ZI
EUROPE
Scutari ( Iskanderie des Turks , Scodrr des Albanais, Scodra des Ulyriens) , située entre la Bojana et la Drinassa , à l'endroit où la première, en sortant du lac du même nom, reçoit la seconde ; c'est une grande ville, naguère fortifiée, et florissante par son commerce et parla cour brillante qu'y tenait le courageux et intelligent Mustapha; maintenant elle est très déchue et remplie de ruines. Sa citadelle, où se trouvait le beau palais de ce pacha , bâti et meublé à l'européenne , bombardée pendant le court siège de 1831 , n'offre plus que ruines ; on travaille à en relever les remparts. La population de Sculari ne saurait dépasser aujourd'hui 20,000 âmes; elle en comptait peut-être 35 à 40,ooo avant ses derniers désastres, malgré les vastes espaces entièrement occupés par des jardins, des cimetières turks et des places ouvertes sans maisons. Cette ville est le siège d'un évèché grec et d'un évêché catholique. Avant les derniers évènemens, son pacha était regardé comme un des plus puissansde la Turquie d'Europe ; le célèbre Ali n'avait pu le soumettre à sa domination; c'était pour ainsi dire un état vassal plutôt qu'une province de l'empire. Dulcigso {Olgun en turk), petite ville, avec une rade et environ 2000 habitans , autrefois occupés plus de piraterie que de commerce ; on les regardait jusqu'à ces derniers temps comme les corsaires les plus redoutables de la mer Adriatique ; aujourd'hui ils s'occupent exclusivement de la vente de leur huile et de l'allégement des gros navires qui ne peuvent entrer dans la Bojana. Antivari {Tivari des Turks, tardes Ulyriens), petite ville, siège d'un archevêché catholique, située à une heure de la rade de son nom ; le sel qu'on y fabrique et l'huile qu'on recueille dans ses environs sont les principaux articles de son commerce, aujourd'hui peu important; on estime sa population au-dessus de 6000 âmes.
Cetigne ou Cettina , très petite viîle , cheflieu du Monténégro (Czerna-Gora des Slaves , Kara-Tag des Turks et Mal-Isis des Albanais) , canton remarquable par la féroce bravoure de ses habitans, qu'on peut regarder comme tout-à-fait indépendans de l'empire Ottoman. Leur gouvernement est une espèce de république, avec un conseil et un chef suprême, dont l'autorité limitée rencontre encore un pouvoir rival dans l'évéque du pays. Cinq villages Serviens-grecs et cinq villages Albanais-catholiques dont la population est estimée à environ 20,000 âmes , sont les alliés fidèles des Monténégrins et jouissent d'une égale indépendance.
La BOSNIE et ses dépendances offrent les villes suivantes :
Bosna-Seraï (Serajevo en iHyrien), grande ville, située sur la Migliazza ou Miliaska , affluent de la Bosna , sur un plateau élevé et couronné de montagnes boisées. Des murs épais de deux toises forment son enceinte , et de petits forts défendent la ville haute. Le sérail ou palais construit par le sultan Mahomet II, une ou deux de ses nombreuses mosquées,
quelques-uns de ces bains, et le plus considérable de ses ponts méritent d'être mentionnés. Ses fabriques d'armes, de lames, d'ustensiles en fer et en cuivre, son orfèvrerie, ses manufactures de laine et de coton , ses tanneries lui assignent un rang important parmi les principales villes industrieuses de la Turquie ; elle est en outre le centre non-seulement du commerce de toute la Bosnie, mais aussi du commerce de transit très considérable qui a lieu par des caravanes entre Salonique et Janina. Bosna-Seraï est le siège des principaux capitaines héréditaires qui gouvernent la Bosnie , dont elle est censée la capitale , quoique le pacha à trois queues de cette grande division de l'empire réside à Traunik. Malgré l'étonnante disparité d'opinions émises sur le nombre d'habilans de cette ville, nous n'hésitons pas à lui en accorder environ 70,000, sur des renseignemens que nous nous sommes procurés pendant notre assez long séjour dans le Littoral Hongrois.
Dans les. environs immédiats de cette grande ville se trouvent les bains de Serajevsko, et quelques milles plus loin au nord et au nord-ouest Varescu, Vissoeo et Kressevo (Krechevo, Kressovo) , petits lieux importans par leurs forges et par les mines de fer exploitées dans leur voisinage. Plus loin encore et dans un rayon de 47 milles on trouve : Traunik, ville de médiocre étendue , avec une citadelle et peut-être 8000 habitans ; c'est la résidence actuelle du visir-pacha de cet eyalet; la Porte lui donne le vain titre de visir de Hongrie; c'est un des plus riches de tout l'empire , et sa cour conserve tous les dignitaires de l'ancienne cour royale de Bosnie. Dans les environs immédiats de cette ville on voitiS7anitza, village où se trouvent ces fameuses mines d'or attribuées à la Dalmatie et jadis exploitées avec tant de profit par les Bomains ; elles offrent de grandes excavations, dont les habitans, par superstition, n'osent approcher. A quelques milles plus loin vers le sud-sud-est est situé Foinitza, gros village, important par les riches mines de fer exploitées dans son voisinage.
Vraduk et Maglaï, petites villes sur la Bosna, importantes par leurs fortes citadelles; Touzla/S par ses riches sources salées ; Srebernik , parce qu'elle est le chef-lieu d'un sandjak; Zwornik (Isvornik), assez grande ville, une des trois pla- 1 ces principales de la Bosnie , chef-lieu du sandjak de son nom ; on lui accordait il y a quelques années jusqu'à 14,000 habitans; son territoire possède des mines de plomb. Mostar, sur la Narenta, dans la Dalmatie-Ottomane , ville de médiocre étendue , d'environ 9000 âmes , florissante par son industrie et son commerce, et remarquable parle pont en pierre d'une seule arche.
PENINSULE ORIENTALE
construit dans la seconde moitié du xve siècle, et regardé par un voyageur moderne comme une merveille à cause de l'amplitude de sa corde, qu'il dit n'avoir pas moins de 300 pieds. Dans le bassin de l'Unna on trouve : Bihacz , petite ville de 3000 âmes, regardée comme une des trois principales forteresses de cette partie de l'empire-, Novi, petite ville, importante par ses fortifications ; Kamengrad et Stari-Maïdar , par leurs forges et par les mines de 1er de leur voisinage ; il paraît que dans la banlieue de Kamengrad on exploite aussi une mine d'argent. Sur le Verbas sont situées : Jaïcza , petite ville , importante par sa citadelle , par sa fabrique de nitre et parce qu'elle a été la résidence des rois catholiques de la Bosnie; sa population actuelle est réduite à environ 2000 âmes. Banialouka , cheflieu du sandjak de son nom, assez grande ville, une des trois principales forteresses de Bosnie , assez florissante par son commerce et son industrie-, M. Palma lui accorde 15,000 habitans; sa banlieue offre des eaux thermales. Le long de la Save on voit : Bebir (Gradisca-Ottomane) et Brod , petites villes importantes par leurs fortifications; et dans la Dalmatie-Ottomane, Livno, petite ville d'environ 4000 habitans, située sur la grande route qui mène de la Dalmatie-Autrichienne en Bosnie, ce qui la rend assez commerçante; Trebicne (Trebin) , place fortifiée , siège d'un évêché catholique ; on lui accorde environ 10,000 habitans.
Nous avons déjà mentionné les lies principales qui appartiennent à cette partie de l'empire Ottoman. Maintenant il ne nous reste qu'à décrire les villes et les lieux les plus remarquables de la grande lie de Candie, que le sultan a mise en dépôt entre les mains du vice- roi d'Egypte , pour le dédommager des dépenses de la guerre de Morée ; elle formait l'eyalet de Kirid.
Candie {Kirid en turk), ville de médiocre étendue, et, quoique capitale de l'Ile ? très déchue en comparaison de ce qu'elle était lorsque les Vénitiens en étaient les maîtres. Les fortifications qu'ils ont élevées sont assez bien entretenues , mais les maisons qu'ils avaient bâties sont tombées en ruines et le port est presque entièrement comblé. Le palais habité par le pacha et ses nombreuses savonneries méritent d'être mentionnés. Candie est la résidence de l'archevêque de Gortyne ; ce prélat grec jouit de grands privilèges et tient un rang éminent dans l'église orthodoxe grecque. Nous rappellerons que le siège que les Vénitiens y soutinrent pendant 3 ans contre toutes les forces de l'empire Ottoman, est un des plus mémorables de l'histoire moderne.
Dans ses environs immédiats et dans un rayon de
24 milles on trouve : les ruines de l'ancienne Cnossus , qui était la capitale de l'île , aux beaux temps de la Grèce , et où se trouvait le fameux labyrinthe, dont il ne restait plus aucune trace du temps de Pline. Standia, îlot au nord-nord-est de Candie, important par ses beaux ports et par ses carrières de marbre et d'albâtre. Le Mont Psiloriti , si célèbre sous le nomd'IoA; les Grecs croyaient que Jupiter y avait été élevé par. les Corybantes; nous avons déjà vu que c'est la plus haute montagne de l'île. Hagios-Deka , petit village près de l'emplacement de Gortyna, qui sous les Romains effaça toutes les autres villes de Crête; les nombreux débris de corniches, de colonnes, etc. , etc. , attestent encore sa magnificence. Tout près se trouve , selon Tournefort, une vaste caverne, qui par mille détours, semblables à des rues souterraines , s'étend sous une colline située au pied du mont Ida. Parmi une infinité de routes qui mènent à des recoins ou culsde-sac , il se trouve une allée principale longue d'environ 1200 pas, qui aboutit à une grande et belle salle , haute de 7 à 8 pieds. Malte-Brun parait croire que cet antre naturel a pu être agrandi par les hommes, afin d'y trouver un asile en temps de guerre; il ne doit pas être confondu, comme on le fait ordinairement, avec le fameux labyrinthe de Cnossus. Castel-Priotisa , village habité par les Abdiotes, tribu de pâtres et d'agriculteurs qui vit dans une sorte d'indépendance, mais s'adonnant par fois au brigandage et même à la piraterie.
Les autres villes et lieux les plus remarquables de l'île sont: Retymo , petite ville d'environ 6000 âmes , chef-lieu du sandjak de son nom et siège d'un évêché grec, avec un petit port. La Suda, îlot important par ses salines, ses fortifications , et par le beau port qu'elles protègent , regardé comme le meilleur de toute l'île; le vice-roi d'Egypte veut y établir un grand chantier de construction pour sa marine ; il a déjà ordonné la restauration et l'augmentation des ouvrages qui défendent le port. On voit dans ses environs deux énormes citernes qui ont appartenu à l'ancienne Amphimale. La Canea (Cydonia des anciens Grecs), ville de médiocre étendue, chef-lieu du sandjak de son nom et siège d'un évêché grec; son petit port est aujoutd'hui le plus fréquente de toute l'île , et en l'ait la première place commerçante ; on lui accorde 12,000 habitans. Garaetjsa*, autre îlot , auquel ses fortifications naturelles, son beau port et les brigandages commis par les forbans qui en avaient fait leur repaire , ont donné de nos jours une triste célébrité. Spha-i kia , chef-lieu des Sphakioles, population belliqueuse établie dans les vallées formées par les Montagnes Blanches , le long de la côte sud-ouest de l'île; cette peuplade, composée de pasteurs, d'agriculteurs et d'artisans, n'a jamais pu être entièrement soumise ni aux Vénitiens ni aux Osmanlis; elle s'est rendue souvent redoutable aux navigateurs par ses pirateries. Spinalonga , petite forteresse sur la côte septentrionale, avec un bon port.
possessions. Nous verrons dans la de»
EUROPE
scription de l'Asie et de l'Afrique Ottomanes quels sont les pays qui, hors de l'Europe, dépendent encore du grandseigneur. Nous avons déjà signalé les difficultés inséparables de l'évaluation de la superficie et de la population générales de l'empire Ottoman* Ici nous nous bornerons à faire observer, qu'en excluant du calcul tous les pays seulement vassaux
Principauté de
confins. En comptant les six districts qui en ont été détachés au commencement du siècle , et qui ne lui out pas encore été rendus, cet état confine au nord,a\ec les Confins Militaires Autrichiens. AYest, avec la principauté de Valachie et avec la Bulgarie. Au sud, avec laRomélie, la Macédoine et l'Albanie. A Vouest, avec la Bosnie.
pays. Presque toute la Servie , dans les confins qu'elle avait avant l'insurrection de 1801.
fleuves. Le Danube qui reçoit la Save, grossie par le Drin, etc. ; la Morawa ; le Timok. Voyez à la page 564.
gouvernement. Depuis le traité stipulé entre la Porte et les Serviens, garanti par la Russie et confirmé par celui d'Andrinople, on doit regarder la Servie comme un état seulement tributaire et non sujet de l'empire Ottoman. La Porte a accordé aux Serviens entre autres privilèges les suivans : la liberté complète du culte ; la faculté de choisir librement les chefs de l'administration ; l'indépendance de l'administration intérieure ; l'intégrité de l'ancien territoire de la Servie ; la fixation invariable de la somme que la Servie doit payer en tribut à la Porte ; l'administration par les Serviens de toutes les propriétés turques qui sont en Servie ; la liberté de faire le commerce dans tout l'empire Ottoman avec des passeports serviens ; la faculté d'établir des hôpitaux , des écoles et des imprimeries ; l'interdiction à tous les Turks de résider en Servie à l'exception de ceux qui font partie des garnisons qui doivent occuper certaines places fortes. Le gouvernement pourrait être regardé actuellement comme monarchique héréditaire constitutionnel, puisque le grand -seigneur a confirmé l'élection faite par l'assemblée nationale réunie à Kragojevacz le 4 février 1830, d'un prince héréditaire dans 5a personne et dans les descendais de Mi-
ou tributaires que les derniers évènemens en ont séparés, et les trois régences de la Barbarie, mais en y comprenant toutes les vastes contrées occupées par les troupes du vice-roi d'Égypte, la première se réduit à 1, 035,000 milles carrés , et la seconde à 23,600,000 habitans. Voy. Y Asie et Y Afrique ottomanes et aux pages 589 el590.
Servie (Serbie).
losch Obronowitsch , qui déjà depuis 14 ans dirigeait l'administration de ce pays.
topographie. Semendria {Smedreno ou Sent-Andriya ou St-André des Serviens et Semendra des Turks), située au confluent de la Jessova ou de la branche occidentale de la Morawa avec le Danube, ville de médiocre étendue et fortifiée , regardée depuis assez long-temps comme la capitale de la principauté, étant la résidence du prince, du sénat servien et d'un archevêque qui a le titre de primat de la Servie. On estime à 10 ou 12,000 âmes sa population.
Dans un rayon de 22 milles on trouve : Belgrade, ville la plus importante et la mieux bâtie de toute la Servie , siège d'un évêché grec , une des plus fortes places de l'Europe et depuis long-temps renommée dans les annales militaires de la Turquie. Ses vastes et belles fortifications sont gardées par une garnison turque qu'on estime au moins à 6000 hommes. Quelques-unes de ses mosquées, le palais du pacha, l'arsenal et le puits très profond dans la citadelle , sont ce qu'elle offre de plus remarquable. Belgrade est l'entrepôt principal entre Constantinople et Salonique d'un côté, et Vienne et Pesth de l'autre ; elle se distingue aussi avantageusement par son industrie , surtout par ses fabriques d'armes, de tapis, d'étoffes de soie et de coton , ainsi que par ses tanneries et sa fonderie de cloches. On estime sa popula lion à près de 30,000 âmes.
A 8 milles au sud de Belgrade on trouve : le montHaloga ou Havalla, remarquable par les importantes ruines d'une ville gothique visitée par un voyageur, opinion partagée par Malte- Brun. A 12 milles de Semendria est située Hassan-Palanka , petite ville , importante par ses fortifications.
Les autres villes les plus remarquables de la principauté sont : Kragojevacz (Karagiofdschaf) , petite ville , où en 1830 les représentans de la. nation servienne se sont assemblés au nombre de mille , pour élire Milosch , prince uéré-
PENINSULE ORIENTALE
ditairc , élection confirmée par le grand-seigneur. Usicza, centre du commerce de la Servie-Occidentale et point important pour les routes qui y aboutissent; on lui accorde 6000 habitans. Vallievo, gros bourg, où l'on tient des marchés très fréquentés. Gladova ou Kladova , petit endroit sur la rive droite du Danube , près de l'emplacement du fameux pont de Trajan, que l'histoire accuse Adrien d'avoir détruit par jalousie envers son grand prédécesseur, mais , qui, comme Malte-Brun le fait observer, n'a peut-être jamais été achevé tel qu'il est figuré sur la colonne Trajanc; on en voit encore les piliers. Krusche-
Principaulé
confins. Au nord, la Transylvanie ou les Confins Militaires Autrichiens , et la principauté de Moldavie. A Y est, la Bulgarie. Au sud, la Bulgarie. A Y ouest, la Bulgarie , la principauté de Servie et les Confins Militaires Autrichiens.
pays. Toute la ci-devant principauté de Valachie , plus les petits districts qui formaient la banlieue des forteresses turques sur la rive gauche du Danube.
fleuves. Le Danube, qui sépare la principauté de l'empire Ottoman et qui reçoit le Schyl , ['A lotit a, VArdjs grossi par la Dumbovitza , la J a 1 0 nitza et le S ereth ; ce dernier trace une partie de la frontière du côté de la Moldavie. Voyez à la page 564.
gouvernement. Cette principauté est régie comme celle de Moldavie. L'hospodar doit être nommé à vie et ne peut jamais être déposé que pour cause des délits prévus par le traité d'Andrinople ; il a le droit de régler librement toutes les affaires intérieures des provinces soumises à son administration ; lui et sa nation jouissent des mêmes privilèges accordés aux Serviens; cette principauté et celle de Moldavie ont en outre l'avantage de n'avoir aucune garnison turque sur leur territoire; elles ont été aussi affranchies des fournitures qu'elles livraient pour l'approvisionnement de Constantinople, des forteresses turques situées sur le Danube, et de l'arsenal ; mais elles doivent payer une somme dont le montant doit être fixé une fois pour toujours comme dédommagement annuel du trésor impérial pour l'abandon de ces droits ; ensuite le tribut annuel que depuis 1802 elles payaient en argent.
topographie. Bukarest (Bukarescht des Valaques), grande ville moderne, fort sale, située sur la Dumbovitza dans une
vacz [Aladja-Hissar des Turks) , presque au milieu de la principauté, siège d'un évêché grec, avec un château où plusieurs souverains de la Servie ont résidé. Schabacz (Bogurdlen des Turks), sur la Save, petite ville importante par ses fortifications. Novi-Bazar (Ieni-Bazar des Turks), assez grande ville, fortifiée, chef-lieu d'un pays connu sous le nom de Rase ie; on lui accorde de 7 à 8000 habitans. Missa, place forte, restaurée depuis quelques années, siège d'un évêché grec-, on estime sa population à
de Valachie.
vaste plaine marécageuse, siège d'un archevêché grec, devenue depuis 1698 capitale de la principauté et résidence des consuls étrangers. Ce n'est, ditun géographe célèbre, qu'un grand village, où quelques châteaux, plusieurs beaux et grands couvens, les tours nombreuses de soixante églises grecques, se perdent parmi des jardins fleuris , des bosquets odorans , des promenades délicieuses. Ses rues sont droites, assez larges et presque toutes garnies , au lieu de pavé, d'un plancher en madrier, sous lequel on a creusé de larges canaux pour recevoir les immondices. Les maisons sont construites en briques , enduites de plâtre et blanchies en dehors et en dedans. Le palais , où résidait l'hospodar, vaste édifice, a été brûlé en 1813 par accident; nous ignorons s'il a été rebâti depuis. Les hôtels des consuls autrichien et russe, le palais archiépiscopal, Yéglise métropolitaine et la tour du Ko Iz a ou Hôpital sont les bâtimens les plus remarquables. Bukarest pourrait être regardée comme le point de partage entre la civilisation européenne et la civilisation asiatique ; les mœurs et les usages de ces deux parties du monde viennent pour ainsi dire s'y confondre. Le lycée, qui comptait il y a quelques années 12 professeurs et près de 300 étudians; la bibliothèque publique et la société littéraire sont des établissemens qui doivent être mentionnés, ainsi que la gazette en valaque qu'on y publie depuis quelque temps. L'industrie de cette ville est très petite eu égard à son étendue ; mais en revanche le commerce y était très considérable avant la dernière guerre , époque où l'on portait jusqu'à 80,000 le nombre de ses habitans. Dans un rayon de 45 milles on trouve : Ployesti, gros bourg, remarquable par la grande foire de
EUROPE
laine qu'on y tient; Waleni et Kimpina , parleurs douanes , leur commerce et surtout par les riches mines de sel gemme qu'on exploite a S lanikul près du premier, et à Okna-Teleaga prés du second; près de ce dernier on recueille aussi dubitliume qui sourdit en abondance. Tergovist (Tergowischti) , dont les grandes maisons, les palais et les remparts tombent en ruines , depuis qu'elle a cessé d'être la résidence de l'hospodar ; sa population, qui autrefois s'élevait à 30,000 âmes, est réduite à 5000. Giurgewo , place forte, sur la gauche du Danube, vis-à-vis de Routschouk, importante par son commerce et par ses fortifications qui , d'après le dernier traité , doivent être rasées.
Les autres villes les plus remarquables de la principauté sont : Fokschany, sur la frontière de la Moldavie, principauté à laquelle appartient une partie de cette ville , qui n'est importante que par son commerce ; on accorde 4000 habilans à la partie valaque. Busco, ville épiscopale, très déchue, avec environ 4000 âmes. Braïlow, place forte, sur le Danube, dont les fortifications doivent être rasées; des troupes de janissaires et de
Principauté
confins. Au nord, la Bukovine dans l'empire d'Autriche et la Bessarabie dans l'empire Russe. kVest, la Bessarabie. Au sud, le Danube qui le long d'un très petit espace la sépare de l'empire Ottoman , et la principauté de Valachie. A V ouest, la Transylvanie et la Bukovine dans l'empire d'Autriche.
pays. Toute la Moldavie à l'occident du Pruth, à l'exception de la Bukovine, qui depuis long-temps a été cédée à l'empire d'Autriche ; la partie à l'est du Pruth depuis 1812 a été incorporée à l'empire Russe , et forme la province de Bessarabie.
fleuves. Le Danube , qui reçoit le Sereth , et le Pruth grossi par le Bachlui. Voyez à la page 564.
gouvernement. Tout ce que nous venons de dire du gouvernement de la Valachie doit s'appliquer aussi à celui de la Moldavie.
topographie. Jassy (Jasch), assez grande ville, située sur une hauteur , environnée d'éminences encore plus élevées et arrosées par le Bachlui , qui est plutôt une longue série d'étangs bourbeux qu'une rivière. C'est la capitale de la principauté, le siège d'un archevêché grec et la résidence des consuls étrangers. Irrégulièrement bâtie, avec des rues recouvertes de grosses planches de chêne audessous desquelles coulent des ruisseaux îétides ; son séjour n'est rien moins que
spahis sortaient autrefois de ses remparts pour piller les champs et enlever les troupeaux des malheureux paysans valaques.
A l'ouest de Bukarest on trouve : Ap.Dsiscn ou ARDjiscn(Kurtea de Ardjisch) , petite ville remarquable par son monastère dont l'église est réputée la plus belle de toute la Valachie ; la grande route qui mène au fameux défilé de la Tour Rouge (Rothe-Thurmpass) dans les Krapacks y passe , et va aboutir au magnifique chemin Carolinien, dont la construction a coûté des sommes considérablesau gouvernementautrichien. Crajova, ville de médiocre étendue, mais régulièrement bâtie, et importante par son commerce et par l'industrie de ses habitans , dont on porte le nombre à près de 8000. ïzlas , près du confluent de l'Alouta avec le Danube, petite ville, importante par son commerce ; Rimnik , qu'il ne faut pas confondre avec une autre ville de ce nom située dans la Valachie-Orientale-, c'est dans ses environs qu'est situé Okna Mare, gros bourg , très important par la mine de sel gemme qu'on y exploite, et dont le produit annuel rivalise avec celui des plus riches mines de ce genre que possède l'Europe.
de Moldavie.
sain et agréable, surtout pendant les fortes chaleurs. Les maisons n'ont en général qu'un seul étage, sont presque toutes en bois et assez dans le goût oriental. Nous n'avons aucun moyen d'indiqner quels sont ses édifices les plus remarquables, tant cette ville a été ravagée par les incendies. L'ancienne Cour des princes, dont on attribuait la construction aux Romains sous Trajan, a été la proie des flammes en 1783. Avant les deux terribles incendies qui en 1827 on détruit la plus grande partie de Jassy , V archevêché avec V église métropolitaine , celle de St-Nicolas , ou les princes sont sacrés par l'archevêque, le Golic avec la plus haute tour de la ville, Yimprimerie valaque et quelques couvens étaient les édifices les plus remarquables. Un petit gymnase décoré du titre de lycée avec trois professeurs , était encore il y a quelques années l'établissement littéraire le plus important de cette ville et de toute la principauté. Le peu d'industrie qu'on y voit est entre les mains des Allemands qui s'y sont établis depuis plusieurs années. Mais le commerce est assez actif ; les plus grandes affaires sont faites par des maisons grecques et arméniennes. Avant la dernière guerre et les deux incendies de 1827 on portait la population de cette ville qui est de 22,000 âmes, à 40,000.
Les autres villes les plus remarquables de la principauté dans la Basse-Moldavie (Zara de
PENINSULE ORIENTALE
Schoss ou Pays-Bas) sont : Roman , petite ville ville, commerçante dont la partie la plus consiépiscopale, d'environ 1500 habitans, dans les dérable appartient à la Valachie; on accorde environs de laquelle on voit les ruines d'une ville près de 2000 habitans à la partie Moldave, slavonne nommée Semendrowa. Husch, Dans la Haute-Moldavie (Zara deSuss ou Paysautre petite ville épiscopale , renommée par son Haut) on trouve: Douohoe (Dorogoie), petite tabac regardé comme le meilleur de toute la ville , regardée comme la capitale de la Haute- Moldavie, et célèbre dans les annales militaires Moldavie. Botuschani (Bottoschani), laplusconpar la paix que Pierre-le-Grand fut obligé de sidérable de cette partie de la principauté par sa l'aire avec les Turks en 1711. Galacz (Galasch), population qu'on portait avant la dernière guerre située sur le Danube, entourée de remparts et au-dessus de 4000 âmes , et surtout parsesrelabeaucoup mieux bâtie que les autres villes de la tions commerciales qui s'étendaient jusqu'à Brody, Moldavie; c'est le centre principal du commerce Brunn et Leipzig. Niamts (Nemza), remarquable d'importation, qui par ce grand fleuve se fait par sa position pittoresque et par son vaste mo~ dans les deux principautés. Ce port, qu'un cé- nastère où se trouve une image de la Vierge en lèbre géographe nomme Y Alexandrie du Da- argent massif , visitée annuellement par un grand nube} est très fréquenté pardesbàtimensautri- nombre de pèlerins. Okna, petite ville, très imehiens et russes ; des vaisseaux de 300 tonneaux portante par ses mines de sel gemme , dont le peuvent s'approcher jusqu'au quai. Avant la der- produit rivalise avec les plus riches de ce genre nière guerre on estimait à 7000 âmes la popula- que possède l'Europe. Mon permanente de Galacz. Fokschany , petite
Etat de la Grèce.
confins. Au ?iord, la partie continen- communes ; ils sont proposés par le peu-
tale européenne de l'empire Ottoman et pie et confirmés par le roi. L'administra-
r Archipel. A Y est, l'Archipel. Au sudj tion des biens nationaux qui sont très
l'Archipel et la Méditerranée. A Vouest, considérables et la perception des impôts
, a mer Ionienne, sont confiées à des autorités financières.
pays. Le ci-devant pachalik de Morée, le spéciales, ainsi que tout ce qui concerne la
sandjak de Livadie , et presque entière- justice civile et criminelle, la guerre, etc.
ment ceux de Carlilli et de Lepante; en- capitale. Pendant la courte période de
suite File de Nègrepont, les Cyclades et l'indépendance nationale , le siège du
une partie des Sporades qui dépendaient gouvernement a été transféré tantôt à
de l'eyalet du capitan-pacha. Nauplia, à Damala (Trézène) , tantôt à
fleuves. Ils sont tous très petits ; nous Egine, Poros, Spetzia et Argos. Main-
avons déjà tracé le cours des principaux à tenant il est à Nauplia ; mais les souve-
la page 565. nirs historiques , la centralité de sa posi-
gouvernement. Monarchique constitu- tion et la bonté du port à? Athènes ont
tionnel héréditaire. Ce royaume est sous engagé le gouvernement aotuel à choisir
la protection de l'Angleterre, de la France cette dernière ville pour capitale du
et de la Russie qui ont élu le roi Othon, royaume.
second fils du roi de Bavière. L'admi- divisions administratives. Tout le
nistration supérieure de chaque nomos royaume est partagé en dix nomos ou
(province ou département) est confiée départemens, subdivisés en 46 eptar-
à un nomarque ou préfet auprès du- chies, arronclissemens ou cercles. Le ta-
quel il y a un conseil départemental élu bleau suivant offre les villes et les lieux
par les administrés. Dans chaque eptar- ies plus remarquables de chaque nomos.
chie (sous-préfecture , ou cercle), l'admi- Les noms écrits entre parenthèses indi-
nistration est dirigée par un eptarque quent les eptarchies dont les chefs-lieux
assisté par un conseil de district, élu par respectifs sont écrits en italique; les noms
les administrés; il a sous lui des démo- en caractères espacés sont les chefs-lieux
gérontes (maires) , qui administrent les des nomos.
Divisions Administratives. Chefs-Lieux, Villes , Lieux et Iles les plus remarquables.
Ahgolide Nauplia; Argos; Corinthe; Hydra; Castri (de l'Hermionis) ; Cranidi;
l'île de Spetzia; Poros (de Trœzene) ; Damala. Achaie et Elide Fatras; Vostitza (de Aigialea); Calavrila (de Kinaitha); Pyrgos (de
Eleaa); Gastuni.
Messénie Arcadia (de Triphylia) ; Pfianari(de Olympia); Modon (de Methone);
Navarin; Coron; Androussa (de Messénie); Mavromathi; Calamata(de Kalamai.)
\rcadi» Tripolitza (de Mantinée); Caritène (de Gortyna) ; Prastos (de Kyna*
ria) ; Hagio-Petro ; Leontari (de Megaiooolis )
EUROPE
La.com e Misitra (de Lacédémon); Monembasie (d'Epidaums Limira); Vililo du
Gythion correspondant au Mani.) Acarname et Etolie . . Vr a c h o r i (d'Agrinion) ; Dragomestre (d'kcarnan^iMissolonghi ; Le-
pante (de Naupaklia); Carpenitza (de Kallidromi.) Locride et Phocide. . . Salone (de Parnasis); Galaxidi; Zeitun (de PUthiotis) ; Pelradjk; Lido
riki(de Doris); 'Tatanti (de Locris.) Attique et Béotie. . . . Athènes (de l'Attique); Egine; Megare; l'île Coulouri ou Salamine-
Thèbes; Livadie.
Eubée ou île Nègrepont. Negrepont (de Chalcis); Caristo: Scopelo (des Sporades Septentrionales); les îles Skiatos, Skyros, Heliodromia.
Cyclades Ilermopolis (de Syra); Jndros; Tinos ou Borgo (de Tinos ou Tine),
Myconi, Delos; Thermia (de Kytnos ou Cythnus), Kia ou Zea, Serplio ou Seripho ; Milos, Kimoli ou Argentière; Siphno ou Siphanto ; Polycandro ; Sikinos; Phira (de Tliira ou Santorin), los ou Nios; Anaphne ou Nanphio ; Amorgos; Naxos, Paros, Antiparos.
topographie. Naupli {Nauplia; Napoli de Romanie), petite ville de l'Argolide , située sur une langue de terre qui s'avance dans le golfe de son nom, devenue la capitale de l'état , prérogative dont il était difficile qu'elle continuât à jouir à cause du mauvais air qui y règne et de la petitesse de son enceinte. L'impression produite par sa situation , si pittoresque et si favorable au commerce et à sa défense, est détruite à la vue de l'irrégularité et de la malpropreté de ses rues. La partie inférieure de ses murailles est de construction cyclopéenne; le reste appartient aux Grecs et aux Romains, et même aux Vénitiens ; mais la vaste citadelle qui couronne le rocher Palamède a été construite par ces derniers ; on y monte par un passage couvert de 500 marches taillées dans le roc ; on l'appelle le Gibraltar de l'Archipel. Le lion ailé de St-Marc, sculpté sur ses portes ainsi que sur celles d'autres villes de la Morée et du Levant , rappelle les temps de la domination des Vénitiens qui avaient fait de Nauplia la capitale de cette riche province de leur puissante république. Son port devenu peu profond à cause tles attérissemens, n'en est pas moins un des meilleurs de l'Archipel. Depuis que Nauplia est devenue le siège du gouvernement, les Grecs les plus riches y ont fait construire quelques bonnes maisons ; on a construit une belle caserne pour les troupes régulières , et on a bâti un assez beau palais pour le président. Son établissement littéraire le plus important est Vécole militaire, où environ 50 élèves sont instruits dans tout ce qui est nécessaire pour former des officiers habiles. Nauplia, avant les désastres qu'elle a éprouvés , faisait un commerce assez étendu , qui a acquis une nouvelle extension depuis qu'elle est devenue le siège du gouvernement et de la troupe régulière ; de-
puis long-temps elle l'est d'un évêché grec. Sa population , que la peste et les derniers évènemens ont tant fait varier dans l'intervalle des trente dernières années , parait s'élever aujourd'hui à près de 6,400 âmes.
Dans un rayon de 10 milles on trouve : Argo (Argos), petite ville, une des plus florissantes avant la guerre de l'insurrection, mais réduite à un amas de ruines par les ravages que lesTurks etlesGrecs y ont faits alternativement. La paix, le voisinage de la capitale et la fertilité de son territoire y ont attiré un grand nombre de réfugiés ; elle répare rapidement ses pertes. Argos est une des villes les plus anciennes du monde, puisque sa fondation remonte à l'année 1856 avant Jésus-Christ. Si ses trente temples , ses superbes tombeaux , Je gymnase , le stadium et les nombreux monumens décrits par Pausanias ont entièrement disparu, l'antiquaire est en partie dédommagé par quelques débris d'antiquités du plus haut intérêt. On doit citer d'abord les restes de X enceinte de Larissa; les assises inférieures de cette citadelle sont évidemment de construction cyclopéenne, le reste de construction romaine et même vénitienne ; le théâtre, un des plus anciens de la Grèce , quoique, selon M. Traot, un des moins beaux ; ses gradins sont taillés dans le rocher qui forme sa courbure naturelle; il a été à demi déblayé pour servir aux réunions des députés du congrès grec de 1829; le passage souterrain taillé dans le roc; il est d'une longueur extraordinaire et pénètre sous le rocher de la citadelle; les ruines d'un ancien temple, où l'on voyait encore du temps de Clarke les conduits souterrains pratiqués par des prêtres imposteurs au-dessous de l'autel pour rendre leurs faux oracles d'une manière merveilleuse. Argo peut avoir aujourd'hui près de 6000 âmes. Le marais de Lerne , à quelques milles au sud de la ville , jouit encore justement de la mauvaise réputation qu'il avait dans l'antiquité ; tout le monde connaît le rôle important qu'il joue dans l'histoire des exploits d'Hercule.
Karvathy, misérable village auquel le voisinage des ruines de Mycènes donne une grande importance ; on doit les ranger parmi les plus extraordinaires et les plus, importantes qu'offre l'Europe. Quoique des ouvrages , regardés comme classiques oour l'étude des anti-
PENINSULE ORIENTALE
quités , disent encore qu'on peut à peine reconnaître l'emplacement de la capitale d'Agamemnon; les murailles de sa citadelle sont d'une conservation parfaite. On y entre par la porte d'Argos, par laquelle passa le roi des rois en partant de Mycènes pour aller au siège de Troie ; cette porte est aussi nommée des Lions , à cause d'une sculpture qui représente une colonne au milieu de deux lions ; M. Gell la regarde comme le morceau sculpté le plus ancien de l'Europe. Ces constructions cyclopéennes nous offrent des monumens antérieurs à la guerre de Troie , des modèles de fortifications en usage aux temps héroïques , et le plan de ces portes qui, dans les temps les plus reculés , servaient alternativement aux cérémonies religieuses et à l'administration de la justice. Etant près de Mycènes , sur la pente d'une colline , on voit l'entrée de ce monument extraordinaire et gigantesque , qui tient à-la-fois d'une grotte sauvage et de la grandeur d'une civilisation régulière; l'architrave, quoique d'un seul hloc, a 27 pieds anglais de long, 17 de large et 4 et demi d'épaisseur; on le connaissait dans le pays sous le nom de trésor d' Atrée , mais on le nomme actuellement le tombeau d* Agamemnon; il a vivement excité la curiosité et les investigations des plus savans antiquaires de nos jours. Nous ajouterons que Mycènes a été détruite 568 ans avant Jésus-Christ.
Tyuinthe ou Tiryns , à l'est de Nauplia , dont les buttes cyclopéennes s'élèvent majestueusement sous la forme d'un grand polygone au milieu des orges et des roseaux. Ce sont les restes imposans de la ville où les Grecs font naître et élever Hercule. Quoique son enceinte soit plus petite que celle de Mycènes, elle est supérieure à celle de cette dernière sous le rapport de l'épaisseur et de la hauteur et , jusqu'à un certain point, sous celui de la conservation. Les murs sont encore en plusieurs endroits hauts de 40 pieds; à en juger par les débris, ils devaient avoir un tiers de plus lorsque Hercule en précipita Iphitus. L'ensemble entier forme un système de roches superposées, mais fréquemment interrompu par un chaos de blocs , de pyramides renversées , comme si le tout avait été écrasé par les masses supérieures. Vers le milieu , de l'est à l'ouest , sont deux larges brèches , dont l'une est le reste d'une porte , et l'autre une ouverture terminée en pyramide et qui regarde le golfe. Ces ruines imposantes, qu'on regarde comme la plus grande construction cyclopéenne de la Grèce, nous rappellent les murailles de Norba, celles de Cortona, les ruines de Saturnia, de Cora et de Cossa, et le Ieron ou sanctuaire de la Sabine, construits dans la péninsule Italienne par un peuple inconnu dont l'existence a exercé la sagacité et l'érudition de tant de savans, à la tète desquels tout le monde s'accorde à placer M. Petit Radel , qui a fait de si importantes découvertes sur ce sujet. C'est près de ces imposans débris que le gouvernement grec a fondé un établissement agricole, pour répandre cet art utile, maintenant si négligé parles Grecs. Hors du cercle de Nauplia, à quelques milles fers le nord-est et l'est on trouve : Ltcounto , gros
village, important par les lieux célèbres situés dans son voisinage et les antiquités qu'ils contiennent; nous citerons le H ieron Alsos (le Bois sacré), dont il ne reste plus que quelques buissons au milieu desquels on voit les ruines du temple d'Esculape, le plus célèbre parmi ceux qui étaient consacrés à ce dieu , et fréquenté par les malades de tous les pays civilisés de l'Ancien- Monde Occidental ; il était rempli de riches présens envoyés par ceux qui croyaient devoir à Esculape le rétablissement de leur santé ; on y voyait la statue du dieu faite d'or et d'ivoire , et les prêtres y entretenaient une espèce de serpens appri voisés, qu'ils cédaient aux dévots qui en deman daient, persuadés qu'ils étaient que le dieu résidait dans ces animaux ; c'est à un de ces serpens , conduit à Rome parles ambassadeurs députés à ce temple, que le grave sénat romain fit élever un temple dans l'ile du Tibre. Tout près on retrouve encore les eaux minérales si renommées dans l'antiquité et les débris des thermes et de Yhôpital bâtis par l'empereur Antonin pour rs cevoir les femmes en couche et les malades mourans; cet endroit était le Spa,\e Carlsbad et le Cheltenham de l'ancienne Europe. Pitiiavra (Epidaurus) jadis rivale d'Argos, deCorinlhe et d'Egine, n'est plus qu'un misérable village qui a acquis de nos jours une sorte de célébrité, servant à désigner le Code adopté par le corps législatif de la Grèce moderne. Tout près se trouve le magnifique théâtre de Polyclète, dans la colline qui ferme l'horizon au levant; ses 60 gradins tous intacts , sculptés sur les bords, atteignent encore jusqu'au sommet; dans l'intérieur de son proscenium on trouve des fi agmens de porphyre ; il est si bien conservé qu'avec très peu de dépense on pourrait le rétablir entièrement ; malgré le silence des géographes nous n'hésitons pas, appuyés sur l'autorité de MM. Dubois et Trant, à le regarder comme un des plus imposans restes des monumens qui décoraient le bea., sol delà Grèce. Piatha ou Piada , autre village où s'assembla le premier congrès grec. Metiiana , remarquable par son pic volcanique, par les murailles de V Acropolis de l'ancienne Methana et par quelques débris d'anciens édifices; Damala, par sa position romantique près des ruines de Trœzene , par le congrès qui s'y assembla en 1827, et par une foule de souvenirs mythologiques et historiques qui se rattachent à ce lieu célèbre.
Tripolitza, bâtie sur le plateau central de la Morée , dont elle était censée la capitale , était sous les Turks la résidence du pacha et le siège d'un métropolitain grec. Ses mosquées, son château, son vaste sérail, ses tours et ses trois miile maisons ont été tour-à-tour détruits par les Grecs et par les Turks. Cinq cents mauvaises baraques en bois, cachées sous les inégalités des décombres à la fantaisie de chacun , et séparées les unes des autres par de très grands intervalles, renias
EUROPE
placent déjà ses anciens édifices. Sa population , qui paraît s'être élevée jusqu'à 15 ou 18,000 âmes, n'est plus aujourd'hui que de 8,800.
Dans ses environs immédiats on voitles ruines de Tegée , la ville principale de l'ancienne Arcadie avant la fondation de Mégalopolis , et renommée par le magnifique temple de Minerve, qui a été pendant long-temps un asile inviolable aux criminels de toute la Grèce. Plus loin et dans un rayon de 15 milles on trouve : Pal^opoli , où l'on voit les ruines de Mantinée que la victoire d'Epaminondas a rendue si célèbre. Caritêne , petite ville , où commença la révolution de la Morée-, brûlée trois l'ois par Ibrabim , elle n'offre plus qu'un amas de ruines et une centaine de petites maisons occupées par 6 à 700 habitans. Sinano, petite colonie d'Albanais, assez florissante , remarquable parce que dans ses environs se trouvent les ruines deMégalopolis 3 bâtie par les Arcadiens après la bataille de Leuctrcs , et devenue en peu de temps la ville la plus grande et une des plus belles du Péloponèse par le grand nombre de ses temples, de ses portiques et autres monumens ; on voit encore plusieurs vestiges des premiers et les restes de son fameux théâtre qui passait pour le plus grand de la Grèce; de belles masses de murailles semblables à celles de Messène le flanquent de deux côtés, et l'on découvre en avant de larges débris du proscenium. Londari , petite ville , située sur une colline à l'extrémité du mont Taygète , n'est plus qu'un amas de ruines; huit maisons seulement y étaient habitées lorsque le capitaine Trant la visita en 1830.
Mistra, sur le penchant d'une colline , au pied du mont Pentadactylon ou l'ancien Taygète, dans une position des plus pittoresques ; le capitaine Gordon la compare à celle de Grenade en Espagne.
Mistra était avant la dernière guerre la ville la plus peuplée de la Morée et la résidence d'un sandjak et d'un métropolitain ; maintenant elle n'offre qu'un amas de ruines , à l'exception de la citadelle qui a résisté à Ibrahim. Sa population , estimée autrefois de 15 à 20,000 âmes, est réduite selon M. Trant à 1500, en grande partie aussi par la retraite des Turks qui y étaient très nombreux.
Dans ses environs immédiats est situé Magoula, misérable village, tout près duquel se trouvent les ruines de Sparte. Les restes de ses murailles construites sous la domination romaine, quelques vestiges de ses temples et de son vaste théâtre sont tout ce qui reste de cette ville qui a été pendant si long-temps la capitale d'une des plus célèbres républiques du monde ; le Chalciœos , consacré à Minerve et construit en airain; le portique des Perses et le grand théâtre déjà
mentionné, étaient ses édifices les plus remarquables.
Dans un rayon de 20 milles on trouve : Marathonisi , petite ville, regardée comme le cheflieu du Magne-Oriental , canton stérile et montueux , habité par les Maïnotes , peuplade féroce et belliqueuse , qui n'a jamais été entièrement soumise par les maîtres de la Morée; elle offrait encore naguère l'image la plus fidèle des usages et des désordres du gouvernement féodal du moyen âge ; huit capitaines héréditaires s'y partageaient l'administration sous un bey qui était censé en être le chef : ce dernier était électif Les Maïnotes ne payaient qu'un léger tribut aux Turks. Plus au sud et hors du rayon de Mistra, près du cap Matapan ( le Tœnarium promontorium des anciens), habitent les Cacovouniotes , pirates sanguinaires qui ne respirent que le pillage et le meurtre; et sur le golfe de Coron est situé C h ima va , petite ville ou gros village regardé comme le chef- lieu du Magne- Occidental. Calamata, village de 3500ànies, détruit par Ibrahim, mais dont on a déjà rebâti une partie des maisons; c'est le chef -lieu de la Basse -Messénie. En prolongeant le rayon à 30 milles de Mistra vers le sud-est on trouve Nafoli de Malvasia ( Monemvaria ou Monembasia), petite ville, résidence d'un métropolitain, importante par son port, ses fortifications, et renommée par ses vins excellens ; on y voit les restes d'EriDAURus Limera, dont les matériaux ont servi en grande partie à sa construction; la chapelle de St-George a hérité d'une grande partie de la réputation dont jouissait l'ancien temple d'Esculape ; elle est visitée par un grand nombre de paysans des environs.
Arcadia, petite ville, bâtie en partie sur le penchant d'une montagne , assez florissante par son commerce avant la dernière guerre et résidence d'un métropolitain ; sa citadelle en partie ruinée offre les débris de l'acropolis de Cyparissa , recouverte par une triple enceinte de belle construction vénitienne ; on lui accordait 4000 âmes, mais sa population actuelle est très faible.
Dans un rayon de 20 milles on trouve : Agios- Georgios , près du village de Stala , dénomination donnée à l'emplacement que M. Dodwell croit être identique à celui qu'occupait Lykosolt.a , regardée par Pausanias comme la plus ancienne ville du plus ancien peuple du monde ; on en voit encore les murailles de construction cyclopéenne et quelques débris de colonne» , de bases, etc. ; ses ruines sont situées dans \e Lycée j canton montueuxet agreste. Skleru, village remarquable en ce que ses environs offrent les restes du fameux temple d'Apollon Epicurius j qui était tout en marbre, même le toit, et réputé le plus beau du Péloponèse après celui de Tégée, par la beauté de la matière tt par l'harmonie des proportions. Trente-el-une
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colonnes sont encore debout, presque toutes unies entre elles par leurs architraves; le pavé tout entier subsiste ; mais le toit et les murs sont renversés péle-mêle sur les côtés. On sait que les sculptures , qui décoraient la frise intérieure et qui représentaient les centaures elles lapithes et le combat des Amazones, forment un des plus grands ornemens du musée Britannique à Londres ; ces métopes offrent une série de sculptures de 96 pieds anglais de long sur 2 de haut ; elles sont connues sous le nom de marbres phigaliens. Non loin se trouvent aussi les ruines de P h iga l e la, dont il reste encore une partie des murailles et une porte.
Mavromathi, petit village d'une quarantaine de maisons; il tient aujourd'hui la place de Messène rebâtie par Epaminondas ; on voit encore les restes de ses murailles au pied du mont Ilhome , les fondemens de Yacropolis , quelques tours et la grande porte d'Arcadia , l'un des plus beaux monumens de ce genre qui soient encore en Grèce; une large voie en dalles conduit à une enceinte circulaire de 60 pieds de diamètre; on doit encore mentionner les débris de Yhierotliysium où étaient réunies les statues de tous les dieux , le stade , X amphithéâtre et un beau reste de mur percé de deux portes à angles aigus semblables à celles de Tyrinthe , tous monumens visités ou découverts par les savans de l'expédition française. Navaris (Pylus), petite ville, importante par ses fortifications et surtout par son port, un des plus beaux de la Méditerranée et fermé en partie par l'île de Sphactcrie, célèbre par le désastre des Lacédémoniens; c'est dans ce vaste bassin qu'en 1827 la flotte turco-égyptienne a été détruite par les trois flottes combiuées de la France, de l'A ngleterre et de la Russie; la citadelle, qui avait été réparée parles Français , a été ruinée il y a quelques années par l'explosion des poudres produite par la foudre. Zonchio, chàleau du moyen âge bâti sur l'emplacement de la vieille Pylos de Messénie , et qui présente encore des restes nombreux de construction hellénique. Hors du rayon d'Arcadia sont situées Modo.n et Conox , petites villes importantes par leurs fortilications , et leurs rades assez bien abritées ; la première est le chef-lieu de la Haule-Messénie.
Pyrgos , petite ville , naguère encore florissante par son commerce favorisé par un petit port à l'embouchure du Ruphia, autrefois ÏAlphée , mais près de marais malsains ; entièrement détruite par Ibrahim , elle commence à se relever de ses ruines; c'est le chef-lieu de l'Elide.
Dans un rayon de 20 milles nous trouvons : Miraca, misérable village près de l'emplacement d'OLYMPiE , renommée dans toute la Grèce parles jeux qu'on y célébrait tous les 5 ans en l'honneu r de Jupiter Olympien et qui y attiraient un concours prodigieux de monde. Le gymnase } le prytaneum , Y amphithéâtre bâti par Trajan , Y hippodrome et le stadium , le temple de Junon et surtout le magnifique temple de Ju-
piter Olympien formaient son plus grand ornement. Les archéologues français , qui faisaient partie de l'expédition de Morée, ont découvert plusieurs vestiges de ce dernier monument et entre autres des bas-reliefs trouvés à l'avant et à l'arrière du temple de Jupiter ; ces bas- reliefs , qui sont déposés au Louvre à Paris, offrent le groupe d'Hercule et du taureau de Gnosse, le lion de ftémée, un guerrier vaincu, une figure de Minerve et d'autres débris concordant bien avec la description qu'en a donnée Pausanias ; le Pronaos du même temple est recouvert par une superbe mosaïque en très petits cailloux, figurant des caissons contenant des animaux chimériques. Ce magnifique édifice passait pour le plus grand temple de la Grèce; c'est dans son intérieur qu'était assise sur un trône enrichi d'or et d'ivoire la statue de Jupiter , chef-d'œuvre de Phidias; ce superbe colosse, travaillé en or et en ivoire avait 60 pieds de haut , et passait justement pour une des merveilles du monde. Lala, petite ville aujourd'hui rasée ; avant la révolution elle était le chef-lieu d'une colonie d'Albanais mahométans, devenus parleurs brigandages la terreur et le fléau de tous les paysenvironnans. Gastoium, petite ville , siège d'un archevêché , assez florissante avant la révolution, maisqaeM. Emerson a trouvée en 1825 réduite à un amas de ruines par les Albanais de Lala. Dans ses environs on voit les vestiges de l'ancienne E lis , capitale de l'Elide , une des villes les plus considérables du Péloponèse. Castel-Tornese et Chiarenza, autres lieux jadis très importans et aujourd'hui très déchus et presque abandonnés ; les fertiles campagnes qui environnent Chiarenza, cultivées en grande partie par les habitans de Zante , fournissaient avant la guerre, une grande quantité de vivres aux lies Ioniennes. Nous rappellerons comme une curiosité remarquable, qu'au temps des croisades , Chiarenza était le fief d'un prince anglais, et qu'encore aujourd'hui elle donne le titre à un des membres de la famille régnante d'Angleterre.
Patras ( Patrœ ; Baliahadra des Turks ) , bâtie en amphithéâtre sur une colline près du golfe qui en reçoit le nom, résidence d'un métropolitain et cheflieu de i'Àchaie. Entièrement détruite pendant la guerre , le gouvernement grec se propose de la faire rebâtir d'après le plan tracé par M. Rulgari; s'il est exécuté , la ville future ne le cédera ni en beauté ni en magnificence aux plus jolies vilies de l'Europe. Il y aurait en effet neuf places publiques, des quais, de vastes boulevards, de larges et longues rues parfaitement aérées , un grand nombre de fontaines et un théâtre. Plus de 100,000 habitans pourront tenir à l'aise dans l'enceinte de cette place, dont la force serait augmentée par la citadelle. Sa population , qui était réduite à quelque s centaines d'habitans, pa-
EUROPE
rait s'élever maintenant à 5,400 âmes.
Malgré ses désastres et son peu de salubrité, Patras est redevenue encore le centre de toutes les relations commerciales de la Morée avec les principales places commerçantes de l'Europe ; elle le doit à sa position, à la fertilité des campagnes qui l'environnent et à la circonstance particulière d'être située dans la zone de la Morée , qui avec les îles de Céphalonie , d'Ithaque et de Zante sont les seuls pays du globe où réussit la culture du raisin dit de Corinthe ; aussi ces contrées fournissent-elles cette denrée à tous les pays du monde. Les ruines les plus considérables que présente Patras, sont celles d'un aqueduc romain.
Dans un rayon de 15 milles on trouve : le Château de Morée dont les fortifications ont été augmentées par les troupes françaises; il défend avec le Château de Romélie, situé visà-vis, sur la côte opposée de l'Hellas, le passage nommé les Petites Dardanelles , à cause de ces deux forts-, dans le château de Morée on voit encore quelques débris du temple de Neptune, sous la protection duquel se trouvait autrefois cette plage. Vostitza , petite ville, que nous ne nommons que parce qu'elle occupe l'emplacement d'JÎGniM, près de laquelle était un bois consacré à Jupiter, où se tenaient anciennement les états - généraux de l'Acliaïe. Megaspiléon, vaste monastère, remarquable par sa position romantique, ses fortifications et ses caves immenses-, c'est un des plus riches de la Grèce; il contient actuellement 200 frères, dont 80 sont prêtres; sa fondation remonte au ve siècle : une image de la Ste-Vierge .qu'on dit avoir été peinte par St-Luc, y attire un grand nombre de dévots. Calaviuta, très petite vjlle, environnée de hautes montagnes et renommée par ses fromages ; elle est le siège d'un évêché et le cheflieu d'une eptarchie. Vrachoui , très petite ville, située entre les lacs de Vrachori et d'Angelo- Castron. Avant la dernière guerre , on lui accordait 3000 habitans, et on y tenait une grande foire-, ; ujourd'hui elle est le chef-lieu du IHomos de l'Acarnanie-et-Etolie. On doit mentionner le pont de 36C arches construit entre les deux lacs; c'est un des plus longs de l'Europe.
De l'autre côté , dans l'Hellas, outre le château de Romélie, mais toujours dans le rayon de 20 milles, on trouve : Lepante (Naupactus; Aïnabachti des Turks), petite ville, fortifiée, siège d'un archevêché, avec un port, où en 1830 stationnait l'escadre grecque commandée par le comte Auguste Capo-d'Istrias. Missolonghi, dans une lagune , place forte , ruinée par les Turks qui s'en emparèrent en 1826 après un Long siège ; c'est le chef-lieu de l'Hellas-Occidentale. Dans ses environs est situé A natolic o , fort environné de bas-fonds dont les pêcheurs , comme jadis dans l'enfance de la société et encore aujourd'hui chez les peuples sauvages, se servent de monoxylons;
ce sont des canots formés d'un tronc d'arbre creusé en forme de nacelle; une longue perche leur tient lieu de rame. On aurait peine à croire avec quelle vitesse ces nacelles informes filent sur l'eau. Missolonghi n'a plus que 3300 âmes.
Corinthe {Kordos des Turks), petite ville, siège d'un archevêché, naguère encore commerçante et assez peuplée, mais entièrement ruinée pendant la guerre. Peu de villes offrent une position aussi belle et aussi favorable au commerce; située entre le golfe d'Athènes et celui de Lepante, dit aussi de Corinthe, sa vaste et forte citadelle s'élève majestueusement ; elle offre trois rangs de fortifications formidables, et avant l'invention de l'artillerie elle passait pour imprenable ; l'acro-corinthe a été et est encore le boulevard du Péloponèse; on n'y monte que par un chemin escarpé et rétréci; une partie de ses murailles intérieures sont de construction cyclopéenne ; on y trouve des sources abondantes et entre autres la fameuse fontaine Pijrene. Sept colonnes, qu'on croit avoir appartenu au temple de Neptune ou de Vénus, sont les plus iuiportans débris qui restent des magnifiques et nombreux monumens de cette ville, qui était l'orgueil de la Grèce, l'entrepôt de son commerce et dont la richesse, le laste et le luxe étaient passés en proverbe. Remarquons avec M. Dodwell qu'on n'a trouvé dans celte ville ou dans son voisinagenul reste de l'ordre d'architecture qui porte son nom, et que la flore de l'isthme n'offre pas même la plante d'acanthe qui en forme le caractère distinctif. Corinthe ne compte plus que 800 habitans.
Dans ses environs immédiats on trouve: Kekhries (Cenchrea), petit village, avec un port sur le golfe d'Athènes, par lequel Corinthe recevait lesmar~ chandises de l'Orient; sur la route qui y conduit, M. Gell a découvert les débris d'un magnifique amphithéâtre taillé dans le roc. Hexamilia, petit village , ainsi nommé parce qu'il est situé à l'endroit où l'isthme a 6 milles de largeur. Tout près on voit la colonie agricole fondée par le docteur Howe, philhellène anglo-américain-, 40 familles de pauvres Grecs y sont logées; on y voit aussi les ruines du temple de Neptune et du sladium où l'on célébrait les jeux Isthmiens. L'importante place de Léchée ou Leuchoeum , dont le port sur le golfe Corinthiaque servait à Corinthe pour faire le commerce avec l'Occident, n'offrait plus du temps de Gell que six maisons, quelques magasins et un bureau de douane-, les restes de l'ancien môîe étaient encore visibles, ainsi que les traces du fameux canal, que Néron essaya d'ouvrir pour couper l'isthme et faire une île du Péloponèse. C'est encore dans le voi-
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sinage de Corinthe que l'on voit les débris de cette muraille qui allait d'une mer à l'autre et qui a été restaurée plus tard deux fois par les Paléologues et autant par les Vénitiens ; ces derniers , en 1463, la fortifièrent avec 136 tours et de doubles tranchées; ce travail immense a été exécuté en 15 jours seulement par30,ooo hommes.
Plus loin et dans un rayon de 20 milles on trouve : Colonna , misérable hameau qui remplace l'ancienne ville de Nemée, près de laquelle il y avait un temple d'une grande beauté dédié à Jupiter Néméen avec un bois de cyprès, où l'on célébrait tous les ans les fameux jeux funèbres en l'honneur de Palémon et d'Archémore; trois colonnes de ce .temple sont encore debout. Vasiuco ou Basilica, misérable village qui remplace la capitale du royaume de Sicyon, le plus ancien de la Grèce et dont les chronologistes placent la fondation 74 ans avant la naissance d'Abraham. La citadelle, qu'Aratus escalada pendant la nuit, a conservé une de ses tours carrées. Dans le vaste emplacement qu'occupait cette ville, regardée comme l'un des grands ateliers de la Grèce pour la sculpture et la peinture , on voit encore le théâtre, resté presque intact et que M. Clarke regarde comme le plus beau pour l'architecture, et pour la vue magnifique dont on y jouit; et les restes du siadium dont les assises sont de construction cyclopéenne. Mécare , naguère une des villes les plus florissantes de la Grèce, dont la population industrieuse était estimée à 12,000 âmes, et jouissait de grandes immunités sous la domination Ottomane, étant seule gardienne des gorges qui mènent en Morée, n'offre plus que des ruines ; elle a été détruite par l'armée grecque. Nous avons déjà décrit dans les environs de Nauplia : Mycënes, Argos, Tyrinthe et autres lieux célèbres qui appartiennent également au rayon de Corinthe et à celui de Nauplia.
Saloina, petite ville de la Grèce Occidentale, siège d'un évêché, située près du Liacoura, l'ancien Parnasse ; elle occupe une partie de l'ancienne ville d'AMphissa, la plus considérable de la Locride Occidentale.
Dans un rayon de 15 milles on trouve : Scala , misérable endroit , avec un port qui sert de débouché à Salona ; on y voit les vestiges d'une ancienne ville. Galaxidi, qui, entièrement détruite en 1821 par les Turks , était devenue depuis le commencement du siècle une des villes les plus commerçantes de la Grèce par l'activité de ses habitans , dont les nombreux vaisseaux étendaient leurs courses en Italie , en Sicile et jusqu'en Espagne. De l'autre côté du golfe de Salona et visà-vis de Scala , on voit les restes des murailles de l'ancienne Cyrrha, qui était le port et l'arsenal de Delphes.
Castri , gros village , qui en 1806 ne comptait que 90 cabanes habitées par des Albanais; il occupe l'emplacement de l'ancienne Delphes , une des plus grandes villes de la Grèce , si renommée dans toute l'antiquité par X oracle d'Apollon ,
le plus célèbre et le plus respecté de l'univers. Les rois, les républiques et les particuliers n'entreprenaient rien d'important , sans consulter la Pythie, qui, assise sur un trépied à l'entrée de la caverne annexée au temple du dieu , répondait aux questions qu'on lui adressait. Ce temple magnifique, construit environ 500 ans avant Jésus-Christ, par les soins des Amphictyons , aux frais communs des différens états de la Grèce, était desservi par un grand nombre de prêtres et d'autres ministres , qui tous vivaient dans l'opulence, des riches offrandes a radiées à la crédulité des peuples et de ceux qui les gouvernaient. Non-seulement les Grecs et les Italiens , mais les Phrygiens , les Lydiens , les Assyriens, les Phéniciens , les Perses et les Hyperboréens venaient lui offrir de riches présens^ Les trésors immenses accumulés dans son enceinte excitèrent souvent l'avidité des peuples et des monarques ; onze fois il fut pillé, entre autres par les Gaulois, les Thraces et les Phocéens; le savant auteur du voyage d'Anacharsis estime à près de 50 millions de francs le butin fait par ces derniers ; en le réduisant même à la moitié de cette somme , avec M.Dodwell, ce butin figurerait encore à côté des plus riches dont l'histoire ait fait mention. Il ne reste plus aucun vestige de ce bâtiment magnifique ; mais on a découvert ceux du gymnase, occupé par le monastère Panagia, et les restes du vaste stadium, où l'on célébrait les jeux Pythiques, qui y attiraient toute la Grèce. Les cimes majestueuses du mont Parnasse, les restes du bassin en marbre qui reçoit les eaux de la célèbre fontaine Castalie, où l'on suppose que la Pythie allait se baigner avant de monter sur le trépied sacré dans le temple d'Apollon ; la pointe du rocher Hyampeia, d'où les Delphiens précipitaient ceux qui étaientles ennemis de leur dieu, et non loin le rocher Naupleïa, qui remplaça le premier après qu'il eut servi à mettre à mort Lsope, sont autant d'objets qui frappent l'imagination du voyageur.
Rachova ou Arakoba, gros village situé sur la pente du Parnasse , renommé parla bonté de ses vins et la longévité de ses habitans; on voit tout près Y antre Corycius nommé Saran d'Anli par les indigènes; il sert depuis longtemps de rendez-vous aux brigands du Parnasse ; moins renommé que celui d' A nti-Paros, il est beaucoup plus grand ; il est assez vaste pour contenir plus de 3000 personnes; il y a une grande salle de 330 pas de long sur 200 de large , toute remplie de stalactites et de stalagmites superbes ; cet antre forme pour ainsi dire le pendant de la caverne fortifiée d'Odysseus , qui ne la surpasse que sous le rapport de la difficulté d'y parvenir. Dadi , gros village industrieux auquel il y a quelques années on accordait 700 maisons. Bodonitza, petite ville, importante par ses fortifications modernes et par le voisinage du fameux défilé des Th e rmopy le s , ainsi nommé des sources sulfureuses qui jaillissent dans ses environs. Nous ferons remarquer que depuis la glorieuse résistance opposée parles 300 héros Spartiates à l'innombrable armée de Xercès , ce passage n'a presque jamais arrêté l'ennemi , ayant toujours été tourné.
Dans le territoire nouvellement cédé par les Turks-, nous nommerons Lidoiuki , très petite ville, chef-lieu de l'eptarchie de la Doride, et siège d'un évèché ; on lui accorde 1200 habitans. On dit que les montagnards qui habitent le district de Zona, composé de 4 villages, ont conservé l'idiome doiïen de leurs ancêtres. Hors du rayon, mais toujours dans le territoire, on trouve : Zeitun (izdin), petite ville épiscopale et fortifiée, non loin du golfe, auquel elle donne le nom; c'est le chef-lieu de l'eptarchie de la Phythiotide. Petradjiic , située presque au milieu de la belle vallée de l'Heliada ; c'est une très petite ville, naguère importante par son commerce et par son siège archiépiscopal.
Livadie, résidence d'un métropolitain , située à quelques milles à l'ouest du lac Copaïs , dont les fréquens débordemens , joints à d'autres circonstances topographiques, la rendent une des villes les plus malsaines de la Grèce. Avant l'insurrection elle était le chef-lieu du sandjak de sou nom; l'industrie, le commerce y étaient llorissans; elle comptait 10,000 habitans, elle n'en a plus que 4300. Comme les autres villes , elle a été ruinée pendant la guerre; mais elle est remarquable parce qu'elle parait occuper la place du bois s ac ré de Trop ho- 11 ius, si renommé par son oracle, qui se rendait avec plus de cérémonie que celui d'aucun autre dieu, et qui subsista même long-temps après que ceux de la Grèce eurent cessé. Il se rendait dans une caverne à double étage , située sur une montagne ; les consullans en revenaient toujours eiïrayés , et il y avait peine de mort pour ceux qui osaient interroger le dieu sans les nombreux préparatifs qui étaient prescrits. Un voyageur moderne croit avoir retrouvé cet antre célèbre ainsi que les deux ruisseaux, le Lé thé, dont les eaux bues par les consultans effaçaient de leur esprit ton tes les pensées profa nés , e t la Mnémosyne, dont l'onde pure leur faisait retenir tout ce qu'ils devaient voir dans l'antre sacré ; la réunion de ces deux ruisseaux formait YHercine, affluent du lac Copaïs.
Dans un rayon de 20 milles on trouve : Talanti ou Talanta, petite ville épiscopale, située sur le canal qui en reçoit le nom; avant l'insurrection elle était assez commerçante et on lui accordait 5000 habitans. Thèbes ( Thiva des Turks) , jadis si puissante au temps de Pélopidas et d'Epaminondas, n'était avant l'insurrection qu'une petite ville épiscopale de 3 à 4000 âmes; quelques anciennes inscriptions étaient les seuls vestiges des i>eaux monumens qui la décoraient à l'époque de sa grande prospérité.
Athènes ( Alhina ) , située à environ 6 milles du golfe de son nom , ville archiépiscopale , une des plus célèbres du monde par son ancienne splendeur lorsqu'elle dirigeait les destinées de la Grèce et que long-temps après elle était le foyer des sciences, des lettres et des beauxarts. La ville actuelle n'occupe plus qu'une partie de l'espace qu'embrassait l'ancienne • quoique infiniment déchue , elle était encore une des plus liorissantes avant l'insurrection ; et soit dans ses édifices, soit dans la manière de vivre de ses habitans, elle se distingue avantageusement des autres villes de ces contrées classiques. Son commerce était assez étendu; on évaluait sa population de 12 à 15,000 âmes. Après l'insurrection, elle n'offrait que des ruines et comptait à peine le tiers de ses habitans ; mais aujourd'hui tout est changé : sur la place même des ruines, on a élevé presque partout des édifices construits avec soin, et concouran!, par leurs dispositions, à l'harmonie d'un plan général. Plusieurs rues ont été ouvertes, nivelées ou élargies, entre autres les rues Hermès, A'Eole et de Minerve. La première divise la ville en deux parties égales, parallèles aux rochers de l'Acropolis. La secondé coupe la première et s'étend jusqu'au temple d'EoIe, point où se trouve une place du même nom. La rue de Minerve, lapins large de toutes, suit une direction à-peuprès semblable. On peut citer encore les rues de Metagitnia, du Palais et d'Adrien. Malgré les fréquentes révolutions politiques qu'elle a subies et ses derniers désastres, Athènes présente encore plus que toute autre ville de la Grèce, un grand nombre à' antiquités qui attestent son ancienne gloire} nous essaierons de tracer le tableau rapide des plus remarquables, en le faisant précéder de quelques généralités relatives à la description de la ville ancienne dont elles formaient Je plus bel ornement. Pop. 28,000 hab.
Athènes, dans son état le plus florissant, avait 22 milles de circuit , 13 portes et 3 ports , savoir : ceux de Phalère , de Munychie et le Pirée ; ce dernier était le plus grand ; on le nomme aujourd'hui Porio-Leone. La ville était partagée en plusieurs quartiers, dont les principaux étaient le Céramique , \ePrytanée , le Lycée , le Théâtre, YAcropolis ou citadelle , Y Aréopage et Y Académie. Deux petits ruisseaux , i'ilissus et l'Eridan , affluent du premier, arrosaient ses environs. Les rues n'avaient rien de remarquable
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soit pour la largeur, soit pour la régularité; les maisons étaient en général fort simples , mais les places et même la plupart des rues étaient ornées de portiques , dont plusieurs servaient de promenades aux citoyens, et quelques autres de sièges à plusieurs tribunaux. Là les statues, les inscriptions rappelaient partout d'anciens et de glorieux souvenirs. La population d'Athènes a subi de très grandes variations; il paraît que du temps de Démétrius de Phalère elle comptait 7i,ooo habitans, dont 40,000 étaient serviteurs ou esclaves et 10,000 étrangers.
Voici les édifices les plus remarquables dont il reste encore des parties plus ou moins considérables. Nous commencerons par YAcropolis , qui est encore capable d'opposer une assez longue résistance, surtout depuis que les Grecs, lorsqu'ils en étaient maîtres, ont découvert la célèbre fontaine de Pan, réunie par un nouveau bastion à ses lignes de défense. Dans sa vaste enceinte on admire le Par thé non ou le temple de Minerve , nommé aussi Hecatompedon , parce qu'il avait 100 pieds, grecs de façade; c'est encore un des plus beaux restes de l'arcbitecturc ancienne; il a été beaucoup endommagé par l'armée vénitienne qui prit Athènes en 1687, et souffrit encore d'autres dommages pendant la dernière guerre ; 48 colonnes doriques , hautes de 42 pieds, formaient tout autour une galerie superbe; c'est à ce magnifique édifice qu'appartiennent ces belles métopes , celte frise magnifique et ces étonnans débris de frontons, enlevés par lord Elgin pour les transporter en Angleterre. Le temple de Thésée, ce vieux trophée de Marathon , dont on admire autant la beauté des proportions que l'étonnante solidité. La tour octogone d'Andronicus , nommée communément le temple des Petits, parce que sur ses faces sont sculptées les figures des vents, qui emportent dans des draperies les fruits des diverses saisons-, Stuart a démontré qu'elle était en communication avec la fontaine de Clepsydre aux Propylées, et qu'elle servait à-la-fois d'hydromètre et d'horloge solaire. Le monument choragique de Lysicrate , plus connu sous le nom de lanterne de Diogène , et dont on trouve une copie en terre cuite près de Paris, dans les jardins de St-Cloud; la délicatesse de ses bas-reliefs est cause qu'ils sont fort altérés; néanmoins on y reconnaît encore les pirates Tyrrhéniens changés en dauphins par Bacchus , et l'excellence d'exécution qui distingue éminemment les monumens d'Athènes ; on a peine à concevoir comment cet édifice, dont le diamètre n'est que de 5 pieds et demi, ait pu traverser intact tant de siècles au milieu des boulcversemens qu'a subis Athènes. Le temple de Jupiter Olympien, qui ne fut achevé que sous Adrien , 700 ans après que Pisistrate en eut jeté les fondemens; on voit encore 13 colonnes réunies entre elles par des architraves; elles étaient d'abord au nombre de 120 , de 60 pieds de haut sur 6 et demi de diamètre, et formaient un diptère qui joignait à l'élégance attique l'immensité orientale; plus grand que tous ceux de la Grèce, ce temple n'était inférieur qu-'à celui de Diane à
Ephcse ; c'est dans sa cella qu'était la belle sta-
tue colossale aussi admirable par sa richesse que par la belle proportion de ses parties; elle était d'or et d'ivoire, et dépassait d'un tiers la hauteur de Ja Minerve du Parthénon ; le long circuit de ce vaste édifice était décoré d'un nombre prodigieux de statues, parce que chaque ville, pour signaler son zèle, avait voulu donner la sienne. Le théâtre d'Hérode Atlicus , regardé comme un modèle de ce genre d'architecture ancienne. La porte d'Adrien, encore bien conservée, mais qui depuis long-temps ne sert plus à l'usage pour lequel on l'a construite. Le théâtre de Bacchus, dont on admirait la belle architecture; il servait non-seulement aux jeux publics , mais encore aux assemblées de l'Etat : les philosophes les plus fameux y venaient même quelquefois expliquer leur doctrine à leurs disciples. 11 ne reste pas, dit M. Quinet, une seule pierre du stade , où s'épuisèrent les carrières du mont Panthélique, tous les marbres ayant été réduits en chaux; il passait pour le plus beau de la Grèce ; il ne reste rien non plus des grands murs qui unissaient Athènes à ses trois ports. Pendant la guerre de l'insurrection, le monument de Trasyllus de Décelia a été détruit; le loit de YErechtheum s'est enfoncé, et les ruines du beau temple de la Victoire oui servi de retranchement aux Grecs et aux Turks. On voit encore des colonnes qui formaient le portique dédié à \uguste, et une infinité d'autres débris sur lesquels le temps et l'examen fourniront sans doute des lumières. Les déblaiemens que lord Aberdeen a fait faire il y a 20 ans, lors de son voyage en Grèce, ont mis à découvert le Pnyx , ou le lieu des assemblées populaires; le voyageur Bartholdy y a reconnu la tribune des orateurs et les bancs des magistrats, taillés dans le roc. L'espace nous manque pour indiquer tous les restes d'antiquités qu'offre la capitale de l'Attique ; nous ferons seulement remarquer que l'observateur attentif en découvre pour ainsi dire à chaque pas, dans les maisons, les églises, les fontaines et autres édifices publics et particuliers. 11 peut encore reconnaître l'emplacement de plusieurs monumens célèbres, tels que Yodeum, théâtre où se célébraient, à certaines époques, des concours entre les poètes; le prylanée , vaste place environnée de bàtimens destinés à divers usages pour le service et l'utilité du public, et où l'on gardait les fameuses lois de Solon; Yaréopage , palais d'un seul étage, où siégeait le tribunal célèbre dont il recevait la dénomination; le pœcile , portique renommé par la riche collection des tableaux des plus grands maîtres , Mycon , Parrhasius , Apelles , Polignote , et où Zenon professa le fameux système nommé la philosophie du portique ou stoïcisme, du mot stoà qui signifie portique; Y académie , ainsi nommée d'Académus, l'ancien propriétaire du champ où elle fut élevée ; le chemin qui y conduisait traversait les champs couverts de tombeaux élevés aux héros morts pour la patrie ; elle fut ornée par la suite de statues, de fontaines et d'allées d'arbres pour la commodité des philosophes qui s'y assemblaient, et qui pour cette raison furent appelés académiciens ; c'est dans te lieu délicieux que Platon enseigna sa phiîosf-
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phie; enfin le lycée, autre fameuse école située aussi hors de la ville , et dans laquelle Aristole et ses sectateurs faisaient leurs cours; on y voyait des portiques et des allées d'arbres plantés en quinconce, où les aristotéliciens agitaient les questions en se promenant; c'est de là qu'on donna à ces philosophes le nom de péripaléticiens.
Parmi les lieux remarquables qu'on trouve autour d'Athènes dans un rayon de 20 milles, nous nommerons: Porto-Leone, avec 5000 âmes, autrefois le Pirée, qui, privé de ses anciens bâtimens, n'en est pas moins un assez bon port, pouvant recevoir de grosses frégates. Padischah, village, naguère si connu par ses jardins et ses belles plantations de cyprès ; il n'offre plus que des ruines et ne répond à aucun bourg fameux dans l'antiquité. Lepsina , village ruiné qui occupe une partie de l'emplacement d'ELEusis, si renommée dans toute l'antiquité par les Eleusinies , ou fêles qu'on y célébrait en l'honneur de Cérès et de Proserpine; elles remontaient à la plus haute antiquité , et ont été pendant dix-huit siècles les plus célèbres et les plus fréquentées de tout le paganisme ; les mystères et les cérémonies bizarres dont elles étaient accompagnées les ont fait appeler les mystères éleusiens. On voit encore quelques débris du vaste temple de Cérès, dont l'entrée était interdite aux profanes. Gipiito Castro, dénomination qu'on donne à l'emplacement de l'ancienne EleustuepuE , dont on voyait encore.il y a quelques années, l'enceinte construite dans le genre de celles de Mantinée et de Messène. Marathon, misérable village qui remplace la ville de ce nom, si renommée dans la mythologie et dans l'histoire de la Grèce. C'est dans ce même rayon qu'on trouve le mont Panthéliqce, dont les carrières ont fourni des mar- Dres pour l'ornement de tant de beaux édifices élevés dans l'antiquité, et le mont Hymète, sur lequel on recueille encore le meilleur miel qu'on connaisse. Nous avons déjà mentionné Mégare , dans les environs de Corinthe , et nous parlerons de Colouri et (I'Egine dans la description des îles. Hors du rayon est situé le cap Colonne, ainsi nommé des colonnes, restes du magnifique temple de Minerve Sunia.de qui en couronnait le sommet.
Negrepont. {Chalcis ; Egriboz des Turks), assez grande ville, naguère encore chef-lieu du sandjakde son nom, qui embrassait non -seulement toute l'île de Negrepont (#w6rea des anciens) où elle est située, mais TAttique, la Boetie, la Phocide et les iles de Colouri etd'Egine. C'est encore comme aux beaux temps de la Grèce, un des boulevards de cette contrée; un pont construit sur le célèbre Euripe l'unit au continent. Negrenont a un port où stationnait la flottille du capitan-pacha, et un assez vaste palais où cet amiral résidait pendant sa course annuelle dans
l'Archipel ; elle est le siège d'un archevêché. C'est une ville très forte, bien qu'elle ne compte plus que 5100 habilans.
Dans la même ile, mais à 36 milles au sud de Negrepont, on trouve : Caristo, très petite ville, importante par ses fortifications et remarquable par le voisinage delà montagne de S t-Elie , une des plus hautes de la Grèce , et dans laquelle on voit les carrières de très beau marbre et û'asbesle exploitées par les anciens et abandonnées par les modernes. Nous ne quitterons pas cette ile , une des plus fertiles et la plus grande de l'Archipel, sans dire un mot sur l'irrégularité du flux et reflux qu'on observe dans Y Euripe , irrégularité qui lui a valu sa grande célébrité. On ne connaît pas encore bien la cause de ce phénomène-, on sait seulement que du 1er au 7e jour, du 14e au 20e, et pendant les trois derniers jours de la lune, ce flux et reflux est régulier; tandis que pendant les autres jours, c'est-à-dire du 7e au 14e et du 20e au 25e les marées sont tellement irrégulières que leur nombre s'élève jusqu'à onze, douze, treize et même quatorze dans l'espace de 24 heures. Nous ajouterons que le courant est tellement fort que l'on y a établi des moulins flottans dont les roues tournent des deux côtés selon le mouvement de la marée.
Dans les Sporades Septentrionales, nous nommerons: St-George de Skyra, petite ville, dans l'île de ce nom (Scyra des anciens Grecs , Ichkiros des Turks), remarquable comme lieu où Achille fut élevé et épousa Deidamie , fille de Lycomède, et en ce qu'elle fut la demeure des Dolopes, ces impitoyables corsaires, qui en furent chassés par Cimon l'Athénien. Skopelo, encore plus petite , dans l'île de ce nom. Nous forons remarquer que presque toutes les îles de ce groupe , que les géographes représentent comme désertes, sont en général assez peuplées, et ont toujours été un repaire de forbans.
Psara (Psyra; Ipsara des Turks), ville ruinée en 1824 par les Turks et encore presque déserte , chef-lieu de l'îlot de ce nom, autrefois habité par de pauvres pêcheurs et des pirates ; ce rocher stérile s'était enrichi depuis 30 ans par le commerce ; immédiatement avant la catastrophe de 1824 on estimait sa population de 15 à 20,000 âmes , dont plus de la moitié étaient des réfugiés de Kidonia , Chio et autres villes de l'Asie et des iles qui en dépendent. Ce sont les bàtimens des Ipsariotes qui ont commencé la course contre les Turks. Le plus grand nombre de ces insulaires était dispersé en 1830 à Nauplia , Egine, Poros et autres villes maritimes de la Grèce. Sur l'autorité de M. le capitaine Jourdain nous ajouterons un fait curieux: c'est qu'un ancien temple de Bacchus étant devenu un monastère consacré à la sainte Vierge, les nonnes de cè pieux asile se trouvent remplacer les bacchantes.
Syra ou Hermopolis {Syros; Chira des Turks), ville de 9000 âmes résidence d'un évêque catholique et chef-lieu de l'Ile de ce nom, située presque au cen-
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tre de l'Archipel et chef-lieu des Cyclades Septentrionales et du tribunal de commerce. En dépit des géographes , qui continuent à la représenter comme une île insignifiante et presque déserte , nous n'hésitons pas à regarder son chef-lieu comme la première place commerçante de la Grèce. A côté de la petite ville" ancienne, il s'est élevé comme par enchantement une ville nouvelle, où vient aboutir tout le commerce de l'Europe, de la Turquie et de l'Egypte. Sou port est toujours rempli d'une foule de bàtimens , et dans les petites rues de son bazar on voit s'entasser les amandes de Chio , les vins de Naxos , les raisins de Patras, les huiles et les soies de la Morée, les cordages de l'Olympe , le tabac de Volo, le riz d'Alexandrie, les laines de la Romélie, etc. Près du rivage sont ces fameux chantiers, où des ingénieurs, sans plumes ni compas, construisent avec les bois de Prévesa ces bricks ailés , si remarquables par la rapidité de leur course.
Immédiatement avant la paix, la population del'île de Syra, qu'avant l'insurrection on n'évaluait qu'à 4 à 5000 âmes, s'était élevée au-dessus de 30,000. Elle dut en partie cette étonnante prospérité à la neutralité observée par ses habitans; on s'y porta en foule de tous les pays désolés par la guerre , et le commerce s'y concentra , surtout celui des grains. Syra devint l'entrepôt des subsistances qu'on apportait du dehors pour nourrir la Grèce, dont le sol dévasté ne produisait pas assez pour fou/nir aux besoins de ses habitans dispersés. Mais nous devons rappeler avec le judicieux et impartial auteur de ['Histoire de la Grèce en 1829, que la plus grande partie de cette prospérité tenait à ce que Syra était aussi devenue l'entrepôt des corsaires, dont lés pirateries ont causé au commerce européen une perte de plus de cent millions de francs, somme dans laquelle la France entre pour vingt millions et l'Angleterre pour trente. Le retour de la paix et l'anéantissement des pirates ont déjà fait sentir leur influence sur Syra, en diminuant considérablement la population et les richesses que des circonstances extraordinaires y avaient accumulées.
îXous nommerons dans la division de Syra les lies suivantes : Thermia (Cythnus), renommée dans l'antiquité par ses eaux thermales, dont les voyageurs modernes ne t'ont aucune mention.
Zéa. {Ceos; Murled-Adassi des Turks); c'est sous les ruines de l'ancienne ville de Julis qui occupent la montagne Marpessa que , selon quelques savans, on aurait trouvé la célèbre chronique de Paros, gravée sur marbre et maintenant conservée à Oxford, où on la connaît sous la dénomination de marbres d' Arundel, du nom de celui qui en fit l'acquisition.
Andro (Andros; Andra des Turks), où l'on trouve Arna, petite ville, siège d'un évêché grec et d'un évêché catholique, avec un port et peut-être 5000 habitans ; on y voit encore des quartiers de ses anciennes murailles et quelques autres débris de ses anciens édifices. C'est la population de cette île qui fournit un grand nombre de serviteurs et de servantes aux Européens établis à Constantinople , à Smyrne et dans d'autres villes du Levant. Tine {Tenos; I s tendit des Turks) , une des plus importantes de tout l'Archipel, parle commerce, î'industrie, l'agriculture et la population ; on porte cette dernière à 29,ooo âmes ; sur ce nombre 9 à l o,ooo personnes forment une espèce de colonie voyageuse, dont les membres se succèdent alternativement dans le séjour qu'ils font à Smyrne et 5 Constantinople , où ils exercent les métiers de maçon , de cordonnier, de menuisier, et se louent comme domestiques et hommes de peine. Tine est le siège d'un archevêché grec et d'un évêché catholique. On montre encore dans cette île la caverne d'E oie elles restes d'un temple de Neptune. Myconi (Myconos; Myknos des Turks), remarquable par sa nombreuse marine marchande; ses matelots ne le cèdent qu'aux Hydriotes et aux Spetziotes. Delos {Delos ; Dilès des Turks, et Sdili), très petite, mais remarquable par sa grande célébrité due au culte qu'on rendait à Diane et à Apollon ; ce dieu y avait un temple qui était un asile inviolable et qui devint le rendez-vous commun de tous les peuples de la Grèce. Quelques débris de cet édifice , et les restes du portique de Philippe -le -Macédonien sont tout ce qui subsiste de la ville , qui paraît avoir occupé un assez petit terrain. Deux bergers formaient toute la population de l'île lorsque M. James Emerson la visita en 1825. Rhénea, qui est la plus grande du groupe nommé Sdili ou Delos par les modernes, n'offre aucun monument et servait de sépulture aux anciens habitans de Delos, avec laquelle bien des géographes la confondent.
Naxïe, petite ville, siège d'un archevêché catholique et d'un évêché grec , chef-lieu de l'Ile de Naxia ou Naxie {Naxos; Nakcha des Turks), la plus grande des Cyclades, et remarquable parce qu'elle a été le noyau du duché de Naxie fondé par Marc Sanudo, noble vénitien, et devenu depuis un des principaux états de cette partie de l'Europe pendant le moyen âge ; on voit encore le château ducal, les restes du môle qu'il fit construire , et sur un écueil, une porte que
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l'on croit avoir appartenu à un temple de Bacchus. Naxie a 2900 hab.
Les autres îles les plus remarquables de cette division sont : Paros , dont le nom n'a pas changé depuis tant de siècles ; mais qui est un désert en comparaison de ce qu'elle était aux beaux temps de la Grèce , lorsqu'on y exploitait les carrières de ses marbres s> recherchés par les statuaires, et qui ont servi à produire tant de chefsd'œuvre que l'antiquité nous a légués; c'est parmi ses ruines que l'on prétend aussi qu'a été découverte la célèbre chronique d'Arundel; ses ports excellens servent depuis longtemps de refuge aux corsaires; le souvenir du célèbre Crevelier, qui avait fait du port de Marmara sa retraite favorite , dure encore chez ses habitans; la flottille du capitan-pacha séjournait tous les ans pendant un mois dans celui de Trion. Parecchia, qui est le lieu le plus remarquable , est bâtie sur les ruines de l'ancienne Paros; aussi y trouve-t-on partout des vestiges de la grandeur de cette ville célèbre. Antiparos (Oliaros) , si renommée par sa belle grotte inconnue aux anciens, mais dont on a tant exagéré la beauté et l'étendue. Siphno ou Siphanto (Siphantus; Sifnos des Turks), renommée par les chapeaux de paille qu'on y fabrique. Serpuo (Seriphus; Serfos des Turks), remarquable par ses mines d'or et d'argent abandonnées, de fer et d'aimant à fleur de terre et par les rochers dont elle est hérissée, circonstance qui donna lieu à la fable mytbologique d'après laquelle la tète de Méduse y avait pétrifié tout jusqu'aux habitans ; sous les empereurs romains c'était un lieu d'exil. Argentière (Cimolis ; Kutchuk Deyirmenlik des Turks), ainsi nommée des mines d'argent qu'on y a exploitées, et de la terre à foulon ^cimolis) qu'elle produit.
Milo (Melos; Bayuk-Deyirmenlik des Turks), importante par ses salines, par ses carrières, par son port un des plus beaux et des plus sûrs de la Méditerranée et par ses belles antiquités parmi lesquelles il faut citer Y amphithéâtre qui n'a jamais été achevé , les murailles cyclopéennes, une statue d Anliphanes d'Argos, encore inédite , le temple et la Fénus de Milo découverts il y a quelques années ; cette dernière est un des plus beaux ornemcns du musée de Paris; on doit aussi mentionner les vases peints et les bijoux précieux trouvés depuis peu d'années dans ses tombeaux , ainsi que ses nombreuses catacombes comparables à celles d'Antiphellus dans l'Asie-Mineure. Milo a des bains chauds autrefois fréquentés par tous les habitans des Cycladcs, et offre dans son Kalamo un volcan qui n est pas encore tout à lait éteint. La population de la ville sélève à 2000 âmes-, quant à celle de l'île entière nous la porterons à 7000 âmes, d'après le savant auteur du Tableau des Iles de la mer Blanche , en ajoutant qu'elle est aussi ia résidence actuelle des pilotes qui ont abandonné Argentière. Policandro (Pholegandros des Turks) n'offre rien de remarquable. Skino [Sicinos ; Sikinos des Turks) , renommée par ses ligues, d'où elle tire sa dénomination. Nio (Ios ;
Enios des Turks), remarquable par son beau port et par l'adresse de ses pilotes ; c'est dans cette île, selon M. Emerson, qu'Homère expirs en se rendant de Samos à Athènes. Santorij (Thera), une des plus florissantes de l'Archipel , siège d'un évêché catholique et d'un évèché grec , et remarquable par les vases de terre peinte,. d'une très haute antiquité , qu'on y a découverts il y a quelques années, ainsi que par son volcan sous-marin, qui depuis vingt siècles, à différentes époques , a produit plusieurs îles. Le tremblement de terre qui a eu lieu en 1836 a fait disparaître une partie de Santorin. Ne a - Came ni (Nouvelle-Brûlée) , a été produite en 1707 après une violente secousse. Sa vaste rade n'a point de fond , ce qui l'empêche d'être un des meilleurs ports de l'Archipel. Sur le monlSt- Etienne on voit les ruines de l'ancienne Thera; ce sont des sarcophages taillés dans le roc, des restes de murailles, les ruines d'un temple et d'autres débris. Anaphia ou Nanphi (Anaphie ; Anafi des Turks) , où l'on voit encore les ruines d'un temple d'Apollon. Stampalia (Astipaléa; Istoupalie des Turks), habitée par d'excellens plongeurs occupés de la pèche des éponges, dont les plus fines sont expédiées dans toutes les parties du monde; cette pèche se fait aussi dans les parages des îles Nicaria , Pathmos , Lero, Colymno , Piscopi et Nicero comprises dans la partie asiatique de l'empire Ottoman. Amorgo (Amorgos ; Amorghos des Turks) ; on y voit un monastère auquel on ne parvient qu'au moyen d'échelles.
Hydr\, ville de médiocre étendue, bâtie en amphithéâtre sur un rocher avec les débris des édifices de Calaurie , et regardée justement comme une des plus belles de l'Orient. Des rues propres et pavées , de beaux quais , plusieurs églises, dont deux avec des portails en marbre, des maisons construites en pierre, parmi lesquelles plusieurs se font remarquer par une assez belle architecture, le bâtiment de la bourse , un café à l'européenne , des écoles de commerce , de navigation et de grec classique , et une population qu'on porte encore à près de 10, 400 âmes , distinguent avantageusement la capitale des Sporades Occidentales et le chef-lieu de l'iîe tfHydra, VAristera des anciens, nommée Tchamlidjah par les Turks. Grâce au commerce immense que les réfugiés albanais établis sur ce rocher stérile, sans eaux et sans productions , firent pendant tout le temps que les Français furent exclus des ports du Levant , Hydra parvint à un degré de prospérité dont l'histoire ancienne et moderne offre peu d'exemples. Sa population s'est élevée jusqu'à près de 40,000 âmes ; et selon M. Pouquevilîe, sa marine marchande
PENINSULE ORIENTALE
dès l'année 1813 compta jusqu'à 375 navires du portde 45,000 tonneaux, montés par 5400 matelots estimés les meilleurs marins de tout le Levant. Boulevard principal de l'insurrection, cette ile a beau coup contribué à l'indépendance de la Grèce , mais son commerce a été presque entièrement ruiné pendant la dernière guerre , et il est très difficile qu'il puisse jamais acquérir son ancienne importance.
Nous avons vu que Syra s'était emparée de la plus grande partie de ce commerce. Un tremblement de terre a fait en 1836 écrouler 40 maisons àH ydra.
Les autres Sporades occidentales les plus remarquables sont: Spetzia (Tiparenus; Soulidja des Turks), autre rocher semblable au précédent, quoique moins stérile. Les réfugiés albanais, prospérant à la faveur de l'entière liberté que leur laissaient les Turks , et des grands privilèges commerciaux dont ils jouissaient, égalèrent en peu de temps la richesse et la prospérité des Hydriotes et des Psariotes ; mais, comme eux aussi, ils virent ruiner leur commerce pendant la guerre de l'insurrection, durant laquelle ils furent un des principaux soutiens de la Grèce. La ville de Spetzia est petite et compte pourtant 7600 âmes. Poros {Sphœria) , petite île , importante parce que la petite ville du même nom , qui en est le cheflieu, a été pendant quelque temps la capitale de la Grèce , et à cause de son'port superbe , à double entrée, dont on veut faire le principal établissement naval de la marine militaire-, en 1830 plusieurs bricks y étaient déjà stationnés, mais l'arsenal n'avait presque pas de provisions ; le roi l'a déclaré port militaire du royaume. Une violente secousse produite par le tremblement de terre de 183G vient de faire entr'ouvrir cette île. Tout près se trouve l'ancien îlot de Calouria, qu'un banc de sable unit à Poros dans la basse marée -, on y voit encore les restes du temple de Neptune , qu'on prétend avoir été consacré avant ceux de Delos et de Delphes ; c'était un asile inviolable, ce qui y accumula d'immenses richesses et le rendit un des plus célèbres de la
République des
position et pays. Cet état comprend le ci-devant Levante Veneto, moins la partie continentale qui , après la chute de la république de Venise , a été incorporée à l'empire Ottoman. Il se compose de sept lies principales situées toutes , à l'exception de Cérigo, dans la mer Ionienne. Ces lies forment trois groupes distincts : le Groupe Septentrional, qu'on pourrait appeler Groupe de Corfou ; il comprend les lies de Corfou , Paxo , et les ilôts Antipaxo et Fano ; le Groupe Moyen, qu'on pourrait appeler Groupe de Cé-
Grèce. Une partie de ses débris a servi à construire les édifices publics d'Hydra.
Egine (JEgina; Eghiné des Turks), petite ile située presque au milieu du golfe d'Athènes , qui en prend le nom, remarquable par ses antiquités et par plusieurs établissemens littéraires et philanthropiques que le gouvernement y a établis lorsque la ville d'Egine était la capitale de la Grèce. Parmi ces derniers il faut surtout mentionner Vorphanolrophe , où 600 enfans sont instruits et nourris aux frais de l'état. C'est dans ce bel établissement que se trouve une bibliothèque publique et le musée national encore peu considérable ; vient ensuite le séminaire ecclésiastique qui contient une douzaine d'élèves. Parmi les antiquités on doit citer surtout les restes des temples de Vénus , et surtout celui de Jupiter Panhellenius ; ce dernier, en admettant l'opinion de Pausanias, qui paraît cependant bien sujette à contestation , ne compterait pas moins de 3065 ans. Les sculptures de ses frontons forment le plus bel ornement du musée royal de Munich , et ont déjà été soumises à l'examen du savant Schilling. Des fragmens cyclopéens à demi enfouis, prouvent qu'il y a eu deux âges dans la construction de ce temple placé sur une hauteur, dans un des sites les plus pittoresques; les archéologues n'ont pas encore décidé quels personnages représentent les fameuses statues découvertes sous ses ruines. Egine a servi, pendant la guerre, d'asile à un grand nombre de réfugiés grecs; et par une coïncidence bien singulière , les nombreux tombeaux taillés dans les hauteurs qui environnent la ville d'Egine , et qui ont jadis accueilli les Athéniens qui fuyaient les armées de Xercès , ont de nos jours abrité d'autres fugitifs , échappés également d'Athènes pour se soustraire aux armes des Turks ; c'est dans ces tombeaux qu'on a découvert un grand nombre de vases en terre peinte et des scarabées gravés. Colourl (Salamine ; Kolouri des Turks), petite île au nord de la précédente, à jamais mémorable dans l'histoire par la grande victoire remportée dans ses parages par la flotte grecque, sous le commandement de Thémistocle, sur les innombrables vaisseaux de Xercès ; en 1830 elle était le quartier d'une grande partie des Palicarçs ou des troupes irrégulières de la Grèce.
îles Ioniennes.
piialonie; il embrasse les lies Sle-Maure, Tlieaki, Céphalonie et Zante, outre plusieurs ilôts ou écueils peu importans ; le Groupe Méridional , qu'on pourrait nommer Groupe de CÉRiGO, ne comprend que Cérigo et Cérigotto et quelques autres îlots très petits. Le groupe Septentrional se trouve vis-à-vis de l'ancienne Epire ; le Moyen, devant le golfe de Patras ; le Méridional, à l'entrée de l'Archipel, entre la Morée et l'Ile de Candie.
gouvernement. Les septîles Ioniennes
EUROPE
forment, sous le titre impropre d'Étals- Unis des Iles Ioniennes, une république aristocratique représentative, sous le protectorat perpétuel du roi d'Angleterre, qui a le droit de mettre garnison dans ses places et de commander ses troupes. Il faut aussi ajouterquele lord hautcommissaire de sa majesté le roi d'Angleterre dirige toutes les affaires les plus importantes avec le président du Sénat, qui représente le pouvoir exécutif de la république. Le sénat est élu tous les cinq ans par des députés envoyés à Corfou par chacune des sept îles , en nombre proportionné à leur population respective. Il
est composé d'un président, qui est le chef de la république , d'un secrétaire d'état nommé par le lord haut-commissaire et de cinq sénateurs, dont quatre pour les îles de Corfou , Céphalonie , Zante et Ste- Maure et un pour celles de Paxo , Ithaoa et Cérigo.
DIVISIONS ADMINISTRATIVES. LeS Sept
lies principales forment autant de petites provinces qui ont leurs administrations locales et leurs tribunaux particuliers. Le tableau ci-dessous offre leurs capitales , les lieux les plus remarquables et les principaux îlots qui en dépendent.
Iles et Provinces. Chefs-Lieux , Villes et Lieux les plus remarquaih.es.
Corfou Corfou ; Corachiana -, Agrafo -, Carussades; Peruhtdes ; Scripero;
tami et Milichia dans le Bas-Lefchimo; l'îlot Fano. Paxo. Porto-Gai (St-Nicolas). L'ilot désert iïJntipaxo.
Ste-Maure Amaxichi; Ste-Maure ; Porto Drapano; Vasilichi.
Ithaca ou Theaki. Vatlii. Les îlols Kalamo, Kastus etMaganisi.
Céphalonie Argostoli; Lixuri; Asso-, Livato ; les ruines de l'ancienne Palle.
Zante. Zante-, Porlo-Chierri ; Schinari. Les îlots Slrivali ou Strophades .
Cérigo Capsali; St-Nicolas. L'ilot Cerigoito.
Po-
topographie. Corfou , capitale de la république , petite ville bâtie sur un promontoire de la côte orientale de l'île de son nom, résidence d'un métropolite grec ; depuis 1830, l'archevêque catholique ou latin y réside de nouveau. Corfou se compose de quatre parties distinctes : la Ville proprement dite, qui est petite mais très forte; la Forlezza Vecchia (vieille forteresse) , où se trouve la citadelle ; le Forte Nuovo (le nouveau fort), et les faubourgs nommés Castradcs Manduchio et St-Rocco défendus par les forts extérieurs de St-Salvatore Grimani et Monte di Abramo. V église de St-Spiridion, celles de Marie Spiliotissa, et de St- Antoine , les casernes dans la Fortezza Vecchia, le palais où réside le lord haut-commissaire , le înarché et V arsenal, mais surtout ses formidables fortifications sont les objets les plus remarquables de Corfou. L'université fondée en 1818 , le collège ou lycée , la bibliothèque publique et celle de la garnison sont ses principaux établissemens littéraires. Nous ne parlerons pas de la société Ionienne pour le perfectionnement de l'agriculture , du commerce et de l'industrie , parce qu'elle a cessé d'exister ; mais nous signalerons encore à l'attention du lecteur le grand arc de la porte dite Reale, remarquable par son architecture et par l'amplitude de sa corde ; la Spia-
nata, vaste plaine plantée d'arbres, entre la ville et la Forlezza Vecchia ; elle sert de promenade et de place d'armes pour les évolutions militaires ; enfin l'îlot Vido, dont les étonnantes fortifications, gouttes taillées dans le roc par les Français, ont coûté des sommes énormes ; elles ont été en partie démolies par les Anglaisa cause de leur trop grande étendue. Corfou a un bon port et fait un commerce aussi riche qu'étendu; sa population peut s'élever à environ 14,000 âmes et à 22,000 avec les faubourgs et la banlieue. Les salines de Castrades ont été desséchées pour délivrer la ville du mauvais air qu'elles produisaient. Elles occupaient l'emplacement de l'ancienne nécropolis de Corcyre comme le prouvent les tombeaux qu'on y a découverts et les antiquités qu'on y découvre tous les jours.
Zante, située sur la côte orientale de l'île de Zante, au fond d'une petite baie , avec environ 24,ooo habitans. Zante esî le chef-lieu de l'île de son nom, la plus grande ville de la république, la mieux bâtie et la plus commerçante. D'assez beaux édifices bordent la Calle Larga ou rue principale qui la traverse. La place du marché (Piazza dell' Erbe) est assez grande et jolie ; la cathédrale catholique et les deux églises grecques de St-Denis et de Phaneromenie, le palais de J'évêque catholique . la douane, le
STATISTIQUE LE L'EUROPE
palais des archives et V arsenal sont ses principaux édifices ; on construit un théâtre et une bourse. Zante possède un lycée et est la résidence d'un évêque catholique et d'un archevêque grec , celui-ci, par tour avec les archevêques grecs de Corfou , Céphalonie et Ste- Maure , devient tous les cinq ans le métropolite de tout l'Archipel. Dans les environs de Zante on doit nommer Chieri à cause de son port et de ses sources de pétrole, et les deux Ilots de Strivali , dont le plus grand a un couvent fortifié habité par des moines ; c'est la prison et le lieu d'exil des ecclésiastiques des lies Ioniennes.
Les autres villes les plus remarquables sont : Amaxichi, petite ville, chef-lieu de l'ile de Ste- Maure (Leucade), avec un port, un archevêché grec et environ 6000 habitans; dans ce nombre sont compris ceux de Sle-Maure , forteresse bâtie sur un banc de sable , vis-à-vis d'Amaxichi ; on doit citer son aqueduc , remarquable par sa longueur et par sa position; les derniers tremblemens de terre l'ont presque entièrement détruit. Du côté opposé de l'ile est le cap Ducato , si célèbre dans l'antiquité sous le nom de Leucate promontorium; sur son sommet s'élevait le temple d' Apollon Leucadien , près duquel était le fameux rocher d'où les amans malheureux se précipitaient dans la mer, follement persuadés que ce saut redoutable les guérirait pour toujours de leur passion. Quoiqu'il y eût au bas du rocher des gens préposés pour aller avec des chaloupes les secourir au moment de leur chute, ce secours n'était pas toujours assez prompt pour les empêcher de périr. A l'exception d'un petit nombre d'hommes vigoureux , ce spécifique fut fatal à tous ceux qui l'éprouvèrent. On
cite parmi les principales victimes de cette superstition, Deucalion, le poète Nicostrate, Artémise, reine de Carie, et surtout la fameuse Sapho. Eclairés enfin par l'expérience , les hommes n'osèrent plus tenter cette cure aventureuse; on se contenta de jeter une somme d'argent de l'endroit d'où auparavant l'on se précipitait. Nous rappellerons que c'est aussi de ce rocher que les Acarnaniens , pendant la fête d'Apollon , précipitaient tous les ans un criminel condamné à mort , dans la pensée que le dieu déchargerait sur ce misérable tous les malheurs dont ils étaient menacés. On nous assure qu'on voit encore quelques vestiges du temple d'Apollon.
Vathi , chef-lieu de l'île d'Ithaca , très petite ville, remarquable surtout par le beau port de Skinos a , qui se trouve dans son voisinage , et par les 200 tombeaux découverts dans ses environs au pied de la montagne et sous le château d'Ulysse , par le capitaine Guitera , qui y fit faire des fouilles en 1811 , 1812 , 1813 et 1814 , lorsqu'il commandait dans cette île; on en retira plusieurs objets d'or, tels que bracelets, bagues, boucles d'oreilles, plusieurs figurines, des médailles d'argent de villes ou de rois grecs, des médailles romaines, etc., etc. Pop. 2000 habitans.
Argostou, petite ville, chef-lieu de l'île de Céphalonie, avec un port, un petit lycée, un archevêque grec et environ sooo habitans-, elle est remarquable surtout par sa nombreuse marine marchande et par son commerce. L'île de Céphalonie est la plus grande de tout l'Archipel; on y voit les ruines de quelques anciennes villes , telles que Crâne et Palle ; ces dernières offrent quelques débris de constructions cyclopéennes. Capsali , petite ville épiscopale , chef-lieu de l'île de Cérigo (Cythera). Dans ses environs on voit plusieurs anciens tombeaux grecs taillés dans le roc, les ruines de l'ancienne ville de Cythera, ainsi que du magnifique temple de Vénus, le plus célèbre de tous ceux que les Grecs élevèrent à cette divinité. Pop. 5000 habitans.
Nous venons de parcourir tous les états de cette partie du monde ; mais leur description est incomplète , parce que le lecteur ne connaît pas encore les élémens qui , joints aux notions exposées dans les chapitres précédens, lui fournissent la véritable mesure de l'étendue, des ressources et des forces des états. La superficie, la population absolue et la population relative , les revenus et la dette publique, les forces de terre et de mer sont lesbases principales de la géographie politique. Nous avons déjà signalé les bornes au-delà desquelles ces notions entrent dans ledomaine exclusifde la statistique. Mais
ces notions que, depuis quelques années, on trouve dans tous les traités de géographie même élémentaires et dans tous les dictionnaires géographiques; ces notions que de nos jours une foule d'auteurs reproduisent sous mille formes différentes , sont presque toutes erronées et ne sont jamais comparables. Leur acquisition suppose trop de connaissances préliminaires et exige un si grand nombre de recherches spéciales , qu'il est très rare de trouver ces deux conditions réunies dans des auteurs étrangers à la statistique ou à la géographie. De là vient cette étonnante disparité d'opinions entre les géographes
EUROPE
et les statisticiens , disparité qui a servi d'arme à quelques sa vans pour déprécier la première de ces deux sciences et même pour accuser d'imperfection la géographie.
On doit s'étonner qu'aucun véritable statisticien , qu'aucun géographe à la hauteur de la science qu'il professe n'ait encore entrepris de défendre ces deux sciences d'aussi injustes attaques en signalant les sources des prétendues erreurs qu'on leur attribue. La population, les revenus, les dettes, les forces de terre et de mer d'un état ne sont jamais stalionnaires : ces élémens de la puissance et de la prospérité des nations subissent continuellement des changemens plus ou moins considérables soit en plus soit en moins; ils doivent donc offrir des résultats différens à diverses époques , quelque rapprochées qu'on veuille les supposer. La superficie ellemême , qui , généralement parlant , n'est sujette à des variations que par les transactions politiques d'état à état, pouvant être calculée de différentes manières , offre par fois des résultats très différens. Occupé depuis vingt-cinq ans de travaux géographiques et statistiques , nous avons eu bien souvent occasion d'analyserloutes les causes qui compliquent les calculs relatifs à l'appréciation de tous ces élémens, et nous en avons fait le sujet de plusieurs chapitres qui doivent être publiés dans le Table au physique, moral et politique des cinq parties du monde, complément de Y Atlas ethnographique du globe. Nous empruntons à cet ouvrage, dont la publication est retardée par des circonstances toutes particulières , plusieurs remarques, qui jetteront quelque jour sur un sujet environné encore de ténèbres épaisses , et qui nous donneront l'occasion de justifier les changemens que nous avons cru devoir apporter à la Balance politique du globe , dont nous avons extrait le tableau statistique de l'Europe et ceux que nous mettrons à la suite de la description des autres parties du monde.
Dans la rédaction de tout tableau de statistique générale, deux conditions sont essentiellement nécessaires : la connaissance de documens exacts et la possession d 'élémens Comparables. La première condition est très difficile à remplir, surtout lorsque les auteurs sont abandonnés à leurs propres moyens; la
seconde, qui offre les mêmes difficultés pour l'acquisition des matériaux, dépend , jusqu'à un certain point, du jugement et du soin de l'auteur. Nous avons déjà signalé les avantages immenses qu'offre le séjour de la capitale de la France à tous ceux qui s'occupent de recherches générales quel que soit leur sujet. Profitant de la position avantageuse où nous étions, nous avons entrepris la tâche difficile de remplir ces deux conditions dans la rédaction de la Balance politique du globe. Laissant de côté les estimations données par les géographies même les plus estimées, c'est toujours dans les ouvrages spéciaux que nous avons puisé les documens que nous devions admettre dans le tableau, en remplissant les lacunes par les documens que nos relations avec un grand nombre de savans et d'hommes d'état , nous mettaient à même de nous procurer. Devant agir sur des élémens parfois très hétérogènes et susceptibles de très grandes variations dans un court intervalle de temps , nous les avons tous réduits , pour ainsi dire, à la même dénominatioti , en choisissant pour chaque état des élémens correspondans et en les portant tous à la même année. Sans cette précaution, toute comparaison devenait impossible, et toute conséquence, qu'on aurait voulu tirer des faits admis dans la Balance , aurait été illusoire pour ne pas dire erronée.
Resserré par l'espace , nous ne donnerons ici que quelques observations sur chacun des six élémens admis dans les tableaux statistiques des cinq parties du monde.
Dans ce chapitre nous mettons ensemble tout ce qui concerne les états qui, comme nous l'avons vu à la page 34 , embrassent des pays compris dans le domaine de la statistique ; nous réserverons pour le chapitre qui doit précéder le tableau statistique de l'Asie, toutes les autres remarques relatives aux contrées regardées encore comme étrangères au domaine de cette science.
superficie. On s'accorde assez généralement à regarder la superficie d'un état comme le point de départ d'où le géographe et le statisticien doivent commencer leurs calculs relatifs à la mesure de ses forces , de ses ressources et de son importance. En effet, les états d'une grande étendue ont la ressource d'un accroissement de population presque toujours
STATISTIQUE DE L'EUROPE
plus rapide que celui des états moins étendus où la population est déjà condensée. En outre la terre produit nonseulement en raison du travail des hommes, du degré de développement des sciences et des arts, mais aussi en raison de sa superficie, circonstance qui ne peut être négligée sans que l'on s'expose à tomber dans de graves erreurs.
; Mais cette importante donnée, qui parait si facile à obtenir aux faiseurs de géographies élémentaires et de tableaux statistiques, estime de ceiles qui exigent le plus de précautions pour ne pas se tromper , lorsqu'on n'a pas le moyen , ou que l'on ne veut pas se donner la peine de calculer soi-même. Le tableau des estimations extraordinairement différentes produites par divers auteurs sur la surface d'un même pays , que nous avons donné à la page 33, prouve les singulières méprises auxquelles on s'expose lorsque, sur l'autorité d'un nom parfois imposant, on adopte sans examen préalable ces sortes de calculs. Nous n'entreprendrons pas maintenant l'analyse des sources nombreuses de tant d'erreurs ou d'évaluations si prodigieusement différentes sur la superficie d'une même région ; elles forment le sujet d'un chapitre de l'ouvrage inédit déjà mentionné; mais il en est quelques-unes que nous ne pouvons nous résoudre à passer sous silence à cause de leur trop grande importance.
La première est Yignorance du rapport exact, ou du moins le plus approximatif, que les -principales mesures topographiques ont entre elles.
C'est la source des erreurs les plus graves et des méprises les plus singulières que l'on rencontre dans presque tous les ouvrages élémentaires , lesalmanachs et les tableaux statistiques rédigés par des savans du reste fort estimables, mais étrangers aux études compliquées et difficiles qu'exige la géographie dans son état actuel. Notre aversion pour tout ce qui est critique nous défend d'en nommer les auteurs; mais la justification de nos calculs et l'intérêt de la science exigent que nous signalions à l'attention du lecteur quelques-unes de ces erreurs les plus notables. Dans un ouvrage publié à Paris en 1826, où l'on prétend offrir la statistique comparée des principaux états du monde et dont les surfaces sont exprimées en milles carrés allemands de 15 au degré, nous
en trouvons trois, dont la superficie est exprimée en milles carrés anglais ! Le lecteur qui ignore ce changement de mesure les croyant égales entre elles, se forme en conséquence l'idée la plus erronée de leur étendue, parce que la superficie des Etats-Unis y est estimée à 450,000 milles carrés allemands, celles de la Perse à 240,000 et de la Chine à 1,297,999. Pour ne parler que de cette dernière région nous ferons observer que le nombre de 1,297,999 exprimant des milles anglais de 69 au degré , cette somme traduite en miiles allemands se réduit à 61,137 milles, c'est-à-dire à un vingt-et-unième de la superficie que l'on, voulait exprimer par la première somme ! Dans le tableau de l'empire Russe corn- ( paré aux principaux états du monde, nous avons déjà signalé la singulière méprise de l'auteur d'un Atlas statistique , historique et géographique de ï empire Russe , qui, confondant les milles carrés suédois avec les milles carrés allemands, donnait au royaume actuel de Pologne une surface égale à celle du grand-duché de Finlande, quoique Yarea dece dernier soit de 102,500 milles carrés , landis que celle du premier ne s'élève qu'à 36,330 de ces milles.
Quelquefois de savans géographes, auxquels on ne saurait refuser la connaissance des rapports qu'ont entre elles les principales mesures topographiques, connaissance qui est une des bases principales de la géographie et de la statistique , commettent, sans doute par mégarde, ces mêmes erreurs. C'est ainsi que dans son Statistischer Umriss , le savant Hassel a donné en milles allemands de 15 au degré les mêmes chiffres que le baron de Humboîdt a donnés dans la Relation historique de son mémorable voyage aux Régions Équinoxiales en lieues de 20 au degré pour exprimer les surfaces du Chili, du Guatimala et du Pérou. Ces erreurs sont passées depuis dans presque toutes les géographies allemandes , françaises, anglaises et italiennes les plus estimées et les plus répandues. Nous aimons à croire que c'est à une confusion de mesures qu'on doit attribuer les maxima tl les minima de la surface assignée à l'Irlande par les savans rédacteurs des Statistical Illustrations publiées à Londres en 1827. Selon les rédacteurs de cet important ouvrage, cette île n'aurait d'après
EUROPE
les calculs de M. Beaufort, que 18,633 milles carrés anglais , correspondant à 11,925,120 statute acres anglais, tandis que selon d'autres estimations sa superficie serait de 30,370 milles carrés anglaisou de 19,436,800 statute acres anglais! Une différence aussi considérable nous ayant engagé à calculer nous-même la surface de l'Irlande sur la dernière carte publiée par M. Brué, nous l'avons trouvée de 24,260 milles carrés de 60 au degré. Ayant prié nos savans amis MM. Nicollet et Brué de la mesurer, chacun séparément, les résultats de leurs calculs respectifs ont été presque identiques entre eux et le nôtre. Nous ajouterons que ce dernier n'offre qu'une très petite différence avec l'estimation donnée en 1827 par M. William Couling dans un document présenté au parlement anglais. Cet estimable ingénieur civil ne Ta obtenue qu'à la suite des longues et difficiles recherches qu'il a faitesdepuis 1796 jusqu'à 1816, et depuis 1824 jusqu'à 1827, en • parcourant plus de 50,00 0 milles dans le Royaume-Uni pour déterminer la valeur de la plus grande partie du sol dans 106 comtés et une fraction assez considérable dans i l autres. L'accord de ces quatre mesures différentes nous paraît ne plus laisser de doute sur la surface de l'Irlande, malgré l'étonnante disparité d'opinions que les statisticiens et les géographes étrangers et nationaux continuent à émettre sur l'étendue de celte île.
La seconde source des différences vraiment énormes qu'offre l'évaluation de la surface des états provient de la manière différente d'envisager leurs frontières. « Lorsqu'on parle, dit M. de Humboldl, de Varea du Pérou, ou de l'ancienne capitania générale de Caracas, on peut mettre en doute si ces noms désignent seulement les pays dans lesquels les Espagnols-Américains ont fait des établissemens, et qui par conséquent dépendent de leur hiérarchie politique et religieuse, ou si l'on doit joindre aux pays gouvernés par les blancs (par des corrégidors, des chefs de postes militaires et des missionnaires) , les forêts et les savannes en partie désertes et en partie habitées par des peuplades indigènes et libres. Souvent dans les cartes dessinées à Lima, on n'étend pas le territoire des intendances péruviennes les plus orientales (Tarma et Couzco) jusqu'aux fron-
tières du Grand-Parà et de Mattogrosso : on nomme Pérou les seules parties soumises au régime des blancs {tierras cotiquistadas), et l'on désigne le reste par les dénominations vagues de pays inconnus , pays d'Indiens , pays de sauvages (paises desconocidos, comarca desierta, tierras de Indios bravos y infieles). Le Pérou entier en l'étendant jusqu'aux limites portugaises, a 41, 420 lieues marines carrées, tandis qu'en défalquant les pays sauvages et inconnus, entre les frontières du Brésil et les rives orientales du Beni et de l'Ucayale, on ne trouve plus que 26,220 lieues carrées. Dans l'ancienne vice-royauté de Buénos-Ayres , appelée depuis les Etats-Unis du Rio de la Plata , les différences sont plus grandes encore. De même on peut donner au Brésil 257,000 ou 118,000 lieues carrées, selon qu'on calcule toute la surface du pays depuis les côtes jusqu'aux rives du Marmore et du Javary, ou qu'on s'arrête au cours des fleuves Parana et Araguay, en excluant de Varea du Brésil la majeure partie des provinces de Mattogrosso et de Para, contrées dépeuplées qui ont plus du tiers de l'étendue de l'Europe.
Il résulte de ces considérations qu'il ne faudrait pas être surpris que des géographes qui calculeraient les surfaces avec une égale précision , et d'après des cartes suffisamment bonnes , trouvassent des résultats qui différeraient entre eux d'un quart , d'un tiers et quelquefois même de plus de la moitié. Convaincu delà nécessité d'adopter dans une géographie générale une méthode unique d'évaluer les territoires des différens états, afin d'avoir des élémens comparables entre eux, dès l'année 1808 nous avons essayé de déterminer de cette manière les surfaces de tous les principaux états dans notre Géographie par bassins. Lorsqu'en 1816 nous rédigions le Compendio , profitant des importans travaux dont la géographie s'était enrichie dans l'intervalle , nous avons repris nos calculs sur de meilleures cartes, et nous avons eu le plaisir de voir que nos évaluations , alors si différentes de celles de la plupart des géographes, ont été confirmées par les calculs faits depuis par M. de Humboldt pour déterminer la superficie des nouveaux états de l'Amérique. Nous nous bornerons à citer notre évaluation de la ci-devant Amérique -Portugaise, que ce savant a
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trouvée presque identique à celle qu'il avait obtenue de son travail avec M. Mathieu, quoique étant d'un quart plus forte que la superficie assignée par tous les géographes à cette vaste région. Nous avons même vu ce voyageur célèbre adopter cette méthode, qui est la seule admissible dans l'état actuel de la science. Si les Anglais, disions-nous en 1822 dans YEssai statistique sur le royaume de Portugal comparé aux autres étals de l'Europe , considèrent comme une dépendance de leur empire toute la partie du Continent Américain qui s'étend au nord du Canada et des Etats-Unis jusqu'à l'Océan-Glacial , quoique plus de 14 quinzièmes de cet espace immense soient déserts ou habités par des populations indépendantes, pourquoi ne faudrait-il pas en faire autant à l'égard des possessions portugaises d'Afrique, dans l'intérieur de laquelle cette nation à plusieurs établissemens plus ou moins considérables et où plusieurs nations à moitié civilisées ou barbares sont réellement tributaires ou se reconnaissent vassales des Portugais, quoique un bien plus grand nombre en soient absolument indépendantes? Il faut en dire autant de l'Afrique Anglaise, des Amériques Anglaise , Danoise , Russe , Française et Néerlandaise. Les vastes territoires anglo-américains d'Arkansas et du Nord-Ouest , qui ont été long-temps pour ainsi dire sans frontières , et l'immense territoire du Missouri dont on a détaché celui de la Colombie et de l'Oregan, ne sont encore habités que par des hordes barbares tout-à-fait indépendantes. Quelle comparaison peuvent faire le géographe et le statisticien si, en comprenant ces immenses espaces soumis de nom aux Etats-Unis et aux Anglais , ils en défalquaient d'autres semblables dans leurs évaluations relatives aux surfaces des nouvelles républiques de l'Amérique et de l'empire du Brésil?
C'est encore à la différente manière de fixer les confins d'un état que l'on doit attribuer la grande disparité qu'on remarquera entre quelques-unes de nos surfaces et les surfaces correspondantes déterminées par Hassel et les nombreux géographes qui ont adopté ses calculs. Appliquant le principe adopté pour les états de l'Amérique aux états des autres parties du monde, nous avons réuni par exemple au territoire du kha-
nat de Khiwa , les vastes steppes parcourues par les hordes nomades qui en sont vassales. Voilà pourquoi nous avons porté la superficie de cet état à 110,000 milles carrés, lorsque M. Hassel ne lui donne que 300 milles carrés allemands ou 4800 milles carrés géographiques de 60 au degré. II faut en dire autant de l'évaluation du triumvirat du Sind par M. Hamilton ; ce géographe n'estime sa superficie qu'à 17,856 milles géographiques, parce qu'il en exclut le désert de Koutch , tandis que Hassel, qui en comprend la moitié, le porte à 39,712 milles carrés. Nous lui en avons assigné 40,000.
La manière différente de considérer les pays qui ont des liaisons politiques plus ou moins étroites avec les souverains de certains états, est une autre source féconde d'évaluations très différentes , non-seulement sous le rapport de l'étendue de ces derniers, mais aussi sous celui de leur population, de leurs revenus et de leurs forces. C'est ainsi que plusieurs géographes et quelques statisticiens ne tenant aucun compte des changemens arrivés dans les rapports des Etats Barbaresques avec l'empire Ottoman , continuant à les regarder comme une de ses dépendances , augmentent considérablement la superficie de cet empire. Tout en signalant les faibles rapports que les chefs de ces états conservent encore avec le grand-seigneur , nous avons regardé les pays qui leur sontsoumis comme des états entièrement indépendans. Nos calculs relatifs à l'empire Ottoman doivent donc offrir des différences énormes comparés aux calculs correspondans faits par des auteurs qui regardent ces mêmes états comme des parties de l'empire Ottoman. Nous avons eu le plaisir de voir M. Grâberg de Hemso partager notre manière de voir. En rendant compte dans VAntologia di Firenze de l'essai statistique que nous avons publié il y a plusieurs années sur VEmpire Russe comparé aux principaux étais du monde, ce savant rappela au lecteur que les Etats Barbaresques ne dépendent plus du grandseigneur; qu'ils ne le regardent que comme chef de la religion , mais que du reste ils ne lui fournissent ni vaisseaux de guerre, ni soldats, ni tribut. L'opinion de M. Grâberg est ici d'un grand poids, parce que cet auteur réunit à la vaste érudition qui l'a mis au premier rang
EUROPE
parmi les géographes et les statisticiens , toutes les connaissances qui dérivent d'un long séjour dans ces mêmes pays qui ont été pendant long-temps le sujet de ses méditations.
C'est par un motif tout opposé que la plupart des géographes, en suivant les traces de Hassel , diminuent extraordinairement la superficie de l'empire d'Achantie , parce qu'ils ne tiennent aucun compte des nombreux pays qui en sont réellement vassaux ou tributaires. Ainsi ils réduisent à un tiers la superficie actuelle du royaume de Siam, parce qu'ils en détachent toute la partie du Laos qui en dépend , et parce qu'ils regardent comme tout-à-fait indépendans les petits royaumes malais de la péninsule de Malacca, que d'après les notices les plus récentes on doit regarder comme vassaux et même tributaires du roi de Siam. Nous-mème avons commis cette erreur dans la Balance politique du Globe, en suivant les traces du savant statisticien allemand, et en accordant trop facilement une foi implicite à un journal, qui a donné, il y a quelques années, d'assez bonnes notices, quoique mêlées de quelques graves erreurs sur les états de PIndo-Chine. Aussi nous sommes-nous empressé dans cet Abrégé de corriger notre évaluation relative à cet état.
Nous ajouterons que M . Brué a bien voul u calculer pour nous Varea de la partie européenne de l'empire Ottoman dans ses limites actuelles, ainsi que celle du nouvel Etat de la Grèce et des principautés de Servie, de Valachie et de Moldavie. La somme de ces superficies étant presque identique à celle que dans les mêmes limites nous avions trouvé en 18 17, quoique différant considérablement en moins de la surface assignée à ces mêmes pays par les plus célèbres géographes, nous n'avons pas hésité à les adopter et à modifier d'après les calculs de notre savant ami les sommes que nous avions précédemment admises dans la Balance.
population absolue. Nous avons déjà exposé, pages 33, 34 et 35, les principes qui doivent guider le géographe et le statisticien dans la recherche du nombre des habitans d'un pays quelconque. Ici, nous nous bornerons à présenter quelques faits relatifs à la population de diverses contrées. Les unes sont de graves erreurs à éviter que nous signalons à l'attention
spéciale du lecteur; les autres sont des modifications que nous avons cru devoir apporter à la Balance, d'après des documents officiels qui nous sont parvenu?
après sa publication.
Nous commencerons par faire observer que les recensemens même officiels peuvent souvent induire en erreur, lorsque faute de renseignemens explicatifs , on les rapporte à une époque différente de celle dans laquelle ils ont eu lieu. C'est ainsi que nous voyons des auteurs estimables mais peu au fait des mouvemens de la population dans les différens états, n'accorder en 1830 à la Confédération Germanique que 30 millions d'habitans lorsque, dès le commencement de l'année 1827, cette vaste partie de l'Europe devait en contenir environ 34,500,000. Cependant le premier nombre est assez exact pour l'époque à laquelle il se réfère , c'est-àdire à Tannée 1815 : c'est la population déclarée ; elle a servi de base à la diète pour déterminer le contingent de l'armée fédérale que chaque état doit fournir à proportion du nombre de ses habitans. Ce n'est pas sans surprise que possédant des tableaux détaillés sur le mouvement de la population des états du roi de Sardaigne, nous avons vu des Almanachs publiés dans ce royaume ne porter, en 1829, la population de sa partie continentale qu'à 3,675,325 âmes, nombre identique à celui des habitans trouvés dans le recensement fait en 1822. D'après' celui qui eut lieu à la fin 1827 la population de ces mêmes provinces s'élevait déjà à 3,901,933 âmes. Les recherches que nous avons faites sur la population du ci-devant royaume des Pays-Bas pour en rédiger, avec M. de La Roquette, le Tableau historique, géographique et statistique , publié au commencement de cette même année , nous ont fait découvrir la même inexactitude dans le Staats Almanak. Les documens officiels relatifs à la population de chaque province , recueillis dans cet Annuaire , non-seulement ne se rapportent pas à l'année qui précède immédiatement celle de sa publication, mais dans TAlmanach de la même année ils se réfèrent à plusieurs années différentes. Même dans des documens officiels publiés par les ministres de la justice et de l'instruction publique des Pays-Bas, il s'est glissé quelques erreurs typographiques , ainsi que de graves erreurs de calculs relatives à la population,
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que nous avons relevées dans ce tableau.
Les statisliciens de l'Allemagne justement estimés par leur vaste érudition sur tout ce qui concerne cette science, offrent plusieurs exemples de méprises les plus singulières en fait de population. Dès l'année 1819 nous avons réfuté les calculs erronés du baron de Liechtenstern, qui , appuyé sur d'anciens rccensemens , ne donnait que 28, 1 78,836 habitans à l'empire d'Autriche, nombre qu'à la même époque nous portions pour le moins à 29,000,000. Le recensement général fait vers la fin du mois d'octobre de l'année 1825 ayant donné pour résultat définitif 31,625,000 habitans, y compris l'armée, a démontré sans réplique la justesse de nos raisonnemens et l'exactitude des documens sur lesquels nous les avions assis. Nous n'avons pas été peu surpris de voir un dictionnaire géographique publié à Paiis en 1824 et d'autres ouvrages livrés à l'impression encore plus tard, ne donner à cet empire que 26,654,560 habitans.
Ce sujet aussi important que compliqué nous mènerait trop loin si nous voulions signaler toutes les singulières méprises que nous avons rencontrées dans les ouvrages de géographie, de politique et de statistique , même dans ceux qui sont le plus justement et le plus généralement estimés. N'a-t-on pas vu, il y a quelques années, plusieurs recueils périodiques établir des comparaisons entre la France et le Royaume-Uni (l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande, avec leurs dépendances administratives) , en portant la population de la première à 32,000,000, tandis que l'on n'accordait au second que 21,400,000 habitans, c'est-à-dire en prenant pour base de leurs comparaisons la population delà France telle qu'elle était au 1er janvier 1827 et celle qu'avait le Royaume- Uni en 1821. Pour avoir desélémens comparables il aurait fallu porter les deux populations à la même année ; c'est ce que nous avons fait dans la Balance politique du globe et dans la Monarchie Française comparée aux principaux états du monde , ouvrages où nous i avons accordé 32,000,000 à la France, et 23,400,000 au Royaume-Uni. Cette dernière évaluation est le résultat de nos recherches sur le mouvement de la population dans l'Archipel Britannique ; ce nombre doit être regardé plutôt au-dessous qu'au-dessus de la population réelle exis-
tant au 31 décembre 1826. Nous devons cependant rappeler qu'un statisticien distingué , M. Pages, a évité cette erreur dans un article inséré dans le Journal des travaux de l'Académie de l'industrie , fonde par M. César Moreau; les comparaisons y sont basées sur des populations comparables , parce qu'elles se réfèrent aux mêmes années.
Dans un mémoire relatif à l'organisation de l'armée française, publié dans le Bulletin des sciences militaires, on n'accordait en 1828 que 11,399,629 habitansàla monarchie Prussienne, 30, 006, 700 à i'empire d'Autriche, tandis qu'on en donnait 32,026,544 à la monarchie Française. C'est tout juste fonder ses comparaisons sur les populations de ces trois puissances, non pas telles qu'elles étaient en 1828, comme l'auteur a paru vouloir le faire, mais telles qu'elles étaient la première en 1821, la seconde en 1822 et la troisième en 1826. Mais, comme leurs populations réelles pouvaient être représentées à la fin de 1826 par les nombres
12,464,000, 32,000,000 et 32,000,000 , il
arrive que tous les rapports de l'armée à la population respective étant faits sur des bases erronées et non comparables, diminuent de beaucoup la force des raisonnemens, d'ailleurs très bien déduits par l'auteur de cet intéressant mémoire.
Mais nous devons rectifier la population que, dans la Balance, nous avons donnée au royaume de Bavière et à l'Amérique-Espagnole. Nous avons accordé à cette dernière 1,240,000 habitans pour la fin de 1826, induit en erreur comme nous l'avons été par un prétendu recensement officiel publié dans le Colombus, et reproduit par les Ephémérides géographiques de Weimar. D'après ce document, la seule île de Cuba, dès le 8 avril 1826, aurait eu 936,330 habitans , dont 518,998 blancs , 70,220 mulâtres libres et 347,312 nègres esclaves. Comme la population de cette magnifique colonie ne s'élevait qu'à 730,562 habitans en 1827 d'après le recensement fait dans la même année et consigné dans la statistique publiée à la Havane en 1829 , nous n'hésitons pas à réduire à un million la population totale de la partie du Nouveau- Monde soumise encore à la domination Espagnole. Ce que nous venons de dire prouve la justesse des raisonnemens faits par M. de Hnmboldt sur la population de
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cette île en 1826. La connaissance du recensement fait dans le royaume de Bavière en 1825 nous a engagé à modifier la population approximative que nous lui avions assignée pour la fin de 1826, dans ia Balance, en basant nos calculs sur le recensement par familles fait en 1821 et sur le mouvement de la population que nous connaissions dans trois cercles de ce royaume. Le recensement par individus fait en 1825, est venu changer en réalité nos conjectures. 11 démontra que cet état comptait à cette époque 4,037,017 habitans, somme plus forte que celle que nous lui avions accordée pour la fin de 1826, dans la crainte où nous étions de porter trop haut la population d'un royaume auquel, tous les plus savans statisticiens de l'Allemagne ne donnaient que 3,560,000, 3,743,000 et tout au plus 3,800,000; cette dernière estimation a été faite par M. Hassel dans son Almanach de 1828. Dans cet Abrégé nous avons donc cru devoir porter la population de cet état , pour cette époque , à 4,070,000 âmes.
Qu'il nous soit permis de faire quelques remarques sur la population que nous avons assignée au nouvel état de la Grèce. Nous commencerons par dire qu'on ne sait rien de positif, à cause des circonstances particulières où s'est trouvée celte partie de l'Europe. Mais devonsnous suivre l'opinion de M. Schinas , membre de l'expédition française en Morée, qui croit pouvoir la porter à près de 900,000; celle 'de M. Waddington , qui en 1825 donnait 850,000 habitans aux pays qui forment le nouvel état de la Grèce ; ou bien réduire ce nombre à 750,000 habitans avec M. Trant, à 635,000 avec M. Anderson , ou même à 600,000 avec M. Quinet ? Quelque grandes que soient ces divergences d'opinion , elles le sont bien peu lorsqu'on les compare à celles que l'on a émises sur la population de la Morée. Selon M. Anderson cette péninsule n'aurait eu en 1829 que 280, ooo habitans; M. Clarkeeni802 et M. Quinet en 1830, estiment sa population à 300,000, tandis que quelques années auparavant elle aurait été de 400, ooo selon M. Galt , de 450,000 selon M. Waddington et de 459,000 selon M. Pouqueville. Mais un observateur judicieux, M. le marquis de Dalmatie,qui l'a visitée depuis ces derniers etcn a tracé un tableau aussi impartial que
remarquable dans la Revue des Deux- Mondes , ne l'évalue qu'à 200,000 âmes, en ajoutantque les uns l'abaissent jusqu'à 80,6oo, tandis que les Grecs veulent y retrouver l'ancienne population de 400,000 âmes. Le Courrier de la Grèce a , heureusement pour les géographes , résolu ce problème, en publiant les résultats du recensement fait en 1831, d'après lequel cette péninsule ne compte que 46,207 familles et 190,653 habitans. En partant de cette base; en portant même à 200,000 sa population pour des raisons qu'il serait trop long d'exposer, et en calculant approximativement d'après les renseignemens les plus récens, le nombre d'habitans des autres parties de la Grèce indépendante, nous sommes d'avis qu'on ne saurait, sans être accusé d'exagération, accorder à cet état plus de 600,000 habitans, population que lui assigne M. Quinet. C'est ce nombre que nous avons adopté dans le tableau. Nous croyons inutile de citer les opinions émises par les auteurs des dictionnaires, des abrégés de géographie et de tableaux statistiques ; elles ne sauraient être d'aucun poids auprès des autorités que nous venons de citer et auprès d'autres que nous pourrions encore nommer.
population relative. La connaissance de cet élément statistique d'un état n'offre aucune difficulté, lorsqu'on connaît déjà sa superficie et sa population absolue ; parce qu'il est le quotient de ces deux quantités. Mais nous devons faire quelques remarques indispensables afin d'éviter les méprises ; elles compléteront d'ailleurs, jusqu'à un certain point, ce que notre cadre ne nous permet pas de dire sur l'important sujet de la superficie.
Dans tous nos calculs généraux relatifs à la surface des états admis dans les tableaux de cet Abrégé, nous avons toujours compris les lacs et les marais, mais nous en avons exclu les bras de mer et les lagunes qui ne sont que des dépendances des mers, ainsi que la partie inférieure des larges embouchures des plus grands fleuves, qu'on peut regarder comme de petits golfes. L'exclusion ou l'admission de ces élémens dans la mesure de la surface des états est la source d'une foule d'évaluations différentes , qui sans être absolument inexactes, deviennent erronées lorsqu'il est question de
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comparer la densité de la population des états entre eux. M. Fersell, dans un beau travail sur la Suède, a démontré, il y a quelques années, que l'espace occupé par des lacs et des marais, forme plus d'un huitième de la superficie totale de ce royaume; que ce même espace, dans le gouvernement de Nykoping, monte à un sixième; que, dans ceux d'OErebroet de Christianstad, il dépasse ce rapport, tandis que dans le gouvernement de Kronoberg il s'élève presque à un cinquième. Mais lorsqu'il est question de comparer d'une manière spéciale le nombre des habitans au sol sur lequel ils sont répandus, surtout lorsque, sur les traces de quelques statisticiens célèbres, on veut regarder la population relative comme la mesure de la force, de la richesse et de la civilisation des états, alors il faut absolument que les élémens soient comparables. Pour les obtenir tels, il faut retrancher de la surface d'un état toute la partie condamnée à la stérilité ou par des froids excessifs ou par la qualité aride du sol, les vastes espaces occupés par les lacs et les lagunes, ainsi que tous les terrains qui ne sauraient être rendus cultivables sans des travaux préliminaires très dispendieux , tels que ceux qu'exigent le dessèchement des marais et la culture des bruyères et des landes, quoique l'industrie isolée de quelques habitans parvienne quelquefois à triompher de ces derniers obstacles. Des espaces immenses doivent donc être retranchés , pour ces différentes causes, de la superficie de l'empire Russe. Toute conséquence que l'on voudrait tirer de la population relative de cet état comparée à la population relative d'un autre état quelconque, sans avoir fait subir à cet élément les modifications que nous venons d'indiquer, serait inexacte pour ne pas dire absurde. Mais un exemple , tiré d'un état peu éloigné et très bien connu , mettra dans toute son évidence ce principe, tant négligé par tous les auteurs qui s'occupent de statistique générale. Les maremmes du grand-duché de Toscane s'étendent dans les environs de Sienne, de Pise et de Livourne ; elles occupent les territoires de Manciano, Orbitello, Grossetto, Castiglione , Massa, Volterra, Piombino, Campiglia, etc. M. Thaon, qui a fait un important travail sur ces terrains , si funestes à ceux qui osent y séjourner, esr
time leur superficie à près de 1900 milles carrés et leur chélive population à 76,ooo âmes. Nous verrons dans le tableau statistique que la superficie totale de cet état est de 6324 milles , et que sa population absolue à la fin de 1826 était de 1,275,000 âmes; en retranchant de ces deux sommes les parties qui appartiennent aux espaces occupés par les maremmes, nous aurons une superficie de 4424 milles et une population de 1, 199,000 âmes, qui nous donneront une population relative de 271.02, au lieu de celle de 201.61 que nous aurions obtenue de la division des deux premiers nombres sans leur faire subir la modification nécessaire pour avoir des élémens comparables.
Nous avons fait toutes ces soustractions pour déterminer la population relative de quelques états que nous avons pris pour base de nos remarques sur la civilisation , sur les forces et la richesse respective de chacun considéré isolément et comparé aux autres dans notre Tableau physique, moral et politique des cinq parties du Monde; mais nous regrettons de n'avoir pas eu assez de loisir pour calculer de la même manière la population relative de tous les états admis dans les tableaux statistiques des cinq parties du monde de cet Abrégé.
Celle que nous y offrons a été obtenue sans faire subir à la superficie aucune des modifications que nous avons signalées. Nous faisons cette remarque pour indiquer au lecteur les limites au-delà desquelles il tirerait des conséquences erronées s'il voulait raisonner sur la colonne de la population relative de nos tableaux statistiques.
Mais il y a une autre circonstance majeure qui rend tout-à-fait oiseuses ces sortes de comparaisons , lorsqu'elles se rapportent à de très petits états. En effet, que pourrait-on inférer en voyant dans notre tableau que la population relative de la république de Hambourg est de 1302 habitans, que celle de Brème est de 980, tandis que la population relative de la France n'est que t e 208, et celle de l'empire d'Autriche de 165? Si l'on décrit un cercle de 20 à 30 milles autour de chaque grande ville de l'Europe et autour des capitales de tous ces petits états, on trouvera que la population relative des surfaces, dont ces grandes villes occupent les centres, non-seulement
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est égale à celle de tous ces états de petite étendue , mais que bien souvent elle leur est de beaucoup supérieure. C'est cependant d'après cette base erronée que beaucoup de géographes et même de statisticiens célèbres ont regardé et regardent encore l'Ile de Malte comme le pays le plus peuplé du monde, et l'Islande comme la contrée la plus dépourvue d'hommes!
Les lecteurs trouveront dans notre tableau, The World compare d with the British Empire , la population relative des environs des principales villes de l'Europe et de l'Amérique, calculée de manière à offrir des résultats aussi exacts que le comporte l'état de la statistique ; l'homme d'état, l'économiste, le géographe et le statisticien peuvent en tirer une foule de conséquences non moins curieuses que neuves et importantes. Dans cet Abrégé, nous avons eu occasion d'emprunter à ce travail le chiffre de quelques-unes de ces populations relatives pour faire ressortir davantage l'importance des villes que nous avions a décrire.
revenus et dettes. Les sources d'erreurs qui rendent si difficile l'appréciation exacte de la superficie et de la population des états sont encore bien plus nombreuses lorsqu'il s'agit de déterminer leur revenu et le montant de leurs dettes. D'abord on ne connaît rien de positif sur ces deux élémens statistiques dans tous les états absolus , où ils sont bien souvent enveloppés du plus grand mystère. Ce qu'on en peut savoir se réduit, ou à des documens assez complets , mais d'ancienne date, ou à des documens récens , mais partiels, c'est-à-dire relatifs à une partie seulement des revenus de ces états. Tout imparfaits qu'ils soient, ces documens n'en sont pas moins précieux ; car ils servent de base au statisticien habile pour parvenir à connaître la totalité des revenus en les combinant ensemble et en les comparant avec des documens semblables relatifs à d'autres pays dont les finances sont assez bien connues. Le bouleversement de tant d'états arrivé depuis quarante ans , le gouvernement constitutionnel ou républicain adopté par tant de nations pendant cette courte période , ont fait connaître au géographe et au statisticien, avec assez de précision, les revenus et les dettes d'un grand nombre (Tétais. Mais cette abondance môme de
matériaux a contribué en partie à propager une foule d'erreurs, conséquence nécessaire du peu de critique et du manque de soin apporté dans leur choix.
Resserré par l'espace , il nous est impossible de signaler toutes les sources d'erreurs qu'il faudrait éviter pour rédiger un tableau vraiment comparable des revenus et des dettes des états de l'Europe et de l'Amérique. Nous tâcherons cependant d'en signaler les principales pour donner au lecteur un aperçu des longues recherches que nous avons dû faire pour rédiger nos tableaux statistiques, qui ne sauraient sans injustice être confondus avec d'autres travaux semblables faits avec des dictionnaires et des traités de géographie, et le plus souvent par des personnes étrangères aux sciences qu'exige leur rédaction.
Pour jeter plus de conviction dans l'esprit du lecteur et lui démontrer la nécessité où il se trouve de n'accueillir qu'avec une grande circonspection et après un mûr examen les chiffres qu'on lui présente , nous allons mettre sous ses yeux les évaluations contradictoires des revenus de quelques-uns des principaux étais de l'Allemagne, adoptées par les statisticiens les plus célèbres de ce pays , pour des époques à-peu-près les mêmes. Ici les erreurs paraîtront d'autant plus choquantes qu'elles auront été consignées par des hommes d'un talent éprouvé et qui étaient à la source des documens les plus authentiques. Les différences les plus étonnantes qu'on remarque dans les colonnes de ce tableau trouveront leur explication dans les observations qui forment le sujet de cet article. Quelques éclaircissemens préliminaires nous paraissent cependant nécessaires afin d'atteindre le but pour lequel nous l'avons rédigé. Selon le tableau de M. Greiff, le florin d'Augsbourg, employé dans les estimations de Hassel, de Liechtenstein et dans celles de Reichard, vaut 2 francs 58 centimes ; le florin du Rhin ou de l'empire employé par M. le baron de Malchus et presque toujours par Stein et Cannabich, vaut 2 francs 15 centimes; l'emploi de ces deux monnaies pro^ duit une différence apparente d'environ un dixième entre deux évaluations identiques exprimées l'une dans la première de ces monnaies et l'autre dans la seconde; nous avons traduit en florins du Rhin les 6;ooo,ooo rixdalers auxquels Stein
STATISTIQUE DE LEUKQPE.
évaluait les revenus du royaume de Saxe, et les 5 millions de thalers auxquels M. Cannabich porte les revenus de ce même royaume et de celui du Hanovre,ainsi que les 1,500,000 thalers de recette qu'il accorde au duché de Brunswick. Sans ces réductions le lecteur n'aurait pas eu des élémens comparables dans la colonne des évaluations de ces statisticiens. Nous n'avons pas admis dans ce tableau les estimations de M. Crome, malgré la grande réputation dont jouit ce statisticien, parce que son grand ouvrage sur la confédération Germanique ayant été publié depuis 1820 jusqu'à 1823, ses estimations se référant à plusieurs années différentes , ne pouvaient sans inconvéniens être admises dans la comparaison que nous entreprenions de faire. Malgré leur étonnante dis-
cordance, on peut regarder les estimations de ce dernier tableau comme se référant à-peu-près à la même année, ce qui résulte de la date de la publication des ouvrages dont on a tiré les élémens employés à sa rédaction : ce sont la Géographie de M. Cannabich , publiée à Vienne en 1818 , avec beaucoup d'augmentations; V Aperçu statistique sur tous les états de l'Europe, publié par M. le baron de Liechtenstern en 18 1 9 ; la Géographie de Galletti revue et augmentée par Reichard en 1822 ; la Stalistiquede l'Europe par Hassel , publiée à Weimar en 1822; la Géographie de Slein, publiée à Leipzig en 1825; la Statistique de M. le baron de Malchus , publiée à Stuttgard en 1826 ; et VAlmanach de Hassel pour l'année 1826.