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DE LA CLASSIFICATION DES PEUPLES DE L'ASIE D'APRÈS LES LANGUES

Famille Sémitique : les Juifs, répandus sur la plus grande partie de l'Asie ; les pays où ils vivent en plus grand nombre sont : l'Asie Ottomane et l'Arabie; ensuite l'Inde, la Perse, le Turkestan-Indépendant et la Cbine. Les Arabes; c'est le peuple le plus nombreux et le plus puissant de cette famille ; ils occupent presque toute l'Arabie , la plus grande partie de la Syrie et de la Mésopotamie , dans l'Asie Ottomane ; une partie du Khouzistan et du Fars dans le royaume de Perse , et sont établis dans quelques localités sur les côtes de Malabar et de Coromandel dans l'Inde, ainsi que dans quelques autres parties de l'Asie , telles que le Turkestan-Indépendant et la Région du Caucase.

Famille Géorgienne : les Géorgiens, dans la Géorgie et l'Imerethi , dans l'Asie Russe -, les Mingreliens, dans la Mingrelie, et les Souanes

dans le Souanethi , dans l'Asie Russe ; les Lazes, établis le long de la mer Noire depuis Trébizonde jusqu'au Tcliorokh.

Famille Arménienne : les Haïkans, nommés communément Arméniens; ils forment la grande masse de la population dans presque tous les eyalets de l'Asie Ottomane qui correspondent à l'Arménie , ainsi que dans la ci-devant Arménie Persane, aujourd'hui province russe d'Erivan; ce peuple est aussi nombreux dans une partie dt la Géorgie et du Chirvan dans l'Asie Russe , el del'Adzerbaïdjan dans le royaume de Perse. Les Arméniens sont en outre répandus dans presque toutes les villes marchandes de l'Asie Ottomane et Russe, delà Perse, de l'Inde, de l'Inde-Transgangétique , du Turkestan et même de quelques-unes de la Chine, où il? font les plus importantes affaires

ASIE

Les Abases ou Absne, qui demeurent dans l'Abakhssetlii ou Grande-Abasie : plusieurs tribus sont vassales de l'empire Russe. Les Natoukhaïtchi, une de leurs tribus, sont de terribles voleurs, qui n'obéissent à aucun maître.

Famille Persane : les Perses ou Guèbres , dont le plus grand nombre vit à Surate et à Bombay, etc. , dans l'Inde , à lezd en Perse ; on en trouve aussi, mais en moindre nombre dans le Kerman, dans le Moultan, et à Bakou dans le Chirvan. Les Tadjiks plus connus sous le nom de Persans; ils forment encore la masse principale de la population de la Perse , et sont la nation la plus nombreuse et la plus policée de cette famille. Les Boukhares, qui sont les habitans indigènes de la Grande-Boukharie dans le Turkestan-lndépendant et des v illes principales du Turkestan- Chinois. Les Boukhares, que les géographes continuent encore à classer à tort parmi les peuples turks , se trouvent aussi dispersés comme négocians dans les grandes villes de la Sibérie, dans celles de l'Asie Centrale, et dans les principales villes de la Chine , entre autres à Péking, à Hang-tcheou et à Canton. Les Kurdes et les Loures, dans le Kurdistan et le Louristan; les Kurdes se trouvent aussi dans le Khorassan et en d'autres provinces de la Perse et de l'empire Ottoman. Les Afghans ou Pouchtaneh, nation jadis très puissante; elle est encore le peuple dominant dans les royaumes de Herat et de Caboul, et forme une grande partie de la population des provinces enlevées à ce dernier état par le chef des Seikhs; les Rohillas qui vivent dans les districts anglais de Mourabad et de Bareily, appartiennent à celte branche delà famille persane. Les Beloutchis, qui sont la nation dominante du Beloutchistan et du Sind ; quelquesunes de leurs tribus vivent dans le Moultan.

Famille Hindoue : c'est une des plus nombreuses du globe; son domaine s'étend sur toute la partie septentrionale de l'Inde, au nord du Tapty et du bassin du Godavery. Ses principaux peuples sont : les prétendus Mongols originairement composés de Turks, de Boukhares et de Persans ; ils parlent l'hindouslani et formaient la nation dominante dans l'empire du Grand- Mogol avant sa dissolution ; ils sont répandus sur la plus grande partie de l'Inde , surtout dans l'Hindoustan proprement dit. Les Seikhs, peuple dominant dans le royaume de Lahor. Les Bengalais, un des peuples les plus nombreux de cette famille; ils forment la plus grande partie de la population du Bengale et une fraction de celle des pays limitrophes. Les Maharaltes , qui pendant la décadence de l'empire duGrand- Mogol et jusqu'à ces derniers temps ont été la puissance prépondérante dans l'Inde ; ils sont très belliqueux et occupent une partie des provinces d'Aurungabad, de Bejapour, de Berar, de Gundwana, de Mahva , de Kandeisch, de Guzerate, etc. Les Cingalais, établis dans la plus grande partie de l'ile Ceylan. Les Maldiviens; ils habitent l'archipel des Maldives. Les Zinganes, plus connus sous le nom de Bohémiens; ce peuple vagabond , répandu dans presque toute l'Europe , dans toute l'Asie Occiden-

tale et dans l'Afrique Septentrionale , paraît être originaire des environs de l'embouchure de l' Indus; mais par une singularité remarquable, c'est justement dans son pays natal où aujourd'hui il se trouve en moindre nombre. Nous ajouterons que les recherches auxquelles nous nous sommes livré après la publication de l'Abrégé nous engagent à rectifier ce que nous avons dit dans la description de l'Europe sur l'état nomade et l'abrutissement de ce peuple, du moins en ce qui regarde une grande partie des Bohémiens de l'empire d'Autriche et même une partie de ceux de l'empire Ottoman , où ils ont abandonné la vie vagabonde pour s'adonner à l'agriculture et à plusieurs arts mécaniques. Nous nommerons entre autres les Bohémiens des environs de Hermannstadt et de Klausenbourg en Transylvanie et ceux du pachalik de Scutari.

Famille Malabare : elle comprend les peuples qui habitent la partie méridionale de l'Inde entre le cap Comorin , le Tapty et les afïluens de la gauche du Godavery. Ses principaux peuples sont les Malabares, étendus sur une grande partie du Malabar; les Tamoules, qui habitent le Karnatic ; les Telinga, étendus depuis la rivière de Paliacate jusqu'à la côte d'Orissa.

Les Garrows, les Cattywars, les Gonds, les Bhils et autres peuples, quoique vivant de temps immémorial dans l'Inde, n'appartiennent pas à la famille ethnographique qui forme la grande masse de sa population ; ils sont tous plus ou moins sauvages et abrutis.

Famille Tibétaine : les Bodh ou Tibétains, dans le Tibet. Les Bouthias , montagnards qui vivent dans les plus hautes vallées de l'Himalaya ; les Kiralas, les Neouars (Newars), les Murmis, les Magars, \esGurungs et autres peuples du Népal, du Boutan, doiventètre classés dans cette famille.

Famille Chinoise : cette souche est remarquable en ce qu'elle offre les peuples les plus nombreux non-seulement de l'Asie, mais de tout le globe ; elle prend sa dénomination des Chinois, qui sont la nation la plus policée et la plus nombreuse de l'empire Chinois, et forment la presque totalité de la population de la Chine proprement dite -, ils sont aussi établis le long des côtes de l'île d'Haï-nan, de la côte occidentale de celle de For"mose , dans le royaume de Siam , dans la péninsule de Malacca et autres parties de l'Inde-Transgangétique, ainsi qu'à Singapoure, à l'île du Prince de Galles et jusque dans l'île de Ceylan.

Les Mianmaï ou Myamma, plus connus sous le nom de Birmans; il sont la nation dominante de l'empire Birman, où ils occupent la plus grande partie du royaume d'Ava proprement dit; une de leurs branches, les Ma-ramma , habitent le royaume d'Aracan dans les possessions Anglaises.

Les Moans, plus connus sous le nom de Péguans ; ils vivent dans le royaume de Pégou , partie de l'empire Birman.

Famille Siamoise, ainsi nommée du peuple le plus policé et le plus puissant;elle comprend : les Thajr ou Thay-na.y [Tai-néc), nommés Siamois par les Européens ; ils sont la nation dominante du royaume de Siam et forment la grande majorité

GEOGRAPHIE POLITIQUE

de la population du royaume de Siam propredit; les Thay-jhay (Taï-yaï) , regardés par les Siamois comme leurs ancêtres -, ils occupent sous les noms de Laos, Law , Shan (Chan), toute la partie centrale de la péninsule Transgangélique. Les recherches faites sur ces peuples .par MM. Francis Hamilton, Buchanan llamilton , Gutzlaff , et le savant résumé de M. Ritter , nous engagent à ramener provisoirement dans cette famille non-seulement la presque totalité des habitans du Kochampri (Mrelapchan*) , du Haut- Laos (Lowa-chan) , du Laos-Moyen (Y angoma ou Iun-chan), du Bas-Laos (pays des Lenzen ou Lantschang) , le Laos-Oriental (Lactho et Tarout), pays partagés entre les empires Birman et d'An-nam et le royaume de Siam , mais aussi les Lolos et les Pape (Papesifou) tributaires de la Chine, lesZo^r(Loe) du Tsiampa , dansl'empire d'An-nam , les Khiaïn et les Kasichan à l'ouest de l'Irraouadi dans l'empire Birman. Nous ajouterons que M. Gutzlaff regarde les Kalis comme la peuplade la plus abrutie de cette famille; ils n'ont aucune loi, et ne professent aucune religion. Les Laos civilisés eux-mêmes, les Siamois et les Birmans traitent en esclaves touslesindividusde cette nation dont ils peuvent s'emparer.

Les Anamites, subdivisés en Tonquinois, qui sont les plus nombreux, et en Cochinchinois, qui dans ces derniers temps sont devenus la nation dominante de l'empire d'An-nam, et une des plus puissantes de l'Asie, par les progrès qu'ils ont faits dans l'art de la guerre en adoptant la discipline des Européens.

Les Sun-pi ou Coréens-, ils forment la presque totalité de la population du royaume de Corée.

Famille Japonaise : les Japonais, répandus sur tout l'empire du Japon , où ils forment la presque totalité de la population -, sous le rapport de la puissance et de la civilisation , ils sont au premier rang parmi les peuples Asiatiques. Les Lieou-khieou , établis dans l'archipel de ce nom , appartiennent à cette souche.

Les Miaos-szu, les Mian-tings sont des nations assez nombreuses qui vivent dans la Chine proprement dite , sans appartenir à la souche chinoise. Les sauvages qui babitent l'intérieur de l'île d'HAÏ-NAN ; les Kemoys , dans les montagnes qui séparent le Laos de la Cochinchine ; les Play ou Karayn dans l'empire Birman , sont d'autres peuples étrangers aux familles ethnograpbiques des peuples civilisés au milieu desquels ils vivent.

Famille Touncolse : les Toungouses, subdivisés en Mandchoux, qui depuis 1G44 sont devenus la nation dominante dans l'empire Chinois ; ils sont très avancés dans la civilisation et forment la moitié de la population du Liao-toung et la totalité de celle de la Mandchourie jusqu'au confluent de l'Ousouri avec l'Amour; les Toungouses proprement dits, qui sont très arriérés sous le rapport de la civilisation-, ils vivent dans l'empire Russe où ils sont répandus sur plus d'un tiers de la Sibérie , depuis le lénisseï jusqu'à la mer d'Okbotsk. Nous rappellerons que les Mandchoux offrent un phénomène remarqua-

ble dans l'histoire de la civilisation , puisqu'il y a à peine 250 ans qu'ils étaient encore nomades, ne sachant ni lire ni écrire, et qu'aujourd'hui ils ont une littérature riche , très importante surtout pour l'étude de la littérature chinoise dont elle aide l'intelligence par ses traductions des textes originaux chinois. C'est le mandchou et non pas le chinois que depuis cette époque on parle à la cour de Péking.

Famille Mongole : les Mongols subdivisés en Mongols proprement dits, en Khalkha et en Charraï-gol ou Mongols du Tibet; ils occupent la Mongolie et une partie du Tibet, ainsi que le Pays du Khoukhou-noor, dans l'empire Chinois; une partie vit dans l'Asie Russe; les Mongols dans le xme siècle furent la nation dominante du plus grand empire dont l'histoire ait conservé le souvenir. Les Kalmuks ou Olet; ils occupent une grande partie de la Dzoungarie. Les Bourètes, répandus dans le gouvernement d'irkoutsk.

Famille Turque : les Osmanlis ou les Turks proprement dits des Européens; ils forment la nation dominante de l'empire Ottoman-, c'est le peuple le plus puissant et le plus civilisé de cette famille-, les eyalets d'Anadoli, d'Erzeroum, de Konieh, etc., sont les contrées où ils sont en plus grand nombre-, les Ouzbecks, qui sont le peuple dominateur du Turkestan-lndépendant; les Turks de Sibérie ou Touraliens, qui sont les prétendus Talars de Sibérie ou Tatares Touraliens des géographes-, ils sont répandus dans les gouvernemens de Tobolsk , de Tomsk et de lénisseïsk ; les Turkomans, subdivisés en un nombre prodigieux de branches et de rameaux, répandus dans les royaumes de Caboul, de Herat, dans le Turkestan-lndépendant , dans l'Asie Ottomane et dans l'Asie Russe ; dans cette dernière région ils vivent dans les provinces du Caucase-, lesTurkomans du royaume de Perse sont devenus depuis long-temps la nation dominante de cette monarchie; les Kirghiz, subdivisés en Bourouts ou Orientaux et en Kazak ou Occidentaux^ une partie des Orientaux est tributaire de l'empire Chinois; la plus grande partie des Occidentaux cstvasale de l'empire Russe; le reste vit tout-à-fait indépendant. Tous les nombreux peuples que nous venons de nommer sont censés parler des dialectes de la langue turque ; lessuivansparlcntdeslangues sœurs :\esSok/ia ou Yakoutes, établis dans le gouvernement de lénisseïsk et dans la province de Iakoutsk; ce sont les plus orientaux et les plus septentrionaux de tous les peuples de cette famille, mais aussi les plus abrutis-, les Tchouwaclies , nommés improprement Talars montagnards par les Russes ; ils errent dans une partie du gouvernement d'Orenboi'rg.

Nous rappellerons au lecteur que cette famille, ainsi que les deux précédentes, comprennent les peuples généralement connus sous le nom de Tartares, dénomination qu'il faut bien se garder de confondre avec celle de Talars, qui ne convient qu'aux peuples compris dans la famille Mongole. Voyez aux pages 146 et 150 du premier

ASIE

volume de Y Allas ethnographique du Globe, où nous avons exposé les motifs qui nous ont engagé à taire cette distinction, approuvée parles deux premiers juges compétens de l'époque, par MM. Klaproth et Abel Rémusat. Nous appuyons sur cette remarque, parce qu'il paraît que des savans très versés d'ailleurs dans l'ethnographie , ignorent cette distinction. S'il en était autrement , ils ne nous auraientpas adressé à tort des remarques critiques sur l'emploi du mot Tartares.

Famille Samoyede : les Tawghi, répandus depuis le Iénisseïjusqu'àlaLena-, c'est le peuple le plus septentrional de tout l'Ancien-Continent; les Ouriangkhaï, nommés aussi Soyotes; le plus grand nombre vit sur le territoire de l'empire Chinois entre les monts Sayans et les monts Khangaï et Altaï; le reste sur celui de l'empire Russe. La faim rend parfois anthropophage une des tribus soumise aux Chinois ; les Ouriangkhaï sont le peuple le plus méridional de cette famille.

Famille Ienisseï, dont les différens peuples sont confondus par les géographes avec les Osliakes , qui appartiennent à la souche Ouralienne ou Finnoise. Ces peuples , peu nombreux et abrutis , vivent dans le gouvernement de lénisseïsk ; les Denka, les Imbazi, les Poumpokols, les Kottes et \esAssanes en sont les peuples principaux.

Famille Kouyêke : celte souche ne comprend que quelques peuples de ce nom , abrutis et peu nombreux, répandus dans l'extrémité nord-est de l'Asie dans les districts d'Okhotsk, de Kamtchatka, dans la province de Iakoutsk et dans le Pays des Tchoukfchi.

Les Andon-Dojini ou Youkachires , peuplade très peu nombreuse, dont les tribus vivent entre les Iakoutes et les Korièkes le long de l'Océan- Glacial, depuis la Yana jusqu'à la Kolyma.

Famille Kamtciiadale : elle embrasse les peuplades peu nombreuses et presque entièrement ichtyophages répandues sur la péninsule de Kamtchatka.

Famille Koluilienne : les Kouriliens ou Kouriles; ils habitent l'archipel des Kouriles par-

tagé entre les empires Russe et Japonais, et l'extrémité méridionale du Kamtchatka ; le» Aïnos ou Iesso , établis sur l'ile Ieso dans l'empire Japonais ; les Tarakaï ou les Aïnos de la grande île Tarakaï ou Saghalien , et les Giliaki de la partie de la Mandchourie à l'est de l'Ousouri ; ces derniers sont nommés Fiaka et Khedjen par les Mandchoux.

Famille Oukalienne ou Tchouce : les Vogoules ou Mansi, répandus entre Kourgan et Beresov dans le gouvernement deTobolsk; les Osliakes, distingués en As-Iakh ou Ostiakes de l'Ob, Ostiakes de Berezov, du lougan, de Narym, etc. , etc.

Famille Malaisienne : les indigènes de l'île Formose dans l'empire Chinois ; les Malais qui forment la masse principale de la population de la péninsule de Malacca et du Kamboge Occidental, dans l'Inde-Transgangétique , et une grande partie de celle des îles voisines , telles que Salanga , Prince-de-Galles, Singapoure, etc. ; il faut cependant excepter les montagnes de l'intérieur de la péninsule habitées par des peuples nègres ou de race entièrement différente.

La supériorité des races européennes sur les races Asiatiques a exposé ces dernières à de fréquens envahissemens , qui eurent lieu du temps des Grecs et des Romains , et plus tard par les nations modernes , particulièrement par les Portugais, les Hollandais, les Russes, les Anglais et les Français. Les peuples européens les plus nombreux établis en Asie sont les Grecs dans l'Asie Ottomane, et les Russes dans l'Asie Russe. Viennent ensuite les Portugais, les Anglais; et après ceux-ci les Français, les Danois et les Hollandais. Nous ne parlerons pas des Italiens, parce qu'ils sont en trop petit nombre. Nous rappellerons seulement qu'un mauvais jargon italien , fort répandu dans l'Archipel et sur les côtes de la mer Méditerranée , est tout ce qui est resté dans les temps modernes de la domination de Venise , de-Gènes et d'autres villes d'Italie , qui au moyen âge avaient recueilli par l'industrie, parle commerce et souvent parles armes l'héritage de l'ancienne Rome en Orient.

religions. L'Asie est le domaine des fables, des rêveries sans objet, des imaginations fantastiques, a dit un célèbre orientaliste : aussi quelles étonnantes vaT riations , et , on peut le dire , quelle déplorable diversité n'observe-t-on pas dans la manière dont la raison humaine , privée de guide et livrée à ses seules inspirations , a taché de satisfaire à ce premier besoin des sociétés antiques, la religion ! Si le judaïsme et le christianisme sont nés en Asie , s'il est peu de vérités qui n'aient été enseignées dans cette partie du monde, on peut dire en revanche qu'il est aussi peu d'extravagances qui n'y aient été en honneur, ou qui n'y aient pris

naissance. La superstition des Sabéens , le culte du feu et des autres élémens, l'islamisme, le polythéisme des brahmanes, celui des bouddhistes et des sectateurs du grand lama , le culte du ciel et des ancêtres , celui des esprits et des démons, et tant de sectes secondaires ou peu connues , enchérissant l'une sur l'autre, en fait de dogmes insensés ou de pratiques bizarres et même atroces, donnent une faible idée de l'étonnante variété qu'offrent les croyances religieuses des Asiatiques. Devant indiquer dans la description de chaque état les religions différentes qu'on y professe , nous allons essayer de classer les Drincipaux peuples

GEOGRAPHIE POLITIQUE

de l'Asie d'après les principales croyances qui se partagent entre elles la nombreuse population de cette partie du monde.

Le Judaïsme, qui comptait jadis tant de disciples dans l'Asie Occidentale , où les Juifs avaient fondé un royaume florissant, n'est plus dominant dans aucun état, à moins qu'on ne regarde comme tel la partie du désert de l'Arabie habitée par les Rechabites , qui depuis bien des siècles conservent leur religion et leur indépendance. Le Judaïsme est en outre professé par quelques milliers d'individus dans le Turkestan-Indépendant, dans la Perse, dans la Chine; mais c'est dans l'Asie Ottomane, dans l'Arabie et l'Inde, que les Juifs sont le plus nombreux.

Le Christianisme, autrefois dominant dans une si grande partie de l'Asie Occidentale et si répandu dans l'Asie Moyenne et dans la Chine, ne compte plus dans ces régions qu'un petit nombre de fidèles ; et malgré les efforts des missionnaires anglais il ne s'est pas beaucoup répandu dans les contrées boréales de l'Inde ni dans l'Inde-Transgangétique. C'est avec peine que nous devons mentionner les persécutions auxquelles aujourd'hui sont exposés non-seulement tous les missionnaires, mais même tous les indigènes qui le professent. Le nombre de ces derniers allait toujours en augmentant depuis le commencement du xixe siècle, surtout dans l'empire d'An-nam. L'empereur régnant, qui s'est déclaré l'ennemi de cette religion , ne donne la liberté qu'à ceux des chrétiens prisonniers qui consentent à marcher sur le crucifix. L'Eglise Orienta l e ou Grecque Orthodoxe est dominante dans toute l'Asie Russe , et ses nombreux sectaires sont tolérés dans l'Asie Ottomane. Quant aux principales sectes de cette église, que les orthodoxes considèrent comme des hérétiques, nous trouvons les Nestoriens dans l'Asie Ottomane , dans le Turkestan-Indépendant, dans les royaumes de Perse et de Caboul, et, sous le nom de chrétiens de St-Thomas , dans l'Inde, Les Arméniens , qui forment une grande partie de la population de l'Arménie , sont dispersés dans toute l'Asie Occidentale, et se rencontrent d'un bout à l'autre de ce continent dans toutes les grandes villes de commerce. L' Eglise O ccid entai e ou Latine compte beaucoup de croyans ; le plus grand nombre appartient à VEglise Ca-

tholique et vit dans l'Inde, l'empire d'Annam, la Chine, l'Asie Ottomane et la Perse. Après les catholiques viennent les protestans attachés à VEglise Episcopale ; ils se rencontrent dans toutes les vastes possessions Anglaises , où vivent aussi plusieurs milliers d'individus attachés aux Eglises Luthérienne, Presbytérienne et Réfoi'niée. Voyez aux pages 64 et 70.

L'Islamisme ou la Religion Mahométaine est de tous les cultes dominant en Asie celui qui est le plus répandu, quoique le nombre de ses croyans ne soit pas le plus grand. Cette religion est professée par les Arabes, les Persans , les Afghans et par tous les peuples turks, à l'exception de ceux qui sont connus sous les noms impropres de Tartares de l'Ob, de Tchoulyni , de Verkho-Tomsk, des Katchintsi, des Kistim et Toulibertes, des Biriousses, des Abintsi, des Sayans, des Beltires , des Teleoutes et des Yakoules, qui sont tous ou encore attachés à l'idolâtrie la plus grossière, ou bien convertis au Christianisme par les Russes. L'islamisme est aussi adopté par les Beloutchis , les prétendus Maures ou Mogols de l'Inde, les Malais de la presqu'île de Malacca, les Circassiens, les Abases et autres peuples de la Région du Caucase , ainsi que par la plus grande partie des habitans du Kachemire.

Nous verrons dans la description de la Perse et de l'Inde les localités peu nombreuses où l'on rencontre encore des Guèbkes , dont nous avons indiqué les dogmes à la page 76. Nous renvoyons à la même page pour tout ce qui concerne la Religion de Nanek professée par les Seikhs dans le nord- ouest de l'Inde.

Le Brahmanisme, dont nous avons indiqué les dogmes à la page 73 , étend son domaine sur presque toute l'Inde.

Le Bouddhisme est la religion de l'Asie qui compte le plus grand nombre de croyans. Nous avons exposé les principaux dogmes de cette religion aux pages 74 et 75; elle domine, jî quelques exceptions près, sur toute l'Inde-Transgangétique, sur le Tibet, la Mongolie, le Pays des Mandchoux, la Chine, la Corée, le Japon, chez les Bouthias, les Murmis, les Kirates et autres peuples dans îes hautes vallées de f Himalàya ; elle compte aussi plusieursmilliers de croyans dans l'Asie Russe,

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Nous renvoyons aux pages 75 et 70 pour ce qui concerne le Culte des Esprits et celui de Confucius professés à la Chine, au Japon, dans la Corée, au Tonquin et autres pays ; et à la page 76 pour la Religion du Sin-to, qui est la plus ancienne de celles qu'on professe au Japon.

On peut qualifier d'iDOLATRiE et de pratiques superstitieuses et non de religion positive les croyances des peuples les plus abrutis que nous rencontrerons dans la description des principaux états de l'Asie. Nous ne citerons ici que [esToungouses, \esSamoyèdes, les Tchouktchi, les Youhaghires, etc. , dans l'Asie Russe; quelques tribus de Toungouses , lesSoyotes, les peuplades de l'intérieur de l'île tfHaï-nan et de la partie orientale de l'Ile Formose , ainsi que quelques peuplades encore sauvages de l'intérieur de la Chine; les Àirws ou Kouriles, dans l'Asie Russe et dans l'empire Japonais ; les Nagas , les Koutchoung , les Mis mi, les Singhphos , etc. , dans l'Inde-Transgangétique Anglaise, et un grand nombre d'autres peuples sauvages dans l'empire Birman , dans celui d'An-nam et dans le royaume deSiam; les Gonds, les Cattywars et autres dans l'Inde, et les Bedalis dans l'ile de Ceylan; enfin plusieurs peuplades du Caucase et tous les peuples turks de l'Asie Russe que nous avons nommés à la page précédente en parlant de l'islamisme, et qui ne sont ni mahomélans ni chrétiens.

gouvernement. Si l'on entend par despote un maître absolu , qui dispose des biens , de l'honneur et de la vie de ses sujets , usant et abusant d'une autorité sans bornes et sans contrôle , on ne voit nulle part, dans les états policés de l'Asie Orientale , de semblables despotes, malgré toutes les déclamations dont les gouvernemens de ces pays ont été l'objet. Partout les mœurs , les coutumes antiques, les idées reçues et les erreurs même imposent au pouvoir des entraves plus embarrassantes que les stipulations écrites dont la tyrannie ne peut se délivrer qu'en s'exposant à périr par sa violence même. Ce n'est que dans quelques étals musulmans, et surtout en Perse qu'on rencontre le despotisme le plus odieux et cette servitude avilissante qu'on s'est plu à attribuer à toutes les

nations de l'Asie. Quelque nouvelle que soit cette manière d'envisager les gouvernemens de cette partie du monde, elle n'en est pas moins vraie ; et le géographe qui veut être exact doit l'admettre, en rejetant les opinions erronées admises dans tous les traités de géographie. On a pris tous les monarques de l'Asie pour des despotes , parce qu'on leur parle à genoux et qu'on les aborde en se prosternant dans la poussière. On s'en est rapporté à l'apparence , faute d'avoir su pénétrer la réalité ; on a vu en eux des dieux sur la terre, parce qu'on n'apercevait pas les obstacles invincibles qu'opposaient à leurs volontés les religions, les coutumes, les mœurs et les préjugés. Un roi des Indes ne peut lever des taxes sur un brahmane, quand lui-même mourrait de faim, ni faire un marchand d'un laboureur, ni enfreindre la moindre disposition d'un code qui passe pour révélé, et qui décide des intérêts civils comme des matières religieuses. L'empereur de la Chine ne peut choisir un sous-gouverneur de province que sur une liste de candidats dressée par les lettrés, et s'il négligeait, le jour d'une éclipse, de jeûner et de reconnaître publiquement les fautes de son ministère, cent mille pamphlets autorisés par la loi viendraient lui tracer ses devoirs, et le rappeler à l'observation des usages antiques.

L'Asie offre aussi beaucoup de peuples dftnt le gouvernement pourrait être comparé à celui de nos empires féodaux du moyen âge ; tels sont , par exemple, les Mahratles, les Afghans, les Beloutchis , les Mongols, les Kalmuks , les Mandchoux, plusieurs peuples turks et plusieurs nations du Caucase , entre autres les Circassiens et les Abases. L'empire même du Japon n'est à proprement parler qu'une monarchie féodale sous la domination d'un prince qu'on pourrait comparer aux maires du palais. D'autres peuples sont entièrement libres, tels que les Arabes Bédouins, les Kurdes Bilbas, plusieurs peuplades de la Région du Caucase et de la Syrie et les Seikhs ; ces derniers même sont peut-être la seule nation asiatique policée , chez laquelle tous les habitans soient parfaitement égaux. Les petites nations nomades et plusieurs tribus arabes sont régies par un gouvernement pastoral ou patriarcal, ordinairement héréditaire dans certaines

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familles ; d'autres peuples sont gouvernés par des vieillards et forment une espèce de république, tels que la ville et le territoire d'Antsoug dans la région du Caucase. L'empire des Wahhabites offrait naguère un singulier mélange de monarchie, d'aristocratie et de démocratie. Le Tibet, le Boutan et une partie de l'Arabie sont gouvernés théocratiquement . cette dernière par les imams de Sana , de Mascate et par le grand-scherif de la Mecque , dont le pouvoir est tempéré par les kadis ; les deux premiers , par des pontifes absolus, mais électifs, qui ont le titre de Dalaï-lama , de Boglidolama et de Dharma-lama , et sont considérés comme une émanation de la divinité même. En général on peut dire que cette partie du monde offre toutes les nuances possibles de gouvernement depuis les formes républicaines dominantes chez les sauvages, chez les nomades, les peuples pasteurs et quelques tribus chrétiennes de l'Inde, jusqu'au despotisme le plus atroce de certains gouvernemens de l'Asie Occidentale. division. Nous avons vu à la page 658 les grandes divisions physiques de l'Asie. Sous le rapport politique cette partie du monde peut actuellement être partagée dans les 9 grandes régions suivantes :

l'Asie Ottomane ; Y Arabie, subdivisée

en plusieurs états, dont ceux delTemen et de Mascate sont maintenant les plus importans; la Perse, subdivisée dans les trois royaumes de Perse proprement dite, de Kaboul et de Kandahar, et dans la confédération des Beloutchis ; le Turkestan-Indépendant , qui comprend les khanats de Boukhara, de Khokan, de Khiva , etc. , le territoire des Kirghiz- Jndépendans et autres pays ; l'Inde , subdivisée en plusieurs états, dont l'empire Anglo-Indien, les royaumes de Sindia et de Népal , la confédération des Seikhs et la principauté du Sind sont les principaux; c'est aussi à cette région qu'appartiennent les petits territoires (lue nous décrirons sous les titres d'Asie Française , d'Asie Danoise et d'Asie Portugaise ; Y Inde - Transgangéiique , dont les principaux états sont les empires Birman et d'An-nam et le royaume de Siam; les Anglais y ont acquis de vastes et importans territoires depuis quelques années; X empire Chinois, qui comprend la Chine, le Tibet, le Boutan, la Corée, la Mongolie, le Turkestan-Oriental ou la Petite-Boukharie et le Pays des Mandchoux ; les Portugais y possèdent la ville de Macao, dans la province de Canton; Y empire du Japon ; et Y Asie Russe , qui comprend la Sibérie et la Région du Caucase.

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