcans , vallées et plaines, déserts, steps et landes, climats, minéraux , végétaux, animaux. Les articles qui forment la géographie politique sont intitulés : superficie, population, ethnograpJiie , religion , gouvernement , industrie, commerce, état social, divisions politiques ci géographiques.

La géographie particulière comprend autant de chapitres qu'il y a de grands états ou de grandes régions géographiques à décrire. La description particulière des principaux états de l'Europe ne compose des articles suivans : position astronomique , dimensions , confins , /Miys , montagnes, (les,

avec l'état actuel de la science. On peut s'étonner encore qne la Société de géographie, qni décerne chaque année plusieurs pris pour de» ouvrages relatifs aux objets princi|>aux de tes ëtndes , n'ait jamais mis au concours la composition d'un semblable traité. Il est pénible d'àvooer qne, jusqu'aux temps actuels, renseignement de la géographie dans nos écoles ne s'est fait qu an moyen de traductions d'ouvrages anglais et allemands , dont notre indigence a fait exagérer le mérite , et qui , grâce à elle , ont obtenu depuis trente aus de nombreuses réimpressions

A LA GÉOf.KAPHlE.

lacs r fleuves, canaux et quelquefois chemins en fer, ethnographie, religion , gouvernement, places fortes et ports militaires, industrie, commerce, division administrative , topographie, possessions. Nous verrous plus bas quelles sont les inodi6cations que nous avons été obligé de faire subir à ce pian dans la description des états des autres parties du monde. Un tableau statistique complète la description de chaque partie du monde en offrant dans ses colonnes le titre de chaque état, sa superficie, sa population absolue et relative, son revenu, sa dette et ses forces.

bohots de la gÉogeaphh, Mais avant de justifier le plan que nous venons d'exposer , qu'il nous soit permis de faire quelques observations préliminaires que nous croyons indispensables dans l'intérêt de la science, et pour donner à nos lecteurs le moyen de la considérer sous sou véritable point de vue. Nous commencerons d'abord par examiner quelles doivent être les bornes de la géographie.

« La confusion extrême, dit un statisticien très distingué, qu'on voit régner dans les systèmes des géographes , tant dans les définitions fondamentales que dans les attributions et la circonscription des diverses branches de la géographie, dans le corps entier de la méthode, c'est-à-dire dans l'art de classer et d'offrir les faits intéressans que la science embrasse, me parait provenir, chez quelques-uns, de l'isolement plus ou moins complet dans lequel ils ont envisagé la géographie, ou du faux point de vue sous lequel ils ont examiné quelques connaissances qui l'avoisinent; chez d'autres, des études spéciales les ont fait par trop abonder dans certaines parties de cette science, en même temps qu'ils en négligeaient d'antres fort importantes; beaucoup encore ayant mal saisi l'ensemble de la géographie et de ses divisions principales ont gardé le silence sur plusieurs de ses divisions, les ont faussement désignées , confondues ou placées entre elles dans des rapports inexacts; enGn quelques écrivains ont compris dans la géographie une foule de choses qui en sont tout-à-fait distinctes. Cest ainsi que pour ne s'être point attachés à classer d'abord cette science dans l'ordre qu'elle doit occuper dans le tableau des connaissances humaines, pour ne point s'être occupés à définir et à tracer les limites de celles qui en approchent de plus près, la plupart des auteurs allemands enveloppent la géographie dans la statistique , tandis que presque tous les Français comprennent celle-ci dans les nombreux rameaux de la première; que X économie , Y arithmétique politiques, ont été confondues avec la statistique ; la cosmographie dans la géographie et même dans la topographie ; la géologie dans la géographie physique; qu'on a placé tantôt dans la géographie, tantôt daus la statistique, \hjdrograpiue et la géognosie, la chorographie et la topographie; et aue resserrant souvent cette dernière dans la sphère étymologique de sa dénomination , on en a fait d'autres fois la description universelle d'un pays étendu. » Ainsi s'exprimait, en 1819, M. le baron de Férussac, dans son mémoire sur la nécessité de fixer et d'adopter un corps de doctrine pour la géographie et la statistique, en appelant l'attention des savans et des personnes studieuses sur ces assemblages informes de plusieurs sciences lancés dans le public sous les titres les plus iroposaus dont la géographie ait encore été parée. ZVous pourrions offrir le résultat de nos méditations sur ce sujet et notre expérience à l'appui des justes plaintes de ce savant. Mais nous nous contenterons seulement d'ajouter quelques réflexions relatives à la statistique,

INTRODUCTION

parce que c'est a cette dernière science que des mains inhabiles autant que peu exercées, ont de nos jours fait le plus d'emprunts en écrivant sur la géographie. Elles uous donneront aussi l'occasion de signaler quelques graves erreurs adoptées généralement comme des vérités presque évidentes , et cela sur la célébrité dont jouissent à juste titre, mais pour des spécialités toutes différentes, "soit les ouvrages où ces mêmes erreurs se trouvent consignées, soit les auteurs qui les ont émises. D'ailleurs, il est nécessaire que le lecteur sache une fois pour toutes à quoi s'en tenir sur une science, à laquelle la géographie doit forcément avoir recours dans bien des circonstances, et qui est devenue dernièrement le but d'attaques aussi injustes que violentes de la part de quelques savans, auxquels on doit rendre cette justice qu'ils sont complètement étrangers à l'objet de leurs déclamations.

SÉPARATION entre la GÉOGRAPHIE et la STATISTIQUE. La géographie étant la description de la Terre en général et de ses divisions politiques (£tats) en particulier, on voit que cette science pour être bien traitée a besoin de recourir à plusieurs autres. Mais ce serait en faire une véritable encyclopédie, et la rendre pour ainsi dire inaccessible au plus grand iiombre des lecteurs, que de vouloir y comprendre la cosmogonie , Xuranographir , V astronomie , la géologie , X histoire naturelle dans ses différentes branches, la physique, la météoivlogie , V anthropologie , la statistique , Xéconomie politique , le dessin et la cartographie , V histoire ancienne , celle du moyen-âge et X histoire moderne , X archéologie , X ethnographie, et une foule d'autres sciences et arts qu'il serait fastidieux de nommer, et avec lesquels la géographie a des points de contact plus ou moins nombreux. Les principaux objets de quelques-unes de ces sciences seulement doivent y être indiqués, et un moins grand nombre de quelques autres, mais aucun ne doit y être décrit et traité en détail, la connaissance en étant presque toujours présupposée. La surface , la population absolue et la population relative , les revenus et la dette , les forces de terre et de mer étant les principaux élémens de la force et des ressources d'un état, entrent également dans la sphère de la géographie et de la statistique, mais avec cette différence que le géographe se contente des résultats généraux , et que le statisticien descend dans les détails de chacun de ces élémens. Ainsi, par exemple, le premier se contente desavoir que la surface de la France est de i54,ooo milles carrés; que sa population absolue est de 3a,ooo,ooo d'habitans ; que sa /population relative est de 9.08 habitans par mille carre; que son revenu est de 987,600,000 francs; que sa dette est de 3,900,000,000 francs; que son armée est de 279,957 hommes, etc. Le second au contraire veut savoir combien des 1 5 4, 000 milles carrés sont destinés à la culture des céréales ou aux pâturages, combien sont occupés par des vignobles, des potagers, des jardins et des vergers, par des cultures particulières , ou bien par des bois, par des terres incultes, par des routes, rivières, montagnes et rochers ; combien de ces milles carrés sont couverts par des proprUu'ts bâties^ par des étangs , par des marais, par des mines et carrières , etc. , etc. Le statisticien ne se borne pas à savoir que la France a 32,ooo,ooo d'habitans, mais il veut connaître comment cette population est partagée sous les rapports ethnographique et religieux , pour juger par-là de la force ou de la faiblesse de l'état, selon le plus ou le moins d'homogénéité eutre les élémens dont la population se compose; car, en général, il est sûr qu'un état qui ne serait composé que d'habitans parlant tous la

AU GÉOnRAPHIH.

même langue et professant tous la même religion offrirait plus d elémen* d unioo, et par conséquent de fcirce et deduréo, que celui qui serait composé de l'agglomération de plusieurs nations parlant des idiomes et pro» iessaot des religions diverses. Le statisticien veut en outre savoir coinbien sur ces Si raillions d'habitans il v en a du sexe masculin, du sex« féminin ; combien de célibataires , de gens mariés et de veufs , et comment les uns et les autres se divisent pour les tiges ; combien sont propriétaires , adonnés au commerce , aux manufactures ou a la navigation ; combien appartiennent à Vétat ecclésiastique ou à Y état militaire ; combien sont em plorés dans les différentes administrations du roy aume ; combien se livrent aux arts libéraux ; quel est le nombre des écoliers , des pauvres , dcs/jmwimers, des criminels; combien il y a àenfans illégitimes ; dans quel rapport sont les naissances aux décès , les naissances aux mariages , et une foule d'autres choses qui sont du domaine exclusif de la statistique. Si le géographe se contente de connaître la somme générale de la recette et de la dette, le statisticien entre dans tous les détails du budget et vent savoir combien sur les 987,600,000 francs ont été le produit de la contribution foncière, de la contribution personnelle et mobilière, etc.; combien en ont fourni X enregistrement et les domaines ; combien les droits à l'importation et ceux sur les sels ; combien les droits sur les boissons , sur les tabacs, et quelle a été la recette des postes et celle de la loterie, etc.; de plus, quelle est la quote part de chaque département. En décomposant la dette dans ses différentes parties, il veut savoir à combien monte la dette fondée, et à combien la dette flottante; il distingue dans la première les rentes a ^ pour cent de celles à 4 ef 1 ji pour cent et à 5 /tour cent ; il sépare dans la seconde les intérêts aux receveurs généraux de ceux des bons royaux, des escomptes h la banque, des intérêts aux communes, etc.; il veut connaître la somme destinée chaque année h t amortissement de la dette fondée, Je montant de la dette viagère, et celui des cautionnemens. Il ne lui suffit pas de savoir que l'armée est de 379,057 hommes, mais il veut connaître la force des différentes armes qui la com|>osent , le pied dm paix , le jtieti de guerre et le nombre effectif sous tes drapeaux , et en outre les départe mens qui fournissent particulièrement les recrues de certaines armes, a cause de la différence que présente la taille commune de l'homme clans les différentes régions du royaume.

hxpeochxs faits à la GÉoobaphis et à la STATISTIQUE. Si Jes géographes de profession, si même ceux qui ne le sont pas s'étaient tenus dans ces bornes, et n'eussent admis dans leurs traités de géographie que des données statistiques puisées à de bonnes sources, en les signalant au lecteur et en indiquant l'année à laquelle elles se réfèrent, ils n'auraient pas tout embrouillé, et Us n'auraient pas attiré à la géographie et surtout a la statistique d'injustes reproches. Le peu d'accord entre les diverses évaluations tie ces prétendus géographes et statisticiens ne doit pas être attribué à J impertection Je ces deux sciences, mais au peu de soin de quelques-uns, a i ignorance , à la présomption ou à la mauvaise foi d'un grand nombre d'autres, qui sans avoir fait d'études préparatoires prétendent les professer l'une et l'autre. Si dans la rédaction d'une géographie ou d'une statistique générale chaque auteur voulait indiquer lovaiemeiit et la source à JaquHie il a puisé ses chiffres, et les modifications qu'il leur a fait subir, s'il précisait eu même temps l'époque à laquelle ils doivent se rapporter,

INTRODUCTION

on verrait disparaître presque toutes ces prétendues contradictions, qui ne sont que la conséquence nécessaire et inévitable des élémeus variables sur lesquels on opère.

Dira*t-on que la statistique donne des résultats inexacts ou contradictoires, parce que trois auteurs écrivant en 1827, évalueraient la population de la France, le premier ù 3o,75o,ooo âmes d'après le recensement fait à la fin de 1 8a 1 , en y comprenant l'armée et la flotte, le second à 3o,465,29i pour la même année en faisant abstraction de l'armée et de la flotte, le troisième à 3 1,84 5, 428, d'après le recensement qui eut lieu au commencement de 1827. Osera-t-on soutenir que la statistique n'aboutit en définitive qu'à des groupes de chiffres illusoires , et indignes de la confiance des gens sérieux , parce que, en dépit de tous les calculs et de tous les raisonnemens auxquels nous nous sommes livrés , appuyés sur le recensement de l'année 1819, pour prouver que la population du Portugal continental s'élevait en 1822 à 3,173,000 âmes, deux savans estimables, mais étrangers à cette science, reproduisant les anciennes évaluations approximatives basées sur le nombre de feux en 1 798 , la portaient contre toute probabilité en 1827, l'un à 3,68o,ooo, l'autre à 3,683,4oo âmes? Est-ce à l'imperfection de la statistique qu'il faut s'en prendre si des littérateurs, si des savans estimables , peu familiarisés avec les difficultés sans nombre qu'elle offre même a ses adeptes, commettent, lorsqu'ils se lancent dans une carrière si éloignée de leurs études spéciales, les méprises les plus ridicules? L'un par exemple attribue à la seule ville de Boston la totalité des importations et des exportations de toute la confédération Anglo-Américaine; l'autre, confondant le mouvement du port deLiverpool avec sa marine marchande, fait monter cette dernière à 1,180,914 tonneaux! nombre presque neuf fois plus grand que le tonnage de ce port, et qui dépasse la moitié de celui de toute la marine marchande du Royaume- Uni. Celui-ci prétend prouver la supériorité morale des Badois sur les Wurterabergeois en prenant pour point de départ dans ses calculs des documms évidemment erronés, puisqu'ils lui donnent pour résultat définitif un seul accusé sur 1,600 habitans dans le grand-duché de Bade, tandis que, selon ces mêmes documens, le royaume de Wurtemberg n'en compterait pas moins d'un sur 169! Celui-là, puisant à différentes sources la surface des principaux états du globe, range dans une même colonne, en prétendues milles carrés allemands de i5 au degré, des évaluations, dont les unes sont réellement exprimées dans cette mesure , mais dont plusieurs autres le sont en milles géographiques de 60 au degré et même en milles anglais de 69 i/a au degré, ce qui fait que la Chine est représentée dans ce prétendu tableau statistique comme ayant une surface supérieure à plus de la moitié de toute la partie terrestre du globe i

MOTBK8 DE us ÉVITER. On doit avouer que si la statistique offre déjà un assez grand nombre d'ouvrages spéciaux d'un mérite réel , il n'en est pas de même de la statistique générale, malgré les profondes connaissances et les travaux remarquables de MM. André, Mas sel y Al. de Humlxtldt, Makhuset autres sa vans célèbres de l'Allemagne, de Gioja, Graberg deHemsô et de quelques autres en Italie et ailleurs. Les travaux que nous avons eu à faire en ce genre nous ont prouvé que la statistique générale est encore dans l'enfance, pour ne pas dire au berceau, et que l'auteur consciencieux qui en sait le plus est justement celui qui remplit le moins de colonnes,

À LA GÉOCRÀI'HU

lant sont grandes les lacunes qu'offre encore cette science, non- seulement hors d'Europe, mais même dans presque toutes les contrées de cette partie du monde. IV os lecteurs peuvent le juger facilement par les observations qui précèdent dans cet ouvrage, les tableaux statistiques de l'Europe, de l'Asie, de l'Afrique, de l'Amérique et de l'Océauic, et surtout par tout ce que nous avons expose aux p«i;es 556-594- Cotte imperfection de la statis* tique générale est une conséquence naturelle du petit nombre de travaux s^êôanx que l'on a publiés jusqu'à présent, et du peu de critique que l'on a mis, à quelques exceptions près , dans la rédaction de tous les ouvrages de ce genre. Il est temps que les personnes qui cultivent cette branche si importante et si ramifiée des connaissances humaines, s'imposent la loi d'une critique judicieuse. La méthode la plus simple serait de se vouer à des monographies, à des spécialités. On sait combien les sciences naturelles ont fait de progrés depuis que les naturalistes ont pris cette marche. Pour se convaincre du succès avec lequel on appliquerait cette division du travail à la statistique , il suffirait de jeter un coup d'œil sur les travaux de quelques statisticiens spécialistes, ou sur les ouvrages d'autres sa > ans qui jouissent d'nne juste célébrité pour des travaux statistiques spéciaux, mais dont les productions sur la statistique générale sont bien loin d'avoir le même mérite. Trop restreints par notre cadre, nous ne ferons qu'indiquer leurs noms. Nous citerons MM. Bottin , Benoiston de Clulttaïuicuf Broyer, Cavolau, Chaptal, Denaix, Dupin, Dcfermont, Ferussac, Galibert, Gaenj, Guerry de Champneuf, Lucas, Mouron , Monteront , Héron de F il" le faste, César Moreau , Peuchct , Saulnier, Sicard, Schnitzler, Thomas, FilUrmé, ViU*, de Tournon, de Villeneuve, etc., en France; MM. fiabbage, BLset-Rawkuu , Colquhoun , Finlajrson , Gilbert-Blane , /. Hume , Lowe , Malthuj, Marshall, AfCulloch, Play f air , Rickman, John Sinclair, IVuke- Jield, etc., en Angleterre; Casper, Dcmian, Hoffmann , Al. de Humboldt , Stria, Zedlitz, etc., dans la monarchie Prussienne; André, Bisinger , Csaplucùs (Hongrois), Crusius, Hietzinger, Lichtenstern , Rœhrcr, Schnabd, Schfvartner, etc., parmi les Allemands, et Gioja, Litta Biuini, Qitadri, Bomagaosi, Torriceni, etc., parmi les Italiens, dans l'empire d'Autriche; Biches, Cannabich, Crome, Dittcnberger, Hassel, Hœck, Hojf,Julius, Mittermater, Memminger, Malchus, Meusel, Michaellcs, Pauli, Ubelohde, Rud* hart, etc., dans les autres états de la confédération Germanique; Kevcrberg, Lobato, Quetelet , Ed. Smits, Fonder Maelen , etc., dans le royaume de la indique; Hogendorp , Fonder Capelltm , etc., dans le royaume de HoU lande; Btmaulli , Divcrnois , Franscini , Lutz, Picot, Sclu>ch, Sismo/tdi, Lrsteri, etc., en Suisse; Balbo , De la Marmara, De Gregorj, Gordini % Grhberg de Hemsô (Suédois) , Inghirami, Orsini, Scinà, Tenore, Zuccagni- Qrlaadini , etc. , en Italie; Arsenieff, Friedlandcr, Gonrojf, Hermanru Storch , Zùiblovsky, etc. , dans l'empire Russe ; etc. , etc. , etc. , etc.

Ainsi, lorsque des hommes studieux, passionnés pour leur art, se seroot mis en rapport avec ceux qui étudient les spécialités du même genre chez plusieurs nations étrangères; lorsque les uns et les autres se seront bien compris sur les observations, les dates, les mouvemens à reconnaître; que ceux qoi se sont voués à l'étude de la superficie et de la populatioa absolue des principaux états de la Terre en auront apprécié, par des moyens divers, les friches, les montagnes, les lacs, les rivières, les causes physiques ou morales qui retardent ou accélèrent les progrès de l'agriculture,

vm

INTRODUCTION

ou se seront rendu compte de toutes les anomalies qu'offre la population ; que ceux qui ne craignent pas d'aborder les finances, en auront examiné avec attention et persévérance les diverses parties , auront étendu leurs investigations aux divers systèmes monétaires et les auront soumis à une évaluation uniforme , etc. ; alors des statisticiens résumâtes réuniront en un même faisceau les faits reconnus par les statisticiens spécialistes ; alors cesseront les doutes; alors plus de chances pour ces interprétations mensongères ou hasardées; alors la géographie s'enrichira de documens précieux et exacts; alors nous ne verrons plus à la tribune, ou dans le conseil des rois, des hommes d'état, commettre de graves erreurs; alors le négociant mieux instruit pourra combiner plus sûrement ses opérations ; alors entin les chefs des armées, plus éclairés sur les ressources des états, feront les préparatifs convenables pour assurer la subsistance de leurs troupes, ou ne frapperont pas sur les pays conquis des contributions ruineuses, comme celles que levèrent le général Moreau , en 1800, dans l'archevêché de Saltzbourg, et le maréchal Suchet, en 1809, à Girone. Grâce à cette marche , la statistique s'assurera un rang distingué parmi les sciences positives et d'observation , et s'acquerra l'estime et la reconnaissance générale par les bienfaits réels qu'elle sera à même de répandre dans toutes les classes de la société.

EXCLUSION SE TOUT SYSTEME. La géographie est une science de faits et non de spéculation : le géographe doit donc se borner à décrire les traits principaux qu'offre la Terre. Qu'il n'essaie pas d'expliquer la configuration des côtes de ses continens, l'étendue des mers, la distribution des lacs et des îles , la direction des principales chaînes de montagnes et autres choses semblables, tous détails de la plus haute importance sans doute, et dont l'ensemble constitue un corps de connaissances qu'il est important de posséder, mais qui sort du domaine de la géographie pour s'encadrer spécialement dans celui de la géologie. Que l'on ne s'y trompe point: la géographie et la géologie ont beau se toucher, ce sont deux sciences entièrement distinctes , et c'est à tort que quelques savans naturalistes se sont essayés, de nos jours, à faire de celle-ci une des parties intégrantes de celle-là. Fidèle à ce principe, nous avons exclu tout système, toute hypothèse de cet Abrégé , malgré les belles pages dont peutêtre nous eussions été à même de l'enrichir en puisant à plusieurs productions remarquables publiées dernièrement. Notre manière de voir n'est pas nouvelle; elle est partagée même par un célèbre naturaliste, dont les idées sur ce sujet sont si justes et si piquantes que nous croyons faire une chose agréable au lecteur en les répétant.

* Les premiers Européens philosophes et naturalistes qui explorèrent les rivages de la Nouvelle- Hollande, dit M. Lesson, furent frappés des singularités sans nombre que les productions naturelles leur offraient à chaque pas : tout leur parut bizarre et paradoxal, sol, aspect, aussi bien que végétaux et animaux. Ce caractère d'étrangeté, qu'affectait la nature sur les Terres-Australes, parut éminemment curieux; on voulut s'en rendre compte, et bientôt on tomba dans des extrêmes qui vicièrent l'opinion. Il est de fait que bien peu d'auteurs ont , sur la Nouvelle-Hollande , des idées fixes et arrêtées, et ceux qui les possèdent ne les doivent qu'aux relations des dernières expéditions, et surtout aux écrits des Anglais établis à la Nouvelle- Galles. On ne connaissait que la lisière la plus étroite du pays,

A LA GÉOGRAPHIE. ix

on voulut juger de l'intérieur. Des marins n'ont visité que les dunes littorales, oà ils ne trouvèrent point d'eau douce : aussitôt les géographes sédentaires en prirent acte , et bientôt on accrédita l'opinion que la Nouvelle- Hollande n'avait point de rivières, suivant les uns; que son intérieur était nu, peleet stérile; que les habitans buvaient de l'eau salée. D'autres prétendirent que tout l'intérieur est occupe par de vastes marécages; quelques-uns supposèrent que ce sont des déserts sablonneux , et qu'on devrait en tenter la découverte en y transportant des tentes , des chameaux : un grave auteur a proposé d'en faire la découverte avec des ballons ! Enfin , ou trouva des arbres pétrifiés sur une partie un peu étendue; vite on en condor qu'il semblait qu'on eût porté sur ces lointains rivages la tétc de Méduse pour en pétrifier les êtres qui y vivent. De ces versions, laquelle croire? car elles sont toutes aussi fondées les unes que les autres, et l'on peut admettre nu centre de la Nouvelle- Hollande , sans compromettre sa conscience, aussi bien des volcans que des marais ou des fleuves majestueux et navigables. » Nous verrons, dans la description de cette partie de l'Occanie, combien tous ces systèmes se sont écroulés devant les explorations récentes , et tout ce que cette prétendue terre de désolation promet à l'activité et aux spéculations de la race européenne.

méthode X.OOIQOTB préférable à la méthode pittoresque. La géographie étant une science positive, les objets doivent être classés dans les livres qui en traitent , non d'une manière pittoresque propre à flatter l'imagination , mais d'une manière logique , qui éclaire l'intelligence et aide Va mémoire. La première, employée avec le plus rare talent par un illustre géographe, tolérable peut-être dans un traité étendu sur la science, doit être rejetée d'un ouvrage élémentaire où tout doit être sacrifié à l'instruction. D'ailleurs , dès que l'on adopte la méthode logique, l'exposition de la science devient plus suivie, pins courte, plus claire et plus substantielle. Les faits que Ton y expose doivent tirer tout leur intérêt d'euxmêmes, et non point des accessoires dont on peut les orner.

BITISXOHS YATITREX.LKS et POLITIQUES. Quoique la géographie physique serve de base à toutes les autres parties de cette science, il nous parait contraire à une bonne méthode géographique d'y assnjétir, dans la partie descriptive, la géographie politique, au point de morceler celle-ci, parce qu'alors le lecteur ne peut se former qu'une idée confuse d'un état, dont on aurait assujéti la description soit aux grandes divisions physiques, soit aux grandes divisions ethnographiques de la Terre. Par la manière dont nous avons traité la géographie générale de chacune des cinq parties du monde, par la réunion qtie nous Avons faite de certains états et par la méthode que nous avons suivie dans la description du cours des fleuves qui traversent les autres , nous croyons avoir concilié les deux méthodes naturelle et politique.

XKPOSSZBILTTÉ d'un PI»AJff TTC IF OR NE. Tout le monde reconnaît la nécessité d adopter un plan uniforme dans la description des pays; mais plusieurs causes obligent souvent le géographe à s'en écarter plus oo moins. Dans l'état de nos connaissances géographiques, les cinq parties du monde offrent trop de différences, dans la distribution de leurs parties et dans leurs divisions politiques, pour qu'il soit possible de suivre le même plan dans leur description respective. Si d'un côté nous connaissons bien l'Europe et s'il nous reste encore peu à découvrir en Amérique,

INTRODUCTION

de l'autre côté de vastes espaces en Asie , tout l'intérieur de l'Australie (Nouvel le-Hol lande), la plus grande partie de celui de l'Afrique, ainsi que presque tout l'intérieur de Bornéo, de la Papouasie (Nouvelle-Guinée) et des autres grandes Terres de l'Océanie , ou nous sont entièrement inconnus , ou ne sont connus encore que d'une manière très imparfaite. Qui oserait par exemple remplir les cadres, quelque peu nombreux qu'ils soient , de la géographie de l'intérieur de l'Afrique, des vastes solitudes de l'Amérique, des grandes contrées qu'aucun pied européen n'a encore foulées dans l'Arabie, dans IcTurkestan, dans l'Inde -Transgangétique et dans ces magnifiques îles qui forment les grandes Terres du Monde-Maritime? En attendant que des voyageurs intrépides, ou quelque expédition scientifique , ou même quelque événement politique soulèvent le voile qui couvre la géographie de ces régions peu connues, il vaut encore mieux s'abstenir de rien dire, que de donner des hypothèses à la place des vérités. Si le nombre limité des états de l'Europe et de l'Amérique , si les grandes divisions géographiques et politiques de l'Asie nous permettent d'entrer dans certains détails dans leur description, les centaines de petits états, qu'offrent l'Océanie et l'Afrique , s'y refusent pour le cadre resserré d'un abrégé. Après bieu des essais longs et fastidieux, nous nous sommes arrêté au plan qui nous paraît offrir le plus d'avantages et éviter le plus d'inconvéniens.

L'importance relative des pays, le morcellement de certains états et les souvenirs historiques de certaines contrées, sont autant d'élétnens qui doivent entrer dans la détermination du plan à suivre dans leur description. Un abrégé de géographie, destiné à l'instruction de la jeunesse française et aux hommes du monde de la même nation, doit nécessairement donner des détails sur la France que le cadre ne permet pas pour les autres états. Le grand nombre d'îles qui composent la partie principale de la monarchie Danoise oblige le géographe d'entrer, en la décrivaut, dans des détails qu'il peut négliger sans inconvénient dans la description d'autres états moins morcelés dans leur territoire. Comment pourrait-on, dans la description de l'empire Ottoman et de la Grèce, dans celle de la Perse et de l'Italie, passer entièrement sous silence des lieux aujourd'hui insignifians ou d'une très petite importance, mais qui renferment des monumens superbes ou d'importantes ruines, qui nous rappellent la puissance des Pharaons , la splendeur de Palmyre et d'Héliopolis , la gloire des beaux temps delà Grèce, la toute-puissance de la ville des Césars et les richesses des successeurs de Cyrus? Comment le géographe pourra-t-il ne pas mentionner ces endroits aujourd'hui si insignifians , mais qui furent jadis les témoins des scènes augustes des religions de Moïse et du Christ? Nous avons donc cru que nous pouvions quelquefois nous écarter sans inconvénient du plan que nous nous étions tracé, dans le but de rendre cet Abrégé plus complet et d'interrompre de temps à autre, par quelque morceau d'une haute importance archéologique, l'aride monotonie des descriptions géographiques.

ABUS des STOMS NOUVEAUX. Plusieurs savans qui ont écrit sur la géographie ont trouvé nécessaire, surtout dans ces dernières années, d'imposer une foule de noms nouveaux soit à des pays déjà connus qu'ils groupaient d'une manière différente de celle qu'avaient suivie leurs devanciers, soit à des contrées récemment découvertes et déjà baptisées par leurs découvreurs, soit même pour remplacer «les dénominations géographiques

A LA GÉOGRAPHIE

assez connues , quoique à la vérité elles ne fussent pas encore devenues très populaires. Dès le début de notre carrière scientifique, nous avons été frappé de cette innovation qui menace de tout bouleverser et de faire de la géographie une science aussi embrouillée que le sont devenues de dos jours quelques parties de l'histoire naturelle, à cause de l'anarchie. a laquelle sont livrées les classifications et les nomenclatures. Partant de ce principe, que les noms nouveaux ne sont nécessaires que lorsqu'il s'agit d'exprimer des choses réellement nouvelles , ou de désigner certaius groupes de pays, de montagnes ou d'iles que les progrès de la géographie rendent absolument indispensable de considérer à part , nous en avons ete aussi sobre que possible, quoique les travaux auxquels nous nous étions livrés, et la manière tout-à-lait nouvelle avec laquelle nous traitions cette science, eussent pu nous servir d'excuse pour en proposer un grand nombre. Bien loin de vouloir faire croire au public, comme certains auteurs, que nous avions table rase devant nous et qu'il n'existait rien de bien exact dans tout ce qu'avaient fait nos devanciers, nous avons respecté toutes les classifications et les dénominations qui n'étaient pas en contradiction avec l'état actuel de la science; et lorsque nous étions absolument forcé de proposer un nom nouveau, nous avons tâché de lecomposrr par la simple union des noms déjà connus des montagnes ou des terres principales appartenant aux nouveaux systèmes roontueux et aux nouveaux archipels que nous voulions former. De cette manière, nous avons donné à notre nomenclature beaucoup de simplicité , et nous avons évité l'inconvénient de (aire disparaître des noms consacrés par l'usage pour les remplacer par des noms entièrement nouveaux ou insolites. D'ailleurs, presque toujours nous avons en soin d'en prévenir le lecteur, afin qu'il ne prît point, comme il arrive souvent dans la lecture de plusieurs géographies, nos propositions pour des théorèmes déjà démontrés et généralement reçus. Mais nous laisserons parler sur ce sujet important notre ami M. Jules de filosseville, aux idées duquel de profondes études et l'expérience acquise pendant ses longues navigations donnent tant d'autorité. C'est la solution qu'il a donnée à une des questions que nous lui avions faites lorsque nous nous occupions de la rédaction des principes généraux de cet Abrégé. Elle a été trouvée si importante, que M. Bajot l'a publiée dans les Annales Maritimes , jour- , nal qu'il dirige avec talent et avec une louable indépendance d'opinions.

« Il en était autrefois, dit M. Jules de Blosseville, de la géographie, comme il en sera toujours de l'histoire; les contemporains n'étaient point placés à une hauteur convenable pour porter un jugement définitif et impartial sur des découvertes brillantes et isolées, qu'ils envisageaient d'après des systèmes étroits, suivant l'importance du moment. Aux grands voyageurs seuls il appartenait de donner des noms aux terres qu'ils avaient vues les premiers, et ces noms obtenaient le respect, comme les dispositions d'une volonté sacrée. '

« Aujourd'hui tout est différent ; la carrière est presque fermée, les é!émens sont réunis, et la science, qui ne connaît point de prescription) <st chargée d'en coordonner l'ensemble, en groupant les terres d'après leurs rapports naturels, et en observant la clarté et l'unit»' des noms, La nomcn« c/ature générale ne peut être arrêtée que par les peuples cosmopolites <!<• l'Europe, appel* s par leur position et leurs connaissances universelles à dominer toutes les questions. Une Mitre autorité dicte ses loi* à la nomen-

INTRODUCTION

claturc de détail ; c'est la colonisation, puissance inévitable dont le siège est aussi en Europe, et dont malheureusement les arrêts sont à-la-fois les moins réfléchis et les plus durables.

« La science, toujours positive, demande des comparaisons exactes et s'accorde souvent fort mal avec le sentiment; elle voudrait quelque chose de plus qu'une épithète pour distinguer des pays entre lesquels leur nature et leur situation ne permet aucun rapprochement. Pour prévenir la confusion, elle aurait évité dans les Etats-Unis la répétition continuelle du nom chéri de Washington et de toutes les villes de PEurope; elle aurait voulu rejeter également les Windsor et les Liverpool de la Nouvelle-Galles. Enlin, si on l'eût écoutée, un voyageur n'eût pas eu l'avantage, sans sortir de la Terre de Van-Diemen, de visiler les villes de Jéricho et de Brighton, l'Abyssinie, les rives de la Tamise et du Nil, et joui de la précieuse prérogative de passer et repasser le Styx avec des bateliers plus sociables que Caron.

« Outre les noms descriptifs que tous les peuples ont employés à l'envi, les Français et les Anglais ont autrefois imposé généralement à leurs découvertes ceux des hommes et des lieux de leur pays, en y joignant les saints du calendrier, sans consulter beaucoup les naturels. Les Espagnols ont suivi un autre principe; il est très rare qu'ils aient consacré les noms de leurs découvreurs , et presque toujours ils se sont appliqués a conserver ceux des indigènes, mais en les plaçant toutefois sous l'invocation de la Sainte-Trinité ou sous la protection des apôtres et des martyrs.

« Tout bien considéré, le meilleur nom géographique, quelle que soit son origine, doit être clair, harmonieux, bref et original. Une double signification et une étymologie savante sont en général inutiles. S'il peut indiquer, comme ceux des Phéniciens et des Malais, la caractère saillant du lieu qu'il désigne, il offre quelquefois un avantage particulier; mais il est toujours à craindre que les mêmes motifs ne le fassent répéter souvent dans des localités différentes, et qu'il ne finisse quelquefois aussi par perdre sa justesse. Les noms des découvreurs et des hommes distingués sont souvent très bons, mais ils doivent être donnés avec impartialité, discernement, et comme pav* récompense. Beaucoup de personnes donnent la préférence aux dénominations usitées par les habitans même du pays, et nous sommes de leur opinion, pourvu qu'elles ne soient point barbares, parce que , à tons leurs avantages qu'on sent généralement , se réunit toujours celui de l'originalité auquel nous attachons le plus grand prix. Il ne faut pas, au reste, espérer un succès facile dans cette recherche, pour laquelle il ne suffit pas seulement de pouvoir bien s'entendre, car un pays porte autant de noms qu'il nourrit de peuplades, et les noms variés du même fleuve indiquent souvent le nombre des diverses nations dont il traverse le territoire. Les erreurs dans lesquelles on est exposé à tomber n'ont pas d'ailleurs tous les inconvéniens qu'on pourrait croire. Dans une foule d'occasions, les premiers navigateurs n'ont pas mieux réussi que s'ils avaient mêlé des lettres au hasard ; mais les noms de Canada, de Catoche , d' Yucafan, de Pérou, et cent autres n'en sont pas moins fort bons, et même bien préférables à ceux de Nouvelle- Espagne , Nouvelle-Ecosse , Nouille- Galles du Sud y etc., etc. Quel motif nous eût décidé eu faveur d'une des dénominations de l'Amazone ou du Mississipi ; quel nom eussions-nous préféré parmi tous ceux de l'Australie!

« Les voyageurs modernes ont été plus heureux dans leurs efforts, parce

A LÀ Gl-OGRUMUF.

qu'ils le» out dirigés avec plus de soin et de savoir, et nous avons pu connaître avec certitude, dans l'Océanie seule, beaucoup plus de noms indigènes que dans l'Amérique et l'Afrique réunies. Pour cette partie du monde, on les a religieusement conservés en général , et on a pu le faire avec d autant plus d avantage, qu'ils sont précis, courts et sonores comme les langues qu'on y parle. S'il y avait quelque reproche à faire, ce serait plutôt d'avoir pousse le purisme un peu trop loin dans quelques cas, comme par exemple en voulant retrancher les deux dernières syllabes du nom de Tongatabou , et la première voyelle de celui tfOtahiti, perfection sujette à contestation, et qui a l'inconvénient de ne plus faire distinguer la première île de l'archipel dont elle fait partie, et de confondre, pour des oreilles peu savantes, la Reine du Grand- Océan avec l'île d'Haïti.

« Nous remarquerons particulièrement ici deux archipels : celui de .Salomon , parce qu'il est le seul dont les îles portent encore des noms européens, et celui de l'iti , parce qu'il offre l'exemple unique «l'une appellation collective déterminée par ses propres babitans. A tous les autres archipels il a fallu donner des noms : ceux de la Société , de Sandwich, de Mendana , de C'jok , des Marianne* , des Carolincs et de Tonga sont consacrés et fort convenables. Le dernier remplace bien avantageusement celui des Amis, donne trop précipitamment à l'hypocrisie et à la trahison. Un autre nom caractéristique a été laissé aussi avec peu de justesse a un archipel, dont les peuples ne sont pas les navigateurs par excellence de l'Océanie, et qui n'a aucun port pour recevoir un seul des navigateurs du reste du glo.be. Le nom de son découvreur, Bougainoille , serait bien mieux appliqué. La dénomination de deux autres archipels est encore insignifiante et en litige. Devant le nom du fameux Quiros , nous propo-> sons de faire disparaître ceux d' Espiritu-Santo , de Grandes-Cycladcs et de y oavtlles- Hébrides appliqués aux terres que le capitaine espagnol m découvertes, et nous offrons celui de La Pérousc à cet archipel , qui vit le naufrage de ses navires et dont l'île principale conservera seule le nom de Snnta-Cruz ou Andany. Ainsi les noms des plus grands navigateurs qui représentèrent la France, l'Espagne et l'Angleterre, dans la Polynésie et l'Australie, seraient consacrés sur leurs cartes.

« Noos ne pouvons nous empêcher de dire ici que, par un esprit de perfection et de justice très louable en lui-même , on a applaudi dernièrement à une innovation que je crois malheureuse. On a voulu satisfaire la mémoire de Tasman, sans penser aux droits que l'ancien gouverneur Van Dieroen avait acquis à la reconnaissance de la postérité, en ordonnant plusieurs des explorations hollandaises. Le nom de Terre de Van-Dicmcn , d'autant plus répandu qu'il s'appliquait à un pays colonisé, offrait peu de prise à La critique; peut-être seulement aurait-on dù, par une légère modification, préférer celui de la Dicménie , et ses habitans eussent toujours été des Diernéniens, comme dans les anciennes relations. II existe, sur la côte uord-ouest de l'Australie, une seconde Terre de Dicmen , à laquelle il eût mieux valu donner un autre nom ; mais le changement n'était pas pressant. Un pays important, dont la dénomination actuelle est ridicule, et qui fut aussi découvert par Tasman , semblait avoir plus de droits à réclamer le nom de ce navigateur; nous eussions eu alors la Tasmanie du Nord et la Tasmanie dit Sud, au lieu des deux îles de la Nouvelle-Zélande, dont les noms indigènes, Ika-na-Mauwi et Tavay •- Pounammou , sont trop

xiv INTRODUCTION

barbares pour que nous les adoptions jamais. Si l'on ne veut pas revenir sur le nom de Tasmanie, il y aurait encore une ressource, ce serait d'emprunter celui de Dieménie à la terre qui n'aurait pas dû perdre son premier patron.

« Il reste encore dans la division australe de l'Océanie ûn nom inconvenant et ridicule à faire disparaître , c'est celui de la Nouvelle- Guinée pour lequel nous proposons de substituer celui de Papouasie, dont la racine Papouas indique le peuple qui habite cette grande île, de même que celui de Malaisie, si heureusement imaginé par M. Lessou, pour remplacer X Archipel d'Orient, X Archipel d' Asie , rappelle l'habitation des nations malaisiennes dans la partie occidentale du Monde-Maritime. »

ORTHOGRAPHE DES NOMS PROPRES. Il est temps que nous parlions de la méthode que nous avons suivie dans la transcription des noms propres et des mots étrangers, dont notre Abrégé contient tant de milliers. La nomenclature a plus d'importance que les géographes et les littérateurs ne lui en accordent communément, et doit être regardée comme une des parties fondamentales de la géographie. Malheureusement la manière d'orthographier les noms propres est livrée à l'anarchie , et nous croyons nécessaire d'entrer dans quelques explications sur ce sujet, pour nous mettre à l'abri des critiques que la malveillance ou l'ignorance pourrait nous adresser. Mais avant de rien dire, nous emprunterons, au savant Essai sur les noms d hommes , de peuples et de lieux ♦ de M. Sal verte , le passage suivant, dans lequel ce philologue, avec sa sagacité ordinaire, fait sentir les difficultés et les inconvéniens qu'offre leur orthographe.

« Si de nos jours un homme de génie, à qui on a injustement contesté l'exactitude historique, si Voltaire est tombé dans une faute pareille, en défigurant l'orthographe de la plupart des noms russes, il cherchait du moins à représenter, par la raauière dont il les écrivait, leur prononciation véritable. C'était se proposer un problème difficile. Parmi les peuples qui se servent des mêmes caractères, il n'en est pas qui ne donnent souvent une valeur différente aux mêmes voyelles , aux mêmes consonnes , aux mêmes diphthongues. Conserver dans sa langue l'orthographe d'un nom étranger, c'est vouloir que mille fois il soit défiguré d'une manière ridicule par ceux qui le prononcent; en altérer l'orthographe, c'est le rendre méconnaissable pour les lecteurs habitués à le retrouver dans les écrits originaux du pays auquel il appartient, c'est exposer un copiste inattentif à introduire, sous ces noms défigurés, des personnages imaginaires, daus les récits de l'histoire et dans les relations de voyages. Zea-haen (le co<j de mer), était le nom d'un des vaisseaux du navigateur Tasman, à qui l'un de nos plus savans géographes, M. Eyriès, a restitué la découverte de la Terre de Van Diemcn du Nord. Sous la plume d'hommes qui sans doute croyaient en exprimer la véritable prononciation, ce mot devint zeahaën et zèachen ; et sans remarquer que sous cette forme il était tout-à-fait étranger à la langue hollandaise et à tous les idiomes teutons, on en a fait le nom d'un prétendu navigateur, à qui jusqu'à présent a été attribuée la découverte de Tasman.

« Conserver l'orthographe originale des noms , et indiquer en même temps leur prononciation exacte, ce ne serait pas une tâche trop épineuse pour un observateur attentif. La même précaution , un peu plus pénible peut-être, est plus nécessaire encore de la part d'uu traducteur qui rap-

porte des noms étrangers tels que les a écrits, dans une autre langue, l'auteur de la relation qu'il veut faire passer dans la sienne. Comment, par exemple, si je ne suis prévenu, retrouverai- je dans le Mjrsore des écrivains anglais le véritable nom du royaume de Maïssnur? »

La linguistique , la géographie et l'histoire, considérées relativement à ce sujet, offrent une véritable anarchie. Chaque auteur suit une méthode différente et y ajoute les nuances qui résultent de l'imperfection plus ou moins grande de l'alphabet employé pour écrire sa langue maternelle. De ce manque de plan uniforme et de la manière diverse d'exprimer des sons simples par la réunion de plusieurs lettres différentes, il résulte des mots étrangers méconnaissables et inintelligibles au peuple à la langue duquel ils appartiennent, et auxquels une multitude de lettres disparates, accumulées sans raison et sans goût, donne l'aspect le plus bizarre.

Les plus doctes orientalistes sont encore divisés sur le système à suivit» dans la transcription des noms propres , et particulièrement des mots des langues asiatiques. Aucune des méthodes proposées par des orientalistes célèbres n'a encore été généralement reçue, ce qui embarrasse continuellement ceux qui, n'étant pas versés dans les langues de l'Orient, n'ont aucun moyen d'y distinguer la faute typographique de la différente manière d'orthographier. Tant que l'on n'aura pas résolu d'une manière satisfaisante le problème proposé par Volney, qui, plus qu'aucun autre savant, a senti et signalé l'imperfection de cette partie de la philologie, de l'histoire et de la géographie, toute peine que se donnerait un auteur pour atteindre la perfection dans la transcription des noms et des mots étrangers ne peul c^uètre à- peu -près perdue. C'est à une réunion d'orientalistes les plus savans et de géographes les plus distingués, mais versés dans les principales langues connues , à tracer enfin un plan de transcription à suivre înaltérablement dans l'orthographe des noms propres et des mots étrangers. Kn attendant que l'on fasse ce travail important, que les progrès rapides de la géographie et de la linguistique rendent de plus en plus pressant, le meilleur parti est de laisser les choses telles qu'elles sont, pour éviter d'augmenter ce chaos, déjà trop grand, par de nouvelles orthographes.

Nous aurions voulu suivre provisoirement celle que M. Klaproth a proposée dans son Asia Pohglotta , parce qu'elle nous paraît résoudre presque complètement le problème en question; mais trois motifs nous y ont fait renoncer. D'abord, il aurait fallu nous livrer à un travail immense, et pour lequel nous n'avions ni le goût, ni le loisir, ni les connaissances nécessaires : celui d'examiner et de fixer préalablement la véritable orthographe primitive de chaque mot. Sans ce travail préliminaire nous nous serions exposés à transcrire, d'après un plan juste et raisonné, des mots qui pourraient avoir déjà été transcrits d'après un plan erroné et capricieux. Quelquefois cette transcription nous aurait été même impossible, à l'égard d'une foule de noms propres de l'Inde, de la Chine, de l'intérieur «le l'Afrique et de plusieurs autres contrées du Globe, où ces mots sont différemment prononcés dans un même pays par les habitans de ses différentes provinces. Cette diversité de prononciation est même, selon nous, une des sources des nombreuses contradictions qu'on remarque daus les récits des voyageurs les plus exacts, qui ont pris trop souvent la prononciation locale pour l'unique et la véritable. D'un autre côté, comment aurions'nous fait pour transcrire des mots anglais sur la prononciation des-

INTRODUCTION

quels les auteurs de cette nation ne sont pas d'accord? Comment donner une valeur déterminée à certains sons des noms propres écrits par des savans ou des voyageurs anglais au milieu de l'imperfection et du chaos qu'offre leur alphabet? Est-ce à un étranger donner une valeur précise a ce qui est encore indéterminé et vague pour les nationaux ? En second lieu , nous attendions, pour adopter la méthode proposée par M. Klaproth, de la voir sanctionner par les savans, qui plus que nous avaient le droit d'en faire sentir les avantages, en les signalant et en l'employant euxmêmes dans leurs écrits. Enîiu , notre ouvrage étant destiné à toute sorte de lecteurs, nous n'y pouvions admettre des caractères et des signes généralement inconnus, sans nous exposer ù en voir borner la lecture à certaines classes de savans, pour lesquelles il n'était nullement dans notre but de le rédiger.

D'ailleurs, connaissant le désordre et le vague produits par l'orthographe des noms propres et des mots étrangers que nous venons de signaler, quelle importance pouvions-nous attacher à plier sous le joug de l'orthographe française, d'après des règles uniformes de transcription, les innombrables noms barbares des peuples de l'Asie, de l'Afrique , de l'Océanie et de l'Amérique, puisqu'on peut dire hardiment qu'on ignore la véritable orthographe de plus des trois quarts? C'est une vérité dont nous ont convaincu les longues recherches auxquelles il a fallu nous livrer depuis près de trente ans pour rédiger nos divers ouvrages de géographie et de statistique, et surtout noire Atlas Ethnographique du Globe. Nous pourrions le démontrer par une multitude d'exemples pris dans les ouvrages les plus célèbres et les plus généralement estimés, si nous en avions le loisir et si cela pouvait intéresser nos lecteurs.

Quelle confiance peut inspirer l'orthographe suivie dans les meilleurs livres de géographie et de voyages, lorsque nous voyons l'exact, le savant Azara, dire, en parlant des noms des dix-neuf tribus des Machicuys « qu'il les écrira le mieux qu'il pourra, et tels que son oreille a pu en saisir les sons; et ajouter, qu'il ne doute pas que si on les dictait à vingt personnes différentes, toutes conviendraient, qu'il est impossible de les écrire; et que si elles voulaient le faire, chacune l'exécuterait d'une manière différente? •

Cependant ce qui a lieu pour la transcription des mots de langues de tribus barbares, qui, en parlant, avalent souvent une grande partie des syllabes, ou les profèrent avec un son guttural, sifflant, glapissant on claquant , ne devrait pas s'étendre à celle des mots des idiomes qui sont fixés par l'écriture. Les géographes sont généralement convenus de reproduire les mots des différentes langues de l'Europe, qui s'écrivent en caractères romains ou gothiques, de la même manière qu'on les écrit dans le pays. Ce ne sont que les dénominations russes qui font exception à cette règle, parce que les Russes se servent d'un alphabet différent de ceux des autres peuples de l'Europe. L'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg a fixé un mode convenable de transcription du russe en allemand et en français, qui est à présent assez généralement adopté, et que nous avons suivi àpeu-près dans notre ouvrage.

La transcription des noms asiatiques offre beaucoup de difficultés, et il n'est certainement pas aisé d'éviter dans les livres de géographie et d'histoire la confusion qui en résulte. D'abord les divers peuples de l'Eu-

A LA GrOGKAHIIF.

rope donnent des valeurs différentes aux consonnes et aux voyelles de l'alphabet romain. Si vous écrivez Chain, uu Français prononcera Chala, un Anglais TchHr , un Italien Cala , un Allemand Khala , un Portugais T chala. De même si ni» lieu s'appelait en effet Chala (à la française) , l'Anglais qui l'aurait visite écrira ce nom S/taulau, l'italien Sciula , l'Allemand Schala, le Portugais Xala. On voit donc qu'il y a sous ce rapport impossibilité de faire adopter un même système de transcription aux nations oui se servent de l'alphabet romain ou gothique qui n'en est qu'une nuance calligraphique. En second lieu, la prononciation du bas peuple de la plupart des pays de l'Asie diffère de celle des classes supérieures, et les navigateurs ont communément affaire aux classes inférieures de la société, et adoptent par conséquent des prononciations qui diffèrent de celle de ia langue écrite du pays. C'est ainsi que l'archipel situé entre Forinosc et le Japon et qui s'appelle en chinois Lieou-K'hienu% a été nommé Ltmtchnu (Loochoo) par les Anglais, parce qu'ils tenaient cette dénomination d'interprètes chinois qui parlaient le dialecte des provinces méridionales, dans lequel k'hicou sonne presque comme tchiou ou tchou; ainsi ces îles sont appelées en Europe tantôt Ueou-fChieon , tantôt Loutchou , quoique ses nabi tans mêmes prononcent ce mot Dontchau.

On peut faire à plusieurs orientalistes français le reproche que, quoique convaincus de l'utilité d'un mode de transcription régulière des mots orientaux, pour la langue française, ils n'aient pas voulu l'adopter franchement, et aient persisté à écrire les mots qui se trouvent dans les ouvrages classiques de leur nation de la manière fautive adoptée par les auteurs de ces ouvrages.

On nous objectera peut-être que ces différences énormes, qu'on rencontre lorsqu'il est question de noms appartenant a des régions et à des langues non européennes , doivent disparaître en consultant les ouvrages originaux , quand il s'agit des contrées de l'Europe ou des pays qui dépendent des Européens. Quelques exemples , que nous choisissons parmi les centaines que nous avons recueillis dans les auteurs les plus célèbres, feront voir au lecteur qu'il est presque impossible, même dans ces cas, d'éviter des erreurs.

Le célèbre géographe et statisticien Hassel écrit, dans la grande géographie publiée à Weimar , plusieurs fois Schleiz , tandis que dans son Dictionnaire géographique et statistique il écrit Schleitz, orthographe qui est suivie par Stein, autre géographe et statisticien célèbre. Havscl , Stein et d'autres géographes écrivent Kœln ; M. le baron de Zedlit/. , dans sa Statistique de l'Europe en 1829, dans sa Statistique de la monarchie Prussienne et dans son Guide du Voyageur, écrit au contraire toujours Cœla. MM. Reichard et Stieler, dans leur Atlas , écrivent Kanstatt ; Stein , Cannstadt, et Ha$sel, Kannstadt.

Bien souvent le même au'eur offre, pour le même mot, deux orthographe différentes dans le même ouvrage. Ainsi, par exemple, M. Hagelstara écrit, dans la statistique qui accompagne sa belle carte de la monarchie Norvégiéno-Suédoise, Nedenœs et Roscndahl, et puis, sur la carte, JVcdenars et Rosendnl.

M. Crawfurd écrit dans le texte de son excellente Histoire de l'Archipel Indien, Ge/olo, Beuroe , Xula et Amboynn et sur la carte qui accompagne /'ouvrage, Gilolo, Booroy Zu/a et Atnboina : laquelle de ces diffï-

INTRODUCTION

rentes orthographes devra suivre l'écrivain qui aura besoin de citer un de ces noms ?

Au milieu de cette confusion, nous avons pris le parti qui nous paraissait offrir le moins d'inconvéniens : nous avons suivi, autant que notre mémoire nous le permettait, l'orthographe la plus généralement reçue à l'égard des noms les plus connus; quant aux autres, nous les avons écrits scrupuleusement tels que nous les trouvions dans les différens auteurs que nous avions à consulter , ou dans les notes et les renseignemens que nous obtenions de l'obligeance des personnes qui voulaient bien nous aider dans la rédaction de notre ouvrage. Seulement nous avons, autant que l'espace et le sujet nous le permettaient, ajouté entre parenthèses les synonymes les plus différens, afin que nos lecteurs pussent reconnaître facilement des noms d'hommes, de peuples et de pays, parfois rendus méconnaissables par les traducteurs et par les différentes manières de les orthographier. C'est tout ce que nous pouvions faire; c'est aussi tout ce qu'on pouvait raisonnablement exiger d'un homme qui avait à traiter un sujet aussi vaste que l'est celui de cet Abrégé. Si nous avions voulu nous livrer aux longues recherches, parfois nécessaires pour connaître la véritable manière d'écrire un seul nom propre, nous aurions perdu un temps très considérable, sans avoir même la satisfactiou d'obtenir des résultats d'une valeur non contestée. Nous ajouterons aussi que M. Klaproth ayant revu toutes les épreuves de l'Asie, M. Jules de Blosseville toutes celles de l'Océanie, et M. Eyriès toutes celles de l'Afrique, de l'Amérique et de l'Océame, nous espérons que notre ouvrage , même sous le rapport de l'orthographe, offrira une. garantie qu'on cherche en vain dans les traités de géographie et les dictionnaires géographiques les plus estimés. Quant aux différences dans l'orthographe suivie quelquefois pour le même mot dans notre Abrégé , ce n'est ni une erreur typographique ni une négligence de notre part; c'est tout simplement la conséquence de la manière différente d'orthographier les noms des langues étrangères adoptée par quelques-uns des savans célèbres ou des personnes très instruites, qui ont bien voulu nous fournir des documens et revoir nos épreuves. On sent bien que nous ne pouvions pas leur imposer le devoir de se conformer à une orthographe, qu'ils regardaient comme erronée ou pour le moins comme moins juste que la leur.

On reprochera peut-être à notre ouvrage de manquer entièrement de caries géographiques, de ue pas donner Y histoire abrégée tics principaux états qu'il décrit et de n être pas précédé ou suivi d'un traité élémentaire de géographie ancienne. Voici notre réponse.

CAB.TES GÉOGRAPHIQUES. La cartographie, est sans nul doute une partie principale de la géographie ; nous dirons plus, il y a une foule de notions que nous ne pouvons acquérir d'une manière précise que par l'inspection d'une carte géographique. Vous y embrassez d'un seul coupdœil, comme l'a très bien dit un savant célèbre, M. Joraard, une multitude de faits : l'aspect physique , les distances des lieux, les rapports d'état à état, de province à province, les divisions politiques; la forme, l'origine et l'issue des bassins, de premier, de second ou de troisième ordre; les moyens ouverts ou les obstacles opposés aux communications intérieures et extérieures, circonstances qui règlent tous les rapports du commerce et de l'industrie, qui président aux questions de paix ou de guerre,

A LA GÉOGRAPHIE

en un mot presque tous les éléraens des rapports sociaux. Si une carte est exacte, elle apprend toutes ces choses, et bien d'autres encore qu'un aâl clairvoyant y trouve , et y lit à l'instant même où la carte lui est soumise. Mais de cette immense utilité des cartes il ne faut pas conclure qu'il y ail pour tout auteur d'un traité élémentaire de géographie nécessité rigoureuse de joindre à son ouvrage un atlas rédigé par luimême. La géographie mathématique est une branche entièrement différente de la géographie descriptive; celle-ci est ordinairement le domaine du géographe, l'autre est celui du cartographe. Il est très rare de rencontrer dans la même personne, à un degré émiticnt, les qualités requises pour exceller dans ces deux branches, qui depuis long-temps ont été exploitées par des personnes différentes : aussi tel géographe brille au premier rang dans la géographie descriptive qui, s'il s'avisait de composer un atlas, ne serait qu'un médiocre cartographe, et vice vend. Son devoir est de signaler au lecteur et les atlas et les cartes particulières qu'il croit être les meilleurs pour étudier avec profit sou traité de géographie. C'est aussi ce que nous ferons en nommant les collections publiées par les établissemens géographiques de Bertuch , aujourd'hui Froricp , a Weimar, de Cotta , à Munich , de Schmpp, à Berlin, de Schrâmbl et Motfa, à Vienne, de Homann, aujourd'hui Fembn, à Nuremberg, de Sc/icnA, à Brunswick , et les belles cartes publiées par Berghaus , Qrimm, Lchmann, Licchtcnstern , Mnllo , Rcichard, Ru /il de lùlienstern, Schmidt, Stieler, Streit, lVciland, etc. , etc., en Allemagne; les beaux atlas de MM. Bruv, Dufour, Lnpie, etc., etc., en France; de MMJrrotvsmith, Fadcn, Cary-, Ji'Jfrey, etc., etc., en Angleterre; de V ander Mnlen, à Bruxelles, etc., clc.On ne doit pas manquer d'assigner la premièreplace parmi les productions de ce genre aux cartes publiées par les gouvernemens respectifs, à Paris, à Berlin, à Saint-Pétersbourg, à Londres, à Vienne, à Milan, etc., etc., et à celles que la Compagnie anglaise des Indes-Orientales a entreprises depuis quelquesjannécs. Nous ne parlons pas des cartes générales qui accompagnent presque tous les traités élémentaires de géograoh ie ; elles sont toutes trop petites pour pouvoir donner la dixième partie des détails topographiques nécessaires à l'intelligence du texte pour lequel on a voulu les rédiger, et toutes, on doit le dire, remplies d'erreurs grossières, offrent les omissions les plus inexcusables. On nous objectera que les atlas, étant d'un prix très élevé, ne peuvent être à la portée que d'un petit nombre de personnes privilégiées , et que la foule des lecteurs est forcée ou de s'en passer entièrement, ou d'avoir recours aux cartes qui accompagnent les traités élémentaires. Nous avons remarqué cet inconvénient depuis long-temps, et nous espérons y remédier en nous associant avec un des plus savans cartographes, et en concertant avec lui la rédaction de huit ou neuf cartes sur une échelle assez grande pour pouvoir y encadrer non -seulement tout ce qui concerne la géographie descriptive générale des cinq parties du monde, mais aussi celle de leurs principaux états, et pour offrir en même temps les points les plus remarquables signalés à l'attention du lecteur dans notre Abrégé. Nous en avons déjà tracé en partie le plan, et nous avons l'espoir d'être dans deux ans à même d'offrir ces cartes au public.

£POQU£S HISTORIQUES. L'état présent d'une contrée dépend du passé et prend sa source dans le passé; il est donc indispensable, pour coDoakre bien la géographie d'un état quelconque, d'offrir le tableau

xx INTRODUCTION

abrégé des chaugcmens qu'il a éprouvés dans son territoire, sok par des acquisitions , soit par des pertes, depuis son origine jusqu'à nos jours. C'est ce que nous avons fait depuis long-temps pour tous les états jusqu'à Vannée 1812. Nos occupations ne nous ayant pas permis de continuer ce travail pour le porter jusqu'à l'époque actuelle , et ne voulaut d'ailleurs offrir au public que le résumé d'ouvrages historiques spéciaux et non d'ouvrages généraux , sachant par expérience combien il faut se tenir en garde contre ces derniers , nous nous proposons de remplir cette lacune dans nos Annuaires géographiques.

GÉOGRAPHIE ANCIENNE. Ce que nous venons de dire de l'histoire s'applique également à la géographie ancienne, chargée d'éclairer la marche des faits et d'en faciliter l'intelligence dans les périodes qui ont précède l'invasion des barbares et l'origiue des états de la moderne Europe. Réduite à cette topographie aride et nue qui est le fond et la forme de tous nos abrégés ou traités de géographie classique, elle ne nous a paru que médiocrement utile et point du tout attrayante. Rédigé d'une manière rationnelle et philosophique, un pareil ouvrage ne peut être improvisé; c'est l'œuvre de longues années d'études et de méditations. Écoutous sur ce point notre savant ami M. Larenaudière, qui depuis long-temps fait de cette branche des connaissances humaines l'objet de ses recherches et de ses travaux. « Pour traiter convenablement la description des parties du globe terrestre connues des Grecs et des Romains , il serait bon d'envisager cette géographie morte d'une toute autre manière qu'on ne le fait dans les écoles. Il serait philosophique de la présenter par grandes périodes, de l'offrir sous le point de vue combiné de la chronologie et de l'ethnographie, de classer le sol suivant la marche de la civilisation et le mouvement de l'état social. Tout s'enchaînerait dans cette méthode naturelle, où les hommes et les choses ne sortiraient pas de leurs relations réciproques. Alors les grands empires de l'Asie et le colo .se romain seraient les deux termes extrêmes de cette géographie progressive, vaste dépôt qui, recevant successivement les souvenirs de l'industrie, du commerce, des arts et de l'organisation politique et religieuse de chaque époque, se présenterait comme le bilan matériel et moral de l'Ancien-Monde. La sécheresse topographique disparaîtrait sous les couleurs animées des produits de la terre et de ses divers accidens. Rieti de ce que les anciens nous ont appris de la nature vivante ne serait mis en oubli. Ce serait là sans doute un travail tout scientifique; il n'est pas besoin d'ajouter qu'il se trouve hors du cadre d'un simple abrégé. »

Il nous a donc été impossible d'entreprendre cette tâche dans ce moment, et ce qui pourrait nous empêcher d'y songer par la suite, c'est que nous n'ignorons pas que l'habile écr i vain dont nous venons d'emprunter les paroles, et qui a si bien exposé les difficultés d'un semblable ouvrace, essaie depuis long-temps d'en triompher, et prépare un tableau géographique général et raisonné du inonde connu des Grecs et des Romains. Ce que nous en connaissons déjà par un aperçu imprimé nous fait vivement désirer la publication de cette grande description , dont plusieurs parties, notamment toute la géographie ma thématique et physique des anciens, défigurée par les systèmes de M. Gosseliu, est présentée par M. Larenai dière sous son véritable jour. Ce sera un vrai présent pour la France studieuse que ce travail nouveau, où une consciencieuse éruditiou a mis à profit les recherches profondes des savans professeurs allemands Voss, Manneit, Uckert, Rci-

A LA GÉOGRAPHIE

charci, etc., etc., ainsi que les utiles dissertations publiées par d'autres «vans non moins célèbres, français, anglais, italiens, etc., etc., sur certains points i m portans.

poids , hœsuhq et monnaies. Mais avant de terminer ces observations préliminaires , qu'il nous soit permis de dire un mot sur les tableaux mrtrologiques qui forment l'appendice de notre Abrégé.

On possède, il est vrai, plusieurs traités plus on moins estimés sur les monnaies, les poids et mesures des divers états de l'Europe ; ceux de Kruse, de Kelly et de Lôhmann embrassent même les systèmes monétaire et métrique des principaux peuples de l'Asie, de l'Afrique, de l'Amérique et de fOeeanîe. Mais, outre le prix élevé, le format incommode et le volume considérable de ces ouvrages, l'ordonnance des matières dans les uns, la complication des tableaux dans les autres, suffisent pour rebuter, à l'ouverture dn livre, celui qui a le plus besoin d'y puiser des renseignemens. 11 faut, en quelque sorte, une étude préliminaire pour apprendre à se servir de ces ouvrages, dont le principal mérite, après l'exactitude, devrait être ta clarté et la précision.

Quant aox tables et notices particulières qui accompagnent certains traites spéciaux publiés en France sur la géographie et la statistique, l'absence de toute critique qu'on y remarque et leur défaut d'autorité empêchent d'y avoir confiance. D'ailleurs l'arrangement de ces sortes de tables , le peu de détails qu'elles renferment , surtout pour ta métrologie , mettent dans l'impossibilité de distinguer la nature des mesures, leurs subdivisions et les rapports qu'elles ont entre elles; et , à l'égard des monnaies réelle*, les auteurs de ces notices se bornent à reproduire , au moins eti grande partie, le tnbteau de comparaison répété chaque année par l' A ftnumrr da bureau des longitudes, sans même indiquer cette source et sans parier des monnaies de compte dont la connaissance est si importante.

Personne, peut-être, plus que nous, qui nous sommes constamment occupés de recherches statistiques , n'a reconnu l'insu Aisance des docuroens qui existent sur les monnaies, les poids et mesures des divers états de l'Europe et des autres parties du globe ; et c'est parce que nous étions convaincu, depuis long-temps, de l'immense utilité d'un travail consciencieux sur cette matière , que nous avons cherché à nous en procurer un qui nx-ruât d'être joint à notre géographie. La difficulté était de trouver le travailleur judicieux et opiniâtre qui , possédant des connaissances spéciales et familiarise avec les ouvrages de cette nature, consentît à entreprendre une tâche qui exige des recherches longues, pénibles, et des calculs fastidieux. Nous désespérions de la réussite de nos démarches, et nous nous voyions réduit à nous servir des documens imparfaits qui étaient à notre disposition*, lorsque le hasard nous apprit que M. Guérin de Thion ville, avec lequel nous étions depuis plusieurs années en relations d'estime et d'amitié, s'occupait d'un ouvrage de ce genre auquel il a déjà consacré "beaucoup de temps. Aucun soin, aucun sacrifice n'a été épargné par lui pour se procurer des rapports exacts entre les étalons étrangers et ceux de France. Il a consulté et comparé tous les ouvrages modernes. Des renseignem?ns officiels recueillis dans on grand nombre de recueils périodiques étrangers, et les communications particulières qui lui ont été faites, Ont concouru à rendre son travail aussi complet et aussi parfait que le permet l'état présent des connaissances sur cette partie importante de la statistique générale. Ayant témoigné a

**«t INTRODUCTION

M. Guérin le désir de joindre à noire livre une métrologie nouvelle, plus complète et plus digne de confiance que celles qui accompagnent d'autres géographies, il a eu l'obligeance d'extraire de son grand ouvrage les tableaux <jiii forment l'appendice de cet Abrégé. Ce savant estimable a bien voulu ajouter, à notre prière, un travail fort intéressant sur les systèmes monétaire et métrique des principaux peupies de l'antiquité.

Le précieux avantage de ces tableaux de comparaison est de présenter, au premier coup-d'œil, la division et l'évaluation des monnaies, des poids et mesures des principaux pays et des principales villes du globe. L'ordre alphabétique suivi pour les états de chaque partie dn monde , et l'idée ingénieuse de placer ainsi les rapports des unités étrangères dans des colonnes distinctes, dont la tête indique la nature des mesures, dispensent de toutes les recherches pénibles que l'on est ordinairement obligé de faire dans les autres ouvrages de ce genre. Nous pouvons dire avec une entière assurance que rien de plus complet, rien de plus exact et en même temps d'un usage plus facile, n'a encore été publié en France sur cette matière. Aussi nous empressons-nous de témoigner hautement à M. Guérin l'expression de notre vive reconnaissance et d'offrir ici notre juste tribut d'éloges au talent et au zèle qu'il a déployés dans l'exécution du grand travail qui a servi à la confection de nos tableaux métrotogiques. Ce bel ouvrage, terminé en grande partie, est surtout digne, par sa nature et par son importance, de fixer l'attention du gouvernement. Ce serait faire un beau présent à la science, au commerce et à l'industrie, que d'en provoquer et d'en encourager la publication.

CITATION*, a Mais si les connaissances historiques en général , disait Malte-Brun dans son inimitable Précis, et celles du géographe en particulier, sont tirées de tant de sources différentes et plus ou moins authentiques, n'est-il pas indispensable d'indiquer celles qu on a consultées? N'est-il pas de la bonne foi de mettre les savans à même de juger si l'on s'est appuyé sur des autorités suffisantes ? N'est-il pas de la justice littéraire de faire connaître ù nos lecteurs les noms, souvent ignorés, de ceux qui nous ont servi de maîtres et de guides? » Depuis long-temps nous avons senti toute la justesse de cette pensée de |nolre célèbre ami , et dès le début même de notre carrière, dans notre Prospetto politico-geografico dcllo stato attualc del Globo , nous avons toujours signalé les sources auxquelles nous avons puisé les faits admis dans cet ouvrage. Nous allons maintenant exposer au lecteur les nombreux secours dont nous nous sommes environné pour rédiger ce traité de géographie. Ils appartiennent à quatre espèces différentes; ce sont des ouvrages généraux , des ouvrages spéciaux, des ouvrages périodiques et des documens inédits , presque tous officiels.

A l'égard des premiers, nous ferons observer que XErdkunde im Vcrhaeltniss zur Natur und zur Geschichte des Menschen du célèbre M. liittcr, le Vollstacndigcs Handbuch der Ncuestcn Erdbcschreibung rédigé par une société de savans géographes et le Précis de la Géographie de Malte-Brun , sont les seuls ouvrages de ce genre que nous avons cru pouvoir consulter avec profit. Nous avons trouvé dans presque tous les autres tant d'erreurs grossières , tant d'impardonnables inexactitudes , que le seul moyen d'y échapper a été pour nous de ne pas les consulter du tout, quel que fût le titre pompeux sous lequel ils se présentaient au public. Ce sont justement ces compilations qui, plus que toute autre cause, ont contribué à perpétuer

A LA GÉOGRAPHIE

atiif

et à faire rétrograder la science, dont les bornes avaient r quelques- géographes zélés et consciencieux et par quelques voyageurs aussi sa vans qu'intrépides. Les erreurs que nous avons signalées dans plusieurs endroits de cet ouvrage, et d'autres , bien plus nombreuses , que nous pourrions révéler ou public, si nous le croyions nécessaire, sanctionnent ce jugement, quelque sévère qu'il puisse paraître. Nous indiquerons plus bas les principaux ouvrages spéciaux que nous avons consultés , et les savans célèbres ainsi que les personnages distingués qui ont bien voulu nous aider de leur assistance dans cette tâche difficile. Parmi le grand nombre d'écrits périodiques mis à notre disposition par la Bibliothèque du Bulletin des sciences et par le magnifique Cabinet littéraire établi depuis que/que temps, à Paris, par M. Jules Renouard, nous citerons les suivans auxquels nous avons fait le plus d'emprunts : les Nouvelles Annales de* Voyages , les Annales Maritimes ; les Revues Britannique , Encyclopédique , des Deux- Monde s et de Paris ; le Journal Asiatique , le Temps , le Globe , f Universel , le Journal des Débats, le National , le Moniteur , etc., parmi les recueils français; VEdinburgh Review , le Quarterly Review , le Westminster Review , le Metropolitan, le Journal of Sciences, le Quarterly Magazine and Review, le Foreign Quarterly Review, le Monthly Review, le Nesv-Monthly Magazine, le Blaekwood's Jidinburgh Review, YÂsiatic Journal, etc., parmi les recueils anglais; le North American Review, le Nile's Weelily Regùter, etc., parmi les anglo-américains; les Neite AUgemeine geographisehc Ephcmciidcn de IVeimar, YHcrtha, les Jahrbucher der LiteratuTy X AUgemeine Uteratur Zeitung, les Gœttingische gelehrtc Anzei gen, W Lcipziger. Uteratur Zeitung, Y Hermès , le Conversations - Blatt , Y AUgemeine Reperton'um der in-und auslœndischen Uteratur, Y Ethnographisches Archtv , YHespcrus, etc., parmi les recueils allemands; la /?/'blioteca Jtauanaet Y Antologia , parmi les italiens. Nous avons déjà indique à la page lxxxii les nombreux emprunts que nous avons faits à Y Almanach du Commerce de M. Bottin ; ici nous devons signaler aussi deux autres productions de ce genre d'un grand mérite, le Companion to the Almanac et Y American Almanac : le premier publié à Londres sous la l lance des plus hauts personnages, réunis en société pour la propa des connaissances utiles; le second imprimé à Boston, et rédigé par »avans très distingués. Malgré la modestie de leur titre , ces deux içes contiennent une foule de documens officiels de la plus haute importance, qu'on cherche en vain dans de gros volumes de géographie et de statistique, et nous paraissent avoir atteint complètement le but que se sont proposé les savans philanthropes qui coopèrent à leur rédaction ou à leur publication.

rAUfCBJB. Mais if ne suffit pas d'avoir recour s ► , il faut savoir s'en servir. Cela dépend des conta science sur laquelle on veut écrire, surtout d'une longue expérience contractée par la lecture attentive et réfléchie des meilleurs auteurs qui l'ont traitée. Sans cela on s'expose à offrir comme actuel un ordre de choses qui , depuis long-temps, n'existe plus ; à reproduire d'anciennes conjectures , admissibles à la vérité lorsque la science était moins avancée , mais qui doivent être remplacées par les faits positifs dont elle s'est enrichie depuis; à répéter enfin de vieilles erreurs, que le xéle éclairé ou les longues recherches de quelques savans, ou bien le cou-

INTKODLCMON

rage de quelques voyageurs sont parvenus à déraciner de nos jours. Il faut posséder à fond et l'histoire de la géographie, pour savoir choisir les meilleures sources qu'on doit cousulter dans la description de chaque pays; et l'art difficile de la critique, pour savoir apprécier le mérite différent des auteurs, parfois si nombreux, qui ont décrit la même contrée, ou qui en ont parcouru une partie soit aux mêmes époques, soit à des époques plus ou moins éloignées les unes des autres. 11 faut avoir le moyen de discerner le vrai du faux, de réduire ù leur juste valeur les ridicules prétentions des auteurs nationaux, les préjugés vulgaires reçus comme des vérités incontestables dans le pays, la prévention de certains voyageurs contre le peuple qu'ils entreprennent de décrire, ou la partialité qui leur fait trouver tout bon, tout admirable. Il faut avoir le talent si rare, de concilier le jugement, quelquefois diamétralement opposé, que deux voyageurs ont prononcé sur une même nation, sur un même pays , sur une même ville, tantôt à deux époques différentes, tantôt presque dans la même année. 11 faut connaître les sciences accessoires de la géographie, pour n'admettre, dans la multitude des faits si variés dont son cadre est susceptible, que des faits sanctionnés par des juges compétens; car il ne suffit pas d'être sur les lieux pour juger de l'exactitude de certains jugemeus ou de certaines propositions, il faut posséder encore la science ou l'art auxquels ils appartiennent.

« Hien, dit l'auteur spirituel des Souvenirs du golfe Per$iqtte,r\ex\ n'est plus remarquable que la fausseté des différentes descriptions que l'on en a faites, sans cependant qu'on puisse accuser les auteurs de ces descriptions d'inexactitudes volontaires. Moore, dans sa belle exposition de Lalla Raokh, ne mentionne pas une seule pierre précieuse, ou une seule fleur, sans s'appuyer de l'autorité de quelque voyageur digue de foi, et il est probable que tout ce qu'il décrit existe en effet; mais, après l'avoir trouvé, on aurait bien de la peine à le reconnaître. Ce sont des bancs de perles et des îles de palmiers, des bosquets de vignes et de grenadiers; mais une triste différence existe entre la peinture et le modèle. Dans le récit, tout est brillant, frais, embaumé; dans la réalité, les bancs de perles sont des tas infects de coquilles d'huîtres, les bosquets de palmiers sont de chétives et hideuses plantations, dont le vert pâle et fané se détache à peine de la couleur des rochers nus qui les entourent et du sol brûlé qui les porte. Les greuadieis sont constamment couverts d'une poussière blanche; les zéphyrs sont étouffans; le cristal des fontaines est une eau saumâtre, et les (laçons où brille le rubis liquéfié sont des bouteilles bouchées avec un chiffon et contenant du vin de Schiraz, qu'on prendrait pour du mauvais Porto mêlé avec de la bière. Rien ne ressemble moins à la mer verte des voyageurs et des poètes, parsemée d'îles enchantées, étineelante de l'éclat de* perles et rafraîchie par des brises parfumées, que le véritable golfe Persique, avec ses rives sauvages et stériles, desséchées par une atmosphère qui semble menacer de destruction tout ce qui existe. » Des voyageurs modernes ont réduit ù leur juste valeur les pompeux éloges que, sur l'autorité des auteurs persans, on prodiguait à l'excellence du climat de Schiraz, et M. Kephalide a trouvé que la vallée de Noto en Sicile, qu'on représente comme un jardin, est au contraire très mont ueuse et remplie de vastes landes et de déserts rocailleux. Les récentes explorations, faites dans l'intérieur de l'Afrique, ont fait disparaître les immenses populations qu'on accordait aux villes de Jombouctou, de Haussa et de Bornou; cependant Sidi-Hamet, natif de

A LA GÉOGRAPHIE

cette dernière, assurait à Ritchie que sa ville natale était plus grande que le Caire! Le savant, le judicieux auteur de ÏEast India Gazetteer réduit à So,ooo le nombre moyen annuel des pèlerins qui, de 1817 à iflaa, ont visité la pagode de Djag^ernât, nombre vingt-quatre fois moindre que ce* lui auquel Carey faisait monter les visiteurs de ce temple. Quoique, selon les recherches de l'abbé Grégoire, il n'existe plus de Samaritain» en Europe, et que leur nombre total en Asie ne dépasse pas aoo individus, ces religionnatres croyaient et assuraient aux voyageurs, il y a quelques années, que leurs confrères de Gènes montaient à 117,960! D'après un ancien usage, les Birmans comptent dans tout l'empire 4,600 tnyos ou arrondissement, nombre , dit M. KJaproth , qui très certainement est exagéré. Dans le Pégou , l'expression trente-deux paraît être d'un usage banal; car chacune de ses provinces (Heozawati, Martahan et Bassein) contient ce nombre de ntjros; cependant une investigation exacte a démontré que, dans les provinces dMien/awati et de Martaban, il n'y en avait que la moitié, et clans celle de Bassein que le quart. « La vanité nationale, dit M. de Humbolr't, en parlant des Mexicains, se plaît même à agrandir les espaces, à reculer, sinon dans la réalité, du moins dans l'imagination , les limites du pays occupé par les Espagnols. Dans les mémoires qui m'ont été fournis sur la position des mines mexicaines, on évalue l'éloignement d'Arispe au Rosario à îoo lieues marines, d'Arispe à Copala à 4oo, sans compter que tonte l'intendance de Sonora n'en a pas a8o en longueur. Par la même cause, et surtout pour se concilier la laveur de la cour, les conquistadorrt , \e& moines missionnaires et les premiers colons ont donné de grands noms à de petites choses. Nous avons décrit plus haut le royaume de Léon, dont toute la population n'égale pas le nombre des moines franciscains en Espagne. Quelques cabanes réunies prennent souvent le titre pompeux de villes. Une croix plantée dans les forêts de la Guyane figure, sur le> cartes des missions envoyées à Madrid et a Rome, comme un village habité par des Indiens. Ce n'est qu'après avoir vécu long-temps dans tes colonie» espagnoles, après avoir reconnu de près ces fictions de royaumes, de villes et de villages , que le voyageur se forme une échelle propre à réduire les objets à leur juste valeur. «

Trois mois de séjour à Constantinople ou à Saint-Pétersbourg , huit jours au Caire ou à Odessa, ne donnent pas aux voyageurs, qui publient leurs observations le droit déjuger les pays où se trouvent ces villes et encore moins celui de pouvoir renverser les opinions émises par leurs prédécesseurs, qoi y ont demeuré pendant long-temps et qui en possèdent la littérature et en parlent la langue. Pour le géographe qui est à la hauteur de la science, les contradictions les plus grandes sur le même pays, sur la même ville, sont bien loin d'être des problèmes insolubles. Il sait à quoi s'en tenir et sur la citadelle de Traunick en Bosnie, qu'un militaire, M. Pertusier, dit être susceptible d'une longue défense, et que M. Desfossés trouve insignifiante, et sur le jugement favorable porté sur Dnmieta par madame Hinutoli , et sur Bombay par Ueber , en opposition avec ceux du capitaine Light et de Forbes. Il sait concilier les étonnantes contra- (1 jetions qu'on remarque parmi les voyageurs qui ont visité Tyr, depuis Pococke jusqu'à M. Buckinghara et a M. Connor. Il n'est pas non plus embarrasse des contradictions qu'on trouve relativement aux obélisques dans Pococke, Shaw et Richardson, et il sait a quoi s'en tenir

entre Ali-Bey, qu* dit qu'Akchir , dans la Cara manie, est une petite ville, et Mac-Kinneir, qui lui accorde i5,ooo maisons, nombre qui supposerait au moins 60,000 âmes. Il n'hésite pas à rejeter comme inexacte l'assertion des journaux de Calcutta, qui publiaient dernièrement que la langue tibétaine était l'idiome parlé depuis l'Himmalaya jusqu'à la frontière de la Sibérie; et il range parmi les erreurs ce que le Canton Jicgister a publié il n'y a pas long-temps, en confondant les Bourouts qui habitent au nord de Kachghar avec les tribus mongoles des Bouriats ou Bouretes, qui, soumises à la Russie, occupent le pays au sud et en partie au nord du lac Baïkal, éloigné de plus de i,3oo milles de Kachghar. Il sait que l'estimation de 11,000 pieds de profondeur que les nationaux, d'après une erreur de calcul de Pontoppidan , et tous les géographes d'après eux , donnent au trou qui se trouve en Norwège dans te district de ttake, près de Friedericks-Hall, devrait être au moins de 39,866 pieds de Paris ; car M. Parrot a démontré que cette profondeur est nécessaire pour qu'on puisse compter un intervalle de 90 secondes depuis l'instant où l'on a jeté une pierre et le moment où le bruit qu'elle fait en touchant le fond de l'abîme vient frapper l'oreille de l'observateur. Il sait déjà que le capitaine Beechey a détruit le charmant roman , que le capitaine Basile HaJ! avait fait sur les habitans de l'archipel de Lieou-K'hieou. Il ne peut plus ignorer que de célèbres orientalistes ont rois les Chinois, les Japonais , les Indiens et les autres nations civilisées de l'Asie sous leur véritable point de vue; il sait enfin réduire à leur juste valeur les calomnies débitées sur l'ignorance et le caractère des Espagnols, des Portugais, des Italiens, des Hollandais et d'autres nations, que des juges non compétens ont mal appréciées. Mais l'hypothèse suivante, relative à la France, achèvera de faire sentir à quel point les relations des voyageurs les plut veridiques peuvent différer entre elles. v

Supposons qu'un Siamois, ignorant la langue française et par conséquent obligé de s'en remettre, pour avoir des détails sur le pays, à un interprète qui du reste ne lui transmettra que des notions exactes et fidèles , séjournât quelque temps en France, puis à sou retour dans sa patrie publiât une description de cet état. Qu'un autre, au bout d'un certain nombre d'années, et lorsque la révolution en a déjà renversé le gouvernement et modifié l'étendue, vienne visiter le ci-devant royaume, et, à l'instar de son prédécesseur, publie aussi une relation en revenant à Siam. Cette relation sera presque entièrement opposée à la première ; le chef de l'étal sera , selon ce nouveau voyageur, non plus un roi, mais un premier consul nommé Bonaparte. Un troisième, venu plus tard, dira que la France est un empire, dont le souverain, nommé Napoléon, étend sa domination gigantesque du nord au sud depuis la mer Baltique jusqu'à l'extrémité de l'Italie sur la mer Méditerranée, et de l'est à l'ouest depuis un empire nommé Turquie jusqu'à un océan dit Atlantique. Enfin un quatrième, venu après tous les autres, et se prétendant mieux instruit et plus véridiqtie que ses deux derniers prédécesseurs , affirmera que le premier narrateur a seul raison contre les deux autres, puisqu'il a vérifié son exactitude. Cette hypothèse peut faire comprendre comment des voyageurs se contredisent sur des pays connus en disaut cependant la vérité pour l'époque à laquelle se rapporte la relation de leur voyage. Mais il est temps de justifier le plan d après lequel cet ouvrage est rédigé.

A LA GÉOGRAPHIE

glMI »TJ PIA». Le lecteur connaît déjà le motif pour lequel , à la tête des descriptions particulières des états ou des grandes répions de chaque partie du monde, nous avons placé la description physique et politique de celle à laquelle ils appartiennent. CVst le seul moyen de présenter dans leur ensemble les grands traits de la surface de la terre, et conserver aux nations et aux grandes régions physiques toute leur physiono mie. Nous osons nous Ûalter que, par le choix que nous avons fait des articles dans chacune de ces descriptions générales, rien de vraiment important pour un traité élémentaire n'aura été omis, et que le lecteur qui voudra se rendre familières les diverses notions exposées dans ces dix chapitres, n'aura aucune difficulté à caser dans sa mémoire toutes les découvertes qu'on pourrait faire à l'avenir, et tous les changemens que la marche rapide de la civilisation et la suite des grands évènemens dont nous sommes spectateurs rendraient nécessaires.

POSITION ASTRONOMIQUE. Chacune de ces descriptions générales commence par l'article Position astronomique t afin d'aider le lecteur à trouver sur les cartes la position de la partie du monde à laquelle elle se réfère. Dans l'état actuel de la géographie mathématique, si imparfaite pour tous les pays hors de l'Europe et qui laisse encore tant à désirer pour plusieurs régions même dans cette partie du monde, nous avons cru que l'on pouvait sans grave inconvénient négliger les fractions de degré. En effet, autant l'indication de ces Tractions est indispensable lorsqu'on veut tracer uuc carte, autant elles surchargent inutilement la mémoire dans un abrégé, où les longitudes et les latitudes doivent, a l'égard des parties du monde, des grandes régions et des grands étals, être exposées en chiffres ronds, que la mémoire retient plus facilement. Jl en est autrement lorsqu'il s'agit de la position d'une ville, ou des articles d'une transaction politique; alors on ne doit pas se contenter d'une approximation ; il faut donner la position aussi exacte, que l'état de la science représente par les meilleures cartes peut le permettre. Au reste, si le cadre de cet ouvrage ne s'y refusait, nous pourrions dresser un table.ni comparatif des prétendues positions exactes des principaux états et des principales régions du globe données par les traités de géographie et les cartes qu'on n^arâe comme les meilleurs; il offrirait les disparates les plus extraordinaires. M. Klaproth a déjà signalé les différences énormes qu'offre la grande carte de l'Asie publiée par Arowsmith en 182a, avec les meilleures cartes spéciales des Russes et des missionnaires; la position des villes de Koutcheet d'Aksou offre, celle-ci une différence de /|° /J', et celle-là de 6° 5' en longitude. La position que Moorcroft a assignée dernièrement à Leh , capitale du Petit-Tibet, diffère de 3° 9' en latitude de la position donnée par les jésuites, et de i° et 19' de celle que Danville lui avait assignée; comparée à la latitude que lui donne la carte que M. Elphinstone a jointe a sa description du Caboul, elle n'offrirait pas moins de 5° 3o' de différence avec la carte du Tibet dressée par les jésuites.

dimensions. A la page 28 nous définissons ce que l'on doit comprendre par dimensions de longueur et de largeur, absolue ou relative ; nous y signalons aussi le peu d'utilité qu'offre cette connaissance pour se former une idée exacte de l'étendue d'une région ou d'un état. Nous ne donnons ces dimensions que pour les cinq parties du monde et pour les seuls états de l'Europe, afin d'accorder quelque chose à l'usage; mais nous les

VVVUl

introduction

supprimons dans la description de tous les états des autres parties du globe.

Le reproche qui nous a été adressé par quelques savans estimables de persister à nous servir d'une mesure linéaire que l'usage ri a consacrée qu'en Italie y et qui complique les calculs , exige que nous justifions la préférence que nous avons donnée au mille italien de 60 au degré, employé dans toutes les estimations de cet Abrégé. Nous ferons d'abord remarquer que le mille dont il s'agit n'est pas exclusivement employé par les Italiens, mais qu'il est au contraire la mesure itinéraire qu'on pourrait appeler cosmopolite par excellence, non - seulement parce qu'il correspond exactement à la minute géographique, commune à tous les peuples du globe, mais aussi parce qu'il est identique au mille nautique , en usage chea tous les peuples maritimes de l'Europe civilisée et dans les pays occupés par leurs descendans. D'ailleurs ce mille correspond exactement au tiers de la lieue marine de France de ao au degré, qui est égale à la légua horaria d* Espagne, au mille de Brabant, à la lieue marine cT Angleterre et à la lieue de Pologne, et qu'il est égal au quart du mille allemand employé daus presque tous les ouvrages de géographie composés par les savans de presque tous les peuples compris dans les familles germanique , slave et ouralienne. Ce mille étant d'une médiocre étendue offre l'avantage d'en pouvoir négliger sans inconvénient les fractions lorsqu'il s'agit des surfaces, ce que l'on ne saurait faire avec les lieues marines et encore moins avec le mille allemand, à cause de leur trop grande importance. Tous ces motifs nous ont engagé, an début même de notre carrière géographique, à adopter cette mesure pour tous nos calculs; nous n'y avons jamais dérogé, et nous n'y dérogerons jamais. Tout lecteur pourra facilement réduire nos mesures à celles qu'il croira plus convenables , a l'aide du beau travail dont M. Guérin a bien voulu enrichir cet Abrégé.

Confins, Nous n'avons rien à dire sur l'article confitis , les difficultés qu'offrent les frontières de quelques parties du monde ou de quelques états ayant été résolues dans le corps de l'ouvrage. Seulement nous ferons observer que cet article, omis par certains géographes dans leurs traités, nous ayant paru indispensable pour faire connaîirc au lecteur les relations d'un état avec les autres, nous ne l'avons omis dans la description d'aucun.

DIVISIONS HYDROGRAPHIQUES. Pénétré de l'importance et de la nécessité de préciser, en géographie comme dans les autres sciences, la valeur des mots par lesquels on désigne chaque partie constituante du globe , nous y avons consacré une partie de nos veilles. C'est dans notre Compendio di Gcografia que, dès l'année 1817 , nous en a von? publié le résultat, en proposant une division aussi naturelle que méthodique de l'Océan et de ses nombreuses branches qui forment les mers, division que nous avions déjà ébauchée bien long-temps avant , en publiant en 1808 notre Géographie par bassins. Nous avons propose même plusieurs dénominations pour embrasser de vastes espaces que les géographes avaient encore laissés sans nom, mais que la science exigeait qu'on réunît et qu'on nommât d'un manière quelconque. Nous avons obtenu la plus belle récompense de notre travail en voyant nos résultats non -seulement approuvés, mais même adoptés par un savant célèbre, qui brille autant par l'élégante originalité de son style que par ses connaissances variées et par son profond savoir dans toutes les sciences naturelles. Mais nous n'ayons encore aucune raison pour renoncer à quelques unes de nos dénomina-

À LA GÉOGRAPHIE

x\tx

lions, et même à quelques divisions de l'Océan, que ce savant n'admet pas; par exemple celle du Grand- Océan f que, contre son avis, nous persistons à regarder, avec tous les géographes , comme la plus vaste étendue d'eau qui existe sur le globe , malgré les innombrables iles qui en interrompent la nappe immense dans la partie de l'Océanie qui forme la Polynésie; car ces petites terres, nonobstant leur nombre prodigieux, sont toutes, à quelques exceptions près, tellement petites, qu'elles sont imperceptibles comparées à la masse des eaux qui les environne et qui a reçu justement la qualification de Grand-Océan. Daus le chapitre des définit i on -> et dans ceux de la géographie physique générale, le lecteur trouvera tout ce qui concerne les grandes divisions hydrographiques du globe. Nous regrettons seulement que le cadre d'un abrégé se refuse à admettre plusieurs remarques importantes que nous suggère cet article et quelques autre» particularités de l'hydrographie.

Détroits , CAPS f etc. Nous n'avons rien à dire non plus Mir les détroits, le» caps et les presqu'îles, ayant déjà fait dans le texte les seules observations que nous suggéraient quelques inexactitudes ou quelques omissions graves échappées à des auteurs estimables.

riiuvis. Les Jlcui*cs jouent uu rôle trop important dans la géographie physique et politique, pour que nous eussions pu uous résoudre à les traiter avec la déplorable brièveté employée par les auteurs d'abrégés. Sans doute si nous avions voulu imiter nos devanciers, nous aurions pu nous épargner bieu des recherches et diminuer de bien des pages notre volume-, mais cela n'aurait pu se faire qu'aux dépens de la science. Ce vk est pas taire connaître un grand fleuve que d'indiquer sommairement en quel pays il naît, près de quel lieu il entre dans la mer , ou même quelles régions principales, quelles villes importantes il baigne : il faut décrire son cours entier, non-seulement en signalant la direction du courant principal, et ses subdivisions en différentes branches lorsque cela a lieu, comme dans le Nil, l'Orénoque, le Gange, etc., mais aussi en traçant le cours de ses principaux aftluens, même des courans du premier et du second ordre qui grossissent la masse d'eau de ces derniers, en un mot en décrivant tout le territoire hydrographique d'un fleuve , ou son bassin. Pour éviter les répétitions, et pour donner au lecteur une idée précise du cours des grands fleuves qui traversent différens états , on doit nécessairement les décrire dans la géographie générale. C'est aussi ce que nous avons fait, et une longue expérience nous a prouvé que c'était la seule méthode que l'on pouvait suivre avec succès dans renseignement de cette science. Par la manière avec laquelle nous avons décrit tous les grands fleuves dans les introductions et ensuite dans la description particulière des états de chaque partie du monde, on peut dire que cet Abrégé offre une véritable géographie par bassins. Aussi n'avonsnous fait que mettre en discours ce qui se trouve depuis bien des années disposé en tableaux dans notre Atlante idrografico statistico poiitico del Globo, dont nous avions annoncé la publication prochaine dès l'année 1 808. Plotre géographie par bassins, ou le Prospetto fisico poiitico dcllo stato attuale del Ghào, publié dans la même année, n'est qu'un extrait de cet ouvrage, que des circonstances particulières nous ont empêché de livrer à l'impression. Afin de donner au lecteur une idée précise du cours d'un fleuve , on a employé des lettres capitales pour exprimer le courant principal ,

INTRODUCTION

les noms divers qu'il prend quelquefois en poursuivant sa marche, soit en se formant par l'union de plusieurs branches, soit en s'élargissant au point de présenter des lacs pins ou moins étendus, soit enfin en se subdivisant en plusieurs bras avant d'arriver à la mer. D'autres caractères, italiques ou romains, plus petits et plus ou inoins espacés, ont été employés pour exprimer les affluons du premier , du second et du troisième ordre. Tous les fleuves de chaque partie du monde sont rangés d'après les mers principales auxquelles ils aboutissent, de manière que le lecteur peut d'un coup-d'œil, à l'aide des articles fleuves dans la géographie générale ou particulière, avoir la géographie par bassins ou d'une des cinq parties du monde, ou d'un état quelconque, et comparer ensuite ces divisions naturelles avec les divisions politiques indiquées dans l'article destiné à les offrir.

Dans le texte nous n'avons pas manqué d'indiquer les doutes qu'offre encore le cours de plusieurs fleuves, et nous avons signalé aussi l'inconvénient de regarder comme courant principal une branche beaucoup moins longue que celle qu'on considère comme secondaire. V Amazone , le Mississipi, etc. , en Amérique , le Ienisseï , le Kinng , etc. , en Asie , peuvent être cités comme les exemples les plus remarquables de cette anomalie géographique, dont notre Europe n'est pas exemple. Mais le géographe, qui peut et doit inème respecter ces vieilles erreurs consacrées par l'usage depuis tant de siècles , afin d'éviter la confusion que ne manquerait pas de produire une telle innovation , peut et doit aussi être moins réserve à l'égard des fleuves qui n'appartiennent pas à l'Europe , surtout lorsqu'ils portent déjà plusieurs noms divers selon les différens pays qu'ils traversent. C'est à l'égard de ces grands fleuves que le géographe devrait, saus aucune exception , regarder toujours comme courant principal la branche dont la source principale est la plus éloignée de l'embouchure.

Nous devons signaler comme une autre manière erronée de considérer les fleuves, et comme une nouvelle conséquence de l'état imparfait de la géographie jusqu'à nos jours , l'usage de quelques géographes, qui regardent des fleuves d'un cours très long et d'un grand volume d'eau, comme des affluons d'un autre fleuve, avec lequel ils n'ont de commun que le voisinage de leurs embouchures; nous citerons particulièrement le Brahmapoutre, envisagé comme un affluent du Gange, et le Tocantin, compté parmi les aflluens de l'Amazone.

Dans le chapitre des définitions, ainsi que dans le texte de la géographie générale et particulière, nous avons indiqué les principales bifurcations que préseutc le bassin de quelques fleuves, phénomène très remarquable, mais que les faiseurs d'abrégés négligent entièrement.

Nous aurions voulu offrir au lecteur un tableau de la superficie des principaux bassins du globe et un autre tableau de la longueur comparative des principaux fleuves , mais nous n'avons pas eu le loisir nécessaire pour nous livrer aux longues recherches qu'exige leur rédaction. Ce qui a été publié dans ce genre est tellement rempli d'erreurs, que nous n'avons pas osé en faire usage. Quelle confiance pouvions-nous d'ailleurs avoir dans des tableaux, où l'on n'indiquait ni les cartes sur lesquelles on avait fait les calculs, ni la méthode qu'on avait suivie, ni l'époque à laquelle ces estimations devaient se rapporter. Cette dernière indication est très importante à l'égard de certains fleuves de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique,

A LA GÉOGRAPHIE

dont le cours n'a clé exploré, en totalité ou avec quelque précision que dans ces dernières années, ou même, comme le Niger ou Dhioliba, que depuis un an seulement? Quelle confiance pouvions-nous avoir en voyant , dans les années i8a5 et i83i , estimer la longueur du Danube égale à celle du Folga; attribuer au Bahr-el-Azrek , qui naît dans l'Abyssinie, la longueur que , d'après les conjectures les pins probables des plus sa vans géographes , on s'accorde a donner au Bahr-el-Abiad , qu'on suppose prendre sa source dans les montagnes de la Lune; puis omettre parmi les grands fleuves de l'Asie le Aiang, dont le cours est le plus long après celui du Ienisseï, et indiquer cependant le Hoang, dont le cours est beaucoup motus étendu; assumer enfin au Brahmapoutre un cours plus long que celui du Gange, et cela plusieurs années après l'exploration des officiers anglais, et après les savautes discussions de M. Klaprotli sur le Sampou !

canaux , cht.miws ZV F ES. Un bon chemin ou un canal destiné à faciliter le transport des marchandises est en réalité une des machines les plus efficaces pour économiser le travail, réduire le prix des objets qui viennent de loin , donner une plus grande valeur à ceux du pays, multiplier les échanges et accélérer la production dans toutes les branches de l'industrie, avantages du premier ordre, qui, par la facilité des* transports, équivalent à une plus grande fertilité de la terre. Nous avons donc accorde une place importante aux canaux et aux chemins en fer% qui plus que tout autre moyen facilitent les communications. Nous aurions voulu entrer même dans quelques détails sur les chemins ordinaires des différens états, maïs nous avons senti que le temps nous aurait manqué pour nous livrer aux recherches qu'exige ce sujet si important et si négligé dans toutes les géographies. Des juges très compétens, qui ont vu ce que notre Abrégé oITre dans ce genre, le regardent déjà comme le travail abrégé le plus complet qu'on ait encore fait sur les cauanx et les chemins en fer du globe. Nous espérons pouvoir le perfectionner et l'étendre dans X Annuaire y à l'aide des documens que nous attendons sur les travaux de ce genre qu'on exécute sur plusieurs points différens de l'Europe et de l'Amérique. Nous n'avons pas étc peu surpris en voyant des traités de géographie très volumineux ne faire aucune mention des canaux de la France, et des ouvrages allemands, publiés en i83i, ne dire presque rien sur les canaux et les chemins en fer de la Confédération Anglo-Américaine.

US* Les Ses, accidens si remarquables dans le système général du globe, méritent d'être traitées avec détails; mais leur description n'est pas sans difficulté, malgré les grands progrès de la science. Plusieurs circonstances topographiques, généralement ignorées ou négligées, embarrassent souvent le géographe. Dans notre chapitre des définitions, on verra ce que nous entendons par une (le; ici nous ferons quelques remarques sur leur classification, et nous signalerons quelques-unes des anomalies offertes par certaines d'entre elles.

L'Angleterre offre plusieurs parties de son territoire qualifiées mal-àpropos du titre à ûes ; la prétendue (te de Thanet, dit M. Meidinger , sur laquelle se trouvent Margate et Ramsgate, n'est appelée île que parce que le Stour, d'un cours très borné, la sépare du coutitient de l'Angleterre du côté du sud, et le Nethergong, du côté de l'ouest; mais il s'en faut de beaucoup qu'on puisse en faire le tour, parce que ce n'est qu'une presqu'île. Des ruisseaux environnent une partie du territoire du comté de

xxxii INTRODUCTION

Lincoln et forment ainsi la prérendue (le d'Àxholme (isle of Axhotme). D'autres prétendues îles deviennent des presqu'îles à la marée basse; c'est ainsi que l'on peut passer à gué de l'ifc Hoty, dans le comté de Durham, sur le continent de l'Angleterre, Dans l'île de Ceylan , sur la côte occidentale , on remarque la péninsule de Calpenteen , qui devient une île à la haute marée; on peut en dire autant de la prétendue péninsule de Jafnapatan , dans la même île. Les géographes anglais regardent comme deux îles différente* celles de Lewis et de Marris dans le comté de Ross , qui ne sont à proprement parler qu'une seule île, puisqu'elles sont réunies par un isthme qui, k la haute marée, est recouvert par les eaux de la mer; on peut appliquer la même observation aux îles de Manaar et de Ramisscran près de Ceylan , qu'une longue série de rochers , connus sous le nom de Pont-d ' /i '— dam , réunit à la basse marée. La prétendue (le d'Ely (isle of Ely), dans le comté de Cambridge, n'existe plus depuis long-temps, à cause des grands dessécliemens qu'on a faits dans cette partie de l'Angleterre; malgré cela , dans le langage des bureaux et dans plusieurs géographies, cette partie du comté porte encore le titre d'île.

L'article fies, dans la géographie générale, nous a fourni le moyen déclasser convenablement un grand nombre de terres d'une étendue considérable, que nous n'aurions su comment classer, dans une géographie rédigée d'après les divisions politiques actuelles, ces terres étant entièrement désertes, ou n'appartenant exclusivement à aucune des grandes nations maritimes. Cest ainsi que dans les îles de l'Europe nous avons pu donner la description du Spitzbcrg, qui n'appartient pas seulement à la Russie, comme on le croirait en lisant sa description dans certaines géographies, mais ou il se trouve de faibles établissemens temporaires faits par des Russes et par des Norvégiens. C'est ainsi que nous avons pu décrire à leur place les nombreuses îles découvertes dernièrement aux deux extrémités boréale et australe du Nouveau- Continent , et une foule d'autres terres éparses sur le globe et que, d'après leur plus ou moins grand éloignement des continens, nous avons classées comme dépendances géographiques de chacun d'eux.

A la page 38a, nous avons fait observer que les géographes suédois et norvégiens ne regardent pas comme des îles proprement dites celte longue chaîne d'îlots et de véritables îles qui bordent les côtes de la Scandinavie. Nous n'avons tenu aucun compte de cette différente manière de voir; car, dans les sciences, il faut autant que possible préciser les idées et les généraliser en les étendant à tous les objets qui offrent les mêmes qualités. Nous avons donné en son lieu la définition d'une île; nous avons regardé et qualifié comme telle tout espace terrestre qui nous a offert les conditions requises pour l'être. Agir différemment à l'égard de choses qui tiennent de si près a la géographie physique et qui depuis long- temps ont l'avantage d'avoir été définies de la manière la moins équivoque, c'eût été tout confondre, tout bouleverser.

A la page 40, nous avons indiqué le seul principe d'après lequel le géographe doit ranger les îles comme dépendances géographiques de chacune des cinq parties du monde. Nous croyons utile d'ajouter ici , à l'appui de ce que nous avons dit en parlant des Açores , que cet archipel oflre en outre le point de départ le plus commode pour le partage des deux hémisphères dans le tracé des mappemondes. Le fameux géographe Mercator avait déjà eu , dès le xvie siècle , l'heureuse idée de faire passer le

A LA GfcOGRAPHIK.

xwut

premier méridien par l'île de Corvo , si remarquable par sa position occidentale et par son pic majestueux qui sert de sigoal aux navigateurs et qui paraît être indiqué par la nature comme un des poiuts les plus convenables pour marquer les limites vers l'occident de l'hémisphère oriental.

On s'étonnera peut-être que nous nous soyons borné à ne faire qu'une ample mention de certaines îles remarquables par leur étendue, et sur lesquelles les géographies, même abrégées, entrent dans des détails assez considérables; mais resserré par le cadre de notre ouvrage, il fallait opter entre rapporter des choses communes, ou taire des choses importantes et extraordinaires propres à caractériser l'état de la civilisation ancienne et moderne de certains peuples. Voilà pourquoi nous n'avons pas hésité à exposer rapidement , dans le tableau des divisions administratives de l'empire Chinois , le peu que nous avions à dire sur les grandes îles de Formose et d'Haï-nan, qui n'offrent rien de bien remarquable , tandis que nous sommes entré dans quelques détails sur l'île de Ceylan, à cause de ses monumens, de ses ports magnifiques, de ses riches produits et de l'importance politique, commerciale et militaire que cette île a acquise depuis qu'elle est passée sons la domination anglaise.

MOJTTAGisxs. La grande importance des montagnes dans la détermination des climats physiques, des gisemens des minéraux, des stations des végétaux et des animaux , et le grand rôle qu'elles jouent dans les révolutions politiques qu'offre l'histoire des penples anciens et modernes, nous ont obligé à des détails que nous croyons indispensables pour un traité de géographie, quelque restreint d'ailleurs que soit son cadre. On les cherche en vain dans les traités élémentaires, et à peine en trouve-t-on quelques-uns dans les géographies générales les plus étendues. Pour éviter les méprises et les erreurs , suites nécessaires des idées systématiques de certains géographes , de la négligence de certains autres et, on doit bien Je dire, des classifications erronées faites de nos jours par des mains inhabiles, nous croyons devoir faire quelques observations qui nous paraissent indispensables. Elles répandront peut-être un peu de lumière sur ce sujet encore très embrouillé , et serviront d'éclaircissement ainsi que de justification aux classifications des montagnes, presque toutes entièrement nouvelles , que nous offrons dans cet Abrégé.

Comme aucun principe fixe ne paraît avoir guidé les géographes et les naturalistes qui jusqu'à présent se sont occupés de la classification générale des montagnes, cette partie si importante de la science offre la plus grande confusion et les contradictions les plus absurdes. Quelques géographes ignorent complètement le nom de système, ou ne veulent point l'adopter; les uns appellent système de montagnes ce que d'autres regardent comme des groupes, tandis que certains géographes appliquent cette dernière dénomination aux simples chaînes. Il ne manque pas de sa vans, d'ailleurs estimables, qui, étrangers à la géographie proprement dite , viennent augmenter ce désordre par l'introduction des systèmes géologiques, assujétissant les caractères que tout géographe instruit doit regarder comme principaux aux caractères qui ne doivent être pour lui que secondaires. Indépendamment du petit nombre de chaînes dont on connaît actuellement les caractères géognostiques, circonstance qui suffit à elle seule pour faire rejeter provisoirement comme an moins illusoire toute classification générale des montagnes du globe qui serait ba-

XXMV

INTRODUCTION

sec -sur la nature et la disposition de leurs couches , nous ferons observer que c'est la hauteur, la position et la direction des montagnes qui constituent leur importance géographique, par les modifications qu'elles produisent sur les climats physiques, sur la station des végétaux et des animaux, et sur les relations des peuples entre eux. Partant de ce principe , qui nous paraît incontestable , dès l'année i8i5 nous avons réuni en «massifs plus ou moins grands, que nous avons nommés systèmes, toutes les principales hauteurs connues du globe; nous y avons distingué des groupesy composés de plusieurs chaînes; et des cluûncs subdivisées en chaînons*, branches , collines , etc. , «te. Dans chaque système nous avons considéré comme • chaîne principale celle des revers ou des points culminans de laquelle dérivent les grands cours d'eau, considérés relativement à un grand réservoir, tel que l'Océan et les méditerranéen Nous avons depuis fait de nouvelles recherches, et reconnu la nécessité non-seulement de conserver tous les systèmes proposés dans la première édition de notre Compendio, mais d'en augmenter même le nombre. Si l'on persiste à considérer, d'après les plus célèbres géographes, d'un côté les Pyrénées, de l'autre les montagnes qui forment le système Hercynio-Otrpathien , comme des massifs indépendans du système des Alpes proprement dites , il faudra bien en déterminer les limites. Oivc'est en cela que consiste Fa plus grande difficulté de cette classification. Pourra-t- on nous objecter que la large vallée du Rhin ne 'Test pas assez pour former la séparation entre l'Hundsruck qui se rattache aux Vosges et le Taunus qui, par le Vogelsgebirge et le Rhongebirge , tient au Fichtelgebirge , un des grands nœuds du système Hercynio-Carpathien ? Mais aussi nous pourrions objecter à ceux qui regardent les montagnes de la péninsule Hispani<pie comme un massif indépendant des Alpes , que le bassin parcouru par le canal du Languedoc est trop peu large pour former une séparation entre le système Hespérique et le système Alpique.

Dans l'état actuel de la géographie, ou il faut renoncer à faire aucune classification des montagnes, -ce qui serait jeter la confusion dans une de ses parties les plus importantes, ou bien il faut adopter des -divisions générales susceptibles de certaines modifications. La nature se joue de nos systèmes , de nos classifications. H faut toujours les modifier d'après des circonstances particulières. Dans la détermination des systèmes des montagnes, il y a plusieurs circonstances qu'on ne saurait négliger sans do graves inconvéniens. Nous signalerons entre autres certaines divisions généralement reçues et consacrées par un laps de temps considérable; la direction de la ligne qui indique le principal partage des eaux; la position des .sommets les plus élevés de tout le système, et parfois même des souvenirs historiques ou des considérations politiques dont il faut tenir compte.

On peut regarder, si l'on veut, toutes les montagnes de l'Asie comme autant de rameaux d'un seul et même tronc, tant il semble, au premier coup-d'œil, que toutes ses montagnes partent de cet immense plateau, qui s'élève au milieu de sa vaste surface. Mais dès qu'on l'examiné avec attention et sur les meilleures cartes, on voit que la plaine du Gange et le désert de l'Adjmèr séparent les hauteurs qui serpentent dans la péninsule de celles qui appartiennent au grand système de l'Asie-Centrale. D'un autre côté, la dépression si remarquable du sol, qui environne les mers Caspienne et d'Aral , plusieurs lacs salés et des déserts d'un niveau très bas, forment la séparation entre le massif de l'Oural et celui de Altaï-HimA-

lava , tandis que les déserts assez unis du nord-est de l'Arabie forment une interruption de hauteur suffisante pour faire regarder les derniers rameaux qui descendent du Liban comme entièrement indépendans de ceux qui viennent du plateau central de la péninsule Arabique.

Les nombreuses montagnes qui couronnent les îles offrent des difficultés nou moins grandes dans leur classification. Faudra-t-il en faire autant de systèmes indépendans les uns des autres? Ou bien faudra-t-il les considérer comme de pend ans du système le plus voisin , lorsqu'elles en sont peu éloignées ; ou bien encore conviendra-t-il de les réunir en un système insulaire, lorsque, par leur étendue ou par leur position, elles méritent de figurer dans celte classification comme des groupes entièrement indépendans? Nous avons regardé comme une dépendance du système Alpique les montagnes de la Sicile , que le détroit de Messine sépare à peine de celles de la péninsule Italienne ; et comme un appendice du système Scandinavtque la longue chaîne d'iles très élevées qui bordent la côte nordouest de la Norwège; mais nous avons élevé au rang de systèmes indépendans les montagnes des îles Britanniques, des îles Açores et des îles qui an nord de l'Europe forment le groupe du Spiuberg. Quoique les pics élevés de la petite chaîne de la Crimée- Méridionale soient toutà- fait indépendans des trois systèmes Slavique, Slavo-llelleuiquc et Tauro Caucasien, nous n'avons pas hésité à les regarder comme une dépendance de ce dernier , tant à cause de l'extrême voisinage de la chaîne du Caucase que de sa petite étendue.

Mais l'emploi même du terme cfiaûte exige quelques observations. H n'est presque aucune des grandes chaînes connues, dont les bases visible» des diverses montagnes qui les composent se touchent. Des vallées plus ou moins larges et profondes, des plaines élevées ou doucement ondulées séparent a différons intervalles ces prétendues chaînes continues. S\ nous persistons à employer ce terme, c'est pour aider l'intelligence des lecteurs qui s'y sont accoutumés; c'est pour éviter l'introduction de nouvelles dénominations. Par des raisons qu'il serait trop long d'exposer , et que tout lecteur un peu versé dans la géographie physique peut entrevoir, nous avons quelquefois regardé comme la continuation d'une même chaîne des séries de montagnes séparées par de simples gorges , par des vallons étroits ou même par des plateaux. C'est ainsi que nous avons considéré comme une même chaîne les Karpatlics Orientaux , les Karpathes Occidentaux , les Sudètes , YErzgebirge, les FichtelgebirgÊ et le Schtvarzr- IVald (Forêt-Noire), malgré jes grandes interruptions qui les séparent.

Après la position et la direction des montagnes, c'est la détermination de leur hauteur absolue ou relative qui doit surtout attirer l'attention et concentrer les recherches du géographe. Si les huit ou neuf mille cotes de hauteurs que l'on est parvenu à connaître étaient réparties également sur toute la surface du globe, cette partie de l'orographie n'offrirait pas les lacunes immenses qui, au grand regret du géographe, subsisteut encore. Plus des neuf dixièmes de toutes ces hauteurs appartiennent aux parties montueuses les plus connues de l'Europe , et à diverses contrées de l'Asie , de F Afrique et de l'Amérique, objets des explorations récentes de quelques célèbres voyageurs. Tout le reste de la Terre n'offre qu'un petit nombre de sommets dont on connaît la hauteur; et encore que de fois il faut se contenter d'une simple approximation. Les géographie» et les tableaux

xxxvi INTRODUCTION

orographiques du globe offrent une foule de hauteurs pour les régions les plus connues, telles que la Suisse, l'Italie, l'Allemagne, la France, la Grande- Bretagne, la Scandinavie, quelques parties de l'Inde, de F Asie-Russe et des Etats-Unis, quelques cantons du Mexique et de la Colombie, quelques fractions de l'Afrique , enfin quelques îles de l'Océanie, et gardent ensuite le silence sur la hauteur des montagnes de toutes les autres régions du globe. Nous avons cru devoir traiter ce sujet d'une manière différente ; nous avons tâché d'offrir au lecteur le tableau abrégé, mais complet, de l'état actuel de celte partie de la géographie; nous avons en conséquence donné tous les points culminans connus de chaque système, et, lorsque nous l'avons pu, ceux des chaînes principales. Dans un travail semblable, il ne s'ngit pas d'entasser toutes les hauteurs connues, mais d'en donner un certain nombre, en les choisissant parmi les plus remarquables, surtout en tâchant d'indiquer, au moins approximativement, un ou deux points culminans sinon de chaque chaîne, rfu moins de chaque système. C'est ce qui n'avait pas encore été fait jusqu'à présent. Aussi espérons-nous que les géographes de profession, et les personnes qui sout au niveau de la science, accueilleront favorablement notre orographie , fruit de pénibles recherches , de longues méditations sur les explorations les plus récentes, enfin des communications obligeantes reçues de plusieurs voyageurs, et qu'on regardera cet essai comme le travail général le plus complet qui ait encore été publié sur la classification et sur la hauteur des montagnes du globe.

Mais quelques observations importantes et lumineuses, faites dernièrement par un habile physicien et astronome célèbre, éclairciront mieux ce sujet, et viendront à l'appui du choix que nous avons fait de diverses hauteurs dans les tableaux des points culminans de chaque système. ■ Le nombre de points, dit M. Arago, dont l'élévation au-dessus du niveau de l'Océan se trouve irrévocablement fixée, est très considérable; et néanmoins , sans parler ici des contrées où les géographes n'ont pas encore pénétré, il serait difficile de dire avec certitude, pour l'Himâlaya, pour le Caucase , pour les Cordillères et même pour quelques chaînes de l'Europe, si l'on a véritablement mesuré les points culminans. Ce n'est pas qu'en tout lieu le voyageur n'ait dirigé son attention sur les sommités t/ ni lui paraissaient les plus élevées; mais malheureusement, en ce genre, les apparences sont souvent trompeuses, et rien ne saurait suppléer à une mesure effective. L'isolement plus ou jnoins grand d'une montagne, Finclfnaison de ses pentes, sa distance, sa tonne, la disposition et la hauteur des terreins environnans , l'état de l'atmosphère enfin, sont autant de causes d'illusion dont l'observateur le plus exercé ne saurait s'affranchir, et qui disparaissent seulement devant le baromètre et les instrumens géodésiques. S'il fallait citer des exemples à l'appui de ces réflexions, ils ne manqueraient pas. Ainsi, je pourrais dire qu'au commencement du xviii* siècle on regardait encore généralement le pic deTénérifTe comme la plus haute montagne du globe, quoique les Alpes Suisses renfermassent des sommités qui le surpassent de près d'un tiers, quoique des milliers de voyageurs revenant du Pérou eussent aperçu la grande Cordillère des Andes, et visité même des villes populeuses établies sur des plateaux beaucoup plus élevés que le pic; je pourrais faire remarquer aussi que les Pyrénées avaient été parcourues par de savans académiciens, munis Je grands instrumens, qu'un donnait encore le Canigou pour la plus haute sommité de la

A LA GÉOGRAPHIE

XXXVlt

chaîne , tandis que nous savons aujourd'hui, non-seulement que la Maladetla , le Mont Perdu, le Cylindre, etc., le surpassent de 600 mètres , tuais encore d après les observations récentes de M. Corabcuf , qu'à une petite distance de cette montagne, dans les limites mêmes du département des Pyrénées -Orientales, il existe des sommités de près de 140 mètres plus élevées, etc. Il ne faut donc pas s'étonner si, de temps à autre, certains pics descendent du rang qu'on leur avait assigné. Le Mont-Blanc luimême, depuis si long-temps en possession de la première place dans le système des montagnes européennes , a failli la perdre à la suite d'une mesure imparfaite des sommités du Mont-Rose. Aujourd'hui c'est le tour du Chimborazo. Cette montagne, si célèbre par 1rs travaux de Bouguer, de JLacondamine , et surtout par ceux de M. de Humboldl, n'est plus la plus haute sommité du globe, comme on le supposait depuis tant d'années; les mesures de l'Himalaya l'ont prouvé; elle n'est pas même, à beaucoup près, la pins haute cime des Cordillères; M. Peutland vient de le reconnaître de la manière la plus évidente dans un voyage très intéressant, dont tous les amis des sciences désirent la prompte publication. »

Notre cadre ne nous permet pas d'indiquer tous les ouvrages que nous avons compulses pour rédiger l'article montagnes dans chaque partie du monde. Nous nous bornerons à signaler ceux auxquels nous avons fait le plus d'emprunts, ou qui nous ont le plus servi pour les classifications que nous avons tracées: ce sont les ouvrages de M. de Humboldl pour la direction et la hmteur des montagnes du Nouveau-Monde et de l' Asie- Intérieure -, ceux de M. Klaproth pour les systèmes qui traversent l'empire Chinois et ï* Asie-Centrale; les travaux publiés par les Anglais pour les montagnes de l'Inde en-deçà et au-delà du Gange, et le beau travail de M. Bruguière sur l'orographie de l'Europe. Les faits imporlans recueillis dernièrement par MM. de Buch, Schow, Crawfurd, Hamilton, Rûppell , Penf/and,Eschwege,Spixet Martius, Denham , Clapperton, Laing, Frev cmet, Duperrey, Bellinghausen et autres illustres voyageurs et marins dans leurs savantes explorations, nous ont aidé à remplir une foule de lacunes et à rectifier plusieurs erreurs. Cest ainsi, par exemple, que nous devons à l'a mi tic de M. Simonov, professeur d'astronomie à 1 université de Kazan et employé comme astronome dans l'expédition du capitaine Bellinghausen, la mesure exacte du pic Egmont dans la Tasmauie (Nouvelle- Zélande), qui n'a que 1,274 toises de hauteur perpendiculaire, au lieu des *,3q5 qu'on lui donne dans tous les ouvrages les plus estimés , d'après l'évaluation approximative de Forster. C'est M. de Rien/i qui nous a mis en état d'indiquer la hauteur du pic de Cavayan dans les Philippines et de F ' Amba-Hadji dans l'Abyssinie, et nous devons à M. Douville les trois hauteurs si remarquables que nous avons indiquées dans le système Niçritien à la page 817. C'est encore d'après M. Ferry, qui a séjourné longtemps dans les vallées de l'Oural, et d'après les mesures exactes prises dernièrement par le colonel Terletxky, que nous réduisons à 574 toises et demie le plus haut point de cette chaîne, tandis que depuis long-temps on s'accorde à donner i,oÎ7 toises au Pavdinskoïkamen , qui cependant ne passe pas pour être le point culminant de l'Oural. Ce n'est que d'après les mesures prises dernièrement par des voyageurs russes que nous portons à 2,700 toises la hauteur de \Ararat% montagne à laquelle on n'assigne encore généralement que 9,600 pieds, ou tout au plus 2,000 toises. Nous

«xtiïi INTRODUCTION

ferons même observer a propos de cette dernière que dans notre lissai sur la statistique du royaume de Perse, publié en i8a6, nous l'avions déjà estimée approximativement au moins à a,5oo toises, d'après l'idée que nous nous étions faite de sa hauteur sur la description puisée dans les auteurs arméniens que nous en avait donnée M. Saint-Martin. La mesure exacte , prise récemment par M. Parrot fils dans son ascension , a confirmé ces conjectures, et assigné à cette montagne une place parmi les plus hautes de l'Asie. Nous avons cité ces exemples, que nous pourrions faire suivre d'un grand nombre d'autres, afin qu'on ne regarde pas comme erreurs des évaluations positives ou approximatives, résultat de longues et difficiles recherches, parce qu'elles diffèrent beaucoup d'autres estimations regardées généralement comme exactes et admises comme telles dans tous les tableaux orographiques du globe. Nous devons aussi avertir que nous avons ajouté un point d'interrogation après les mesures douteuses, et deux après tontes celles que nous avions calculées nous- même suivant des méthodes approximatives, et en tenant compte de toutes les circonstances qui doivent entrer comme élémens dans ces sortes de calculs.

Quelques personnes , qui se soucient peu de suivre les progrès de la géographie positive , nous reprocheront peut-être de n'avoir pas assigné une place parmi les principales hauteurs de l'Amérique aux chaînes connues sous les noms de Cerros de Alta-Gracia et dcl Bergantin, entre les méridiens de Caracas et de Cumana; à la chaîne qui, dans le district des Missions et dans la ci-devant province Cisplatine du Brésil, s'étend entre les *8° et 34° 3o' de latitude , en séparant les versans de l'Uruguay de ceux de la côte orientale; à une autre suite de hauteurs considérables que l'on représente, dans le centre de l'Amérique du Sud, comme formant la séparation des eaux tributaires de l'Amazone des eaux tributaires du Rio de la Plata , ainsi qu'à une autre chaîne de l'Amérique du Nord qui sépare les bassins du Saskatchwan et de la Rivière Rouge (du Winnipcg) de ceux du Missouri et du Mississipi. Toutes ces chaînes , nous dira-t-on , sont figurées sur des cartes assez généralement estimées et récemment publiées; pourquoi les passer sous silence? Pour toute réponse nous leur ferons observer que les explorations de MM.de Humboldt, Olfers, Spix et Martius , PohI , Echwcge, Long et autres voyageurs célèbres ont, depuis assez long-temps, fait justice de ces chaînes imaginaires. Déjà, sur quelques cartes publiées à Paris, à Berlin, à Vienne et a Londres par de savans géographes, des plaines entièrement unies ont pris la place des chaînes d'Alta-Gracia et de Bergantin, et des collines ou des plateaux peti élevés et légèrement ondulés, ou bien un simple relèvement de deux contre-pentes dans les plaines, ont remplacé ces prétendues chaînes dont, par une inconcevable négligence, bien d'autres géographes et cartographes exagèrent encore tant l'importance et la hauteur.

Pour ne pas dépasser les limites que nous impose notre cadre, pour éviter les répétitions, enfin pour ne pas séparer des choses qui doivent être réunies, nous avons tracé la direction des chaînes principales de chaque système et indiqué leurs points culminans dans le chapitre consacré à la géographie physique générale de chacune des cinq parties du monde ; nous n'avons donné ensuite , dans la description particulière de chaque état de l'Europe, que l'indication des points les plus élevés des systèmes dont les chaînes principales ou secondaires traversent le territoire de ces

A LA GtfOGR\PII1E.

Page 1