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TABLEAU MINÉRALOGIQUE DE L'ASIE

Diamans. Inde, royaume du Nizam , Balaghat , Soumbhoulpour , Gundur, Ceylan ; Asie Russe,

gouvernemensde Perm et d'Orenbourg.

Autres pierres précieuses. Empire Birman; royaume de Siam; Inde, Cejlan , etc. ; Russie Asiatique, dans les gouvernemens de Perm , d'Orenbourg , de Tomsk , dMrkoutsk . etc. ; empire Chinois, Chine, etc.; royaume de Perse, Khorassan, etc.; Turkestan-Indêpendant, Badakhchan.

Or. Empire Japonais, îles Sado , Niphon , etc. , empire Chinois, Tibet , Yun-nan , etc. , pays des Lolos; île Haï-nan; Asie Russe, gouvernemens de Perm, d'Orenbourg, de Tomsk, etc.; empire. Birman; Ava, Laos, etc. ; empire d'An-nam, Tonquin et Laos , etc.; royaume de Siam, Laos; péninsule de Malacca; Asie Anglaise, royaume d'Assam , etc.. Argent. Empire Chinois, Chine ; Russie Asiatique, gouvernemens de Tomsk , Il koutsk , etc. ;

empire d'An-nam, Tonquin , Cocliinchine ; empire Japonais, province de Bungo ; Asie Ollo- . mane, Arménie , Asie-Mineure.

Etain. Royaume de Siam, île Djankseylon, etc.; péninsule de Malacca, royaume de Ligor, royaume de Quéda , etc.; empire Chinois, Chine; empire Birman; empire d'Annatn, Cocliinchine , etc.

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Mercure. Empire Chinois, Chine, Tibet; empire Japonais; Inde? Ceylan.

Cuivre. Empire Japonais, province de Sourounga , letsingo , Kiïno-kuoni, etc.; Asie Russe, gouvernemens de Perm , d'Orenbourg , de Tomsk , Géorgie , etc. ; Asie Ottomane, Asie-Mineure , Arménie ; empire Chinois, Yun-nan , Kouei-tcheou , etc. ; dans la Chine , le Tibet, etc. ; empire d'An-nam; Inde, Népal, Agra, Adjimèr, Nellore, etc.; royaume de Perse, Adzarbaïdjan.

IJpER.Asie Russe, gouvernemens de Perm , d'Orenbourg, de Tomsk , d'Irkoutsk ; Inde, Cachemire, Népal, Bengale, Bahar, Oude, Agra, Berar, Nellore, etc.; empire Chinois, Chan-si, Chen-si dans la Chine, Tibet, Boutan ; royaume de Siam; royaume de Siam proprement dit; empire d'An-nam, Tonquin, etc. ; Asie Ottomane, Diarbekir, etc. ; royaume de Kaboul, Confédération des Seikhs, Peichaouer; royaume de Perse, Fars; empire Japonais.

Plomb, Empire Chinois, Chine; Asie Russe, gouvernemens d'Irkoutsk, de Tomsk, de Géorgie; royaume de Siam; empire Japonais, île de leso ; royaume de Perse, Fars ; Arabie, imanat de Mascate ; Asie Ottomane, Asie-Mineure , Arménie.

Charbon de terre. Empire Chinois, les provinces septentrionales de la Chine ; Inde, Bengale , etc. Ce minéral existe dans plusieurs autres contrées de cette partie du monde, mais sans y être exploité.

Sel. Empire Chinois, Tchy-Ii et autres provinces de la Chine propre ; Inde, Guzerate, Adjimer, Bengale, Lahore, Allahabad, Agra, Orissa, etc., côte de Coromandel, Arakan, Ceylan, etc.; Asie Russe, step d'Ichim , de Baraba , etc. , lac de Koriakov, non loin de l'Jrtyche , Chirvan, Arménie , etc. ; royaume de Perse; Arabie, Yémen ; Asie Ottomane, Anatolie , Chypre , etc.

végétaux. Cette immense partie de l'Ancien Continent est dotée d'une végétation extrêmement riche est variée. Toutes les familles naturelles semblent en effet avoir des représentans dans les plantes de l'Asie, car la vaste étendue de son continent réunit les climats les plus disparates. Depuis les humbles végétaux des mers glaciales qui composent la Flore Arctique, jusqu'aux arbres gigantesques et aux plantes des Indes orientales , admirables par le luxe de leur végétation , on trouve en Asie tous les intermédiaires ; quelquefois les extrêmes semblent exister dans une même contrée, comme, par exemple, dans le nord de la presqu'île en deçà du Gange où la haute chaîne des monts Himalàya présente une végétation polaire ; mais la plupart des autres pays de l'Asie offrent chacun une végétation homogène et tellement caractéristique que, pour donner une idée générale des plantes qui couvrent le Continent Asiatique, nous croyons convenable de le diviser en plusieurs grandes régions. Nous avouerons néanmoins que ces régions présentent sur leurs bords des nuances qui se fondent entre elles de manière à ne point offrir de limites précises. Elles se lient aussi par les plus grands rapports avec les autres parties du monde qui les avoisinent. Ainsi, la végétation de Tune a l'aspect Européen, tandis que celle de l'autre est ou Africaine ou Océanique, selon qu'elle est soumise aux mêmes influences climatériques de l'Afrique ou de l'Océanie. Mais ce défaut de précision est inévitable , lorsqu'on veut parler d'une manière générale des productions naturelles d'une immense contrée. Les régions suivant lesquelles nous divisons

l'Asie sous le point de vue botanique sont : 1° la région Sibérique ; 2° la région Sînico-Japonique ; 3° la région Arabico-Persique ; 4° la région Indique.

Région Sibérique. Sous cette dénomination, nous entendrons la réunion de ces immenses contrées qui s'étendent depuis les monts Ourals à l'occident jusqu'à la mer du Kamtchatka à l'orient, et depuis la mer glaciale jusqu'aux confins de la Chine proprement dite et aux montagnes qui bordent le Tibet. Arrosées par une multitude de fleuves et de rivières, coupées en divers sens par plusieurs grandes chaînes de montagnes , ces contrées nourrissent un nombre de végétaux fort considérable, nombre qui doit s'accroître à mesure qu'on s'éloigne du 'pôle et que l'aspect du pays est plus diversifié. Jetons un coup-d'œil rapide sur la nature des régions partielles qui divisent naturellement cette grande portion du Continent Asiatique. Toute l'étendue comprise entre la Russie d'Europe et le fleuve Iénisseï offre dans ses productions une physionomie européenne. C'est à l'est de ce fleuve que l'on croit être réellement en Asie , soit par la nouveauté des plantes , soit par l'aspect étrange de la contrée. Ici ce n'est plus, comme dans la partie occidentale, une terre où çà et là s'élèvent des collines et quelques hautes sommités , mais le pays est traversé par de hautes chaînes de montagnes entre lesquelles s'étendent de vastes plaines ou des vallées remarquables par leur fertilité. Les bords du Iaïk , de l'Irtyche , de l'Ob et de la Selenga sont les lieux qui ont été le plus explorés sous le point de vue botanique ; et les collections rapportées par Gmelin , Pallas et Patrin , donnent une idée delà végétation dans cette partie du globe. C'est principalement sur les environs du lac Baïkal et sur les gouvernemens où le commerce attire les voyageurs , que nous avons le plus de notions.

Pour en donner une idée générale il convient, d'après l'examen des matériaux que nous possédons, de signaler les genres de plantes qui caractérisent la région Sibérique. La majeure partie de ces genres appartiennent aux familles des ombellifères, des rosacées, des synanthérées, de* gentianées, des graminées, des cypéracées t

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des crucifères, des légumineuses et des renonculacces. On en trouve également d'autres qui sont comme les représentans des petites familles dont ils font partie. Dans les ombellifères nous citerons plusieurs espèces de ligusticum et de selinum particulières aux bords du laïket de la Lena. Le genre spirœa de la famille des rosacées est presque entièrement indigène de la Sibérie. Les asters, les absinthes (artemisia), les gentianes, \espédiculaires, les dauphinelles, les carex, etc., sont fort nombreux dans les contrées à l'est du Iénisseï. Parmi les légumineuses on remarque le genre astragalus, composé d'une masse énorme d'espèces presque toutes particulières à la Sibérie , mais répandues de loin en loin sur cette immense région. On conçoit, en effet, que la diversité des stations doit faire naître des plantes voisines quant aux formes génériques, mais très différentes par leur port, leur feuillage, etc. Ainsi, un genre de plantes tel quel'a-ytragalus dont il vient d'être question, affectionna un climat particulier comme celui de la Sibérie, mais ses nombreuses espèces sont modifiées d'après les changemens des localités. D'un autre coté, la région Sibérienne est tellement vaste qu'on doit y distinguer plusieurs climats-, par conséquent les plantes qui naissent sous l'influence de ces climats divers ne doivent point se ressembler. Aussi la végétation du Kamtchatka a-t-elle de grands rapports avec celle de la côte nord-ouest d'Amérique ; tandis que les végétaux de la Daourie ressemblent à ceux de la Russie- Méridionale ; ceux des monts Altaï ont des rapports avec les végétaux des chaînes Caucasiques, et ceux du gouvernement d'Irkoutsk avec les plantes de la Chine Occidentale.

Région Sinico-Japonique. Elle comprend nonseulement la Chine proprement dite , mais encore tout le royaume d'An-nam avec la Cochinchine qui fait le prolongement méridional du littoral chinois sur l'Océan , ainsi que les grandes îles situées dans celte mer à l'est de la Chine , et qui dépendent de la monarchie Japonaise. Les difficultés sans nombre qu'ont éprouvées les Européens et surtout les savans pour pénétrer dans ces pays si dignes de l'attention des naturalistes , ont singulièrement retardé la connaissance des plantes qui y croissent naturellement. Après avoir demeuré deux ans au Japon, Kœmpfer, médecin allemand , le quitta en 1692 et publia la relation de son voyage sous le titre de Jmœnitates exoticœ, etc., ouvrage dans lequel il décrivit et figura les plantes les plus remarquables du Japon. En 1775 , le docteur Thunberg, animé du zèle le plus ardent pour la science , surmonta tous les obstacles ; établi comme chirurgien dans la petite lie de De-Sima située dans la baie de Nangasaki, il en explora les richesses végétales sous le prétexte de chercher des plantes médicinales, parcourut ensuite pendant quatre mois tout le pays jusqu'à ledo, capitale de l'empire. La Flora Japonica fut le résultat de cette expédition. Ce livre, malgré ses imperfections , est fort précieux à cause des renseignemens qu'il fournit sur l'état général de la végétation. De nouveaux renseignemens sont promis à l'Europe savante nar le docteur Siebold.

naturaliste hollandais , qui a fait un long séjour au Japon et qui a déjà publié quelques résultats de ses observations botaniques. Il s'en faut de beaucoup que nous ayons sur la Chine des documens aussi importais. La science des végétaux ne paraît pas avoir fait de grands progrès chez les Chinois , car d'après les dessins des plantes qui nous sont venus de la Chine , par la voie du commerce, on s'aperçoit bien qu'ils ont tout sacrifié à la bizarrerie des formes et au brillant du coloris , et qu'ils se soucient fort peu de ce qui peut instruire sur les objets qu'ils ont voulu représenter. Cependant , grâces au goût des Chinois pour les plantes d'ornement , les négocians d'Europe ont pu se les procurer à Canton, le seul port qu'il leur soit permis de visiter et aux environs duquel quelques botanistes ont herborisé pour ainsi dire par procuration. Loureiro, missionnaire Portugais, qui a passé trois ans dans cette ville, ne pouvait obtenir les plantes des environs que par l'intermédiaire d'un paysan chinois. Cet auteur les a publiées dans l'ouvrage important qui a pour titre : Flora Cochinchinensis ; mais le plus grand nombre des végétaux dont ce livre renferme l'histoire botanique croit dans la Cochinchine.

Une singulière analogie avec la flore Européenne , et en même temps la présence de plusieurs végétaux de l'Inde , tels sont les traits principaux qui caractérisent la flore Japonaise. On y rencontre, en effet,des veronica, des iris, des carex, des campanula, deschenopodium, des allium, des juncus, des euphorbia, etc. , etc. , spécifiquement semblables à nos plantes européennes. Mais, d'un autre côté, le Japon nourrit des canna, des amomum, desjusticia, des celastrus, des carissa, des dioscorea, des diospyros, des paullinia, des laurus, etc., que nous savons être des plantes indiennes ou indigènes des climats tropiques. Ce mélange des deux végétations peut s'expliquer par la position géographique des Iles japonaises, par la grande chaleur qui y règne pendant l'été et la basse température de l'hiver, enfin par l'inégalité et la différence de nature du sol qui donne naissance à des plantes fort diverses. Le Japon offre en outre des espèces et même des genres particuliers. Nous citerons , entre autres plusieurs plantes remarquables : Yolea fragrans qui sert, dit-on, à aromatiser le thé; Yaukuba japonica, arbrisseau que l'on cultive dans les jardins d'Europe, à cause de son feuillade touffu, luisant et tacheté; le gardénia florida, si multiplié dans les serres des jardins d'Europe et dont les fleurs toujours doubles exhalent l'odeur la plus suave ; le rhus vernix, célèbre par le vernis qui en découle; les aralia cordala, pentaphylla et japonica, ces végétaux d'une petite famille voisine des ombellifères et dont les fleurs offrent l'élégante disposition qui caractérise ces dernières; plusieurs liliacées, telles que Y amaryllis sarniensis, le lilium japonicum, les hemerocallis japonica et cordala, qui se sont répandues dans tous nos jardins ; le camellia, qui, par les soins de nos horticulteurs, s'est extraordinairement multiplié et a produit un grand nombre de variétés aussi remarquables par

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la vivacité et la fraîcheur de leurs couleurs que par l'élégance de leurs formes ; le daphne odora ; le sophora japonica; le pyrus japonica à fleurs d'un beau rouge écarlate; le mespilus ''aponica; plusieurs spirées, et enfin lecorchorus japonicus ou plutôt spirœa japonica, qui décorent maintenant les bosquets de l'Europe.

Quoique nous ne possédions que peu de données sur la végétation de la Chine, nous pouvons néanmoins avancerd'une manière générale qu'elle a beaucoup de rapport avec celle du Japon. Seulement elle est moins riche en plantes analogues a celles de l'Inde , tandis qu'au contraire elle nourrit beaucoup de végétaux semblables à ceux de la région Sibérique et qui appartiennent même pour la plupart à des genres européens. La fertilité du territoire chinois , sa culture extrêmement soignée, ont changé, sans doute , l'aspect du pays, soit par l'extirpation des espèces semées par la nature , soit par les changemens que la culture du riz et d'autres céréales ont fait subir au sol. Aux environs de Péking les plantes herbacées sont pour la plupart les mêmes que celles des environs de Paris. M. de Jussieu possède un herbier formé par un missionnaire (le père d'Incarville) , et qui peut servir de preuve à notre assertion. Cependant , certaines contrées de la Chine et particulièrement les provinces méridionales, sont les habitations naturelles de plusieurs plantes remarquables par leur extrême beauté ou par les usages qu'en font journellement, nonseulement les Chinois , mais encore des nations répandues sur toute la terre. Il nous suffira de citer parmi les plantes d'ornement , Yhortcnsia, Yhibiscus sinensis, le magnifique aster connu sous le nom de reine-marguerite, la jolie primevère nouvellement introduite dans les jardins d'Europe sous le nom de primula sinensis, le glycine sinensis, magnifique légumineuse à fleur de couleur lilas et qui se multiplie avec la plus grande facilité par les soins de nos horticulteurs, etc. Le l/te (thea viridis), dont tout le monde connaît l'utilité, est indigène de la Chine. Les différentes sortes que l'on rencontre dans le commerce ne proviennent pas d'espèces différentes •sous le rapport botanique; elles doivent leurs qualités à la meilleure préparation qu'on leur l'ait subir ainsi qu'à la stratification de plusieurs couches des fleurs de Yolea fragrans et du came il ta sasanqua, végétaux communs dans les lieux où croît le thé. Nous mentionnerons encore, comme une des plantes les plus intéressantes par leur importance commerciale : Yillicium anisatum, qui fournit l'anis étoile ou anis de la Chine, avec lequel on aromatise l'anisette de Bordeaux et plusieurs autres liqueurs de table.

Région-Akabico-Persique. Toute la partie sudouest de l'Asie, ou celle que nous désignons en Europe sous le nom (Y Orient, est comprise dans cette région, Au nord, sa végétation se confond avec celle de l'Europe Méridionale et Orientale, excepté dans la partie située entre la mer Caspienne et la mer Noire , où de hautes chaînes de moniagnes (le Caucase et le Taurus) , et dans les plaines voisines des mers où la dépression d'un sol arénacé et imprégné de sel déterminent la

croissance des végétaux particuliers. Les plantes de l'Asie-Mineure , c'est-à-dire de tout le littoral Asiatique de la Méditerranée , ont les plus grands rapports avec celles de la Grèce , de l'Italie et de l'Egypte. Cependant, quelques pays dont le sol est très varié, la Syrie, par exemple, offrent aussi plus de variétés dans les espèces qu'ils nourrissent. Ainsi le Liban nourrit un certain nombre de plantes que l'on ne retrouve point ailleurs." C'est dans cette chaîne de montagnes que croissait en abondance , aux temps les plus reculés de l'histoire sacrée , le fameux cèdre (pinus cedrus Lin. , cedrus excelsa des auteurs modernes) qui servit à la construction du temple de Jérusalem. Ce bel arbre est maintenant si rare dans sa patrie, que , suivant des voyageurs dignes de foi, on n'en trouverait pas trente individus dans toute la chaîne du Liban. D'autres plantes s'y sont au contraire extraordinairement multipliées. Ce sont principalement celles dont les produits sont devenus des objets de commerce très considérables. Telles sont les diverses espèces ftastragalm, d'où découle la gomme adraganth. L'empire Persan a reçu la visite d'un grand nombre de voyageurs ; mais ces voyageurs se sont plutôt appliqués à transmettre leurs observations sur les mœurs, les usages et les antiquités des pays qu'ils ont parcourus , qu'à nous en faire connaître l'histoire naturelle. Les seuls documens importans que l'on possède en Europe sur la flore de l'intérieur de la Perse , sont encore inédits et consistent en quelques herbiers recueillis par les voyageurs Michaux, Bruguières et Olivier. Espérons que les matériaux recueillis par M. Bélanger, dans la traversée de la Perse depuis le Caucase jusqu'au golfe Persique, fourniront des renseignemens nombreux et intéressans pour la Flore de cette contrée. Ces collections, quoique fort incomplètes, donnent néanmoins une idée suffisante de la végétation persique; on cesse d'y voir les formes européennes qu'offraient encore les plantes de l'Asie-Mineure; les genres ont changé et ils offrent de grandes affinités avec les plantes del'Hindoustan. De tout temps les Persans ont été passionnés pour les jardins d'agrément, et ils y ont cultivé un certain nombre de charmans végétaux qui se sont répandus dans les jardins d'Europe ; tels sont le lilas, le cyclamen, plusieurs espèces d'œillets , de roses , etc. , auxquels on donne pour nom spécifique celui de la Perse, leur patrie originaire.

La flore de l'Arabie voisine de la mer Rouge, car c'est la seule partie de cette région que l'on connaisse sùffisamment, se lie avec celle d'Egypte. Parmi les botanistes qui ont exploré avec succès cette région , Forskalest celui qui a laissé le plus de renseignemens positifs; un séjour de plusieurs années dans l'Arabie heureuse, pendant lequel il se concilia l'amitié des indigènes, le mit à portée de connaître les végétaux du pays beaucoup mieux que n'aurait pu le faire tout autre voyageur. Sa flore d'Egypte et d'Arabie comprend un plus grand nombre de plantes appartenant à cette dernière contrée qu'à la première. Le littoral arabique de la mer Rouge est célèbre par ia beauté et la richesse de ses pro-

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ductions végétales , à l'exception des environs de Suez où la végétation est extrêmement aride. Près de Tor, ville située au pied du mont Sinaï , on cultive en abondance plusieurs sortes d'arbres fruitiers , et on rencontre çà et là de petites forêts de palmiers. AU sud de ces eontrées est située la partie principale de l'Arabie nommée Yémen ou Arabie heureuse. Ce riche pays est entrecoupé de rivières et de chaînes de montagnes qui entretiennent la fertilité de son territoire le plus souvent argileux. Le climat y est assez pluvieux ; ce qui, joint aux autres circonstances, fait que la température y éprouve beaucoup de vicissitudes. C'est non loin de Loheï'a, ville située sur les bords de la mer Rouge , qu'est le centre de la flore Arabique. On y rencontre de temps en temps, dans les terrains sablonneux, le corypha umbraculifera ou palmier-éventail qui croit abondamment dans les Indes-Orientales. Le café {coffœa arabica) est spontané dans les monts Djèbbel èsuad, près de la ville de Hadie; mais on cultive cette précieuse plante dans toute l'étendue de la contrée. Depuis la ville de Djœbla jusqu'à Taœs, le pays est pour ainsi dire envahi par de petits bois d'euphorbes arborescentes. On y voit aussi , mais en petite quantité , le mimosa nilotica , arbre qui fournit la gomme arabique. La présence en Arabie de ces plantes à gomme , de plusieurs autres qui se retrouvent également en Afrique, particulièrement sur la côte occidentale, indique un certain rapport de végétation entre ces diverses contrées. D'un autre côté , la Flore de la partie sud de la presqu'île Arabique , se lie avec celle de l'Inde-Méridionale et de son archipel, ainsi que le prouve le palmier que nous avons mentionné plus haut.

Si nous ne craignions pas d'être trop prolixe, nous citerions une foule de végétaux qui croissent dans l'Arabie et qui depuis long-temps sont célèbres par les parfums et les médicainens qu'on en retire; nous parlerions de ces plantes céréales tellement nombreuses et vigoureuses dans cette partie du monde, qu'on a prétendu que celle-ci en avait été le berceau ; mais ces renseignemens nous forceraient de dépasser les limites de cette notice qui a seulement pour but de donner une idée générale sur la végétation des diverses régions.

Région Indique. De toutes les parties du continent Asiatique, c'est la plus favorisée de la nature. Après les conquêtes d'Alexandre , lorsque l'on eut pénétré dans les contrées au-delà du Gange , rien ne frappa plus d'admiration les anciens que les productions aussi belles que singulières de ces Indes-Orientales qui semblaient avoir en dépôt toutes les richesses et les magnificences naturelles. Cependant on ne les connut pendant long-temps que d'une manière très imparfaite, quoique les naturalistes , et particulièrement Aristote, eussent porté vers elles une vive attention. Mais la science des végétaux n'était encore appuyée sur aucun principe stable-, l'art de la culture n'avait d'ailleurs fait aucun progrès en Kurope , et dès-lors on ne pouvait avoir sur les gantes de l'Inde d'autres notions que celles qui étaient fournies par les voyageurs dans l'esprit

desquels les êtres les plus disparates se confondaient.

Ce ne fut qu'après la découverte du passage aux Indes par le cap de-Bonne-Espérancc, et lorsque les Portugais et les Hollandais eurent établi des comptoirs sur les côtes des vastes presqu'îles de PAsie-Méridionale , qu'on commença à se former des idées exactes sur leurs productions végétales. Plusieurs d'entre elles devinrent des objets importans de commerce , et par cela même leur origine fut tenue , pour ainsi dire , secrète, par les nations ou les particuliers qui voulaient en perpétuer le monopole entre leurs mains. Les propriétés médicales , vraies ou imaginaires, d'un très grand nombre de ces plantes, employées par les naturels contre une infinité de maladies, déterminèrent quelques médecins à les étudier avec plus de soin qu'on ne l'avait fait jusque alors. C'est dans ce but que Rumph et Rhéede écrivirent leurs énormes in-folios, dont l'un a pour titre : ïlerbarium Jmboinense; et l'autre : Hdrtus Malabaricus. Nous citons ici l'ouvrage de Rumph quoiqu'il traite des végétaux appartenant à une partie de l'Océanie , mais la similitude de ces plantes avec celles du Continent Indien , oblige les botanistes qui étudient celles-ci , à consulter les planches dont cet ouvrage est orné et qui souvent sont les seules que l'on possède. Aussitôt que la botanique eut pris rang parmi les véritables sciences, on ne tarda pas à explorer les végétaux de l'Inde avec autant et même plus de succès que pour d'autres contrées plus rapprochées de nous. Burmann, contemporain de Linné, écrivit une Flora Indica,résumé de tout ce que l'on avait écrit jusqu'alors , enrichi de plusieurs espèces que le savant Paul Hermann avait recueillies lui-même et dont Burmann avait acquis la précieuse collection. Enfin, de nos jours les travaux de Roxburgh. dans le magnifique, ouvrage sur les plantes de Coromandcl, des docteurs Francis Hamilton , Carey et Wallich , dans deux volumes qui ont paru de la nouvelle Flora Indica , les immenses matériaux rapportés en Europe par' M. Wallich qui en a commencé la publication dans ses Plantas Jsiaticœ rariores, ont presque complété les connaissances qu'il était possible d'acquérir sur la végétation du Continent Indien.

Au nord de la presqu'île en-deçà du Gange, court la vaste chaîne des monts Himalaya. Les pays adjacens nourrissent des plantes qui offrent de grands rapports avec les plantes des climats septentrionaux. Celles du Népal, par exemple, qui sont les mieux connues , ont toutes une physionomie que nous nommerions volontiers européenne, car une grande quantité d'entre elles appartiennent à des genres dont la majeure partie des espèces croît parmi nous. C'est dans cette partie de l'Inde que croît naturellement le beau marronnier (œscultis hippocas ta num) si répandu aujourd'hui dans l'Europe. Mais à mesure que l'on s'approche de l'équateur et que l'on descend, en même temps , des plateaux élevés sur lesquels s'appuient les hautes montagnes , la végétation change de face ; elle déploie alors tout le luxe et la majesté qu'elle offre ordinairement sous les climats tropiques, lorsqu'elle est secondée par

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les agens les plus puissans, comme la nature du sol et l'humidité; En effet , ce n'est point aux plages arides de l'Afrique situées sous les mêmes latitudes, mais au Brésil et à l' Amérique-Méridionale que les Indes-Orientales peuvent être comparées. Mais, malgré l'analogie qu'on observe entre les végétations de régions si distantes entre elles, on trouve que chacune a reçu en partage de» plantes qui en l'ont la décoration particulière et caractéristique.

Dans la région Indique équatoriale on trouve le plus grand nombre des espèces de la famille des cannées ou amomées, plantes d'ornement dont les fruits et les racines sont en outre des épiceries très recherchées ; telles sont les plantes des genres canna, amomum, costus, zingiber, maranta, curcuma, etc. Tout le monde connaît les basiiiers , les amomes , le gingembre, le galanga, le cardamome , le curcuma, qui sont ou ces plantes elles mêmes ou les produits utiles qu'on en retire. Le poivre noir (piper nigrum) et le bétel (piper bétel) , masticatoire très en usage chez les Hindous, croissent en abondance sur la côte du -Malabar. Une foule de graminées utiles (eleusine coracana , panicum , sorghum, etc.) sont vulgaires partout. D'autres monocotylédones, remarquables par leur élégance, sont particulières aux climats chauds de l'Inde. Nous citerons entre autres le crinum asialicum , le polyanthes tuberosa , le methonica superba , le flagellaria indica , plusieurs amaryllis , pancratium , aloës, etc. Le plus grand nombre des liserons (convolvulus et ipomœa) habite encore les mêmes contrées asiatiques. On y remarque aussi , dans la grande quantité de végétaux utiles, toute la famille des laurinees. Les lauriers qui fournissent la canelle, le camphre (laurus cinnamomum, L. camphora, L. malabathrum , etc.), forment des forêts, surtout dans l'île de Ceylan déjà renommée chez les anciens sous le nom de Taprobane. Le muscadier (myristica officinalis), le giroflier {caryophyllus aromaticus) , le jambosier ( Eugenia jambos ) ne sont point étrangers au continent de l'Inde , quoique leur patrie soit plus particulièrement les îles de l'Océanie situées entre les tropiques. Dans le nombre immense des légumineuses qu'on y voit croître en abondance, nous ferons remarquer principalement le tamarinier (lamarindus indica) dont le fruit est un purgatif acidulé employé par toute la terre-, le cœsalpinia sappan, qui fournit un bois de teinture, semblable à celui du bois de Brésil; le guilandina bonduc ; le moringa oleifera, qui fournit X huile de Ben, plusieurs espèces de casses, de bauhinia, etc. Enfin, ne pouvant ici nous étendre sur les détails de tous les végétaux remarquables del'inde,nous nous bornerons à citer le daphne indica, dont l'odeur suave parfumeles serres chaudes où on le cultive en Europe; le manguier ( mangifera indica ) , le goyavier (psidium pomiferum) , le durion {durio zibethinus) et surtout le mangouste (garcinia mangostana) dont les fruits passent pour être délicieux.

Parmi les arbres à fruits qui se trouvent auprès des habitations, on distingue surtout les man-

gifera, les citrus, les artocarpus, les eugenia, les elale et les borassus. Les arbres qui forment l'essence des forêts appartiennent aux genres rhizophora, œgiceras, avicennia, sonneratia et heritiera. Ces derniers sont les plus abondans.

animaux. Deux grands systèmes de montagnes dirigés dans le sens des parallèles à l'équateur divisent l'Asie en trois zones. La ligne des sommets glacés de ces montagnes n'est interrompue que par quelques gorges peu évasées, quelques déchirures profondes ou par des plateaux presque toujours très culminans au-dessus des zones latérales. Aucun grand fleuve comparable à ceux qui parcourent les zones latérales n'arrose la zone intermédiaire. Les cours d'eau qui la traversent çà et là s'épuisent en général peu loin de leur naissance, ou pour former des lacs, ou par le seul effet de l'évaporation et de la filtration sur un sable aride. Quelques plantes herbacées et quelques arbustes amaigris étendent seuls une mince nappe de verdure sur ces plaines sablonneuses et souvent salines nommées steps par les Russes. Des deux zones latérales, l'australe presque toujours brûlante , la boréale presque toujours glacée, ont cela de commun d'être arrosées par de grands fleuves , généralement parallèles entre eux, assez voisins les mis des autres et courant presque perpendiculairement des cimes où ils prennent naissance aux mers qu'ils entretiennent. Ces grandes bandes qu'ils découpent sur leur versans, sont sillonnées par des affluens collatéraux dont l'irrigation et les vapeurs entretiennent d'immenses forêts ou de vastes priairies. Ces grands caractères géognostiques, dont les causes ont nécessité la distribution actuelle des animaux d'Asie, marquent les limites de cette distribution dont nous signalerons les traits principaux dans le tableau suivant.

Le chameau bactrien ou à deux bosses, le cheval sauvage ou tarpan, le djigheleï autre espèce de cheval , si rapide, que les Mongols en ont fait le coursier du soleil ; plusieurs variétés et peut-être mêmes plusieurs espèces de ces bœufs à queue de cheval, dont les qu<«ues ondoyantes marquent les dignités militaires par tout l'Orient ; au moins deux espèces d'antilopes, le dzeren ou chèvre jaune, aussi rapide que le djigheleï, n le saïga, presque aveugle, parcourent paisiblement les steps de la zone centrale, sans avoir presque d'autre ennemi redoutable que l'homme. Ce n'est quo dans quelques parties occidenta'es de

GEOGRAPHIE PHYSIQUE

cette zone que la panthère leur dresse ses embûches. Une seule espèce de chat, le manul, souche de nos chats angoras , habite ces vastes steps. Le tigre de l'Inde-Transgangétique parait cependant avoir été vu en Sibérie sur les bords de quelques rivières, même jusqu'aux sources de l'Ob; il est nombreux encore aujourd'hui dans les forêts du Mazanderan et de l'Adzarbaïdjan , d'où les chasses d'Abbas Mirza l'ont fait fuir souvent jusqu'auprès de Tiflis. La patrie du tigre d'ailleurs s'étend au nord jusqu'aux bords du Keroulun et de l'Orkhon dans le Pays des Kalkas et jusqu'au mont Altaï; toute la Chine enfin en est remplie, si l'on doit s'en rapporter à l'Almanach de Péking qui relate , parmi les évènemens naturels qui ont lieu chaque mois , que les tigres s'accouplent dans le onzième mois , c'est-à-dire vers la fin de décembre. Les tigres qui se montrent de temps en temps dans la Sibérie sont originaires de la Mongolie, où l'empereur de la Chine les chasse annuellement. Des troupes de plusieurs espèces de chiens, des chacals, des loups chassent aussi par meules les antilopes , les ânes et les chevaux sauvages. Toutes les montagnes qui circonscrivent cette zone ont également leurs sommets habités par le musc; la chaîne du nord , l'Altaï, l'est en outre par Yargali ou mouton des rochers sibériens; celle du sud par Yégagî'e ou chèvre sauvage; le Caucase l'est par le bouquetin de ce nom et par le chamois. Le grand prolongement de cette zone , qui partant de la Bactriane et de la Perse se termine en Arabie , est peuplée de nouvelles espèces d'antilopes, la chèvre bleue, Valgazel, la gazelle Corinne; enfin par le chameau à une bosse ou dromadaire, autochtone de la seule Arabie , et partout ailleurs établi avec les Arabes. La presqu'île Arabique et la Perse doivent aux lions, à la foule des panthères, des caracals et autres espèces de chats , aux chacals, aux antilopes et aux singes une physionomie africaine. Leurs montagnes et leurs plateaux arides sont parcourus, ainsi que la partie Caspienne de la zone centrale , par Yonagre ou àne sauvage , type de ces àncs si beaux et si rapides, vantés dans l'Ecriture et si estimés encore aujourd'hui en Orient.

Sur les bords des fleuves et dans les vastes forêts des plaines sibériennes vivent d'innombrables troupes de rennes, d'élans, de loups, de renards ordinaires, bleus et noirs, d'ours, de gloutons, et plusieurs espèces de maries. De nombreuses espèces de rongeurs habitent sur la cime des arbres comme les écureuils ; l'une d'elles, \etaguan, peut même s'élancer dans les airs-, d'autres sont toujours cachées sous terre, comme le zemni et le spalax aveugles; d'autres enfin sillonnent les terres et les eaux par des voyages sans but apparent , puisqu'ils n'ont pas pour terme l'expatriation, tel est par exemple le campagnol économe du Kamtchatka. Sur tous les bords de la mer Glaciale , le terrible ours polaire fait la guerre à toute la nature vivante. Dans les eaux de ces rivages vivent tous ces grands phoques, ces grands cétacés, dont les espèces sont encore en partie indéterminées. Sur les bords du grand promontoire oriental vit ce lamantin de

Sleller à dents plates et sans racine, comme celles de l'ornithorynque et qui parvient à 19 et 20 pieds de long. Le lac Baïkal , malgré ses eaux douces et son isolement au centre d° ces montagnes qui hérissent la Daourie, a aussi, comme la mer Caspienne , ses espèces particulières de phoques ou plutôt de loutres. Tous ces quadrupèdes sibériens, par le renforcement de toutes les causes créatrices de vie animale et de vie végétale que distribuent les eaux de nombreuses rivières, acquièrent des dimensions plus grandes qu'ailleurs dans ces marécages découverts ou boisés, étendus depuis l'Ob jusqu'à IaKhatanga. Cette exubérance luxueuse de la nature se répétera tout-àl'heuredans les deltas de l'Inde-Transgangétique par rapport au reste de la zone australe , jusqu'aux pieds des montagnes de l'Altaï et de Kolyvan. Toutes les peuplades sibériennes ont de tout temps dressé le renne, et les plus orientales , le chien au tirage des traîneaux.

Dans la zone australe le soleil des tropiques multiplie à l'infini ces richesses que la terre doit partout à l'action fécondante des eaux. Dans l'Inde de nouvelles espèces d'antilopes, le tayl-gau, le cervicapre errent sur ces plaines du Sind qui rappellent les déserts delà Perse. Dans les forêts de l'intérieur et surtout dans celles qui revêtent les pentes et les éperons de l'Himalàya, vivent cinq ou six espèces de cerfs inconnues encore il y a quelques années, Yhypélaphe d'Aristole, le cerf de Wallich, celui de Duvaucel. Dans le Tibet, errent des essaims d'antilopes bleues (A. Hodgsoni), dont les cornes par leur chute annuelle ont plus d'une fois rappelé aux auteurs anglais la fabuleuse licorne. Là , se présente aussi cette gracieuse chitekara aux quatre cornes, aux formes gracieuses et sveltes. Dans les forêts du Bengale habitent ces charmans axis perpétuellement mouchetés de blanc , comme ncs daims le sont en été. Dans les forêts d'Orissa vit ce jungly-gau, souche sauvage des bœufs domestiques de l'Inde, et qui représente notre antique urus, autre souche des bœufs domestiques d'une autre contrée , et dont la patrie , renfermée dans l'Europe Occidentale, ne s'étendait à l'est que jusqu'à la Vistule. Dans cette belle région , à partir de l'Indus, les rugissemens du lion n'effraient plus l'homme et le reste delà nature. Mais sur les bords du Gange un danger peutêtre plus terrible encore recommence. Le tigre aux rayures noires se tapit auprès de toutes les eaux où l'ardeur du climat appelle à chaque instant l'homme et les animaux. El ce danger est partout présent dans l'Inde-Transgangétique et dans son archipel. Partout le conlinent indien, le buffle à la peau noire et demi nue, aux cornes proclives en arrière, habite, soit sauvage, soit domestique , tous les rivages fangeux de la mer et des fleuves. Entre le Gange et l'Indus les forêts sont peuplées d'une foule d'écureuils, du ces beaux paons, de ces faisans, de ces coqs sauvages depuis naturalisés partout et partout devenus domestiques de l'homme. Plusieurs espèces d'ours, dont une, au pelage d'un pied de long, fut long-temps prise pour un paresseux habitent les solitudes des forêts des Gates et d<^

ASIE

montagnes du Mysorc. Là aussi se trouve ce joli chevrotain memina naguère connu dans la seule Ceylan. Dans tout cet espace l'ennemi le plus à craindre pour l'homme est peut-être cette sangsue de terre si nombreuse dans les gazons épais du Decan, et qui dans les campemens des armées peut verser plus de sang que les faibles troupes des Hindous. V éléphant indien et le rhinocéros unicorne peuplent aussi toutes les forets solitaires ; mais c'est dans l'Inde-Transgangétique que ces deux animaux parviennent à toute leur grandeur. Dans cette dernière région, le tapir bicolore de Malacca , dont la patrie semble s'étendre depuis Malacca, où on l'a découvert, jusque dans les provinces méridionales de la Chine, rappelle la zoologie américaine. Là vivent des orangs, des gibbons, des vouvous tous aux longs bras et marchant à quatre pattes sans cesser d'être debout, ces guenons kaau au nez gigantesque, et cette guenon doue habillée de toute couleur comme les suisses de nos cathédrales. V éléphant indien sur les bords du Kamboge et de l'Iraouaddi, atteint jusqu'à 1G pieds de haut -, mais ses défenses toujours moins courbées sont aussi toujours plus petites que celles de l'éléphant d'Afrique. Dans le seul Gange, 250 espèces autochtones de poissons décrits et représentés par Hamilton Buchanan, servent de pâture à ces grands gavials ou crocodiles à bec allongé comme celui d'une bécasse, à ces dauphins gangéliques connus de Pline sous le nom de platanista, et dont le bec est encore plus effilé que celui des gavials. Mais comme si la nature avait voulu faire de cet Hindoustan , rendu si malheureux par l'homme , une contrée de délices, ces énormes gavials de 15 à à 20 pieds de long sont innocens pour notre espèce ; le guépard, inoffensif pour l'homme , habite l'Inde au sud du bassin du Gange, où les troupes du chacal indien ne chassent que de petits animaux. Néanmoins, dans les canaux d'eau salée du delta du Bengale vivent quelques espèces d'hydrophis ou serpens à plusieurs dents maxillaires, dont la première seule est percée pour le venin.

Les oiseaux sont aussi riches que variés dans toute l'Asie; et les zones de cette grande région se trouvent occupées par un nombre considérable d'espèces de toute grandeur et de toute livrée. De gigantesques vautours , tels que le chaugoun et Voricou régnent en tyrans sur les rivages de l'Indus, où pullulent un grand nombres iïaigles, de faucons, de buses, de chouettes, rapaces diurnes et nocturnes, sans cesse à l'affût d'une proie. Des essaims de perroquets à plumage rouge , vert, blanc ou peint de mille couleurs, habitent le continent et les îles qui en dépendent. On sait que ce fut sur les bords du Gange, au temps de l'expédition d'Alexandre, que fut découverte la grande perruche verte qui apprend si facilement à imiter la voix de l'homme. Les loris au plumage cramoisi, les cacatoès à la livrée blanc de lait , les psittacules émaillés, sont donc très abondans dans toute la partie chaude de l'Asie. Mais les espèces les plus remarquables et qui ontoffert dans ces derniers temps une série aussi neuve que pré-

cieuse pour les naturalistes, sont ces couroucous au plumage d'or et vermillon; ces malcohas à gros bec; ces coucals aux plumes rigides; ces boubous ou coucous à bec rond, le taccoide indien, les édolios, les eudynamis , les surnicous , les barbus, les pics , oiseaux grimpeurs variés à l'infini. Les martins- pécheurs fréquentent les grèves, et la petite tribu des ceyx, celle des tanysipieres et des choucalcyons y vivent plus exclusivement. Les calaos, les corbeaux, les mainates, sont les passereaux de grande taille les plus dignes de fixer l'attention. Mais des espèces admirables, dont l'Asie a enrichi nos cabinets, sont venues dans ces derniers temps frapper nos regards par l'incomparable beauté de leur plumage ou parla nouveauté et la bizarrerie de leurs formes. Tels sont ce superbe drongo dont la livrée brille de l'azur le plus pur et le plus vif, ce ca/yptomène vert dont le corps chatoie comme une émeraude, ces eurylaimes à bec massif, ces myophones métallisés, ces verdins si gracieux , etc. Des centaines de passereaux devenus des types de genres auraient besoin d'être cités ; mais il nous suffira de mentionner les pomatorhins , les prinia, les arachnotères , etc. L'Asie possède les oiseaux gallinacés les plus brillans parles couleurs , les plus grands parla taille, les plus exquis par la délicatesse de la chair.Telles sontceslégionsdecoloinbes, ces francolins, du Pégou, ce criptonyx de Malacca , cet admirable luen dont l'immense queue est semée de mille yeux, ces faisans du Népal si riches, ces satyra, ces coqs, ces lophophores, ces paons dont rien ailleurs ne rappelle la magnificence. Les mers, les fleuves, les ruisseaux de cet immense continent sont fréquentés par des oiseaux palmipèdes et échassiers, dont les espèces varient suivant les latitudes , etdontbeaucoupsont identiques avec celles d'Europe et d'Amérique.

L'Asie nourrit les plus grands reptiles du monde connu. C'est sur ses côtes que pullulent les tortues franches et le carét ; c'est dans ses rivières que vivent les gigantesques gavials, les crocodiles bi-carénés , ces monstrueux pythons. Mille couleuvres, mille serpens venimeux, ce naya des bateleurs , ces oular-limpé, si atrocement mortifères', forment dès légions, où viennent s'adjoindre des hydrophis , des lézards de grande taille , des batraciens dont les noms formeraient un long catalogue.

Soit au nord, où les mers de la zone glaciale l'entourent , soit au sud, où mille canaux séparent les (les morcelées de l'Asie, soit sur ses côtes où elie confine à l'Afrique et à l'Amérique , partout de nombreuses tribus de poissons vivent dans ses eaux douces ou salées. Les squales y sont par centaines et presque tous de grande taille. Les batistes ,\esaleutères, leschœtodons, ]csmurénophis, les labres , richement parés , vivent dê préférence dans les zones intertropicales. Le poisson le plus célèbre des eaux douces est le gouramy , qui fournit une nourriture aussi délicale qu'abondante.

Les insectes, les brillans papillons, les cigales. les libellules , y comptent de riches espèces. Il en est de même des mollusques, soit terrestres, soit

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marins , et parmi les plus célèbres de ces derniers il suffira de citer ces huîtres à perles , que des plongeurs indiens vont arracher au fond des rivages. Une grande variété de zoophytes , de ceux surtout qui affectionnent la température équatoriale, se fait remarquer sur les côtes, soit de 'Inde, soit des îles qui en dépendent, et consistent principalement en holothuries , dont les peuples asiatiques font leurs délices , en aclino-

zoaires, en polypiers coralligènes , etc. Mais parmi les produits recherchés comme objet de nourriture, nous ne devons pas oublier ces nids de salangane , si avidement convoités par les Apicius chinois comme un mets analeptique et puissamment restaurant , que produit ou que façonne, avec le mucilage du fucus pétri dans son gésier, la petite hirondelle salangane .

superficie. Malgré l'estimation erronée adoptée par bien des géographes, d'après laquelle l'Amérique serait la plus grande des cinq parties du inonde , nous n'hésitons pas à regarder comme telle l'Asie, dont nous avons vu à la page 37 que la superficie, même en retranchant la Malaisie (archipel Indien), comptée par les géographes anglais et allemands parmi ses dépendances, s'élève à 12,118,000 milles carrés, tandis que la surface de l'Amérique n'est que de 11, 146,000 de ces mêmes milles.

population. Cette partie du monde offre aussi la plus grande population absolue, puisque nous avons vu à la page 37 qu'elle s'élève à environ 390,000,000 d'habitans, même d'après les calculs les plus modérés et faits avec tout le soin qu'on peut apporter dans de semblables sujets. Mais sa population relative est de beaucoup inférieure à celle de l'Europe ; celle-ci compte 82 habitans par mille carré , tandis que l'Asie n'en a que 32.

ethnographie. Les limites de cet ouvrage ne nous permettent pas d'indiquer tous les peuples que nous avons essayé de classer d'après leurs langues dans Y Atlas ethnographique du globe. Nous nous bornerons à indiquer ici toutes les familles regardées comme asiatiques, en signalant leurs peuples principaux et quelques autres dont les idiomes encore trop peu connus n'ont pas été classés jusqu'à présent. Guidé par les résultats des dernières recherches que M. Klaproth a faites sur les langues de l'Inde , et qu'il a bien voulu nous communiquer, nous réunissons sous le nom de famille malabare les peuples qui parlent le telougou, le karnala, le tamoul et le malabare; c'est une souche à part, dont le fond n'a rien de commun avec le samscrit, quoiqu'un grand nombre de mots de ce dernier idiome s'y soient glissés à cause des doctrines religieuses des Hindous adoptées par les peuples malabares. Voyez à la page 100.

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