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REVENUS SELON LES ESTIMATIONS DE

NOMS DES ÉTATS

Cannabich

LlECHTPNSTERN

Reichabii

Hassel

Steim

Malciios

Hassel

en 1818.

en 1819.

en 1822.

en 1822.

en 1825.

en 1826.

en 1826.

RoTACMB DB BaVIBBB

| RoYACMB DK WUKTBMBEBG. . .

Royacue de Hanovre

PtOYAUMK de Saxe

Grikd-Ducbé dk Bade . . . .

1 Grand Ducub de IIkssk. . . .

| IIessf.-Ei.bcj-oralk

1 Gband-Dochb de Saxk-Weimar.

1 DllCUfc DE BrIîNBWII.K

! Principagtbdb Lichtknstei.v .

La nouvelle édition de la Géographie de M. Cannabich , publiée à llmenau en 1829 , le Tableau statistique de l'Europe, publié à Berlin par M. le baron de Zedlitz dans la même année , les estimations des revenus de tous les états de l'Europe faites par M. le baron de Malchus dans sa Science des Emanées, imprimée à Stuttgard en 1830 , VAlmanach de Weimar de cette dernière année et celui de Gotha de 1829 offrent à la vérité moins de discordance sur certains états ; mais ils continuent toujours à différer prodigieusement à l'égard de certains autres, surtout si l'on veut tenir compte des différences provenant des monnaies. Leur comparaison nous a prouvé que quelques auteurs ont admis dans la même colonne le florin du Rhin et celui de convention! Nous ne citerons qu'une couple d'exemples. Les revenus

du grand-duché de Bade sont estimés à 9,294,029 florins par M. Cannabich, à 9,832,200 par MM. Zedlitz et Malchus , à 9,832,000 par i'almanach de Weimar et à 9,381,000 par celui de Gotha. Les revenus de la principauté de Lichtensteinne s'élèvent qu'à 20,000 florins selon MM. Cannabich et Malchus, tandis qu'ils montent à 1,200,000 selon les almanachs de Weimar et de Gotha, et à 1,700,000 selon M. Zedlitz.

Nous commencerons l'analyse des nombreuses causes qu'on doit regarder comme les sources principales des erreurs, dans la détermination des revenus et de la dette d'un état, par l'année à laquelle ces élémens statistiques doivent se référer. Cette seule circonstance, eu égard aux phases différentes de prospérité ou de misère par lesquelles un état peut passer, offre parfois des résultats qui diffèrent d'une ma-

EUROPE

nière étonnante dans le court intervalle de quelques années. Nous nous bornerons à citer l'Espagne dont les revenus en 1802 s'élevèrent, indépendamment de ceux provenant de ses riches colonies et de plusieurs impôts d'un produit assez important, à la somme de 199,001,000 fr. tandis qu'en 1789 ils ne montaient qu'à 154,074,000 ! Cette différence serait encore bien plus considérable si Ton voulait comparer les revenus de cette monarchie en 1807 avec ceux de 1809. Par les taxes de guerre et les emprunts, les revenus de l'Angleterre en 1813, I8i4eti8i5se sont élevés à 128,374,286, à 123,047,516 et à 131,799,772 livres sterling ; dans ces trois sommes énormes les emprunts ne figurent que pour 36,050,575, 36,078,048 et 39,421,959 livres sterling. En comparant ses revenus dans les trois années de 1793, 1794 et 1795, on les trouverait seulement de 22,370,983 , de 31,086,745 et de 40,916,672 livres sterl., sommes dans lesquelles les emprunts corr.espondans ne figurent quepour 3,925,000, 11,000,000 et 17,300,000, livres sterling. Les revenus de la Confédération Anglo- Américaine , provenant la plupart des droits perçus sur les importations et les exportations, offrent des différences énormes dans un petit nombre d'années d'intervalle. C'est ainsi que le revenu fédéral qui en 1809, année de guerre contre l'Angleterre, ne s'était élevé qu'à 7,773,473 dollars, dont 7,296,021 produit des douanes, s'est élevé en 1816 à 57,171,422, dont 36,306,875 provenant des douanes et 9,494,436 seulement des emprunts.

L'évaluation de la dette calculée à différentes époques offre des différences encore plus grandes. Les empires Russe et d'Autriche et la monarchie Prussienne, qui ont maintenant des dettes très considérables, avaient peu ou n'avaient point de dette avant la première révolution française. Dans la courte période de 8 ans, c'est-àdire de 1816 à 1823 inclusivement, la France a augmenté sa dette d'un capital nominal de 1,998,787,720 francs, ce qui exigea une augmentation de 99,939,386 francs dans les dépenses annuelles pour en payer les intérêts. Depuis 1803 jusqu'en 1815 la dette anglaise s'est augmentée de 491,940,407 livres sterling ou de 12,298,510,175 francs. Le 11 octobre 1824, la dette fédérale des Etats- Unis était encore de 90,797,920 dollars ;

vers la fin de 1826 elle n'était plus que de 74,000,000 de dollars.

Une différence non moins remarquable vient de la manière de calculer les revenus : les uns prennent toute la totalité de la recette y compris les frais de régie et d'administration, ce qu'ils appellent le revenu brut ; les autres au contraire défalquent du revenu total les sommes dépensées pour la régie et l'administration ; la somme restant constitue le revenu net. La différence entre ces deux sommes est plus ou moins grande selon l'imperfection des systèmes administratifs des divers pays. Dans les contrées bien administrées la totalité de ces frais n'arrive pas même à un douzième, tandis que dans certains états elle dépasse le tiers. Les états de l'Europe offrent sous ce rapport, comme sous tant d'autres, les différences les plus frappantes. Tandis que les frais de perception et de régie ne montent, selon quelques auteurs, qu'à onze pour cent en Angleterre et qu'ils forment actuellement en France environ un neuvième de la recette , ils figurent pour un peu plus qu'un neuvième dans le budget du royaume de Hanovre, pour un huitième dans celui du royaume de Bavière et pour plus d'un tiers dans celui de Portugal.

Mais quelques faits jetteront sur ce sujet plus de jour que tous les raisonnemens que nous pourrions faire. La recette totale de la France pendant l'année 1826 est évaluée dans le budget à 987,620,000 fr., dont 140,000,000 environ représentent les frais de régie et de perception. Le revenu brut moyen de l'Espagne a été évalué en 1822 à 663,763,467 réaux de vellon; en retranchant decettesommei 13,763,457 réaux pour les frais de perception et de régie, on aura le revenu net de 550,000,000 de réaux, tel qu'il a été estimé par le ministre des finances et adopté par les cortès. Le revenu brut du royaume de Hanovre pendant la même année s'est élevé à 3,698,920 rixdalers , somme réduite à 3,278,400 par les frais de perception et de régie ; dans ces deux sommes ne sont pas compris les revenus des biens de la couronne qui montent presqu'à la même somme. Le ministre des finances a évalué le revenu brut du royaume de Wurtemberg pendant les trois années 1823, 1824 et 1825 à 11,040,808 florins du Rhin , et

le revenu net correspondant à 9,679,123

STATISTIQUE DE L'EUROPE

florins ; celui de Bade a estimé le revenu brut de ce grand-duché pendant les années 1825, 1826 et 1827, à 9,468,613 fl. et le revenu net à 7,355,715. Ces deux estimations officielles citées par M. de Malchus, ancien ministre des finances du royaume de Wurtemberg, signalent la source de la méprise de Hassel ; par la simple inspection de la dernière colonne du tableau à la page 615, on voit que ce savant statisticien a donné le revenu net du royaume de Wurtemberg et le revenu brut du grand-duché de Bade. Les documens officiels, dont l'ensemble forme l'excellente statistique du gouvernement de Venise par M. Quadri, démontrent que le revenu brut des Provinces Vénitiennes s'éleva en 1 823 à 50,551 ,200 francs ; mais les frais de régie et de perception ayant absorbé 10,126,022 francs, le revenu net ne fut que de 40,425,178 francs.

Dans la rédaction de nos tableaux statistiques nous avons tâché de donner, toutes les fois qu'il nous a été possible, le revenu brut de chaque état, parce que les frais de régie et de perception, formant une partie réelle des sommes payées par les contribuables, représentent une partie des ressources du pays, et ne peuvent ni ne doivent être négligés lorsqu'il est question de les comparer à ceux d'autres états. D'ailleurs ces frais donnent des moyens d'existence à un grand nombre de personnes ; et en soumettant l'administration des finances et toutes les autres branches à un plan plus économique et mieux entendu , i! ne tient qu'au gouvernement d'en tourner une plus grande partie au profit de l'état en augmentant le revenu net, à proportion qu'il parvient à diminuer les frais de régie et de perception. Dans un article rédigé avec un talent remarquable par un des collaborateurs du National, on a prouvé que , en admettant que le gouvernement français ait encaissé réellement de 550 à 560 millions en 1785, la totalité des charges imposées immédiatement sous toutes les formes à la population, aurait monté à la somme de 725 millions, qui, au prix du marc d'argent à cette époque, équivalait à 832,200,000 francs. En considérant ensuite l'effet produit par la manière dont cette somme était levée, l'auteur de cet article en tire la conséquence , que la France en 1785 payait directement et indirectement 1,050,000,000116 francs, somme immense

surtout lorsqu'on la compare à la population qu'on ne portait alors qu'à 26 millions.

Mais il y a certaines sommes qui figurent dans les recettes de quelques budgets dont le statisticien ne doit absolument tenir aucun compte, parce que ce ne sont aucunement des revenus bruts, mais bien des dépôts ou des capitaux seulement avancés pour l'achat du sel, du tabac et d'autres articles que le gouvernement revend ensuite avec des bénéfices très considérables. C'est ainsi que dans le budget des revenus de quelques cantons suisses, il faut faire de fortes soustractions pour l'achat du sel ; que dans les budgets français et espagnols il en faut faire de plus fortes pour l'achat du tabac ; et que le budget anglais exige une immense réduction pour la recette provenant des drawback , dénomination que nous croyons devoir expliquer pour nous mettre à la portée de tous nos lecteurs. Les marchandises de fabrication anglaise sont, quand on les exporte, exemptées des droits attachés à la consommation intérieure. Cette exemption a été établie afin que l'étranger, dans le but de ne pas contribuer aux charges publiques de l'Angleterre, n'achète point ailleurs des marchandises de qualités inférieures,, mais non taxées. Quoique le droit soit acquitté par le producteur , on en rembourse le montant à l'exportateur, quand la marchandise a été placée à bord du navire. C'est ce remboursement que le budget désigne sous le titre de drawback. Dans l'année 1828 le gouvernement anglais déboursa de cette manière la somme énorme de 2,700,000 liv. sterl. OU 67,000,000 fr., dont 1,400,000 liv.

sterl. sur des tissus de coton , 900,000 liv. sterl. sur du sucre raffiné et 400,000 liv. sterl. sur des verres. Les primes à F exportation, qui en France correspondent jusqu'à un certain point aux drawback de l'Angleterre, se sont élevées en 1826 à 4,000,000 francs , somme qu'il faudrait déduire de la recelte du budget français.

Il y a plusieurs états , où les biens domaniaux ont une administration toute particulière , et dont les revenus , malgré leur grande importance , ne figurent jamais dans le budget. Quelques statisticiens et bien des géographes , soit par ignorance de cet élément statistique, soit

ECHOIE.

parce qu'il leur semble plus convenable <!e suivre en cela le procédé des gouvernemens respectifs de ces états, ne tiennent aucun compte des revenus provenant de ces biens, et donnent ainsi des évaluations qui diffèrent énormément des estimations correspondantes faites par des auteurs qui les admettent dans le budget. Par le rapport fait en 1822 aux états <iu grand-duché de Hesse, on voit que sur la totalité des recettes , estimées à 5, 996;5io florins, les domaines seuls entrent pour la valeur de 1,910,635 florins, c'est-à-dire qu'ils forment le tiers du revenu. La recette provenant des domaines du royaume de Hanovre égale presque celle des revenus de l'état , qui sont les seuls portés dans le budget et dont parlent les journaux et les écrits périodiques. On peut en dire autant de ceux du duché de Nassau. Ceux du grand-duché de Saxe-Weimar montaient même à 690,000 rixdalers en 1830, lorsque les revenus de l'état n'étaient évalués qu'à 659,595 rixdalers. On peut dire en général que presque tous les revenus domaniaux des petits états de la Confédération Germanique sont beaucoup plus forts que les revenus publics ou nationaux. Il est inutile de dire que nous avons cru devoir porter toutes ces sommes dans la recette des états respectifs.

Mais ici se présente une difficulté qui nous paraît avoir échappé jusqu'à présent à l'attention de tous les statisticiens et des géographes les plus distingués. Doiton, dans un tableau comparatif général comme le nôtre, porter dans la recette de certains états les revenus considérables qui proviennent des biens situés

hors de leurs territoires respectifs ou de transactions politiques passées avec d'autres états? Dans ce cas particulier nous croyons que le meilleur parti à prendre serait d'omettre ces sommes qui ne doivent jamais figurer parmi les ressources de ces pays auxquels elles sont étrangères, tout en indiquant cependant leur existence dans des notes ou des observations préliminaires. C'est aussi ce que nous avons fait dans le tableau statistique de l'Europe , auquel ce paragraphe doit servir de commentaire. Le lecteur n'aura plus aucune difficulté à expliquer l'étonnante disparité d'évaluation qu'offre le revenu de la principauté de Lichtenstein, en apprenant queMM.Cannabich, Liechtenstern, Reichard, Stein et Malchus n'ont tenu compte que de la recette brute ou nette provenant, dans des années différentes, du territoire de cette petite principauté, tandis que MM. Hasscl et Zedlitz ont compris dans leur estimation tous les revenus des immenses possessions médiates que le souverain de ce petit état possède dans l'empire d'Autriche et dans la monarchie Prussienne.

Nous indiquerons ici les sommes que, pour ce motif, il faut ajouter aux revenus offerts dans le tableau statistique de l'Europe, à la page 636. A l'exemple de M. de Malchus, nous prenons pour guide de nos estimations le Statisticher Umriss de Hassel et ses Almanachs statistiques. Nous disposerons ces sommes dans le tableau ci-dessous, afin d'en faciliter l'addition aux colonnes correspondantes du tableau de l'Europe sus-mentionué.

TABLEAU DES SOMMES QU'lL FAUT AJOUTER A LA COLOEWE DES REVENUS DU TABLEAU STATISTIQUE DE L'EUROPE.

Sommes. Noms des États.

1,500,000 florins d'Augsbourg à la principauté de Lichtenstein pour ses possessions médiates dans l'empire d'Autriche et la monarchie Prussienne-, dans celte somme 300,000 florins représentent les revenus de la branche cadette ou du Carlischen Majorât. Nous ajoutons ce renseignement pour expliquer les deux estimations si différentes des revenus de cette principauté données par M. Hassel en 1822 et en 1826, que nous avons citées dans le tableau à la page G15. A l'égard des dettes de cette principauté, trop considérables pour être négligées , nous nous bornerons à dire qu'elles paraissent s'élever à 7,800,000 francs. 200,000 florins au duché d'Anhalt-Dessau pour ses possessions médiates dans les états des rois de Prusse et de Saxe.

30,000 florins au duché d'Anhalt-Bernbourg pour ses possessions médiates dans la monarchie Prussienne.

90,000 florins au duché d'Anhalt-Coethen pour la principauté de Pless en Silésie. 175.000 florins au duché de Brunswick pour la principauté d'OEls en Silésie. 34^000 florins au landgraviat de Hesse-Hombourc pour ses possessions médiates dans la monarchie Prussienne.

STATISTIQUE DE L'EUROPE

100,000 florins à la principauté de Hohenzolleun-Sigmaiungen pour ses possessions médiates en

Bavière et dans les Pays-Bas.

143,000 florins à la seigneurie de Kniphausen pour ses possessions médiates dans le grand-duché

d'Oldenbourg et dans les Pays-Bas.

Sur l'autorité du savant estimable qui continue la rédaction de YJlmanach généalogique, historique et statistique de JVeimar, nous n'ajouterons rien au revenu de la principauté de Hohenzollern-Hechingen , à cause de l'aliénation de ses possessions médiates dans les Pays-Bas; mais nous ajouterons loo.ooo florins au revenu de la Bavière provenant de la somme annuelle que l'empereur d'Autriche s'est engagé à payer à cet état en dédommagement des cessions territoriales faites en 1814; près de 300,000? francs à la principauté de Monaco pour les biens que le prince possède en France et en Italie; et 500,000 francs au duché de Lucques pour la somme correspondante payée annuellement par l'empereur d'Autriche et le grand-duc de Toscane jusqu'à ce que le duc actuel succède à l'impératrice Marie-Louise dans le duché de Parme.

La recette des produits extraordinaires provenant d'emprunts, de ventes de possessions publiques ou de paiemens arriérés, doit être comptée parmi les causes qui concourent le plus à produire la disparité qu'on observe dans l'estimation des revenus des états. Toutes les sommes provenant de ces trois branches ne devraient jamais, selon nous, figurer dans un tableau comparatif, parce que ses colonnes ne doivent, autant que possible, offrir au lecteur que des élémens comparables. Envisageant ce sujet sous un point de vue peut-être différent, des auteurs estimables n'ont pas hésité à porter les revenus bruts du royaume de Wurtemberg en 1819 à 14,862,000 florins et les revenus nets à n,077,ooo ; mais ces fortes sommes n'ont été obtenues qu'en y comprenant plusieurs millions de recettes extraordinaires. Le revenu brut du grandduché de Bade se serait élevé en 1821 à 12,183,314 florins si l'on voulait y comprendre les 2,597,073 florins de recettes extraordinaires, la plupartprovenant d'arrérages. Nous avons vu des géographes très distingués et des administrateurs habiles porter bien haut les revenus des nouveaux états transatlantiques , en mettant dans les recettes respectives les sommes considérables qui provenaient des emprunts que les nouvelles républiques de l'Amérique avaient ouverts en Angleterre. C'est ainsi que l'on a porté à 14,159,349 piastres fortes le revenu de la Confédération Mexicaine en 1826, somme qui doit être diminuée de 2,458,559 piastres , produit d'un emprunt. Le budget du nouvel Etat de la Grèce estime la recette totale faite depuis le Ier janvier 1828 jusqu'aux 30 avril 1829 à 25,618,664 piastres turques; mais dans cette somme les véritables revenus de l'état n'arrivent pas à 9,000,000; c'est-à-dire qu'ils forment à peine le tiers de la recette ; tout le reste provient des subsides français et russes dont l'ensem-

ble forme la moitié de la recette totale, et d'autres sources extraordinaires. On commettrait donc une erreur grave si, sur la base de ce document officiel, on évaluait le revenu de la Grèce à près de 26,000,000 de piastres turques, comme l'a déjà fait quelque auteur et comme on nous conseillait de le faire.

Dans un tableau statistique de l'Europe publié en 1818 dans les Éphéme'rides géographiques de Weimar,\z§ revenus de la monarchie Britannique ne sont évalués qu'à 199,273,833 florins, ou à environ 20,760,000 livres sterling. Dans celui de Fredau publié en 1819 ils montent à 290,000,000 rixdalers ou à 68,000,000 livres sterling ; et dans celui du baron de Liechtenstern , publié à Vienne en 1819, ils sont portés à 465,000,000 florins.

Hassel dans son Dictionnaire géographique, publié à Weimar en 1817, les évalue à 421,000,000 florins ou environ

43.850.000 livres sterling. Stein dans son Dictionnaire géographique , imprimé à Leipzig en 1818, les porte à 57,360,691 livres sterling. Vélat actuel de l'Angleterre au commencement de 1822, rédigé sur des documens officiels, estime le revenu annuel à 56,000,000. On voit d'un coup-d œil que ces grandes différences viennent de ce que les uns comptent pour rente les seuls revenus qui servent à couvrir les frais d'administration, faisant abstraction tantôt de ceux qui sont employés à payer les intérêts de la dette qui montaient vers cette époque à environ 30,000,000 liv. sterl., tantôt de ceux qui forment le fonds d'amortissement, qui s'élevait le 5 janvier 1820 à

15.815.001 liv. sterl. et tantôt de ces deux sommes ensemble, pendant que d'autres comprennent dans leur évaluation tous les revenus quelle que soit leur destination, comme nous l'avons fait nous-méme dans nos tableaux, afin de pouvoir y présenter une échelle comparative des finances des

EUROPE

différens états. Nous remarquerons même que dans l'usage ordinaire, le budget annuel anglais ne comprend que les dépenses extraordinaires et celles qui sont susceptibles d'augmentation ou de diminution, telles que l'entretien de l'armée, de la flotte, de l'artillerie, etc.; car les dépenses bien plus considérables de l'intérêt et de l'amortissement de la dette consolidée et celles de la liste civile sont considérées comme ordinaires, parce qu'elles sont permanentes. D'après ce sylème , la recelte du Royaume-Uni pour l'année 1822 a été évaluée par le trésorier de l'échiquier à 21,272,670 livres sterling, et la dépense à 21,196,456 livres sterling. Une autre source d'anomalie, c'est que quelquefois on ne comprend pas les revenus du royaume d'Irlande, comme nous l'avons vu dans un tableau comparatif de la recette du Royaume-Uni entre les années 1818 et 1819, que l'on estimait dans la première année à 48,982,960 et à 48,162,233 livres sterling dans la seconde. Pour avoir la totalité du revenu en 1818, il faut y ajouter celui de l'Irlande qui s'étant élevé dans la susdite année à 5,070,971 , donnera pour total général 64,053,937 livres sterling.

Le budget décennal du ci-devant royaume des Pays Bas et le budget triennal ou quinquennal de quelques élats de l'Allemagne ont donné lieu à des estimations non moins disparates que celles que nous venons de signaler dans le budget du Royaume- Uni. C'est ainsi que nous avons trouvé dans des ouvrages estimés, le revenu du ci-devant royaume des Pays-Bas évalué à 59,875,652 florins hollandais, c'est-àdire à presque un tiers au-dessous de la recette réelle, parce qu'on avait pris le budget décennal, fixé en 1820 à cette somme pour les dix années suivantes, pour budget total , qui se compose du précédent et du budget annuel ou variable, fixé pour la même année à 21,314,481 florins. Ce dernier s'est élevé dans les années suivantes à des sommes beaucoup plus fortes , de manière que la recelte des deux budgets réunis a été selon M. Quelelet, de 87,116,635 en 1824, et de 96,727,924 florins en 1825. Enfin nous ferons observer qu'un des journaux les plus répandus et les mieux rédigés de l'Allemagne, VAllgemeine Zeitung, n'évaluait en 1827 la dépense de la Confédération Anglo-Américaine ou desElals-

Unis d'Amérique qu'à 10,282,929 dollars, parce qu'il faisait abstraction de tout l'important arlicle de la dette publique , dont le paiement des intérêts et l'amortissement se sont élevés dans la même année à 10,003,668 , selon un tableau spécial très détaillé , que nous devons à l'obligeance d'un de nos collaborateurs Anglo-Américains et que nous avons publié dans le 49e volume de la Revue encyclopédique.

Les états qui possèdent des colonies offrent dans leurs budgets une autre source féconde d'évaluations les plus disparates de leurs revenus. Voyant que dans presque toutes, les frais d'administration et de défense ne laissaient presque aucun revenu net, la plupart des géographes et des statisticiens n'en tenaient aucun compte avant les révolutions politiques qui de nos jours ont tant changé la face de l'Amérique. D'autres au contraire ont porté en somme dans les recettes de la métropole le revenu net qui provenait de ces possessions lointaines, tandis que d'autres y ont ajouté la totalité des sommes perçues, c'est-à-dire leur recette brute. 11 ne faudrait donc pas s'étonner si un tableau rédigé d'après ces trois manières différentes d'envisager les revenus de la monarchie Espagnole en 1807, par exemple, offrait des recettes qui pour cette même année différassent entre elles de quelques centaines de millions de francs. Que serait-ce si l'on voulait appliquer ces trois manières différentes aux finances de toute la monarchie Anglaise , dont les seules possessions Asiatiques ajouteraient presque un millard de francs à la recette brute de son budget! Le royaume actuel de Hollandeoffrirait encore des différences énormes dans ses recettes, puisque nous savons positivement que le revenu général de POcéanie-Hollandaise a dépassé, il y a quelques années, la somme de 27 millions de florins hollandais, quoique la mèrepatrie n'ait rien reçu de cette somme à cause des frais extraordinaires exigés par la guerre qui a désolé ces superbes colonies. Aussi, prenant en considération les nombreuses difficultés que présente l'évaluatiou des revenus de ces établissemens lointains, nous avons pris le parti de n'en tenir aucun compte dans la colonne des revenus des états de l'Europe. Peut-être serons-nous en mesure de remplir cette lacune dans notre Tableau physique1*

STATISTIQUE DE L'EUROPE

moral et politique des cinq parties du Monde , si , comme on nous l'a promis , on nous fournit les moyens de connaître les recettes brutes et nettes de toutes les colonies européennes dans l'année 1820. Nous possédons déjà cette donnée pour plusieurs. Nous avons cru cependant devoir déroger à notre plan à l'égard des empires Russe et Ottoman, à cause de la contiguïté des pays qui les composent. Le lecteur trouvera donc réunis dans le tableau statistique de l'Europe tous les élémens de ces deux empires qui, sans cette considération, auraient dù figurer dans les tableaux statistiques des autres parties du Monde. Nous devons aussi le prévenir, qu'ayant regardé l'archipel des Açores comme une dépendance géographique de l'Europe, nous avons ajouté son revenu brut à celui du Portugal, dont il dépendait sous le rapport politique et administratif en 1826.

Nous devons faire encore une remarque <ju'on doit étendre à tout ce qui regarde l'important sujet de la réduction en francs des sommes exprimées dans différentes monnaies étrangères. Une couple d'exemples signaleront au lecteur les sommes considérables auquelles peuvent s'élever les différences produites par cette seule cause, dont l'apparente exiguïté parait l'avoir soustraite jusqu'à présent à l'attention des géographes et des statisticiens. En évaluant la livre sterling à 25 francs, comme nous l'avons fait d'après l'usage généralement suivi et comme nous l'avons fait dans tous les calculs de notre tableau the World compared with the Bristish Empire, dont la traduction a paru dans la Revue des deux Mondes, on trouve que la dette de la monarchie Anglaise, estimée en 1826 d'après des documens officiels à 813,800,000 livres sterling, correspond à la somme de 20,345,000,000 francs; si l'on voulait suivre V Annuaire du Bureau des longitudes qui estime le souverain de 20 shillings à 25 francs 20,8 centimes, ou en nombres ronds à 25 francs et 21 centimes , cette même somme donnerait 20,515,898,000 francs. Souvent il arrive que les géographes et les statisticiens, en évaluant en florins les revenus des états de l'Allemagne et des autres parties de l'Europe, n'indiquent pas la qualité des florins employés dans leurs estimations ;

il s'ensuit qu'un auteur qui voudrait ré-

duire en francs ou en toute autre monnaie leurs évaluations , pourrait arriver à des résultats qui différeraient en plus ou en moins des sommes originales de plus d'un dixième , s'il ne s'agissait que du florin d'Augsbourget de celui du Rhin ou de l'Empire. Que serait-ce s'il était question du florin de Pologne qui ne vaut qu'environ 60 centimes et de celui de Genève qui n'en vaut que 46? Nous pourrions signaler une foule de méprises échappées à des savans très distingués et même aux statisticiens que la renommée a placés justement au premier rang dans cette science, tels que MM. Hassel et Malchus. Ce dernier n'ayant pas fait attention que tous les comptes se tiennent en Portugal en cruzado velho qui vaut 2 francs 50 centimes, et non pas en cruzado novo qui vaut 3 francs, a augmenté, sans s'en apercevoir, d'un sixième toutes les évaluations qu'il a empruntées à notre Essai statistique sur le royaume de Portugal et d'Algarve comparé aux autres états de l'Europe. M. Hassel a souvent donné dans ses ouvrages des évaluations officielles des revenus et des dettes exprimées en florins du Rhin, sans les réduire en florins de convention , monnaie qu'il avait adoptée pour ses tableaux statistiques, de manière qu'il arrive parfois que ses estimations se trouvent d'un dixième plus fortes que les sommes publiées par les gouvernemens respectifs. Nous-même avons été quelquefois induit en erreur faute de cet éclaircissement que beaucoup d'auteurs négligent de donner et que bien souvent nous avons réclamé en vain de nos nombreux collaborateurs.

Mais avant de quitter cet important sujet, qu'il nous soit permis de faire quelques observations relatives aux revenus des états, dont le budget offre certaines branches de la recette qu'on peut assimiler aux sources des revenus des états que nous regardons comme hors du domaine de la statistique et dont nous aurons à parler dans l'introduction au tableau statistique de l'Asie ; d'ailleurs elles serviront d'éclaircissement aux observations que nous ferons dans le chapitre qui les concerne. Dans la recette du royaume de Suède, par exemple, il faudrait tenir compte des revenus considérables dont jouissent les possesseurs des fiefs militaires soit pour l'entretien

EUROPE

de Vindelta ou de l'armée permanente non soldée , soit pour l'entretien des équipages de la flotte non soldée ou des matelots répartis ( indelta ) dans les fiefs militaires , comme nous le verrons plus bas. Des sommes très considérables qui ne figurent jamais dans le budget devraient aussi être ajoutées à la recette générale de l'empire d'Autriche, à cause des biens-fonds qui servent à l'entretien de cette nombreuse armée de soldats agriculteurs établie dans les confins Militaires. Nous ne parlerons pas ici des colonies militaires de la Russie, parce que les frais extraordinaires, qu'a dû nécessairement exiger leur fondation , ont augmenté les colonnes du budget de la dépense au lieu de pouvoir être portés dans les colonnes de la recette. Mais les finances de l'empire Russe offrent plus que tout autre état de l'Europe chrétienne une foule de revenus directs ou indirels dont on doit tenir compte dans un tableau comparatif, quoiqu'ils ne figurent point dans les géographies et les statistiques. Nous.les puiserons dans l'ouvrage de M. Schnitzler sur l'empire de Russie, dans lequel cet auteur a résumé avec un talent remarquable tout ce que l'on peut savoir de moins vague et de plus authentique sur la statistique encore si imparfaite de cette grande partie du globe. « Certains revenus particuliers, dit ce statisticien consciencieux, l'exploitation de la pêche du fleuve Oural, par exemple, ne sont jamais portés sur le budget , attendu qu'ils servent de paie et sont assignés à perpétuité, soit à des individus, soit à des classes d'hommes ; desgouvernemens entiers sont souvent requis de fournir des denréesnécessairesà l'approvisionnement de l'armée au lieu des impôts dont sont grevés tous les autres contribuables , et la valeur de ces fournitures ne figure pas non plus dans le budget; d'ailleurs le taux auquel le gouvernement reçoit ces approvisionnemens en blé et en fourrage est assez bas pour lui assurer des profits considérables ; le travail des mines, le transport des métaux et du sel, remplacent dans quelques contrées la capilation ou au moins une partie de cet impôt ; des tribus entières en sont exemptes , à condition de faire le service militaire toutes les fois qu'elles en sont requises par l'empereur: or ces travaux et ce service seraient payés cher partout ailleurs; et de même

qu'en d'autres pays ils grossiraient la dépense, ils doivent ici figurer parmi les recettes ; de plus, quelques nations paient leurs tributs en peaux et en fourrures, qu'on emploie en grande partie pour les besoins de l'armée et dont on ne tient pourtant aucun compte dans le budget. On n'y fait pas entrer non plus le marbre et les pierres précieuses que l'état retire de ses domaines, les boulets de canons que lui fournissent ses fonderies, et une foule d'autres objets de valeur qui trouveraient ailleurs leur place dans le budget des dépenses. En portant sur celui des recettes le produit net de certaines exploitations qui se font au profit du gouvernement, ce dernier ne tient pas compte , parmi les dépenses , des frais occasionés par les transports et la main-d'œuvre, frais qui, pour d'autres articles figurant dans la même liste, viennent en déduction de la valeur du produit net. Toutes ces valeurs ajoutées au budget des recettes en augmenteraient considérablement le chiffre et dans tous les cas tant de matières d'approvisionnement , d'équipement et de construction, tant de bras qu'il faudrait payer ailleurs et qui en Russie sont à la libre disposition du gouvernement, expliquent plus ou moins l'exiguïté du chiffre qui marque le montant des dépenses. Qu'on ajoute à cela que les employés sont à la vérité nombreux, mais que leurs traitemens sont en général plus que modiques , que la paie des soldats et des matelots est extrêmement faible , qu'un grand nombre de services sont gratuits , et l'on sera moins étonné de la différence si frappante que présentent au premier abord les sommes du budget russe avec celles d'états beaucoup moins importans. »

Généralement parlant, la dette d'mi état dérive des sommes empruntées par le gouvernement dans le pays ou à l'étranger. Mais il faut bien se garder de croire, comme le font presque tous les faiseurs de tableaux statistiques et presque tous les géographes et les statisticiens , que l'on peut évaluer la dette d'un état lorsqu'on connaît même exactement toutes les sommes qu'il a reçues par des emprunts. Il y a d'autres sources qui peuvent augmenter ses dettes; car il peut aussi en contracter soit en laissant s'arriérer les paiemens des services qu'il a demandés, soit en levant des capitaux

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par voie d'autorité, soit enfin en créant du papier-monnaie, ou en mettant en circulation une monnaie beaucoup audessous de sa valeur nominale. Tout en connaissant avec exactitude les dettes d'un état , on sera exposé à commettre des erreurs graves dans leur évaluation aune époque donnée, si l'on ignore les sommes qui ont été rachetées. Quant aux dettes proprement dites , on doit distinguer : la dette fondée, la dette flottante, la dette différée ou celle qui ne paie pas d'intérêts, la dette non encore reconnue ou non liquidée , la dette viagère , la dette particulière des communes , celle des domaines de la couronne et quelquefois les dettes particulières des membres de la famille royale; toutes ces dettes diffèrent de la dette nationale ou de l'état, et montent dans quelques pays à des sommes qui sont trop considérables pour pouvoir être négligées. On devrait en outre compter parmi les dettes d'un état les sommes qu'il tient en dépôt pour cautionnemens et celles qui proviennent des fonds des communes, des hospices et autres établissemens de bienfaisance. Toutes ces subdivisions de la dette d'un pays indiquent la source féconde de l'étonnante disparité d'opinions que l'on rencontre dans tous les ouvrages où l'on traite ce sujet difficile. Si l'espace nous le permettait, nous pourrions donner au lecteur un tableau comparatif où l'évaluation de la dette offrirait les mêmes discordances que nous a offertes celui des revenus à la page 615; mais nous nous bornerons à quelques remarques nécessaires pour justifier quelques-unes de nos évaluations si différentes de celles des plus célèbres statisticiens, et pour motiver les modifications que nous avons cru devoir apporter aux chiffres que nous avons adoptés dans la Balance.

Des personnes étrangères sans doute à la statistique, ne tenant aucun compte des observations qui précèdent la Balance politique du globe, ont réclamé, dans la Gazette des Pays-Bas , n° 31 de l'année 1829 , contre notre estimation qu'ils accusaient d'inexactitude , en nous faisant observer que la dette du ci-devant royaume des Pays-Bas ne s'élevait qu'à 1,664,669,000 f. au lieu des 3,800, 000,000 auxquels nous l'avions portée. Nous répéterons ici le raisonnement que nous

avons fait dans V Essai historique , géographique et statistique sur ce royaume , que nous avons publié avec M. de la Roquette, mais après avoir rectifié l'estimation de la dette différée , d'après des documens officiels dont nous n'avons eu connaissance qu'après la publication de cet ouvrage. Il est vrai, disions-nous dans ce tableau , que la dette inscrite du ci-devant royaume des Pays- Bas, ou la dette intégrale qui perçoit un intérêt de 2 1/2 pour cent, ne s'élève qu'à environ 1,664,669,000 fr. ; mais il y a en outre d'autres dettes dont il faut tenir compte. Nous citerons d'abord les 88,000,000 de florins donnant 4 1/2 pour cent d'intérêt; ensuite les 20 millions dont la rente remboursable sur les domaines est de 2 1/2 pour cent; enfin la dette différée. Par l'arrangement pris en 1815, les deux tiers de la dette déclarée nulle par Napoléon en 1810, montant alors à la somme énorme de 1,146,304,061 de florins de Hollande, et s'élevant encore en 1826 à 860, 000,000 de florins , ont été admis, sous le titre de dette différée, à faire partie de la dette inscrite au fur et à mesure que le fonds d'amortissement diminuerait cette dernière. La dette différée est donc une dette réelle, qui ne saurait et ne doit pas être négligée ; son action sur la dette inscrite est permanente; en portant même à 5,000,000 de florins les rachats annuels produits par le fonds d'amortissement, il ne faudrait pas moins de 172 ans pour voir passer toute la dette différée sur le grand-livre de la dette inscrite. Pendant ce long laps de temps, la dette réelle ne saurait éprouver la moindre diminution.

La dette différée doit donc être ajoutée à la dette réelle, et leur ensemble offrira la véritable dette des Pays-Bas à la fin de 1826, époque à laquelle se rapporte cette évaluation comme toutes les autres de la Balance. On nous aurait pu faire les mêmes reproches en Allemagne sur la dette de l'empire d'Autriche. Depuis son organisation définitive, réglée par les patentes de 1816 et 1818 , la dette ancienne de cette puissance pourrait être comparée à la dette différée des Pays-Bas, et sa dette nouvelle à la dette réelle de ce dernier royaume. Plusieurs motifs qu'il serait trop long d'exposer ici nous ont engagé à conserver notre évaluation de la dette de l'Espagne, d'au-

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tant plus que nous avons vu le traducteur delà Balance s M. Caballero, la porter encore à 15,500,000,000 réaux, quoique écrivant dans la capitale de la monarchie Espagnole et sous l'influence des rigueurs de la censure de son gouvernement.

Ce n'est pas sans étonnement que nous avons vu des auteurs estimables et consciencieux rejeter notre évaluation officielle de la dette du Royaume-Uni pour adopter l'évaluation erronée donnée par un ministre des finances de France, dans son discours à la chambre des députés, le 19 mai 1828. M. Roy ne peut avoir porté la dette anglaise à 1, 280,000,000 livres sterling (32,000,000,000 de francs), qu'en ne tenant aucun compte de la dette rachetée, qui bien loin d'être une dette , doit être au contraire regardée comme une branche considérable du revenu , depuis que l'on a pris le parti d'employer la plupart du produit des rentes rachetées à couvrir les dépenses de l'état au lieu de les faire servir, comme l'exigerait leur création primitive, à grossir le fonds d'amortissement. Le 5 janvier 1819, la dette fondée du Royaume - Uni s'élevait à 1,230,395,567 liv. sterl. ; mais sur cette somme énorme, 389,637,049 ayant été rachetées par le fonds d'amortissement, la dette réelle n'était que de 840,758,518. Le 5 janvier 1830, la dette réelle fondée n'était que de 771,251,932. Ces estimations, que nous avons puisées aux documens publiés par le parlement, démontrent combien sont erronées certaines estimations reproduites il y a quelques années dans les journaux français, allemands et anglo-américains, qui portaient la dette fondée anglaise à 897,098,557 liv. sterling en janvier 1827, et d'autres jusqu'au-delà de 1,280,000,000 sterling. Ce que nous venons de dire de l'Angleterre doit s'appliquer à la dette française.

Cette dernière n'est pas telle qu'elle parait être dans le budget, où au 1er janvier 1827 la rente constituée est portée à la somme de 1 99,599,000 francs, représentant un capital nominal de 4,341,537,000 francs, mais bien de 156,884,600 francs , qui ne représentent qu'un capital nominal de 3,411,991,000. Cette différence vient du rachat de 929,546,000 francs opéré par le fonds d'amortissement. La somme admise dans le tableau est beaucoup plus forte parce qu'on y a compris

la dette flottante et d'autres articles qu'on a cru devoir ajouter.

Des statisticiens très distingués ne tenant pas compte des époques diverses auxquelles se réfèrent plusieurs documens officiels ou semi-officiels relatifs aux dettes de certains états, les ont nonseulement singulièrement exagérées , mais quelquefois ils ont même attribué à ces états des dettes imaginaires. Le savant Crome portait encore en 1827 à 3,973,426 rixdalers la dette nationale du duché de Brunswick; cette évaluation, tout erronée qu'elle est pour cette année, serait assez exacte si on la reportait à l'année 1813; mais il parait qu'à l'époque de la publication de l'ouvrage de M. Crome plus de la moitié de cette somme avait été rachetée; quant à la dette dont les domaines de ce duché étaient affectés, on nous assure qu'elle a été entièrement rachetée. MM. Hassel , Stein, Liechtenstern, Gaspari, Cannabich, Zedlitz et tous les autres statisticiens de l'Allemagne s'accordent à donner au grand-duché de Toscane une dette de 60 à 80 millions de florins; le savant et consciencieux baron de Malchus luimême, dans son ouvrage sur les finances publié en 1830, porte encore à 56 millions de florins du Rhin la dette de cet état. Cependant , depuis plusieurs années , la dette de la Toscane qui, en 1806, s'élevait à 104,795,346 francs, a été entièrement éteinte par l'exécution fidèle du plan tracé par M. de Chabrol sous le régime impérial. Nous n'avons pas été peu surpris en voyant M. Hortolan, dans sa nouvelle édition du Régulateur universel de Martin , reproduire à la fin de ce livre les colonnes des revenus et des dettes publiques des principaux états du globe , publiées dans la Balance, en modifiant nos estimations de manière à donner à la Toscane en 1830 une dette de 60,000,000 de fr. ! Cela est d'autant plus extraordinaire , que M. Hortolan, écrivant à Naples, pouvait s'assurer facilement de l'exactitude de ce que nous avions dit dans les observations préliminaires de la Balance relativement à la dette imaginaire que les statisticiens et les géographes s'accordent à donner à cet état.

Des nationaux très instruits nous ont fait quelques remarques sur nos évaluations relatives aux dettes de quelques

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états de l'Europe septentrionale, prétendant que nous les avions portées trop haut dans Ja Balance. Nous avons revu nos calculs, nous nous sommes procuré d'autres renseignemens, et nous avons trouvé que ces reproches étaient en partie justes. Nous nous empressons de rectifier les chiffres auxquels nous nous étions arrêté sur l'autorité des plus savans statisticiens de l'Allemagne, d'après les faits exposés dans quelques articles rédigés avec un talent remarquable dans le Politisches Journal publié à Hambourg , et dans quelques autres écrits périodiques également estimés; mais nous nous garderons bien d'adopteraveuglément les estimations que d'autres nationaux nous ont proposées. Nous admettons avec eux que la Suède depuis quelques années n'a plus de dette payant intérêt ; mais elle a encore un papier-monnaie qui , quoique très bien garanti , ne saurait cependant être comparé aux billets de la banque de France. Cette remarque doit s'étendre au papier-monnaie du Danemark et d'autres états. La valeur de ces différens papiers à la Bourse nous dispense de tout autre raisonnement pour justifier notre assertion; nous avons donc cru pouvoir porter encore la dette de la Suède à 54,000,000 de francs pour la fin de 1826 et celle du Danemark pour la même époque à 280,000,000 de francs. M. Nathanson, dans un ouvrage publié il y a quelques années et dont nous ne connaissons que l'extrait donné par les journaux, porte cette dernière pour 1830 à 106,575,000 rixdalers bank équivalant à 296,800,000 francs.

Les personnes étrangères à la statistique ne peuvent se former une idée des difficultés sans nombre qu'on rencontre dans l'estimation des dettes, surtout lorsqu'on veut tenir compte du papier-monnaie, qui est réellement une dette contractée par le gouvernement envers la nation, et qui exige de nouveaux emprunts ou de nouveaux impôts pour l'anéantir. Mais tout en ajoutant aux dettes des états les sommes qui représentent la masse de leur papier-monnaie respectif mis en circulation, nous avons tenu compte des quantités de ce papier qui ont été détruites par les différens gouvernemens jusqu'à la fin de 1826. Avant la création de la banque, la Russie n'avait pas moins de 875,537,920 roubles d'assignats en circulation ; dans

l'espace de cinq ans on en a brûlé pour la somme de 191,109,420 roubles et pour 44,768,230 en 1822 ; à la fin de 1826 la masse restant en circulation était réduite à 595,776,310 roubles. L'empire d'Autriche n'offre pas des résultais moins favorables. La masse du papier-monnaie qui en I8ii s'était élevée à 1,060, 000,000 de florins d'Augsbourg, était en 1828 réduite à 78,500,000 florins ; aussi ses fonds publics à 5 pour cent qui en 1817 étaient cotés à la bourse 48, sont montés progressivement à 56 en 1818, à 73 en 1820 à 83 en 1823, à 90 en 1826, et depuis ils se sont élevés jusqu'à 104 et plus. Il arrive quelquefois que les gouvernemens contractent à une certaine époque des emprunts pour des sommes considérables dans le but de faire certaines opérations financières ou de se livrer à des entreprises très coûteuses, dont l'exécution se trouve retardée par différens motifs. En attendant, la moitié seulement et quelquefois même une petite fraction des sommes stipulées dans l'emprunt ont été délivrées par les capitalistes. Le statisticien qui entreprend la rédaction d'un tableau générai dont tous les chiffres doivent se rapporter à une même époque, devra-t-il admettre dans sa colonne des dettes la totalité des sommes stipulées dans ces emprunts , dont une partie seulement a été versée entre les mains du débiteur? Nous avons cru que nous ne devions porter en somme que les quantités réellement versées jusqu'à la fin de 1826 , puisque les sommes restantes n'ayant pas encore été reçues , leur emploi doit figurer parmi les'ressources des années suivantes. Nous citerons deux exemples pour éclaircir ce sujet et mettre à l'abri de la critique nos évaluations des dettes de la monarchie Danoise et des Etats - Unis de l'Amérique centrale.

M. Barberena , ancien député de Guatemala, nous a assuré de la manière lapins positive que sur l'emprunt projeté de 1,428,750 livres sterling indiqué dans les Stalistical Illustrations comme ayant été réalisé à Londres en 1825 , il n'y eut de payé que la somme de 1 63, 000 liv. Sur la somme de 5,625,000 liv. sterl. de l'emprunt contracté en Angleterre par le roi de Danemark dans la même année , nous avons la certitude que le gouvernement danois n'en avait pas reçu la moitié à la fin de 1826.

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Nous ajouterons encore quelques lignes relativcmentaiïx revenus et aux dettes des Confédérations. Dans ces grandes réunions d'états il faut toujours distinguer le budget fédéral du budget particulier de chaque état. Comme les nombreuses recherches auxquelles nous avons dû nous livrer pour la rédaction de cet Abrégé ne nous ont pas laissé assez de loisir pour connaître, du moins approximativement, le revenu particulier de chaque état de ces grands corps politiques , nous avons dû nous borner à ne donner dans le tableau statistique du Nouveau- Monde que leurs budgets fédéraux respectifs. A l'égard des confédérations de l'Europe, nous ferons observer que la Confédération Germanique ne nous offrait aucune difficulté; nous avons même été assez heureux pour trouver les moyens de donner au complet tous les budgets de la Confédération Suisse enveloppés jusqu'à présent dans le mystère et presque tous inaccessibles à la statistique ; nous en sommes redevable aux faits importans que M. le baron de Malchus a consignés dans son ouvrage sur la science des finances et de l'administration , et à l'obligeance d'un de nos correspondons , qui a bien voulu remplir les lacunes laissées par le savant statisticien allemand; nous regrettons beaucoup qu'il nous soit défendu d'en prononcer le nom, et que la différente valeur des florins en usage dans cette contrée laisse beaucoup de doutes sur l'évaluation du revenu de quelques cantons. Notre cadre se refuse aux détails dans lesquels nous devrions entrer pour indiquer les sources si différentes d'où découlent les recettes des budgets fédéraux du Nouveau-Monde. Nous dirons seulement un mot 'sur celui des Etats- Unis à cause de son importance et de sa stabilité. En temps de paix le revenu général de la Confédération provient de deux sources principales : 1° des taxes indirectes ou droits sur le tonnage des navires et sur les marchandises étrangères au moment de leur importation ; 2° de la vente des terres nationales. Les autres branches de revenus consistent dans le prix des passeports de mer et des déclarations de sortie, dans les amendes, les forfaitures, les produits de la poste aux lettres , des brevets d'invention et les dividendes de 70,000 actions de la banque nationale qui appartienneat au gouver-

nement fédéral. En temps de guerre on émet des billets du trésor , on fait des emprunts et l'on crée des impôts ; mais toutes ces taxes sont abolies aussitôt que j la guerre est finie.

Nous avons cru devoir donner à cet article une aussi grande extension , parce que le sujet qu'il traite est évidemment de la plus haute importance, et que c'est celui sur lequel les statisticiens ont fourni les données les plus contradictoires. D'ailleurs, en entrant dans tous ces détails , nous avons voulu prévenir la critique ; car c'est en éclairant un point douteux qu'on parvient à mettre fin à des polémiques toujours fatigantes et souvent inutiles.

armée et flotte. L'évaluation des forces de terre et de mer entretenues par les différens états est presque aussi difficile à faire que celle de leurs revenus et de leurs dettes, par la multiplicité des causes qui peuvent induire en erreur le géographe et le statisticien. Nous n'entreprendrons pas à présent leur analyse; ce serait sortir des bornes de cet ouvrage; nous ferons seulement quelques observations pour éviter les méprises et pour démontrer au lecteur que , malgré les chiffres précis offerts par les tableaux des statistiques générales de l'Europe , l'homme du métier, le statisticien consciencieuxnepeut et ne doit y voir que de simples approximations, lors même que ces tableaux seraient faits avec critique et d'après des documens officiels ou semi officiels. Que doit-on dire de ces tableaux rédigés sans aucune critique et sur des documens empruntés à des ouvrages publiés à 40 ou 50 ans d'intervalle l'un de l'autre, ou à des géographies et à des dictionnaires géographiques ? De semblables tableaux offrent dans la même colonne les élémens les plus hétérogènes, et donnent par conséquent les idées les plus erronées sur la force respective des états dont ils devraient être la mesure approximative. L'armée d'un état y est calculée sur le pied de guerre ; celle d'un autre sur le pied de paix ; ici la force de l'ar- ' mée se réfère à l'année 1815; là elle se rapporte à l'année 1826 ; dans un état on ne donne que les seules troupes de ligne qui sont sous les drapeaux ; dans un autre tous les cadres de l'armée sur le pied de paix , tandis que dans un troisième on joint à ces deux élémens les mi-

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lices actives et même la garde nationale. Dans ces mêmes tableaux la colonne des forces navales n'offre pas d'éiémens moins disparates. Ici on compte dans la flotte d'un état les chaloupes canonnières, omises en calculant les forces maritimes d'un autre ; là on fait entrer dans la flotte tous les bàtimens qui sont sur les chantiers , quel que soit l'état où ils se trouvent ; ailleurs on n'y admet que ceux qui sont entièrement achevés, tandis qu'à l'égard d'autres états on réduit la flotte aux seuls bàtimens qui sont en activité de service. La différente manière de classer les bàtimens- de guerre chçz les nations ajoute encore à ces difficultés , lorsque dans une statistique générale on veut distinguer les vaisseaux de ligne des frégates, et celles-ci des corvettes, des bricks et autres bàtimens inférieurs.

Dans les colonnes des forces de terre on a donné pour chaque état le cadre de l'armée permanente, à l'exception des Confédérations Suisse et Germanique, dont en a indiqué les contingens respectifs. Ces derniers ainsi que le cadre de l'armée permanente des autres états dépassent beaucoup en temps de paix et dans les temps ordinaires le nombre des militaires sous les armes. On n'a jamais compté les milices dans l'armée de terre. Quant aux forces maritimes, par des raisons qu'il serait trop long d'exposer ici, on a compté dans la flotte de chaque état tous les bàtimens existans, môme ceux qui étaient en construction, mais on a exclu toutes les chaloupes canonnières. Nous indiquerons plus bas les principes qui nous ont servi de guide pour la classification des bàtimens de guerre que nous avons adoptée, afin d'offrir des élémens aussi comparables que possible. Nous croyons inutile de dire que toutes nos évaluations se rapportent à la même année. Nous avons déjà

vu combien cette condition est importante dans la rédaction d'un tableau quelconque de statistique générale.

Ce serait une erreur grave de croire que tous les hommes indiqués par le cadre du pied de paix fussent constamment sous les armes. Leur entretien serait trop coûteux pour la plupart des états. Depuis plusieurs années , tous les gouvernement ont adopté le système de ne garder sous les drapeaux que les hommes dont l'instruction n'est pas terminée'; ainsi, par exemple, dans le royaume de Wurtemberg , la force des compagnies et des escadrons varie selon les saisons et les exercices, et d'après les exigences plus ou moins pressantes de l'arme. Le nombre d'hommes sous les drapeaux en hiver n'est que d'environ 3000 ; en septembre, époque des grandes manœuvres, il va jusqu'à 8000, tandis que pendant les autres mois il n'est que de 5000. L'effectif de l'année prussienne n'est que de 83,400 hommes , quoique le cadre de la seule troupe de ligne sur le pied de paix s'élève à 199,452 hommes; celui de l'armée de la Bavière était, il y a quelques années, de 17,386; l'effectif de l'armée française en 1826 était de 227 ,667 hommes , tandis que son pied de paix s'élevait à 279,957. Ces différences seraient encore plus grandes si l'on voulait offrir le cadre des armées à différentes époques. Le cadre de l'armée du royaume de Bavière, par exemple, en 1818, était de 79,168; en 1819 il a été réduit à 43,260; plus tard il a été porté à 44,981 , et enfin à 53,898. Nous ajouterons le tableau suivant pour faire voir jusqu'à quel point on s'expose à donner des évaluations erronées , quoique basées sur des decumens officiels, lorsqu'on néglige de choisir pour tous les états des élémens comparables.

Pied de Paix.

Pied de Guerre.

Monarchie Française . . .

Monarchie Prussienne.

Royaume de Wurtemberg Royaume Sarde.

Monarchie Danoise. . . .

Les statisticiens et les géographes les plus distingués donnent les évaluations les plus disparates sur l'armée de l'empire Russe. Millier l'estime à 899,538 hommes; Fredau , dans son tableau de l'Europe, en 1819, la réduit à 680,000; MM. Hassel et Wichmann l'évaluent ,

pour l'année 1812, à 639,415, nombre identique à celui qui a été adopté dans un tableau statistique publié dans les Ephémérides géographiques de Weimar , et qui cependant devait se rapporter à l'année 1818, et à celui du tableau du baron de Liechtenstern publié

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à Vienne en 1819. Stein , dans la même année, la porte dans son Dictionnaire à 987,117, et M. Cannabich, dans sa Géographie publiée en 1821 , dit qu'en 1820 elle montait à 989,117 hommes.

Des listes officielles la portaient à 639,41 5 hommes en 1810, à 632,155 en 1815, et des rapports semi - officiels la disaient réduite à 450,000 hommes en 1819 ; mais l'année suivante , un des meilleurs écrits périodiques de l'Allemagne, le Politisches Journal, publiait un tableau officiel qui la portait à 989,117 , non compris l'armée polonaise estimée à 50,000.

Plusieurs journaux, en réunissant ces deux sommes, ont publié de prétendus états officiels de l'armée russe, qu'ils portaient dans ces dernières années à 1,039,117 hommes. Dès Tannée 1822, nous avons émis nos doutes dans la Statistique du Portugal comparé aux autres états de l'Europe , sur l'exactitude de ce prétendu tableau officiel , et nous n'avons pas hésité à réduire l'armée russe à 800,000 hommes, même en y comprenant les 50,000 soldats qu'on accordait alors au royaume de Pologne. Plus tard , sur l'assurance positive que nous donnèrent quelques officiers supérieurs, que le cadre de l'armée de l'empire dépassaitde beaucoup un million de combattans, et voyant M. Hassel adopter définitivement la prétendue estimation officielle des journaux, et tous les géographes et les statisticiens les plus distingués suivre son exemple, nous avons craint de nous être trompé, et nous avons admis son évaluation dans la Balance. Mais les faits positifs et les raisonnemens de M. Schni tzler, dans sa statistique de l'empire Russe, nous ont engagé à faire de nouvelles recherches; leur résultat nous a prouvé la justesse des calculs de ce statisticien, et nous n'hésitons pas à les admettre dans le tableau en réduisant le cadre de l'armée russe sur le pied de paix, à la fin de 1826, à 670,000 hommes; encore ferons-nous observer avec M. Schnitzler que ce nombre doit être regardé à cette époque plutôt comme nominal qu'effectif. Nous ajouterons qu'un journal militaire très estimé, publié en Allemagne, ne la portait à celte époque , même en y comprenant les colonies militaires , qu'à 747,000. Cette évaluation diffère peu de celle de M. Nielkm-Guilbert, qui, pour 1828, estimait

l'armée russe à 764,000 combattans , nombre dont il faudrait retrancher les 60,000 soldats qu'il accordait au royaume de Pologne. Nous croyons inutile de faire observer que dans notre estimation nous nous sommes bien gardé d'admettre les centaines de mille hommes, que d'après des rapports très exagérés , on accordait aux colonies militaires de l'empire Russe.

Le retard des renseignemens que nous avions demandés sur l'armée prussienne et les prétendues listes officielles publiées dans les journaux nous ont fait commettre une erreur dans le sens contraire relativement à "l'armée prussienne , dont nous n'avons évalué le pied de paix qu'à 162,600 hommes. Les documens officiels que nous avons reçus de Berlin portent le cadre de l'armée' permanente pour la fin de 1826 à 199,360, nombre presque identique à celui qu'a donné M. Fœlix dans une brochure très importante que ce savant avocat a publiée sur la Force armée de la Pî'usse , dans laquelle il porte le cadre de l'armée prussienne de toute arme à 199,452 bommes.

Des personnes peu au fait des anomalies que présente cette partie de la statistique, ont trouvé que nous portions trop haut le chiffre de l'armée suédoise en nous faisant observer que l'on ne doit regarder comme troupe de ligne que la voerfavde ou les troupes en sei-vice actif ([m comprennent 6,867 hommes et l'état -major qui ne compte que 161 individus; que tout le reste de l'armée qui forme Vindelta ou les troupes colonisées doit être considéré comme des milices, et par conséquent exclu de la colonne des armées permanentes. Mais les détails qu'on nous a donnés sur l'organisation de ces troupes nationales, qui constituent la force de la Suède, nous ont engagé à persister dans notre ancienne évaluation. Ce ne sont pas des milices, ce sont des troupes régulières d'une excellente tenue ; la cavalerie surtout est remarquable par son parfait aplomb. Depuis Charles XI , créateur de l'armée et de la flotte colonisées, 6 régimens de cavalerie répartis en 2 inspections générales , et 26 régimens d'infanterie divisés en 9 brigades et 4 inspections générales, sont répartis sur toute la surface du royaume. Ils portent le nom des provinces où ils sont cantonnés. Depuis les lieutenans-

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généraux quisonl chargés des inspections jusqu'au dernier soldat , tous vivent du produit de leurs boslœlle ou des indemnités provinciales, et nul n'est soldé par l'état. Pendant onze mois de l'année ces troupes restent dans leurs foyers , occupées à cultiver leurs terres; seulement les régimens d'infanterie sont employés successivement à des travaux extraordinaires, au creusement des canaux ou à la construction des routes, et alors ils reçoivent une solde journalière. Tous les dimanches les officiers et les sous-officiers exercent les soldats qui sont immédiatement sous leurs ordres. Le mois de juin tst consacré aux exercices généraux qui complètent l'éducation de cette armée montant à 29,818 hommes, dont 4944 de cavalerie. Nous rappellerons à nos lecteurs que dans les cadres des armées permanentes des états qui possèdent des colonies, on a compris toutes les troupes de ligne qui se trouvent hors de l'Europe; à l'égard de la monarchie Anglaise on y a même compris les 22,540 hommes à la solde de la Compagnie anglaise des Indes-Orientales. L'espace nous manque pour exposer les motifs de notre procédé. La Confédération Suisse n'entretient aucune troupe réglée à l'exception de quelques villes comme Genève et autres qui ont une garnison pour la police permanente. Mais la plupart des cantons ont des écoles militaires pour leur milice, où chaque compagnie de toute arme passe alternativement un certain temps et fait le service de la place. Les contingens fédéraux peuvent être rassemblés en 24 heures à leur quartiers généraux respectifs, et en une couple de jours la Suisse peut mobiliser une armée de 72,000 hommes parfaitement exercés et équipés au complet. La plus grande partie des forces des nouveaux états transatlantiques consiste dans les milices. Le nombre des troupes de ligne, si ce n'est dans la république de Colombie , n'est nullement proportionné à leur population. L'armée des Etats-Unis ou de la Confédération Anglo-Américaine est composée de ce qu'exige rigoureusement l'administration militaire, le service médical, l'état-major du corps des ingénieurs militaires auquel on a réuni les ingénieurs géographes, de 4 régimens d'artillerie et de 7 régimens d'infanterie en tout 6183 hommes, en y comprenant les officiers. C'est le noyau d'une armée

qui servirait, en cas de besoin à former une armée effective, en y incorporant des miliciens ; ces derniers s'élevaient à 899,541 en 1821 et à 1,150,158 en 1826.

Afin de mettre le lecteur en état d'apprécier un peu mieux l'importance militaire de quelques états de l'Allemagne, notre tableau ne comprenant que le contingent qu'ils doivent fournir à l'armée fédérale, nous ajouterons que l'armée du royaume de Bavière sur le pied de paix offre une force de 53,898 hommes ; celle du royaume de Hanovre, de 20,918 ; du royaume de Saxe , de 12,700 ; du Grand- Duché de Bade, de 12,433 ; de la Hesse- Electorale, de 9879 hommes: ^Grand- Duché de Hesse, de 8421.

La mesure de la force des armées navales des états suppose toujours la connaissance de deux élémens entièrement différens : la force matérielle et la force des équipages. Nous ne parlerons que delà première pour justifier la classification que nous avons adoptée dans la Balance et que nous reproduisons dans les tableaux statistiques de cet Abrégé. Nous le devons aux renseignemens et aux observations qui nous ont été adressés par plusieurs savans marins, aux lumières desquels nous avons eu recours lors de la rédaction de ce travail.

La force matérielle d'une flotte ne dépend pas seulement, comme on le croit généralement, du genre des bàtimens qui la composent, ou en d'autres termes du nombre des batteries de ses navires , mais de l'ensemble des quatre élémens suivans : le genre ou la force des bàtimens ; le nombre des bouches à feu qu'ils portent y le calibre de ces dernières ; Vâge des navires. Nous signalerons ensuite d'autres renseignemens , dont la connaissance est indispensable pour avoir des élémens comparables.

Nous avons vu à la page 25 les trois classes principales dans lesquelles on s'accorde à ranger tous les bàtimens de guerre des puissances maritimes du globe. Mais ces trois classes admettent chacune des navires dont la force diffère beaucoup d'un état à l'autre. Les Anglais, par exemple, ont des vaisseaux de ligne depuis 50 jusqu'à 130 canons. Ceux de 50 forment même chez eux une ciasse à part, qui aujourd'hui ne nous parait avoir de correspondante dans aucune autre marine militaire, depuis que la France a remplacé

EUROPE

par de grosses frégates les vaisseaux de cette espèce dont elle s'est servi dans les guerres de la seconde moitié du xvme siècle. Depuis cette époque il s'est introduit dans presque toutes les marines de l'Europe un nouveau genre de bàtimens de guerre ; nous voulons parler des vaisseaux rasé? ïe sont des vaisseaux de ligne, dont à i-aison de leur vétusté ou d'autres motifs, on a supprimé la batterie couverte supérieure, pour éviter qu'ils ne fatiguent autant à la mer qu'avec la totalité de leur artillerie primitive. Ces vaisseaux rasés ne diffèrent guère des frégates, que par leurs dimensions, par l'épaisseur de leurs coques et par la supériorité de leur calibre qui est de 36 à 24. Chez presque toutes les puissances maritimes on s'est accordé à augmenter la force des frégates. En France, il y en a qui portent jusqu'à 60 canons; aux Etats- Unis jusqu'à 66, tandis que sous la dénomination de frégate, les Espagnols comprennent tout bâtiment à trois mâts avec une batterie couverte, quel que soit d'ailleurs le nombre des bouches à feu dont il est armé. Une classification générale des navires de toutes les puissances maritimes d'après les trois classes : vaisseaux de ligne, frégates et bàtimens inférieurs offrira donc les élémens les plus disparates si l'on veut se borner à classer les navires d'après la simple indication de leur nature.

L'indication du nombre des canons , même basée sur des documens officiels, n'est pas toujours suffisante pour connaître exactement cet élément essentiel de la force matérielle des flottes. Nous avons signalé cette circonstance dans notre Statistique du Portugal à l'occasion d'un tableau officiel de la flotte portugaise en 1793 , présenté au congrès ; on y porta le nombre total des canons à 1556, somme inférieure de 146 au nombre réel dont étaient armés les 34 bàtimens qui la composaient. On peut dire qu'en général les vaisseaux et les frégates portent un plus grand nombre de bouches à feu que celui qu'indique la classe de bàtimens à laquelle ils appartiennent; ainsi, par exemple, en France, un vaisseau de 120 est souvent armé de 1 30 à 136 canons, et les vaisseaux de 80, de 74, jusqu'aux frégates du dernier rang en ont également un nombre proportionnellement plus grand que celui qui est indiqué par

leur dénomination. Mais ces anomalies, qui diffèrent plus ou moins d'un état à l'autre , deviennent trop considérables dans les Etats-Unis pour que les statisticiens n'en tiennent pas compte. Les prétendus vaisseaux de 74, grandeur arrêtée par le congrès anglo-américain, peuvent presque tous recevoir 98 bouches à feu, et quelques-uns même davantage par une fraude patriotique des ingénieurs constructeurs. L'Ohio ,\>av exemple, qui, d'après les tableaux officiels ne devrait être armé que de 74 canons, est un des plus beaux vaisseaux que Ton ait construits, et est percé pour 102 bouches à feu. La Pennsylvanie , qui est un de ces prétendus vaisseaux de 74, passait il y a quelques années pour le plus grand vaisseau du monde : il est percé pour 140 pièces de canons. La Java', le Potomac et d'autres frégates anglo-américaines sont armées de 60 canons et plus, au lieu des 44 seulement qu'elles devraient avoir d'après les documens officiels. Les bàtimens de troisième classe offrent des différences non moins grandes.

Le calibre des pièces dont sont armés les navires, selon les trois grandes classes entre lesquelles tous les marins s'accordent à partager les bàtimens de guerre, n'offre pas des anomalies moins considérables. Nous ferons observer d'abord que les vaisseaux anglais du premier et du second rang ne portent que du 34, tandis que les anglo-américains ont du 44. La plus forte batterie d'un vaisseau français de 74 est formée de 28 canons de 30 ou 3i) et de 14 caronades du même calibre, dont 10 en fer et 4 en bronze. Nous rappellerons aussi que, selon le capitaine Trant, le Mahmoud, vaisseau ottoman de 120 canons, a du 68 dans le troisième pont. Les vaisseaux rasés , qui d'après ce que nous venons de dire pourraient être assimilés aux frégates du premier rang, portent en France 58 canons de 36 , calibre égal à celui des pièces dont on y arme les plus grands vaisseaux de ligne; les frégates du premier rang portent 60 canons, dont les plus forts sont du calibre de 30 ; celles du second en portent de 52 à 58, dont plusieurs du calibre de 24; et celles du troisième rang en portent de 44 à 46, dont plusieurs du calibre de 18. Les flottes des autres puissances nous offriraient des différences non moins saillantes. On voit donc combien serait vague

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une classification basée seulement sur la nature des bâtimens, de laquelle dépend en grande partie la mesure du calibre des pièces dont on arme les vaisseaux qui lui appartiennent.

Il ne nous reste plus qu'à parler de l'âge des navires. Cet article est beaucoup plus important qu'on ne le croit généralement; et, à l'égard de certains pays, il devient même d'une importance majeure, à cause de la qualité du bois employé dans !a construction des bâtimens. Tandis que des vaisseaux espagnols et portugais durent 25 à 30 ans , ceux de la Russie n'ont qu'une durée de 6 ou 8 ans d'après M. Schnitzler; aussi ce statisticien faitil observer que malgré les efforts faits par l'empereur Alexandre pour maintenir les deux flottes de la Baltique et de la mer Noire, celle-ci de la force de 29 bâtimens de première et de seconde classe , et celle de la Baltique à 27 vaisseaux de ligne et 26 frégates, ce monarque ne put y réussir à cause du grand nombre de navires que, le temps mettait hors de service. Ce n'est que sous le règne actuel que de nouveaux efforts, rendus nécessaires par la guerre contre les Turks, furent couronnés d'un plein succès , et que ces deux nombres furent même dépassés. M. le comte de Chabrol, dans son rapport au roi sur l'état de la marine française en 1826, fait observer que , pour avoir constamment en mer 40 vaisseaux et 50 frégates , conformément à la décision royale du 10 mars 1824, il faut posséder 53 vaisseaux et 60 frégates, dont un douzième doit être renouvelé chaque année. Cependant, d'après l'observation qui nous a été faite par un savant officier de la marine française, la durée moyenne d'un vaisseau neuf parait être , dans ce royaume, de 14 ans, son maximum de 20 ans et son minimum de 10 ; ce même vaisseau à demi radoubé dure 6 ans de plus, et 9 à il ans de plus lorsqu'il est radoubé en entier. Depuis 1815 jusqu'en 1827, le gouvernement anglais a vendu 445 bâtimens de guerre , regardés comme trop vieux pour le service de la marine royale, et du port de 229,847 tonneaux. L'imposante maline militaire espagnole , qui en 1808 comptait 283 voiles , parmi lesquelles il y avait 42 vaisseaux et 30 frégates, était réduite en 1815 à 12 vaisseaux , à 19 frégates et à 30 bâtimens inférieurs, dont plusieurs hors de service. En 1821 , il y

avait au Férol, à Cadix et à Carthagènc 12 vaisseaux de ligne, 19 frégates et 30 bâtimens inférieurs; mais aucun d'eux, selon le rapport fait aux cortès d'Espagne par le ministre de la marine , n'était en état de tenir la mer. Dans la même année, la flotte portugaise offrait un spectacle non moins déplorable. Quelques années de station dans les bassins anglais suffirent pour détruire presque entièrement la magnifique flotte danoise dont l'Angleterre s'est emparée en 1807, lors du bombardement de Copenhague. C'est apparemment à cause du mauvais état auquel se trouvent réduits presque tous les bâtimens de la marine militaire anglo-américaine sur les lacs, qu'il n'en est jamais fait mention dans les différens rapports au congrès, publiés dans les journaux. Selon le capitaine trant, la flotte ottomane, quoique encore assez nombreuse et possédant même un des plus grands vaisseaux de guerre qui existent , est en mauvais état ; plusieurs de ses gros bâtimens sont incapables de tenir la mer. La flotte du vice-roi d'Egypte se compose au contraire de navires aussi remarquables par la beauté de leur construction que par leur force; nous avons dit ailleurs les motifs qui nous ont engagé à la réunira la flotte ottomane. Tous les faits incontestables que nous venons de citer prouvent combien il serait important d'indiquer l'âge des bâtimens de guerre dans tous les tableaux statistiques généraux des forces navales. Nous ne croyons cependant pas qu'aucun auteur l'ait fait jusqu'à présent.

Malgré notre correspondance très étendue, il ne nous a pas été possible de nous procurer ces quatre élémens sur tous les navires qui composaient les marines existant au ier janvier 1827. Ne pouvant omettre dans îa Balance cet élément principal de la force des états, et devant le présenter autant que possible de manière que la flotte d'une puissance soit comparable à celle des autres, nous avons pensé qu'une classification qui ne s'éloignerait pas beaucoup de celle qui est adoptée far les marins, quoique modifiée de manière à laisser moins de vague dans la qualification de la force des navires , serait celle qui offrirait le moins d'inconvéniens. Nous avons en conséquence rangé tous les bâtimens de chaque état dans les trois classes suivantes : dans la

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première, sous la dénomination de vaisseaux de ligne, tous les navires audessus de 50 canons ; dans la seconde , destinée aux frégates , tous ceux de 38 à 50 ; et nous avons réservé pour la troisième, composée des bâtimens inférieurs, tous les navires au-dessous de 38 canons. Par des raisons qu'il serait trop long d'exposer ici, on a exclu de cette dernière toutes les chaloupes canonnières; on a cru cependant devoir faire une exception pour les canonnières pontées de la Suède, à cause de leur importance, et parce que leur construction particulière pourrait presque autoriser à les regarder comme des bricks. Nous rappellerons à ce sujet que la Suède, la Russie, !e Danemark et la Norwège sont les élats qui possèdent actuellement le plus grand nombre de ces bâtimens de guerre; la première n'a pas moins de 200 canonnières découvertes et 100 chaloupes canonnières ; la Norwège en compte 105 de diverses grandeurs; la Russie 121 et le Danemark 80. La différence énorme entre le nombre nominal des canons dont un bâtiment angloaméricain est armé et le nombre réel , nous a engagé à ranger dans nos trois classes tous les bâtimens de la marine militaire des Etals-Unis d'après le nombre de canons indiqué par les documens que nous avons été assez heureux pour nous procurer. C'est ce qui fait que le nombre de vaisseaux , de frégates et de bâtimens inférieurs que nous assignons à l'Union, diffère sensiblement des nombres correspondans qu'on trouve dans les documens officiels. La même remarque doit s'étendre aux flottes anglaise et française. Mais dans celles-ci, de même que dans les flottes de toutes -les autres puissances maritimes, nous ne nous sommes permis aucune modification sur le nombre de canons indiqué dans les états officiels, parce que, comme nous l'avons vu, la différence est assez petite pour pouvoir être négligée. Malgré cela notre classification a fait disparaître toutes les frégates de la flotte française, parce que le nombre de leurs canons nous a obligé de les ranger avec les vaisseaux de ligne. En suivant la classification adoptée en France et dans d'autres pays, la flotte de cette monarchie se composait, au 1er janvier 1827, de 59 vaisseaux de ligne, 51 frégates et de 213 bâtimens inférieurs;

dans le tableau nous avons mis 1 10 vaisseaux de ligne, 0 frégates et 213 bâtimens inférieurs. Cette remarque doit s'étendre aussi à la flotte grecque.

Mais il y a deux autres circonstances relatives aux forces navales des états, qu'il ne faut pas négliger lorsqu'on veut dresser un tableau général; nous vouions parler des vaisseaux en activité et des vaisseaux en construction. Bien des géographes et plusieurs statisticiens ont cru à tort devoir exclure de l'évaluation des forces maritimes des états, non-seulement tous les navires qui sont encore en construction , mais même tous ceux qui étant depuis long-temps achevés ne . sont pas en activité de service , quel que soit d'ailleurs l'état où ils se trouvent. Notre mantère de voir a été entièrement différente. Les vaisseaux de guerre, nous sommes-nous dit, coûtent des sommes immenses à l'état, et leur construction exige un temps très considérable. Dès qu'ils sont capables de servir , ou seulement susceptibles d'être mis en activité par des réparations, qu'ils soient armés ou non, ils constituent toujours des ressources militaires d'une haute importance qui existent en effet et dont le gouvernement peut disposer. Nous devons donc en I tenir compte et les ranger tous dans la colonne que le nombre des canons leur assigne. Nous n'avons pas été les seuls à penser de la sorte, puisque c'est d'après cette base que plusieurs auteurs et un grand nombre de journaux ont évalué et évaluent encore le matériel des flottes de quelques états. C'est ainsi, par exemple , que sur les 12 vaisseaux de ligne et 15 frégates dont la construction a été décrétée en 1816 parle congrès des Etats- Unis , sept vaisseaux seulement et quatre frégates avaient été lancés à l'eau jusqu'à la fin de 1826 ; tous les autres bâtimens étaient encore sur les chantiers et bien loin d'être achevés. Néanmoins presque tous les voyageurs , les journaux d'Europe et même ceux d'Amérique s'accordaient alors à parler de la flotte des Etats-Unis comme si elle eût été tout en état de mettre à la voile. Mais l'emploi différent que les puissances maritimes font du matériel de leurs flottes offre des différences bien plus grandes dans l'évaluation de leurs forces respectives, si l'on ne fait pas attention à cette circonstance qui est majeure pour le géo-

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graphe et le statisticien. La marine militaire anglaise, composée en 1814 de 1054 bâtimens, dont 26 1 vaisseaux de ligne et 264 frégates, montés par 171,549 hommes, ne comptait déjà en 1816 en service effectif que 281 bâtimens, dont 41 vaisseaux de ligne, 13 de 44 à 50 canons, 63 frégates et 164 autres bâtimens infé-

rieurs. Le tableau suivant offre les différences énormes que présentait la flotte anglaise vers la fin de décembre 1826 , considérée dans trois circonstances diverses , savoir : bâtimens en commission (in commission); bâtimens dans les stations ordinaires (in ordinary) et bâtimens en construction.

Vaisseaux. Frégates. Bâtimens inférieurs. Total.

En commission. 22 18 143 183

En station ordinaire. 119 69 122 310

En construction 24 30 59 113

Total 1G5 ~7TT 324 ' ~6Q6~

Nous ferons observer que, généralement parlant, en temps de paix ce n'est que le plus petit nombre de bâtimens de guerre qui est réellement armé , ou , en d'autres termes, en activité de service. La Suède, par exemple, n'a point de stations maritimes; malgré sa flotte nombreuse, elle n'entretient à la mer que quelques flottilles de cannonières pour exercer les finies officiers et les classes de marins. La Norwège n'a jamais en mer plus de deux ou trois bricks et goélettes. La marine autrichienne au contraire, que des ouvrages très répandus regardent comme nulle, comptait en 1825 72 bâtimens, parmi lesquels 3 vaisseaux de ligne et 6 frégates , et en avait 57 d'armés , dont deux frégates , 1 corvette et 6 bricks ; dans ce nombre n'étaient pas

comprises les chaloupes canonnières.

Nous finirons cet article par présenter le tableau des marines militaires de l'Europe; il devrait faire partie du tableau statistique de cette partie du monde; mais Je format de cet abrégé nous oblige à l'en détacher. Tous ses élémens se rapportent à la fin de l'année 1826 , à l'exception de ceux qui sont relatifs à l'empire Ottoman et au nouvel Etat de la Grèce, pour lesquels on se réfère à l'année 1833. Nous croyons inutile d'en indiquer les motifs. On a donné provisoirement au royaume actuel de Hollande toute la flotte du cidevant royaume des Pays-Bas , parce que l'on ignore la fraction qui a pu rester aux Belges. Les états sont disposes selon l'ordre observé pour leur description dans cet abrégé.

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